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59 ans
Eurasien
Déçu

Tableau de bord

  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Ses articles classés par : ordre chronologique













Derniers commentaires



  • easy easy 8 juillet 2012 22:31


    Si un moteur de recherche pouvait nous exposer toutes les fois où le mot ’décadence’ a été utilisé au long de l’Histoire, nous verrions très probablement qu’il a été conjugué au prèsent depuis 100 000 ans


    Votre élégie se fonde sur des dysfonctionnements de notre système alors qu’ils n’ont pas forcément à bien fonctionner
     
    Exemple

    Les jeunes disent en ce moment et en raison du chômage qui les frappe plus particulièrement, « Un pays qui ne peut pas donner du travail à la jeunesse est décadent ».
    Une telle assertion semble juste aux yeux de la plupart de nos contemporains qui croient que le travail doit être donné.


    Or, « Donner du travail » aurait semblé être une expression complètement absurde et décadente pour les gens du village d’Astérix.
    A leur époque, il ne venait à l’idée de personne de demander du travail. Chacun créait son activité de subsistance et ne l’attendait de personne. Pour Astérix, ’donner du travail à quelqu’un’ aurait semblé signifier ’imposer du travail à quelqu’un’. Servage alors. Ce qu’il n’aurait accepté ni pour lui ni pour ses copains. Selon lui, il n’y a qu’aux Romains qu’il était bon de donner du travail.


    Vous regrettrez que nous n’osions plus faire de comparaisons culturelles.
    Si, si, on peut.
    On peut comparer notre culture de 2012 avec celles qui étaient les nôtres en 1950, en 1850, en 1750, en 1450, en 250...
    Ce sont là nos oignons, nos salades et c’est par rapport à notre passé et nos turpitudes que nous devons nous comparer
     
    Ce qui nous est interdit depuis 50 ans, c’est de comparer notre culture actuelle avec celle des autres habitants du Monde.

    Lorsque nous avions tous les droits de nous comparer aux autres, Kant disait que « La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie ».


    Vous considérez -sans en être conscient sans doute- qu’à partir du moment où nous ne pouvons plus affirmer notre supériorité, où nous ne pouvons plus nous comparer qu’à nous-mêmes, nous sommes en décadence. Vous regrettez l’époque où le seul fait de pouvoir dénigrer les autres nous rassurait sur nous-mêmes.

    (Je signale qu’au moment où paraissait Robur le conquérant, Jules Verne et les siens utilisaient déjà des inventions faites par les nègres. Je parle d’inventions déposées en bonne forme à l’INPI)

    Ceux qui dépriment de se retrouver obligés de se comparer à eux-mêmes et qui ne voient pas que dans leur propre maison il y a des jeunes qui peuvent faire mieux qu’eux, sont ceux qui refusent de leur laisser des responsabilités.

    S’il fallait être fier de ses enfants on ne devrait pas l’être en les comparant à d’autres enfants qui leur serviraient de marche-pied mais seulement par rapport à soi.



  • easy easy 7 juillet 2012 23:41


    Il aurait été très facile, pour éviter les dérives, de créer une religion disant, « Quiconque se réclamera de moi abusera les autres car je m’adresse toujours directement à chacun, dans sa propre langue et en privé. Je refuse donc tout attroupement autour de moi »



  • easy easy 7 juillet 2012 19:28


    Concernant les moeurs et plus généralement les opinion ou croyances, je vois deux cas à distinguer quand s’ouvre la question du jugement.

    Il y a ceux qui ceci ou cela sans savoir qu’ils ceci ou cela. C’est par exemple le cas lorsque des Indigènes d’un bled du bout du Monde se retrouvent jugés par des explorateurs étrangers.
    Ce que ces Indigènes feraient de bizarre ou choquant aux yeux des explorateurs peut évidemment être dénoncé par ces derniers
     « Oh la la mais cépabien ce que vous faites là. Arrêtez ça toute de suite ! »
    Mais ces vertueux ne peuvent tout de même pas, en principe dialectique, considérer ces indigènes bizarres comme des tordus.

    Il est hélas très souvent arrivé que les explorateurs manquassent de raison et versassent dans une politique de punition immédiate ou suite à un refus des sauvages de changer leurs manières. Mais dans ces cas là, il y a toujours eu des gens du groupe des explorateurs pour dire que c’était de l’autoritarisme égocentrique.
     

    Et il y a l’autre sorte de gens qui font des trucs hors-clous dans leur propre groupe en sachant donc très bien qu’ils sont transgresseurs. Leurs cas doit être traité différemment.

    Quand on dit, entre soi, dans un groupe donné, qu’on est amoureux d’un objet dont on ne devrait pas être amoureux, on sait très bien qu’on est en dehors des clous et on n’a pas à être surpris de se le voir reprocher. Je ne dis absolument rien quant à ce qu’il faut en dire sur le plan manichéen. Mais Oscar Wilde savait très bien son a-normalité. Et un aristo qui n’aurait pas porté de perruque à la cour de Louis XIV aurait très bien su son a-normalité même s’il savait aussi que la plupart des hommes du Monde n’en portaient pas. OW savait donc qu’il était a-moral sur certains plans ou sujets par rapport à ceux de son groupe.
     
    C’est donc un faux procès aux normaux qui est fait par les a-normaux quand ces derniers invoquent une moralité universelle. Chacun, normaux et a-normaux sait très bien qu’il n’existe pas de moralité universelle ou absolue. Chacun sait que la moralité n’est que culturelle donc relative à un groupe et que c’est même ce qui structure les groupes ou sociétés. Pierre Abélard savait qu’il transgressait (sur plusieurs plans). Jacques de Molay aussi.

    Pourquoi persiste-t-on dans la transgression dont on est conscient ? Trop vaste sujet pour être traité ici. 



    Les mutins de la Bounty étaient tombés sur des Tahitiens ouverts à l’exogamie ce qui était plutôt rare car beaucoup d’autres groupes, même de gens très libres entre eux, interdisaient et interdisent toujours l’exogamie. Sans cela, il n’y aurait pas 7000 ethnies dans le Monde. Quasiment tous les groupes ont donc une morale et ils sont tous sévères envers les transgresseurs. La seule chose qui distingue les groupes sauvages du nôtre c’est que les plus sauvages iraient à tuer le transgresseur simplement ou parfois à le chasser au loin. Alors que par ici, on irait plutôt à lui faire subir les pires tortures (dont la prison n’est qu’une de ses formes les plus hypocrites et achevées) 

    Je crois possible que notre prodigieuse intelligence à infliger les pires tourments à nos propres transgresseurs provient en droite ligne de notre tout aussi prodigieuse intelligence du discours.

    Il me semble que plus nous nous voyons développer notre subtilité sophiste, plus nous en arrivons, si nous nous sentons débordés par un discours, à envisager les violences physiques très intelligentes par dépit d’impuissance ou par somatisation hystérique.
     
    Quand je regarde ce qu’écrivaient les pro et les anti pendant l’Inquisition, quand je vois l’incroyable intelligence des rhétoriques, quand je vois leur perversité littéraire, quand je vois que Voltaire n’a pas pu écraser Rousseau avec les mots qu’ils savait pourtant très bien manière et qu’il l’a torturé par subtile procuration, je comprends que les plus autoritaristes et abusifs d’entre nous en soient venus à envisager de faire subir à leur rival les tortures les plus sadiques (au sens nouveau). 

    On pourrait m’objecter que plein de nos gens très simples, pourtant incapables de déployer des astuces de langage susceptibles de les sauver du marteau des juges ont tout de même été très subtilement torturés alors qu’il aurait suffit de les décapiter en une fraction de seconde. Ce serait oublier le rôle des avocats, officiels ou non, qui ne manquaient jamais de protester en déployant alors un discours très intelligent (que le malheureux simplet ainsi défendu ne pouvait même pas piger).

    Exemple de subtilité : Dire « Le marteau des sorcières » quand il s’agit en vérité du marteau des Inquisiteurs.

    Qu’ils s’en prissent directement à des simplets ou à des élites, nos juges-bourreaux se retrouvaient finalement toujours face à des as de la rhétorique. Il leur fallait donc déployer des trésors de sophistique pour parvenir à réaliser leurs fantasmes sadiques.

    Il y a donc constamment eu un lien étroit entre le développement de la torture et celui du discours. L’évêque Cauchon, as du discours accusateur et bourreau de Jeanne, ayant été recteur de la Sorbonne où se forment toujours les avocats et autres maîtres de la rhétorique.


    Wilde avait participé au développement de notre intelligence discursive et il a été un des perdants de cette bagarre entre maîtres penseurs. Dans son cas, le peuple n’ayant en rien été concerné, il ne l’a jamais stigmatisé et sa tombe est respectée.


    .

    Le cas DSK s’inscrit dans une lutte secondaire par rapport à la première exposée. Dans son cas, ce n’est pas un juge-bourreau ou un notable qui cherche à démontrer son intelligence en piégeant un homme célèbre et intelligent. DSK n’est pas attaqué par un Voltaire ou un Torquemada. On n’est pas dans une lutte au sommet même si ses déboires arrangent d’autres égocentriques très malins.

    Ici, fait rare, ce sont des gens simples, peu rompus à la rhétorique de haut vol, qui l’attaquent au motif qu’il les aurait déshonorés. 
    Le Juge a fait son boulot normalement sur le fond, nul n’a vu se déployer de magnifiques catilinaires et il n’y a encore aucune torture d’infligée par un bourreau installé dans du velours. Mais le peuple, qui a désormais davantage de moyens de se faire entendre, se venge de la tyrannie qu’il subit constamment sur tous les plans de la part de ceux qui profitent de leur intelligence pour l’abuser.

    Ca fait longtemps que les peuples préfèrent les chefs intelligents aux chefs musclés. Les Français apprécient donc d’avoir des chefs intelligents parce qu’ils croient que cette intelligence peut les protéger, par exemple dans les débats internationaux, contre des intelligences rivales ou prédatrices mais aussi pour leur trouver des solutions aux grands problèmes.

    Mais en même temps qu’ils votent toujours pour celui qui leur semble le plus intelligent, les gens craignent aussi que cette intelligence portée au pouvoir se retourne contre eux. Ils surveillent donc ces chefs censés les protéger et se sentent en danger quand ils en voient un lancer à un quidam « Casse-toi pov con va ! ». 

    DSK a parfaitement illustré le cas d’un chef intelligent ayant l’air de servir le peuple jusqu’à la veille de son arrestation. Mais depuis et compte tenu de ce qui a été découvert, le peuple a l’impression que ce chef à surtout utilisé son intelligence pour abuser des petits de manière prédatrice. Les gens comprennent que s’ils étaient tombés face à lui, ils auraient été utilisés par lui puis oubliés dans le plus grand déni. Ce qui lui vaut la vindicte populaire.


    Dans la Grèce antique puis à Rome et aussi en Gaulle romanisée, régnait l’oligarchie. Les oligarques pouvaient augmenter individuellement leur gloire en offrant des choses matérielles à l’élite, un temple, un aqueduc, une fontaine. Cette pratique évergétique valait donc entre élus et le bas peuple en profitait parfois mais toujours très passivement. 

    Sous la monarchie, certains sages disaient au roi qu’il avait intérêt et devoir de considérer la bonne satisfaction populaire. Les aristocraties, tel Voltaire, voulant s’accaparer tous les ortolans, ne jamais payer d’impôts et ne jamais travailler, ils obligeaient le roi à ne servir qu’eux.

    Mais en démocratie, un chef politique ne doit les honneurs qu’à son peuple et se retrouve obligé de lui offrir des bienfaits en retour. 

    Plus des rhétoriques se déploieront pour protéger DSK, plus les démocrates seront enragés contre lui car ils tiennent à exercer leur pouvoir discrétionnaire et s’ils se rejoignent volontiers autour de paroles d’espérance, ils ne s’en nourrissent pas. 


    Il ne faut pas croire les Français pendus aux vertus. Si DSK leur avait livré des bienfaits, ils lui en sauraient gré et ne se seraient pas sentis complètement dupés à la suite de ces révélations. Dans ce contexte de fond, les personnes qui ont été abusées par des anguilles oublieuses ou dénégatrices voient en lui l’exutoire parfait de leur vengeance. 



  • easy easy 4 juillet 2012 20:55

    Merci pour cet article bourré de détails rarement dits.

    (Signalons un U qui s’est fait la malle dans votre phrase « une née d’agioteurs mit en coupe réglée » risquant de la rendre incompréhensible)

    Alors j’apporte mon eau.

    Vous exposez les choses selon un biais assez matérialiste (en dépit de la présence du mot culture ici et là)
    Je propose de placer ce matérialisme apparent dans une enveloppe plus machiste non pas au sens de l’écrasement des filles par les garçons mais au sens de la rivalité entre les garçons. Rivalité sexuelle disons. Machisme de coqs pour les filles, non contre elles.

    Il me semble que tous les garçons du Monde se sont toujours préoccupés non pas d’être pillés par des garçons voisins car être détroussé de ses gamelles ce n’est pas un problème si vital que ça, mais de subir un détournement ou un enlèvement de leurs femmes.
    C’est grave, très irréparable et fatal de se retrouver sans femmes.

    Concernant l’autre garçon, le concurrent, il y a certes l’option de le boxer et de le tuer. Mais d’une part ce n’est pas commode et d’autre part ça ne permettrait pas de former un groupe, une société. On ne peut passe son temps à se boxer. Il sera donc rapidement apparu aux garçons qu’il leur fallait, comme les pies mâles, procéder davantage par aimantage ou captation de leurs femmes que par éviction des rivaux. Ce qui fera le matérialisme.

    Le mystère de la mort, de la guérison, de la sortie des comas, le besoin de se réconcilier avec l’esprit des animaux sacrifiés pour les manger, auront poussé à la peinture rupestre et le don de représenter aura distingué l’homme de l’animal. La rivalité entre garçons est devenue une rivalité de niveaux de représentation. L’art, l’orfèvrerie, la religion, tout ce qui fait la non animalité aura permis de capter l’attention des femmes avec l’invention du mépris « Nous sommes raffinés, les autres sont de misérables sauvages »

    Or dès qu’il y a trois personnages, le triangle transactionnel Bourreau Victime Sauveur se met en route.


    Une femme ne peut pas faire profondément l’impasse sur le sauvage de l’être humain au sens où elle doit accoucher et allaiter comme les bêtes. D’autre part, en tant que réceptacle, elle ne peut qu’être tentée de recevoir en elle le sauvage, le naturel « Oh oui mords-moi ! ». Et le garçon aux allures raffinées doit lui offrir cette part de sauvagerie dans l’intimité. Le sexage sera toujours animal.


    La domination impériale avaient permis aux garçons se prétendant les plus raffinés de conserver leurs femmes en leur offrant toutes sortes de perles (Les nababs Moghols de l’Inde devaient pouvoir offrir des boissons à la poudre de rubis pour conserver leurs belles). Quant aux jeux du cirque, ils leur permettaient de prouver à leurs femmes -complètement excitées- qu’ils dominaient largement des primitifs d’allure si puissante, si virile.

    Pendant le Moyen-âge Européen, les garçons dits raffinés n’étaient plus confrontés aux Nubiens mais aux Vikings et autres Huns ainsi qu’avec d’autres garçons se prétendant raffinés tels les Perses et les Sarrasins.

    Mais la circumnavigation qui a révélé l’existence de nouveaux peuples a de nouveau confronté les garçons raffinés aux garçons les plus nus. Et plus on arpentait le Monde plus on découvrait de gens nus.
    Que de chairs, que de muscles, que de virilité !

    Mais il n’y a pas que le grave principe de l’enlèvement des Sabines qui entre en jeu. Il y a aussi le principe moins grave, plus frivole qui pousse le garçon à bricoler avec la belle au minuscule pagne. C’est vraiment moins grave (aux maladies près car la syphilis avait fait des ravages) mais cette attirance des garçons raffinés pour les femmes aux seins nus a rendu jalouses les dames en falbalas.

    Au bilan, dès que surgit ou ressurgit le sauvage, les hommes et les femmes raffinés sont hystérisés, alertés. En dépit de ses robes en dentelles, Sissi a probablement tenu à avoir une chevelure abondante sans chapeau ni coiffe pour exposer de manière naturelle ce crin, cette corne, cet ivoire, ce poil, cet ongle qui étourdissait tout le monde.

    Arrivent alors deux phénomènes. Le premier, le plus élémentaire, va à ce qu’entre raffinés, chacun jure à l’autre sa fidélité. Mais jurer ne suffit pas. Il faut le prouver. Où l’on devient alors extrêmement assassin de ce qu’on s’efforce de ne pas aimer.

    Or, plus on démontre aux siens sa fidélité en martyrisant le sauvage, plus on s’étonne d’être si cruel et d’être si autorisé à l’être. On sent qu’on est certes bourreau mais aussi victime d’un cercle vicieux. On regrette au fond de soi. Et du déni de cette attirance interdite, de cette culpabilité d’avoir été injustement cruel, il surgit mille avatars de compensation.

    On écrase le nègre de manière très ostensible et on hurle qu’on a raison de le faire mais la nuit tombée, on va caresser sa veuve et on va finalement danser comme lui.

    Je vous invite à vérifier sur le Net ce qui inspire les décors des carrés Hermès. Vous y verrez tous les avatars de cette sauvagerie qu’on aime mais qu’on n’ose pas avouer franchement. Hormis ceux qui sont absolument modernes dont le design est fonctionnel, par exemple aérodynamique ou ergonomique, tous nos objets attestent notre amour pour le sauvage, l’originel, la source, l’alfa, le pur, le vrai et le plastique d’empresse d’imiter le bois ou le cuir.

     

    Les Sarrasins se considéraient au moins aussi raffinés que les Chrétiens qui l’admettaient in petto. La rivalité entre ces deux groupes consistait plutôt à animaliser le plus les hommes nus. C’était donc une rivalité entre alter ego.

    Mais dès que la machine a remplacé l’esclave nègre et a offert aux chrétiens de dominer plus largement les musulmans, ces derniers ont été animalisés.

    On dit pis que pendre des expositions coloniales et des zoos humains. N’empêche que ça aura été une occasion de mettre 20 millions d’Européennes en corset à deux mètres seulement de sauvages nus. Les cabinets des psychiatres ont alors eu à traiter des tas de crises liées à un très difficile refoulement de ce désir primitif. 

    La colonisation a été très cruelle et a montré l’arrogance extrême des Occidentaux et des Japonais.

    Mais pendant cette horreur, que s’est-il passé à Paris, Londres, New York, Vienne, Rome et Berlin sinon l’émergence de millions d’avatars traduisant une profonde attirance pour le sauvage. Pour le demi sauvage d’abord avec l’Orientalisme qui se contentait de ne montrer que des Moyen Orientaux tout de même abrahamistes. Puis carrément pour le plus lointain, pour les Chinoiseries mais aussi pour le sauvage, le Nègre, le Sioux, le Tahitien.

    Les corsets ont été jetés aux orties et ont été remplacés par des robes légères moulant un corps livré au naturel et dans lesquelles on pouvait se trémousser sur des musiques devenues endiablées par une sorte de tam-tam. On s’est mis à aimer la mer, à marcher pieds nus. On s’est mis à manger de tout. Café, chocolat, vanille, piment, curry, coriandre, ananas, banane, riz, tabac, opium, thé, toute la nourriture du sauvage a été adoptée.

    On ne s’est pas mis des os dans le nez mais des anneaux en inox partout. On ne s’est pas mis des plumes sur la tête mais sur les fesses. On s’est tatoué. On s’est mis au sport, aux activités dites de plein air. On est même allé jusqu’à se pigmenter la peau au soleil. Les parfums devenaient Eau sauvage ; Opium ; Brut ; Allure sensuelle ; Arabian Nights ; Bois des îles. Les tigres entraient dans nos moteurs. On prétend ne pas pratiquer pas l’animisme mais on se met à défendre les baleines, les glaciers, les nuages, les arbres et les rivières.

    Le chic du riche Indonésien c’est d’avoir des meubles fabriqués à Londres en bois du Brésil qui imitent le bambou. Le château de Louis XIV est certes visité mais depuis sa mort son style n’inspire personne au Monde. En matière d’ambiance, les gens vont de plus en plus vers ce qu’on appelle l’Ethnique qui est une autre manière de dire sauvage, primitif, premier (on se contorsionne pour trouver un terme encore vierge de péjoration). Seuls les objets absolument modernes tels la voiture, les avions et le téléphone ne tirent pas sur l’exotisme (et encore, on n’a pas su éviter le Tam-tam).


    Avant Colomb, les Européens se contentaient, comme exutoire primitif, du seul paganisme grec et romain que la scholastique avait autorisé via Aristote. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, nul ne pouvait représenter de nu contemporain. Il fallait obligatoirement le déguiser en Antique. Même Rodin a dû placer un fin ruban à la grecque dans les cheveux de son homme nu « l’Âge d’airain ».
    Avant ce titre, il avait essayé plusieurs noms : L’Âge de pierre - L’Âge de Bronze - L’Âge de fer - L’Homme qui s’éveille - Le Vaincu - L’Homme des premiers âges - Le Soldat blessé - L’Éveil de l’Humanité.
    Manet avait fait scandale avec son Déjeuner sur l’herbe parce qu’il représentait une française contemporaine nue. Le Sacre du Printemps avait fait scandale parce qu’il faisait primitif, ethnique, sauvage. Mais il l’a emporté sur le conservatisme affolé, Paul Emile Victor a osé se marier avec une Inuit et Julien Clerc a pu chanter « Ma métis est nue » sans se faire lyncher.

    L’avatarisation de l’attirance des raffinés pour le sauvage s’est faite dans la douleur, les a mis sens dessus-dessous et peut très bien avoir été à l’origine des guerres fratricides qu’ils se sont livrées (juste après la guerre fratricide des Américains -suite à La case de l’oncle Tom- pour admettre les sauvages de manière franche, directe, non détournée, dans leur groupe)

    A mon sens, même les Révolutions française ont eu pour origine le débat entre raffiné / brut. Cf la guerre terrible qui avait opposé Voltaire à Rousseau. Le premier immensément riche, raffiné, manipulateur, méchant, estimant normal qu’une majorité nourrisse une élite qui lui « donne du travail ». Le second sans le sou, sincère, estimant que la féodalité à ce point pervertie avait dévoré la liberté des individus nés dans la mauvaise caste et qu’ils ne pouvaient plus choisir leur destin.


    Le colonialisme féroce qui nous a tous tant blessés avait été précédé par notre décolonisation cultuelle. Dès les premiers Amérindiens présentés à la Cour, les pré-romantiques et les romantiques ont protesté contre les références omniprésentes à l’Antiquité, aux mises en scène abracadabrantes et hors temps. Ils en avaient marre des faux jardins en plantes taillées de Le Nôtre, Ils voulaient qu’on ait le droit de se passionner pour la nature, les rivières, les lacs, les le désordre naturel, les tempêtes, les gens et vies ordinaires. En fait, on était invité tant à la passion individualiste qu’à la sensualité envers tout ce qui nous passait sous le nez. Les jalons étaient posés pour que le climat passe brutalement à l’Orientalisme à l’occasion de la campagne d’Egypte. Le problème c’est que l’Orientale n’était pas du tout dans les mêmes dispositions. Restait alors à l’embrasser de force.



    L’exposé des affrontements nord sud par le biais du matérialisme et de la cupidité est très courant et n’a encore rien résolu.
    Si l’on aborde enfin cette bagarre millénaire en posant qu’il y a au fond une véritable attirance du civilisé pour le sauvage (attirance qui n’est pas réciproque) et que ce qui ressemble à de la haine est en réalité de l’amour inavoué, interdit, dénié, refoulé, ça pourrait faire bouger les lignes.

    Je veux dire que tout procès intenté à la France par l’Algérie ou le Vietnam qui ne mettrait en scène qu’eux et la France d’alors, sera faussé. A l’époque, il se passait quelque chose de bien plus important et qui concernait deux pôles extrêmes de civilisation, celui du machiniste et celui du tailleur de pirogue. Ou, pour réintroduire tout de même l’Algérie et le Vietnam dans le débat, la véritable confrontation provoquant catharsis se produisait entre les machinistes et les groupuscules les plus primitifs de l’Algérie et de l’Indochine. Les Algériens et Indochinois raffinés, ouverts au machinisme, se situant entre ces deux extrêmes et n’ayant jamais compris qu’ils se trouvaient sur le passage qui aurait permis aux Français de se confronter directement avec leurs gens les plus sauvages.
    Ainsi, Gérôme peignait des harems, mosquées et ryads avec force détails architecturaux mais en réalité, ce qui faisait fantasmer c’était les corps nus qui s’y promenaient sans regarder le caméraman, comme saisis en leur intimité, nous voyeurs alors. (Gérôme n’ayant jamais mis les pieds dans un harem).
    Le Français était archi mûr pour déferler dans les Orients pour assouvir ces fantasmes (d’autant que des malins s’étaient fait du fric en affabulant des aventures orientales très chaudes)
    Tous les arguments profonds de la relation amoureuse coûte que coûte étaient en place mais ceux-là, on ne pouvait les avouer à nos femmes. Alors on s’est précipité pour soutenir les arguments économiques « Allons en Orient pour nous enrichir ».
    Et l’Orient est devenu le lupanar payé par l’Etat de tous les soiffards d’exotisme. Rimbaud n’ayant pas spécialement failli.


    Vous dites des trésors des cités algériennes qui ont été pillées « Voilà où la France a profité ». Ca va rester un inépuisable malentendu car ces trésors, les Français les jettent. Oui, ils se sont montrés féroces et cupides pour piller Alger et le palais d’Eté de Pékin. Mais ne vous fiez pas à ces broutilles, à ces bêtises du genre humain. Ne surenchérissez pas de matérialisme. A part les conscrits, tous ceux qui ont participé à la colonisation avaient d’abord envie de vivre une expérience érotique extraordinaire, de gré ou de force. Très peu son rentrés riches, tous ont laissé des bâtards. Les seuls Français ayant reconnu leurs bâtards étaient de petite classe sociale. Aucun médecin, aucun avocat, aucun capitaine n’est rentré avec ses enfants de l’Orient. En Indochine, il y a eu plus de bâtards abandonnés et rejetés de tous côtés que de Français qui y sont passés.


    Il y a des gens qui démontent des rails pour en revendre l’acier par pure mercantilisme. Mais tous ceux qui ont volé un morceau de la Route 66 l’ont fait parce qu’ils l’aimaient et voulaient se marier avec. 

    Quand il est interdit (par les deux camps le plus souvent mais aussi par son propre serment endogamique), l’amour spontané et transgressif que ressentent forcément les individus en face de corps nus se complexifie et conduit à des attitudes paradoxales parfois violentes, tant contre soi-même que contre l’objet désiré que contre tout autre objet transfert que contre les masses qui l’interdisent. Les pilleurs et napalmeurs ne respectaient plus ni l’Algérie ni la France prises en tant que masse. Les dépités furieux se sont mués en tortionnaires et ont fait honte à tout le Monde. 

    En Algérie, même chez les groupes les plus sauvages, il n’y avait pas de nus déambulant dehors. Mais il y en avait au sud du Sahara et dans toutes les hauteurs de l’Indochine. Les Algériennes ont donc été peu photographiées, les autres indigènes beaucoup.
     
    Il ne faudrait jamais parler de haine sans parler également du dépit amoureux qui l’a précédé donc de l’attirance exogame initiale.
     



  • easy easy 29 juin 2012 21:20

    Si un philosophe est quelqu’un qui propose une manière de pensée originale, il n’y en a qu’une dizaine dans l’Histoire et MO n’en fait pas partie.
    Si un philosophe est quelqu’un qui sait démonter les manières de penser originales ou ordinaires, alors il y en a beaucoup et il en est un.

    Taxer d’antisémitisme ou antijudaïsme une personne qui démonte des religions abrahamiques dont le judaïsme n’est pas totalement faux. C’est biaisé et stigmatisant victimiste mais ce n’est pas absolument faux.

    Un indifférent ne parlant jamais des religions abrahamistes mais vivant nonobstant elles, est-il anti abrahamiste ?
    Grosse question philosophico juridique où l’on pourrait déjà faire deux cas.
    Un premier où cet indifférent serait inconscient de son indifférence à Abraham et dont on pourrait dire qu’en tant qu’ignare il n’est pas anti quoi que ce soit.
    Un second où cet indifférent serait considéré conscient de son indifférence et là, il y a la possibilité de l’accuser de refus, de rejet ou de résistance. Là on pourrait le traiter d’anti.

    Or, il est possible de considérer que tous les non abrahamistes européens connaissent ces propositions mais refusent délibérément d’y adhérer. Ils seraient alors anti. Anti passifs si les abrahamistes sont tolérants, anti actifs si les abrahamistes sont sévères. 


    Quiconque professait un des trois abrahamismes à une époque autour de la Méditerranée était considéré comme anti les deux autres et pouvait être mis à mort si isolé.
    Quiconque n’était d’aucun abrahamiste était considéré conscient de sa marginalité donc rebelle. Comme il était forcément isolé, il était facilement mis à mort.
    En somme, toute personne ne s’affichant pas clairement pro pouvait être considérée anti et mise à mort si isolée.



    De nos jours, en France, un non abrahamiste, tant qu’il ne parle jamais d’Abraham, peut assez souvent être considéré « refusant passif ». Mais dès qu’il en dit quelque chose, il est considéré « anti actif ».

    Et je crois que c’est vrai.
    Je crois qu’en tant que connaissant des abrahamismes, quiconque en dit le moindre mot contre, peut et doit être considéré anti.
    Reste qu’on peut encore faire toute une hiérarchie entre des anti.
    On peut par exemple être anti Chirac et le dire mais attendre tranquillement les élections pour le sortir, sans jamais rien faire d’autre contre lui, pas même lui lancer une tarte à la crème. On est alors un anti des plus patients et sages, des plus démocrates aussi.

    Au lieu de protester vainement et paradoxalement contre les accusation d’anti, il me semble qu’il serait temps d’admettre que si l’on ne suit aucun abrahamisme et si de surcroît on dit ici et là que c’est de la superstition, on est anti. Petitement anti, grandement anti, selon ce qu’on en dit ou ce qu’on entreprend mais anti. 

    Si l’on n’en vient pas là, on va constamment se retrouver isolé par un procès qu’on estimera être un faux-procès.

    Le point de l’isolement est capîtal des peurs, des risques, des menaces et des stratégies
     
    Si nous en étions déjà au point où personne ne discuterait le fait qu’en disant parfois ou souvent des choses en défaveur des abrahamismes on serait effectivement contre, ni Onfray ni personne ne se retrouverait stigmatisé ou accusé d’anti ceci cela. 

    Ne seraient plus accusés que ceux qui iraient plus loin que les seules critiques verbales ou écrites.

    C’est à mon sens en raison de la lâcheté commune et séculaire de tous des croyants comme des mécréants mais de ces derniers en particulier que des stigmatisations en « antisémitisme » sont possibles. Acceptons d’être qualifiés d’anti si nous critiquons négativement


    Vous DSS, si vous êtes abrahamiste, vous n’avez pas à vous dire anti ou alors de deux abrahamismes sur les trois. Mais si vous n’êtes pas croyant et s’il vous arrive d’émettre des critiques contre tout ou partie des abrahamismes, alors il ne faut pas refuser de vous dire anti.




    A part ça.

    L’assertion « Je ne suis pas d’accord...mais je me battrai... » est attribuée à Voltaire, probablement à tort ou en étant trop sortie de son contexte de l’époque.

    Voltaire a assisté au procès inique suivi de la torture délirante de Damiens et il n’a strictement rien dit ni écrit pour défendre ce malheureux qui n’avait même pas d’avocat. Ainsi quand il s’était agi de défendre un Calas ou un de la Barre contre les grenouilles de bénitier, il en était. Mais quand il s’est agi de défendre un père qui se vengeait d’un roi qui avait possiblement abusé de sa fille, il n’en était plus.


    Il se pourrait que vous et MO, vous soyez comme en souffrance, en difficulté, surpris ou fragilisés parce que vous vous feriez des illusions tant sur les Grecs anciens que sur les Lumières. 
    « Comment, venant d’Athènes, de Rome et des Lumières, avons-nous pu retomber si bas ? »



    Je ne suis pas helléniste mais quand je vois ce qui s’est passé au procès de Socrate, j’ai des haut-le-coeur. Pourquoi passe-t-on sous silence ce fait ? Pourquoi érigeons-nous l’Antiquité grecque et romaine en exemples absolus ? 

    Parce que ça nous arrange.

    Exemple en image. Avant Manet, les artistes pouvaient représenter des nus. On en voyait partout alors que les Français n’étaient pas du tout naturistes. Comment cette exhibition de nudités était-elle possible ? Grâce à l’hellénisme. On se servait de ce qu’on voulait des Anciens pour dessiner ou sculpter des interdits. Et on se servait aussi de l’énorme fonds mythologique qui avait toujours servi à des chefs pour se prétendre descendants d’Apollon ou d’Enée. 
    Freud, quand il ne savait pas comment s’autoriser, puisait dans ce fonds.
    Et ces représentations de personnages nus sur décor antique ne devaient montrer que des gens étant nus comme ça, par habitude, pas du tout pour faire l’amour, pas du tout pour prendre du plaisir. Le spectateur ne doit pas être surpris par d’autres spectateurs à regarder avec concupiscence. On est censé regarder une oeuvre à plusieurs personnes et on est censé penser alors aux devoirs à accomplir, pas bander. Et si on bande, on doit s’en cacher.

    Un jour, Manet décide de rompre avec cette hypocrisie. Il représente un déjeuner sur l’herbe où il y a une femme nue mais il n’utilise plus le biais helléniste. Il entoure cette nudité d’hommes portant des habits XXème et visiblement invités à la bagatelle. Quel scandale !
    (Quant à Courbet, son Origine du monde, il a dû le planquer)

    Et je te passe le scandale du sacre du Printemps qui n’utilisait plus l’Antiquité grecque mais quelque chose d’autre.
    Même Racine, pour placer son style non classique en dépit du décor qui le restait en avait bavé.
     
    Je subodore donc que toute la vulgate hellénistique et romaine dont nous sommes gavés est bidonnée et qui nous faudrait tout vérifier à la source. 




    Car bien plus près de nous, il y a eu un énorme bidonnage sur les Lumières.
    Si vous lisez tout ce qu’a écrit Voltaire, vous allez vous sentir très mal. Et si vous vérifiez les définitions de l’encyclopédie de Diderot à laquelle ont contribué des dizaines de Lumières, aussi.
    Il n’aurait jamais été nécessaire de faire autant de révolutions et de guerres entre européens si les Lumières l’avaient été réellement. 
    Elles ont été essentiellement anticléricales. Mais il n’était pas question pour nos Lumières de considérer que la gueusaille devait faire autre chose que les nourrir et les servir. Si Kant a pu écrire « La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie » c’est qu’il n’y avait guère que Rousseau à cette époque pour être vraiment humaniste. 


    Mais.

    Si nous commençons à démonter l’hellénisme bricolé et les Lumières bricolées, que va-t-il nous rester pour donner dans les grandes orgues ? 
    Comment évoquer, la poitrine gonflée d’assurance, qu’il faut laisser un accusé s’exprimer parce que Voltaire bla bli bla blo si on l’a déjà déboulonné ?


    Nous sommes installés sur un empilement de faux. Mais nous nous démerdons tant bien que mal sur cette installation. Démonter nos fondations avec la prétention de tout refonder sainement, va déjà nous envoyer à la panique car plus rien ne tiendra dans l’intervalle. 

    Il faut entreprendre de refaire nos pilotis mais lentement, un à un. 

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