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Brath-z

Brath-z

Citoyen de la République française.

Tableau de bord

  • Premier article le 04/12/2009
  • Modérateur depuis le 12/02/2010
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Derniers commentaires



  • Brath-z Brath-z 13 juin 2011 11:44

    « La Révolution n’a vraiment rien à voir avec cette légende dorée d’un peuple qui se libère d’une tyrannie »

    Là-dessus, je suis d’accord. Mais comme je sais que les légendes ont besoin d’exister pour permettre aux sociétés de vivre et de prospérer, je ne vais pas regretter la mort du « tyran », quand bien même il était un bonhomme plutôt brave et bonne pâte, somme toute un homme sympathique, aimant son peuple et en tous points admirable (surtout comparé à ses trois prédécesseurs sur le trône de France).
    Après tout, Rome a fondé sa République sur le mythe du « tyran » Tarquin, les royaumes germaniques (dont le Royaume des Francs) sur le rejet de la « tyrannie » romaine, etc. C’est à la fois faux et injuste, bien sûr, mais la politique n’est pas l’histoire et la vérité n’a pas à se soucier de la réalité. Même si les Gaulois sont une invention romaine (il y avait des peuples celtes installés dans toute l’Europe, depuis l’Afrique du nord jusqu’à la Cappadoce, cf. les invasions de Galates vers 200 avant J.-C.), que personne ne peut se prévaloir d’ancêtres gaulois, que les migrations (à ne pas confondre avec l’immigration, phénomène économique très récent et qui n’a rien de naturel) ont fait venir sur le territoire de l’actuelle France des peuples extrêmement hétérogènes, « nos ancêtres sont les Gaulois », et « nous sommes tous frères » (le « Fraternité » de notre devise nationale). C’est la vérité, car c’est le seul moyen de former une nation (le mot « nation » vient du latin « nacere », « naître », et induit une communauté de naissance, quand bien même ne serait-elle qu’une construction intellectuelle et donc, une fiction). Mais ce n’est évidemment pas la réalité.
    La politique repose sur la vérité. Les disciplines humaines et sociales (je milite activement pour qu’on cesse de parler de « sciences humaines et sociales » ; il n’y a rien de plus ridicule que la prétention à la scientificité, cette aporie déresponsabilisante héritée du XIXème siècle) s’occupent de la réalité. Les deux sont nécessaires, parfois même complémentaires, mais doivent rester dans leurs domaines respectifs.



  • Brath-z Brath-z 13 juin 2011 11:31

    Je pense que la lecture nationale a toujours sa pertinence. A la période de la Révolution, aboutissement, au moins pour ce qui est du sentiment national, de près de dix siècles de construction*, cette lecture nationale était même particulièrement pertinente, puisque c’est la première fois qu’on a vu, en France, une association intime entre le roi et la Nation, puis une domination de cette dernière sur le roi.

    A l’aune de cette lecture nationale, on peut considérer l’émergence du capitalisme en France et en Europe à une période bien antérieure à la Révolution. Personnellement, je considère que l’émergence et l’extension du capitalisme provient de deux événements majeurs :
    - d’abord, la révolution industrielle médiévale qui a vu pour la première fois la naissance d’une économie de l’offre dans certaines régions urbaines (Naples, Bruges, Lyon) dans la deuxième moitié du XIVème siècle
    - ensuite, le premier empire colonial européen aux XVIème et XVIIème siècles, qui succède à l’empire européen de Charles Quint
    Ces deux conditions sont les conditions sine qua non de la domination des intermédiaires (marchands et distributeurs) dans le circuit économique (il y avait des intermédiaires dans l’économie médiévale depuis le IXème siècle au moins, mais ils n’occupaient qu’une place marginale, et avaient même été interdits en bien des villes comme « spéculateurs »). Or, le capitalisme, c’est avant tout le système de production et d’échange de richesse dont le moteur est l’accumulation de capital tous azimuts. Cela n’est rendu possible que par la prégnance des intermédiaires dans l’économie.

    De ce point de vue, la Révolution n’aura accompli, au service du capitalisme, qu’une seule chose : supprimer des « freins » à son extension. Ces freins qu’étaient les octrois, la multiplicité des devises et les corporations (encore que, pour ces dernières, j’ai quelques sérieux doutes quant à leur statut de « frein » à l’extension du capitalisme) ont été supprimés dès 1789-1790 au cours du processus de fédération des peuples de France, qui aboutit finalement le 14 juillet 1790 (fête de la Fédération, symbolique) à la naissance du peuple français, un et indivisible. Personnellement, je pense que le jeu valait la chandelle.
    Mais quand on se penche plus attentivement sur la manière dont fonctionnaient par exemple les colonies du Roy Tres Chrestien (Florence Gauthier a mené des études très précises sur le sujet, justement), on constate que le capitalisme, en France, est déjà bien installé au début du XVIIIème siècle. Suffisamment bien installé pour pouvoir plier la politique à son intérêt. Suffisamment bien installé pour connaître avec la « crise de la main d’œuvre » (esclaves) vers 1750 sa première grande crise systémique.
    Car oui, contrairement à ce que pensent certains marxistes qui n’ont pas du tout compris Marx (au point de croire qu’il a décrit l’histoire comme la succession de modes de production, ce qui est un contre-sens total, même s’il a évolué au cours de sa vie sur cette question), le capitalisme peut fort bien s’accommoder d’esclaves. L’esclavage, entendu comme mode de production, ça n’est pas l’esclavagisme, qui n’est que le système caractérisé par la présence d’esclaves, et qui s’est toujours montré sous l’aspect d’une micro-société dépendante (que ce soit économiquement, démographiquement ou culturellement) d’une société bien plus vaste. En somme, l’esclavagisme, c’est une appendice d’une société, caractérisé par l’exploitation d’une main d’œuvre gratuite et socialement dominée, et qui n’a de finalité qu’économique. Ce cadre est idéal pour l’émergence et l’extension du capitalisme car il repose sur :
    - une vision économiciste du monde (qui a d’ailleurs bien inspiré les physiocrates et autres turgotins)
    - la caractérisation des relations et des hiérarchies sociales par la seule richesse (contre les statuts dans l’ancien monde)
    - la domination de facto du marché par les intermédiaires (propriétaires de grandes exploitations, marchands de sucre et d’esclaves)
    Bien sûr, après avoir servi de « rampe de lancement » du capitalisme, ces espaces économiques ont été sacrifiés, car peu rentables économiquement** et, surtout, que leur trop grande dépendance de fournisseurs extérieurs de main d’œuvre a empêché que surgisse un marché du travail concurrentiel (qui, comme chacun sait, permet systématiquement d’aligner vers le bas les rémunérations des travailleurs). Pour résoudre ce « problème » devenu visible à partir de 1750 (donc près de 40 ans avant la Révolution), certains (notamment à la Société des Amis des Noirs) ont proposé de permettre aux esclaves de croître et de se multiplier, afin d’avoir sur place de véritables « élevages » de main d’œuvre gratuite. Les conséquences en termes de rapport de force social de cette idée ne sont apparus à ses promoteurs qu’avec la grande et victorieuse révolte des esclaves de Saint Domingue.

    Tout cela pour dire que d’un point de vue strictement capitaliste, la Révolution aurait dû s’arrêter en 1791. D’ailleurs, l’opposition factice entre la « bonne révolution » de 1789 et la « mauvaise révolution » de 1793, promue par tout ce que notre pays compte de bien-pensants privilégiés déculpabilisés (Jean-François Khan et son La Fayette, François Furet et sa révolution française « à l’américaine », le film de Robert Enrico et Richard T. Heffron La Révolution française : les Années Lumières - les Années Terribles, etc.) montre avec évidence que, pour ces gens-là, les deux années qui ont suivi le 10 août 1792 restent un cauchemar républicain et démocratique dont il faut retirer tout souvenir dans le peuple. Quand B.-H. Lévy, avec la subtilité qui lui est coutumière, a appelé les Tunisiens à « un thermidor tranquille » après la chute de Ben Ali, il n’a pas dit une énorme c*nnerie. Il n’a fait que traduire en mots ce qui est le fond de pensée dominant de notre oligarchie : les deux années vaillantes de la République démocratique, populaire et sociale sont le repoussoir par excellence, dont il faut absolument empêcher que le peuple s’inspire.

    Évidemment, on pourra toujours prétendre, à rebours, qu’il était évident que le capitalisme triompherait de la Montagne, que le combat était truqué, que les révolutionnaires n’avaient aucune chance face aux contre-révolutionnaires***. Mais quand on vit les événements, on ne raisonne pas ainsi. On fait de son mieux, et au pire, on combat pour l’honneur. Robespierre en avait manifestement conscience, lui qui avait prévenu ne pas avoir prévu de vivre longtemps.

    * : on date généralement la « naissance » de la Nation à la bataille de Bouvines en 1214, où Philippe II Auguste, premier roi à se faire appeler « Rex Franciae » (roi de France) au lieu de « Rex Francorum » (roi des Francs), vainquit les monarchies européennes coalisées et fut acclamé sur le chemin du retour par des paysans... y compris un grand nombre qui étaient vassaux du seigneur de Flandres, qui avait pourtant prit parti contre le roi de France, mais pour que cela ai pu avoir lieu, il faut que ce sentiment national ai été antérieur à Bouvines, raison pour laquelle je place personnellement l’origine de la construction nationale en 987, élection unanime de Hugues Capet

    ** : un esclave, il faut le nourrir, l’habiller, l’héberger et en prendre soin ; un ouvrier « libre » n’a qu’à crever dans son coin

    *** : à ne pas confondre avec les anti-révolutionnaires qui, eux, étaient plus favorables aux premiers qu’aux seconds ; je n’ai malheureusement pas retrouvé la citation que je voulais mettre ici en exemple, mais grosso-modo, des royalistes emprisonnés ont écrit bien plus tard qu’à l’époque, ils lisaient avec une même horreur les discours prononcés par les uns comme par les autres, mais que celui qui leur semblait être le moins pire de tous, aussi bien par les principes qu’il défendait que par les méthodes qu’il préconisait, était, précisément, Robespierre



  • Brath-z Brath-z 12 juin 2011 14:36

    Je suis certain que l’expression UMPS vient de Jean-Pierre Chevènement en 2002 entre le second tour de l’élection présidentielle et le premier tour de l’élection législative, c’est-à-dire au moment où l’UMP est née. Jean-Marie Le Pen a adopté ensuite l’expression, ainsi qu’un certain nombre d’autres personnalités publiques, mais il a longtemps utilisé le terme « bande des quatre » pour désigner les « partis de gouvernement » qui étaient selon lui le RPR, l’UDF, le PS et le PCF.
    Et sinon, en 1999, le FN n’a pas connu une percée fulgurante. Ni même en 2002. Quand on regarde le pourcentage d’inscrits, il tourne autour de 9-11% depuis la fin des années 1980. Or, pour la première fois, les sondages donnent le FN à 20%. Avec une abstention de 20% (la norme, le minimum ayant été de 15% en 2007 et le maximum de 30% en 2002), ça donnerait le FN à presque 16% des inscrits.



  • Brath-z Brath-z 12 juin 2011 09:09

    C’est amusant que tu mentionnes ce fait, ffi, car j’ai justement relu hier le discours de Maximilien Robespierre sur l’Angleterre et ses manœuvres en 1789 et après. Je copie ici le passage le plus explicite :

    Maximilien Robespierre, Rapport sur la situation politique de la République, prononcé devant la Convention Nationale le 27 brumaire an II (17 décembre 1793)

    « Il est connu aujourd’hui de tout le monde que la politique du cabinet de Londres contribua beaucoup à donner le premier branle à notre révolution. Ses projets étaient vastes ; il voulait, au milieu des orages politiques, conduire la France, épuisée et démembrée, à un changement de dynastie, et placer le duc d’York sur le trône de Louis XVI. Ce projet devait être favorisé par les intrigues et par la puissance de la maison d’Orléans, dont le chef, ennemi de la cour de France, était, depuis longtemps étroitement lié avec celle d’Angleterre. Content des honneurs de la vengeance et du titre de beau-père du roi, l’insouciant Philippe aurait facilement consenti à finir sa carrière au sein du repos et de la volupté. L’exécution de ce plan devait assurer à L’Angleterre les trois grands objets de son ambition ou de sa jalousie, Toulon, Dunkerque et nos colonies. Maître à la fois de ces importantes possessions, maître de la mer et de la France, le gouvernement anglais aurait bientôt forcé l’Amérique à rentrer sous la domination de Georges. Il est à remarquer que ce cabinet a conduit de front, en France et dans les États Unis, deux intrigues parallèles, qui tendaient au même but : tandis qu’il cherchait à séparer le midi de la France du nord, il conspirait pour détacher les provinces septentrionales de l’Amérique des provinces méridionales, et comme on s’efforce encore aujourd’hui de fédéraliser notre République, on travaille à Philadelphie à rompre les liens de la confédération qui unissent les différentes portions de la république américaine.

    Ce plan était hardi ; mais le génie consiste moins à former des plans hardis qu’à calculer les moyens qu’on a de les exécuter. L’homme le moins propre à deviner le caractère et les ressources d’un grand peuple est peut-être celui qui est le plus habile dans l’art de corrompre un parlement. Qui peut moins apprécier les prodiges qu’enfante l’amour de la liberté que l’homme vil dont le métier est de mettre en jeu tous les vices des esclaves ?

    Semblable à un enfant dont la main débile est blessée par une arme terrible qu’elle a l’imprudence de toucher, Pitt voulut jouer avec le peuple français, et il en a été foudroyé. Pitt s’est grossièrement trompé sur notre révolution ; comme Louis XVI et les aristocrates français, abusés par leur mépris pour le peuple, mépris fondé uniquement sur la conscience de leur propre bassesse. Trop immoral pour croire aux vertus républicaines, trop peu philosophe pour faire un pas vers l’avenir, le ministre de Georges était au dessous de son siècle ; le siècle s’élançait vers la liberté, et Pitt voulait le faire rétrograder vers la barbarie et vers le despotisme. Aussi l’ensemble des événements a trahi jusqu’ici ses rêves ambitieux, il a vu briser tour à tour par la force populaire les divers instruments dont il s’est servi ; il a vu disparaître Necker, d’Orléans, La Fayette, Lameth, Dumourier, Custine, Brissot, et tous les pygmées de la Gironde. Le peuple français s’est dégagé jusqu’ici des fils de ses intrigues, comme Hercule d’une toile d’araignée. »

    Pour ce qui est de la franc-maçonnerie et de son influence, il serait idiot de la nier quand Philippe d’Orléans (pas encore Égalité) était le grand maître de la loge française et qu’une part importante des parlementaires tant de la Constituante que de la Législative puis de la Convention en étaient membres. Néanmoins, il faut distinguer au sein de la Révolution une rupture entre 1789 et 1791, et une autre entre 1791 et 1793.

    En effet, sous la Constituante, une grande majorité des parlementaires, même franc-maçons, est croyante, soit catholique, soit déiste (comme l’était Robespierre lui-même). Le rejet des formes de la catholicité durant cette période s’est faite sur l’idée que la religion avait été détournée de son objet par de mauvais prêtres. Le culte de l’Être Suprême, la Religion Naturelle et même la théophilantropie et le culte de la Déesse Raison (que Robespierre combattra comme « athéisme » sous la Convention, et qui était porté par une fraction des Enragés, puis, surtout, par les Exagérés et les mascarades antireligieuses) n’étaient au fond que des catholicismes dévêtus des formes du culte et des commandements du dogme. La franc-maçonnerie était alors à la pointe de ce combat, réussissant à rejeter le statut particulier du catholicisme que le côté droit (l’abbé Maury, notamment) avait obtenu peu de temps auparavant. Malgré tout, le serment des prêtres lui conférait un statut particulier.
    Sous la Législative, on voit apparaître pour la première fois un fort parti athée, qui entend d’abord débarrasser la France du « fanatisme » et de « l’obscurité » (les Francs-Maçons étant « fils de la Lumière », on comprend que ce vocabulaire est le leur) puis ensuite, sous la Convention, combattre la religion sous toutes ses formes.
    C’est précisément sous la Convention qu’apparaît une nouvelle ligne de fracture entre les déistes et les athées. La cérémonie en l’honneur de l’Être Suprême (une idée qui date de bien avant la Révolution) au cours de laquelle la statue de l’athéisme a été brûlée pour laisser place à la Raison est typique de cet affrontement. On trouvait des francs-maçons aussi bien chez les athées (Vadier) que chez les déistes (Couthon). Notons que ces derniers ont été vus après thermidor comme les défenseurs de la religion, avant d’être honnis comme responsables des mascarades antireligieuses (commises par ceux qui les ont fait chuter le 10 thermidor an II !) sous le Directoire.



  • Brath-z Brath-z 9 juin 2011 21:03

    En Iran, il est vrai que le fait religieux est déterminant au-dessus du politique. En revanche, il est faux que les juifs, chrétiens, zoroastres, etc. soient obligés de voter pour leurs députés réservés. Ils ont le droit de voter pour qui ils veulent. Cependant, l’existence des députés des minorités religieuses reconnues leur fournit une garantie de représentation dans un état où, je le répète, le fait religieux est déterminant.

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