Réponse précédente longue à rédiger destinée au Péripate, qui se retrouve donc en bas du fil.
Autre chose encore : dire qu’il n’existe pas de crise de surproduction relève du pur délire. Pourquoi ne voyez-vous l’économie qu’avec les yeux de l’entrepreneur et de l’investisseur. Bien sûr qu’un entrepreneur ou un investisseur n’entreprendront rien ou n’investiront dans rien en l’absence de marché solvable.
Mais la plupart des agents économiques ne sont ni l’un, ni l’autre. Ils ne sont pas des investissements hypothétiques, ils existent déjà et doivent produire pour survivre. Les parkings de PSA et de Renault sont pleins de voitures invendues, qui trouvaient preneurs il y a quelques mois, parce que les gens n’ont plus de pognons : les banques ne prètent plus, les libéraux ont semé le boxon en limitant les salaires et en ouvrant les frontières, résultat : des débouchés qui existaient précédemment n’existent plus.
C’est une crise de surproduction par compression de la demande globale (dont ces cons de PSA et Renault sont en parti responsable en ayant délocalisé, c’est à dire en remplaçant des ouvriers qui ont les moyens de se payer des bagnols par des ouvriers qui n’en ont pas les moyens...).
Je pense que vous faites un raisonnement économique néoclassique, pré-keynésien : investissement - épargne = production, formule que l’on peut différentier : dI/dt - dE/dt = dP/dt, et la production s’ajuste alors miraculeusement à la demande à chaque instant. Fastoche. Même nos libéraux contemporains n’osent plus, il faut leur rendre cette justice, et reconnaître que Keynes n’y est pas pour rien : les libéraux néoclassiques ont bel et bien été battus par Keynes au jeu de l’économie mathématique.
D’où la nécessité pour Hayek et Friedmann d’inventer une nouvelle théorie, la néolibérale, l’ancienne, dite "néoclassique" s’étant faite bouffer toute crue par Keynes.
De 1945 à 1976, politique keynésienne en France et presque partout dans le monde capitaliste, à laquelle Raymond Barre met fin dans notre pays en faisant de la lutte contre l’inflation une priorité. Rappelons qu’une inflation raisonnable et maîtrisée est considérée par les keynésiens comme bénéfique, si les salaires lui sont indexés : elle rend la monnaie fondante, bloque l’accumulation en forçant l’investissement et la consommation, et ne pèse pas sur les gens modestes, qui peuvent emprunter à des taux négatifs ou nuls. Ils perdent un peu sur leur salaire par un effet de retard, mais c’est bien peu par rapport aux bénéfice qu’ils en retirent : plein emploi, accès à la propriété, etc.
Ce qui a été présenté à l’époque et aujourd’hui comme un défaut de la politique keynésienne (l’inflation) était en fait volontaire et au coeur du système. Mittérand de 81 à 83 (sous la houlette d’Attali, déjà) n’a pas renoué avec le keynésianisme, puisqu’il a continué de lutter contre l’inflation tout un relançant les dépenses publiques (un désastre que l’on impute à Mauroy alors qu’il contestait dans l’ombre les imbéciles expérimentations attalesques... l’histoire est cruelle). Donc, le coup d’arrêt du keynésianisme en France date bien de l’entrée en fonction de R. Barre.
Ce modèle keynésien était appliqué par des économies mixtes : une partie nationnalisée, la liberté d’entreprendre et des secteurs économiques considérés comme moins importants étaient laissés au secteur privé.
Pendant cette période, le niveau de vie dans notre pays et ailleurs n’a cessé de croitre. Ce qu’on a appelé les trente glorieuses.
Depuis les années 80 que le modèle libéral (qui n’existe pas, d’après certain) est appliqué, le développement des pays du Sud, dont certains étaient très prometteurs (Amérique Latine, certains pays arabes...) a été bloqué net. Ce fut un désatre d’une ampleur inégalée y compris dans les pays développés. Pour la première fois depuis le début de l’histoire de l’humanité, une génération vit et vivra nettement moins bien que celle qui la précède, en l’absence de guerres et de catastrophes majeures.
La doctrine libérale existe bel est bien. Elle est basée sur la liberté absolue du commerce, et l’idée un peu folle que les agents économiques optimisent tout naturellement l’allocation des ressources si ont les laisse faire. C’est une idée ancienne, du XVIIIième siècle, lorsque des phylosophes ont voulu modéliser les relations économiques comme les physiciens modélisaient mathématiquement les lois de la nature.
Il y eut Leïbniz, les physiocrates (Turgot), Smith, Ricardo, Walras, Say... et même Marx, qui veut mettre à bas un système injuste par la révolution, mais pas en lui trouvant une alternative. Il considère donc la doctrine libérale (le capitalisme théorisé) comme indépassable.
Keynes est très récent en fait. Très moderne. Beaucoup plus que le libéralisme qui tire ses racines de sociétés pré-industrielles post-féodal. Les succès éclatant de ses théories, du milieu des années 30 au milieu des années 70 ont cloué le bec des libéraux. C’est simple, à part quelques ilots de résistance (l’Université de Chicago, notamment), la doctrine libérale n’était quasiment plus enseignée en tant que théorie applicable. Le réel avait tranché : Keynes avait gagné empiriquement contre Walras, Say et Ricardo (Smith est aujourd’hui cité à toutes les sauces, mais il n’était pas la pierre angulaire des théories libérales du XIXième et du début du XXième siècle).
C’est alors que les libéraux organisèrent la riposte(1945, quand plus personne ne voulait d’eux : postes universitaires, conseils économiques et politiques, postes de pouvoir, tout celà leur manquait, puisqu’on leur imputait -à raison- la crise de 29 et la guerre).
Hayek organisa un nouveau corps de doctrine radical, considérant comme complètement hérétique, pour ne pas dire communiste, toute propriété collective de quoi que ce soit. Toute entrave au marché est une étape sur "Le Chemin de la Servitude" (le titre de son livre le plus célèbre), qui mène vers le communisme et ses goulags, d’après l’économiste autrichien. Il élaborre une stratégie avec ses disciples (regroupés dans la "Société du mont Pélerin" à Genève) . Ne participer à aucun débat universitaire ou académique. Ils doivent prendre en loucedé, sans jamais affirmer franchement leurs opinions, tant qu’elles sont encore minoritaires, des postes universitaires, des postes de pouvoir, et se coopter les uns les autres jusqu’à obteenir l’hégémonie idéologique. Ils devaient s’auto-encenser les uns les autres pour finir par ringardiser les Keynésiens (Barre, sociétaire du Mont Pélerin avait été qualifié en son temps de "meilleurs économiste de France", on ne sait pas bien par qui... juste un exemple en passant).
Friedman pris le relais d’un Hayek vieillissant.
Il paracheva et mathématisa à outrance les idées de Hayek, en s’inspirant des théories d’un mathématicien schysophrène, J.F Nash, et qui était d’ailleurs lors de ses moments de lucidité, lorsqu’il ne voyait pas des communistes partout (voir le film récent qui lui est consacré, "Un Homme d’Exception"), un disciple d’Hayek et un théoricien libéral. Ce corps de doctrine est alors appelé néo-libéralisme par ses partisants eux même. Ça existe bel et bien, le néolibéralisme.
La longue traversée du désert des libéraux pris fin au milieu des années 70. Ils étaient parvenu à ringardiser leurs adversaires, à les faire passer pour de vieux croutons, alors que la fringante jeune garde libérale, regroupée derrière le gourou Friedman passait pour la pointe de la modernité... et ce sans qu’aucun débat académique d’aucune sorte n’est jamais eu lieu. De la com’, juste de l’entrisme et de la com’. Ils avaient juste pris le pouvoir, plus ambitieux et plus retords que de modestes et consciencieux profs de fac qui n’avaient jamais considérés les universités comme un champ de bataille idéologique nécessaire à la prise du pouvoir politique.
Oui, le néolibéralisme existe bien. Ce sont les néolibéraux eux même qui l’ont inventé et l’ont nommé ainsi. Il a bien été appliqué depuis 20 ans. Les organismes internationnaux (OMC, FMI, Banque Mondiale, OCDE...), beaucoup d’états l’ont appliqué sans relache depuis 30 ans avec les succès que l’on sait.
C’est un peu facile, aujourd’hui que l’échec est empirique, patent, tangible, de proclamer qu’il n’a jamais existé. C’est assez grotesque de se réclamer des faits et traiter les autres de charlatants, en défendant une théorie qui a aussi mal passé les tests de validations expérimentales. Parce qu’effectivement, le néolibéralisme est une théorie qui se veut scientifique. Comme elle ne l’est pas, puisqu’elle ne décrit aucune réalité, en ce sens, on peut proclamer qu’elle n’existe pas.
Et j’ajoute que je partage l’avis de Doctory sur le mot populiste (ainsi que le reste de son message) : Oh le vilain mot, il y a "peuple" dedans. Avant on disait démagogie, mais c’était moins bien, c’était pas un mot avec lequel on pouvait attaquer directement la démocratie, la souveraineté populaire, sans avoir l’air d’y toucher.
Les traders et les banquiers ont profité d’un système qu’ils ont eux-même modelé, en ne tenant compte que de leur propre intérêt. Les primes mirobolantes qu’ils se sont octroyés pendant toutes ces années sont toujours dans leurs poches. Aujourd’hui, quoi qu’il arrive, ceux qui n’ont pas été stupides se retrouvent avec les poches pleines. Et c’est übercool de se retrouver riche dans un monde en crise : cela donne un pouvoir considérable. Personne ne leur réclame l’argent dont ils se sont gavé durant presque deux décennies en bousillant l’économie, c’est à dire la subsistance de millions, pour ne pas dire de milliards de gens. Des fortunes se sont bâties. De plus, ils en rajoutent, en recommençant à s’adjuger des primes faramineuses sur fonds publics... et ils ne sont toujours pas en taule. Incroyable !
Ce sont des salopards, ni plus ni moins.
Personne de sensé ne peut croire aux bienfaits de la "main invisble", et aux délires mathématiques qui l’accompagne. Les traders et les banquiers étaient au coeur de la propagande et des lobbies qui on fait plier les politiques, et je suis bien sûr que c’est un discours qu’ils ont tenu par cupidité, et non par conviction.
Les Etats seraient coupables d’avoir trop déréglementé ! La belle affaire ! Il faut avoir la mémoire bien courte ! Souvenez vous de la fin des années 80 et des années 90, lorsque les pauvres traders aujourd’hui si injustement décriés d’après l’auteur, s’attaquaient aux états mêmes, spéculant sur leur monnaies, les sommant de se soumettre à leur loi, forçant à la déréglementation financière sur tout les continents, le tout accompagné par les encouragement d’une presse stipendiée, chantant les louanges de la "modernisation", fustigeant les "archaïsmes"... Souvenez-vous des virages idéologiques pris au frein à main par "Le Monde" et "Libé" à cette époque. Les gouvernements qui ne s’y pliaient pas étaient renversés, leurs économies mises en danger.
Oh, mais pauvres banquiers, pauvres tradders boucs émissaires ! C’est la faute des politiques qui les ont laissés faire ! Ils se sont laisser corrompre ou circonvenir par les lobbies de ces même tradders et banquiers innocents ! L’argumentation de l’auteur me laisse perplexe...
Aujourd’hui, ce qui me scandalise, c’est qu’il n’y en ait qu’un au gnouf (Kirviel) ! Une seule victime expiatoire pour que les autres s’en tirent. Que fait la police, que font les juges ? Il est tout à fait claire que tous ces gens ont une conception très confortable du respect de la loi. Tout le monde sait bien que la déréglementation a profité et profite toujours aux truands de tous poils, du trafic de drogue à la fraude fiscale, et que forcément il y a des intermédiaires "respectables" lors du parcours de l’argent de l’ombre vers la lumière. Sans compter la corruption pure et simple.
Quelques perquisitions bien ciblées en enverrait plus d’un sur la paille des cachots, et auraient un effet dissuasif, donc bénéfique pour l’avenir. La peur du gendarme est le commencement de la sagesse. La main invisible distribuant quelques baffes aurait des vertues rédemptrices, j’en suis bien certain. Mais non, d’un côté de l’Atlantique à l’autre, on joue les pures vestales outragées et on ne fait rien. Et pour cause ! Qui sait ce qu’on pourrait découvrir ?
Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est du populisme ! Demander à la justice de faire son travail n’est pas du populisme ! Je me demande bien pourquoi on enverrait que les pauvres en taule. Ils s’agit d’évennements dont les conséquences sont considérables. Ce n’est pas une catastrophe naturelle, pas un accident, des gens ont corrompu et contraint notre système démocratique pour s’enrichir au dépend de l’économie tout entière. Il serait normal que l’on cherche les coupables. Ce serait même la moindre des choses.