Cher Hervé, Oui, on peut parler de viol si une personne est forcée par un tiers à offrir une prestation sexuelle et qu’une personne accepte cette offre en toute connaissance de cause, de même qu’on pourra qualifier d’esclavagiste toute personne qui bénéficie d’un service tout en sachant que la personne qui rend ce service y est contrainte par un tiers utilisant sa faiblesse.
Mais vous semblez bien confondre avec les créateurs de la proposition de loi dont nous débattons, esclavage sexuel et prostitution. Montrer à l’assemblée des victimes de cet esclavage pour en appeler à la condamnation générale de la prostitution, cela reviendrait à la même chose que montrer des femmes séquestrées par des pervers maniaques pour faire une loi qui viserait à abolir le mariage, cet instrument d’exploitation de la femme par l’homme.
La prostitution est "le fait pour un individu de l’un ou l’autre
sexe, de consentir à avoir des relations sexuelles avec des partenaires
différents, dans un but lucratif et d’en faire son métier" : donc, sans consentement, il n’y a pas de prostitution et sans avantage lucratif pour la personne offrant un service sexuel, il n’y a pas prostitution mais seulement esclavage sexuel. Si une femme n’est pas traitée comme propriétaire des gains que lui permet de réaliser son activité mais si ces gains reviennent à proxénète, alors celui-ci se comporte en maître propriétaire de son esclave, ce qui n’est plus de la prostitution telle que j’en ai parlé pour dire qu’elle était légitime.
Si donc il y a une situation d’esclavage sur le territoire français, il existe déjà des lois qui permettent de combattre cela efficacement et même de pénaliser très sévèrement ceux qui exploitent en connaissance de cause cet esclavage. Créer des lois spéciales pour les prostituées ne fait qu’introduire de la confusion sur un terrain déjà assez difficile. Et à ma connaissance le projet de loi actuel ne fait aucune distinction entre esclavage sexuel et prostitution proprement dite.
Je ne cherche donc pas à défendre l’indéfendable, c’est-à-dire la traite des êtres humains, mais le droit pour toute personne qui le souhaite d’offrir des prestations sexuelles et d’en tirer un avantage pour son compte. En revanche, il est indéfendable moralement de prétendre vouloir qu’on respecte la dignité humaine de la personne prostituée pour au final, la traiter avec condescendance comme quelqu’un qui ne peut savoir ce qu’elle fait.
Non vous n’êtes pas un vieux con si vous êtes opposé à la marchandisation du corps, si cela signifie exploiter la misère et la faiblesses humaines. Mais une chose est de vendre un de ses organes, autre chose est de rendre momentanément un service en échange d’un autre avantage. Que fait une femme de ménage si elle vient faire le repassage chez vous : une marchandisation de son corps ? Et le masseur qui utilise ses mains pour vous soulager le dos contre votre argent ? Il fait de ses mains une marchandise ? Soyons sérieux.
Ensuite, je n’ai jamais dit que le consentement suffisait pour qu’un acte soit légitime. Mais j’ai parlé du consentement éclairé ainsi que de ne pas nuire à la liberté d’autrui. Si je fais quelque chose volontairement à quelqu’un et en connaissance de cause, sans tenir compte de son consentement éclairé, c’est bien sûr illégitime. J’ai bien dit dans l’article, puisque vous parlez de l’inceste, que toute sexualité impliquant des enfants est illégitime, car un enfant ne peut consentir de façon suffisamment éclairée. Dans le cas de la vente d’organe, tout contrat est nul et non avenu en termes de légitimité au même titre que le serait un contrat de vente de soi même pour devenir esclave car il est absurde de perdre tout usage de soi-même ou d’une partie de soi-même pour obtenir un quelconque avantage, puisqu’alors on ne peut plus en jouir. Il ne peut donc y avoir de consentement éclairé en l’espèce.
En revanche, vouloir faire le bien des personnes prostituées en les marginalisant du droit commun et en précarisant encore un peu plus leur activité, en les confondant systématiquement avec de pures et simples victimes, sans tenir compte de l’avis de syndicats représentatifs comme le STRASS, ce n’est pas avoir beaucoup d’égard pour la dignité et le consentement réfléchi de leur personne.
Vous réagissez à un article, Bakerstreet, qui ne soutient à aucun moment que la prostitution pourrait être légitime parce qu’elle est le « plus vieux métier du monde ». Je n’ai jamais employé cette expression et j’ai même pris soin de dire que « ce n’est pas parce que la prostitution est réputée ancienne qu’elle est légitime ».
Ensuite, il n’y a en aucun cas à distinguer des besoins fondamentaux, qui eux constitueraient des droits, et des besoins secondaires qui n’auraient pas à entrer dans le champs du droit. Est un droit tout ce qui ne nuit pas à la liberté d’autrui. Or une personne qui se prostitue, c’est-à-dire qui choisit délibérément de faire commerce de ses capacités sexuelles, c’est quelqu’un qui ne nuit à la liberté de personne et une personne qui répond à cette offre, dès lors qu’elle ne peut être interdite, ne s’oppose à la liberté de personne.
Toute la propagande de Catherine Coutelle et du lobby catho-féministe qu’elle représente, repose sur l’assimilation et la confusion entre prostitution telle que je viens de la définir et l’esclavage sous quelque forme que ce soit qui est tout le contraire d’un métier où on propose délibérément un bien dont on est propriétaire contre un autre bien, ce qui s’appelle le commerce. Bien sûr, il y a des personnes dont on dit qu’elles sont prostituées par des proxénètes contre leur gré ou en exploitant leur faiblesse, mais c’est un abus de langage comme lorsqu’on dit qu’on désigne un volontaire. C’est un abus de langage, car ce n’est pas elles qui font commerce de leur corps mais quelqu’un qui les loue comme il louerait des voitures qui sont sa propriété.
Une personne qui fait du ménage sans que le fruit de son travail ne lui appartienne directement, ce n’est pas quelqu’un qui a un métier et des droits respectés, ce n’est pas un homme ou une femme de ménage ou encore un agent d’entretien, mais c’est un esclave. Il ne s’agit en aucun cas ici de dire que l’esclavage et l’exploitation sexuels sont légitimes, vous le savez très bien, mais de dire que la prostitution relève fondamentalement du droit à disposer de son propre corps. Contre l’esclavage et l’exercice de la contrainte par un particulier, quelle que soit sa forme ou les organes humains qui y sont engagés, il y a déjà des lois qui les interdisent et permettent de les combattre.
Je ne répondrai pas par égard pour vous aux procès d’intention que vous glissez à la fin de votre post sur ceux qui défendent le droit des prostitué(e)s à être traité(e)s comme des adultes responsables de leurs actes.
Tout à fait d’accord sur l’ordre des priorités, c’est seulement le jour où la précarité sociale, pour ceux qui travaillent comme pour les autres, reculera, que la prostitution comme la misère sexuelle reculeront. Mais donner à chacun les moyens de vivre décemment, n’est pas si difficile que cela en soi. Les gouvernements néolibéraux, UMP, PS voire FN, ne le font ou ne le feront pas parce que ce n’est pas dans leur programme. Pour eux, il faut que l’argent aille à l’argent, et donc que la misère soit toujours plus misérable ; la « richesse de la nation » pour parler comme Smith, est la fin dernière de toute politique économique. Mais si collectivement on décidait de faire passer l’humain avant tout et de mettre l’argent au service du droit de chacun à vivre dignement, il n’y aurait rien de très difficile à permettre à chacun d’avoir des conditions de vie décentes. Nous ne le décidons pas collectivement parce que nous nous laissons facilement prendre aux pièges du chacun pour soi, qui permet à la classe dominante de continuer d’exercer sa domination, et du fatalisme consistant à dire qu’il faut accepter cette triste situation pour une partie grandissante de la population ou bien mourir de faim en une semaine si nous osions nous retourner contre nos maîtres.
Jelena, vous êtes d’une mauvaise foi qui dessert complètement votre
cause et votre crédibilité. Vous savez très bien que ce n’est pas parce
qu’on dénonce l’infantilisation d’une catégorie de la population qu’on est indifférent aux autres problèmes de la société. Et oui, s’attaquer au droit en lui-même de disposer de son corps, c’est une régression qu’on aurait attendu de la droite la plus réactionnaire et qui à vrai dire inquiète sérieusement de nombreux féministes. L’avancée sociale pour cette catégorie précarisée que sont les prostitué(e)s, ce serait comme je le dis dans l’article, un véritable statut juridique leur permettant de s’associer pour faire reconnaître leurs droits, les mêmes droits que n’importe quel travailleur n’ayant à la base que très rarement choisi l’activité qui lui permet de vivre.