LE CHAT, Vous cherchez à esquiver les arguments qui vous ont été opposés au dessus. Pour commencer : que répondez vous au fait qu’en laissant Sarkozy se faire réélire, si comme le FN le FdG avait joué les Ponce Pilate, le PS aurait encore pu se présenter comme une alternative ?
A Andréï, C’est tellement facile le « tous pourris ». Mais s’il est vrai que du côté UMP ou PS, la motivation principale est le pouvoir à des fins personnelles (car autrement à quoi bon s’engager en politique quand on pense que c’est le marché et l’objectif d’un maximum de profits pour les gros détenteurs de capitaux qui doit primer sur tout ?), quoique même à l’UMP et au PS, il y a des gens qui restent sincères, on ne peut pas en dire autant du FdG comme du FN : là, au contraire, si c’était des gens qui veulent à tout prix le pouvoir, eh bien ils iraient jouer des coudes à l’UMP ou au PS, parce qu’il n’y a qu’ici à peu près qu’il y a des places.
Mais vous ne voyez pas en plus que vous justifiez cela même que vous dénoncez.
D’une part, parce que de toutes façons, il n’y a pas de pays où il n’y a pas de pouvoir législatif et exécutif : en disant « tous pourris », vous n’empêcherez pas qu’il y ait des dirigeants, mais au lieu de favoriser ceux qui luttent pour des idées plutôt que pour leur pouvoir personnel, vous justifiez de fait l’état actuel des choses en ayant l’air de dire que ça ne peut pas être autrement, que jamais la politique ne peut servir au bien commun.
D’autre part, cependant, vous citez De Gaulle, mais justement, c’est cet homme là qui est le premier responsable de la situation où en est la politique française aujourd’hui : l’organisation monarchique du pouvoir, la prééminence du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif, l’extrême porosité entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire, l’irresponsabilité constitutionnelle du président de la république etc., c’est lui. Si la politique est aujourd’hui une affaire qui peut si souvent être juteuse pour le politicien et calamiteuse pour le citoyen, c’est parce que c’est inscrit dans la constitution même de la cinquième république : rien n’y empêche toutes les dérives que nous connaissons et certaines dispositions les favorisent.
Aujourd’hui, qui propose un changement de république, afin de donner au peuple un beaucoup plus grand contrôle sur sa classe politique : MLP ou JLM ?
A Fred74 et les autres partisans sous pseudo du FN, Sur la question du rapport fascisme/FN. Dans National-socialisme, il y avait d’abord « national » : le nationalisme, c’est l’idée que la pureté de la nation (et donc le maintien d’une faible présence d’étrangers sur son territoire ainsi qu’une forte indépendance à l’égard des autres nations) est la solution aux problèmes les plus importants du pays. C’était une idée commune à Hitler et à Mussolini, ainsi qu’au FN et au MSI (Mouvement social italien, ouvertement néo-fasciste, auquel le FN a emprunté son logo et le côté « social » de ses idées).
Etes vous nationalistes oui ou non ? Si oui, comment pouvez vous affirmer qu’il n’y a « aucun rapport » entre le FN et le fascisme historique ?
Quant au terme « socialiste », vous savez fort bien qu’à l’époque le terme était compris ou du moins interprété comme « ce qui est favorable à la société », ce qu’évidemment tout parti était prêt à endosser dès lors que le terme est vidé de sa signification économico-politique (socialisation des usines, ce qu’évidemment le nazisme n’a jamais fait, ayant seulement nationalisé, comme tout pouvoir conservateur a pu le faire, les usines en difficultés économiques), comme aujourd’hui le terme « populaire », vidé de sa signification politique réelle, peut même être repris par l’UMP ! Les partis nazis et fascistes ont toujours été classés à droite, jamais à gauche par tous les observateurs politiques.
D’autre part, le FN partage non seulement ses idées fondamentales avec les partis d’extrême droite des années 30 mais il a été constitué en 1972 par des groupuscules qui étaient des héritiers directs de ces partis, Ordre nouveau avec sa croix celtique et le PFN. Vous pourrez me moinsser tant que vous voulez, ça ne suffira pas à changer la réalité historique.
Enfin, quand on voit comment à l’occasion de l’affaire Méric vous prenez la défense systématique des néo-fascistes les plus extrêmes, et comment vous vomissez ceux qui font profession d’anti-fascisme, certes de façon naïve voire contreproductive mais de façon indiscutablement sincère, comment ne pas vous rendre compte vous-mêmes de votre sympathie pour le fascisme historique ? Quand on voit les inévitables tatouages néo-nazis ainsi que les discours xénophobes à la fête du 1er mai, comment douter qu’il y ait encore des rapports entre FN et fascisme ? Regardez cette vidéo, au delà de la forme dépassée, si vous pouvez comprendre l’original ou les sous-titres anglais : sur le fond économique et politique, indépendance économique et militaire, recherche de l’autarcie économique etc., qu’est-ce que vous ne partagez pas ? Pouvez vous me citer des idées fondamentales, en dehors de la question juive, communes au fascisme et au nazisme que vous ne partagez pas ?
Pourquoi n’assumeriez vous pas votre héritage nationaliste qui remonte bien avant les années 1930 ? Pourquoi ne considéreriez vous pas enfin les expériences du pouvoir politique, d’Hitler, de Mussolini, de Franco et de Pétain uniquement comme des expériences avec leurs nécessaires lots d’erreurs voire des trahisons des idéaux qui sont les vôtres ? Franchement, qu’est-ce qui vous empêcherait aujourd’hui de dire « à part l’antisémitisme et la politique de colonisation, les partis fascistes ou nazis au pouvoir ont fait pas mal de bonnes choses ? » Qu’est-ce vous dites alors ?
Anaxandre, Connaissez vous beaucoup de pays où le chef de l’Etat peut déclencher une guerre sans avoir besoin de l’accord de qui que ce soit ? Où ce même chef est irresponsable juridiquement pendant tout son mandat et quasiment intouchable par la suite, du fait entre autres de son accès de droit à de hautes fonctions comme le conseil constitutionnel ?
D’autre part, puisque vous semblez connaître le chapitre VI du livre IV sur le contrat social de Rousseau (« il est prudent de prévoir qu’on ne peut pas tout prévoir » (par la loi)), vous savez que dans une république authentique, le chef du pouvoir exécutif ne saurait être au dessus du pouvoir législatif, car seule la loi peut être expression de la volonté générale. Or dans notre « république », non seulement le gouvernement sur lequel règne sans partage le monarque élu a l’initiative des lois mais encore il peut apporter son véto à des projets de lois issus du parlement et le chef de parti qu’il est officiellement ou officieusement est parfaitement en mesure d’écarter du droit de se présenter sous son étiquette tout député qui ferait preuve d’un peu trop de réflexion personnelle dans ses votes. Situation renforcée par l’inversion du calendrier électoral comme c’est bien connu.
Il y a aussi le pouvoir de dissolution de l’assemblée et bien d’autres choses fort connues en général qui m’amènent à m’étonner de votre étonnement. Mais peut-être confondez vous pouvoir et puissance.
Anaxandre, La déclaration des droits de l’homme et du citoyen indique certes qu’il y a des droits spécifiques aux citoyens français mais aussi aux hommes en tant que tels, ce qui implique que la vocation républicaine est effectivement universelle. Oui, il doit rester des spécificités liées à la géographie et à l’histoire de chaque peuple : de comment on fait les fromages (l’Europe n’a pas à s’en occuper) à savoir si on accepte ou pas le mariage homosexuel. Mais partout le droit aux libertés doit être le même ; or, la possibilité de recourir à la guerre sous ses différentes formes et la nécessaire interdépendance économique des nations empêche qu’un pays applique parfaitement les droits humains (à vivre décemment, et donc au logement, à l’éducation etc.) si ses voisins ne s’entendent pas avec lui pour y parvenir. C’est pourquoi la révolution a tout de suite eu vocation à s’exporter, ce qui s’est fait d’une certaine manière dans les mentalités européennes, par l’exemple et non par la guerre, contre laquelle Robespierre a tout fait pour s’opposer.
Bien sûr d’autre part que quand je parle de réalisme, je ne parle pas de celui des dirigeants qui ne sont là que pour confisquer notre souveraineté. Ils s’appellent réalistes mais ils ne sont qu’opportunistes.
Et vous en appelez à la dictature au sens romain, mais celle-ci avait vocation à durer une période n’excédant pas quelques mois. Or la cinquième république, taillée par et pour De Gaulle n’est rien d’autre qu’une dictature permanente au sens juridique : le président qui a juridiquement le plus de pouvoir au monde est le chef de l’Etat français et on voit tout ce que ça a permis en termes de puissance réelle de la république française. Pas mieux d’ailleurs pour ce que ça a donné concernant la droiture de la plus grosse partie de notre classe politique. Un ramassis de petits et gros arrivistes qui ne pensent qu’à être calife à la place du calife.