Ouh là, mais moi je ne dis pas que la religion justifie le partage des terres du monde. Justement, si vous lisez attentivement mon article (je reconnais que c’était peut-être juste implicite) ce que j’essaye de montrer est que se fondant sur des bases religieuses, sans être religieux pour autant, le sionisme conduit à un Etat non laïc qui a par ricochet ravivé les intégrismes religieux autour de lui, avec l’aide de l’Etat nord-américain, assez peu laïc aussi à vrai dire. Autrement dit, au XXème siècle, avec la mondialisation des échanges et tout, un Etat fondé sur autre chose que la laïcité, ne pouvait que conduire aux rancoeurs, aux haines et ainsi à la guerre permanente.
Dans ce cadre, le fait que des ministres voire le président de la république française arborent des signes religieux, que ce soit la kippa ou autre, est des plus inquiétants. Non je ne pense pas que la religion soit en soi une source de mésentente entre les hommes ; ce qui l’est, c’est le mélange du politique et du théologique.
Ensuite les bras m’en tombent, alors là je ne sais pas trop comment être plus explicite mais vous croyez que j’ai identifié antisémitisme et antisionisme : relisez de plus près, j’expose la raison pour laquelle certains sionistes, pas tous, identifient antisionisme et antisémitisme et ensuite je réfute cet argument en rappelant que les premiers antisionistes sont des juifs, croyants ou pas.
Enfin, je vous rejoins aussi tout à fait pour dire que l’argument historique ne peut en soi fonder légitimement la propriété d’une terre quelconque pour un groupe d’hommes donnés. Voir ce qui précède, mais j’avais pourtant bien commencé mon article en me disant en désaccord avec le sionisme, non ?
En l’occurrence le sionisme n’est pas une religion même s’il a culturellement une origine religieuse. Et ce sont des religieux, des juifs orthodoxes, qui sont les premiers à dénoncer le sionisme comme une chose qui ne peut apporter la paix parmi les hommes.
Le sionisme est un mouvement politique, pas une religion.
Qui vous a dit le contraire ? Qu’y a-t-il de religieux dans la définition du sionisme comme doctrine selon laquelle Israël appartient en droit aux juifs ? J’ai bien dit qu’on pouvait fonder cette propriété non pas seulement sur la croyance religieuse mais aussi sur la réalité historique humaine. Toutefois, il demeure un fondement théologique à la judéité, même chez ceux qui se disent athées, c’est la pratique rituelle de la circoncision qui se perpétue y compris dans les familles athées sans quoi elles cessent effectivement d’être juives. Car il n’y a aucun fondement linguistique ou ethnologique à la judéité. Etre juif, c’est reconnaître son appartenance à une culture et une histoire qui à l’origine est effectivement religieuse à travers le signe de la circoncision, même si on n’est pas soi-même croyant.
Evidemment, j’espère que les propos de Tesson seront condamnés par la justice. Et je ne dis pas du tout à Dieudonné de se taire, je l’appelle seulement à plus de cohérence. Il affirme qu’il est contre la violence et il appelle au calme, or par certaines expressions dont il sait très bien comment elles seront interprétées, il se rend encore plus incompréhensible pour ceux qui croient effectivement pouvoir voir en lui un antisémite absolu, ainsi il attise la haine.
Une certaine dose de haine peut être utile pour réveiller les consciences, mais très vite elle les étourdit et finit par conduire à la violence. Alors que veut Dieudo, qu’on discute calmement et rationnellement des problèmes ou qu’on se foute tous sur la gueule ?
Ensuite, Dieudonné aborde les questions sous l’angle de l’humour, il est légitime qu’on ne lui réponde que par l’humour comme le fait Bedos, même si dans le contexte cela manque singulièrement de panache.
Mais moi, je réponds sur le mode de l’argumentation à ceux qui ne parlent pas du problème israélo-palestinien sur le mode de l’humour mais sérieusement, comme vous. Je montre d’une part qu’on ne peut confondre antisionisme et antisémitisme après avoir essayé de comprendre ce qui font cette confusion et je montre d’autre part qu’on ne peut confondre sionisme et intégrisme ou racisme (croire en une race supérieure).
D’une part en effet parce que le sionisme est une idée politique et d’autre part parce qu’en soi, le principe sioniste selon lequel « les juifs ont droit à une terre qui leur appartienne » n’a rien en soi de scandaleux, ce qui l’est ou plutôt ce qui amène au scandale, c’est que ladite terre soit posée comme n’appartenant qu’aux juifs ou au moins préférentiellement, excluant ainsi les hommes d’autres cultures. Ce que je dis, c’est que les sionistes d’Israël ou d’ailleurs, croient être dans leur bon droit, et qu’au départ ils ne veulent le mal de personne, mais que force est de constater que leur politique conduit à beaucoup de maux qui pourraient être évités en admettant le principe d’un Etat véritablement laïc.
Comme c’est de mon article sur la nature du sionisme que nous discutons et non du discours de Dieudonné en particulier, que répondez vous à cela ?
Je pense en effet qu’on ne peut rien dire de valable sur cette question si on ne commence pas par distinguer juif, israélien et sioniste. Mais pour ma part je pense qu’il y a une ambiguïté dans ce vous dites : un sioniste accepte le principe que l’Etat d’Israël n’appartient
pas à ses citoyens mais au peuple juif tout entier, et l’expression
obligatoire qui en découle est « la loi du retour » puis Les
affaires de l’Etat sont du ressort exclusif de ses citoyens – les
détenteurs de la carte d’identité israélienne, dont 80% de juifs et 20%
de Palestiniens israéliens et d’autres.
Alors si je comprends bien un sioniste dit « Israël au peuple juif » et l’Etat d’Israël dit « Israël à tous ceux qui ont une carte d’identité, même les non-juifs ». Mais pour les sionistes, qui sont majoritaires en Israël, l’Etat doit dire « Israël aux juifs », les autres ne seront que tolérés, ils n’auront pas de légitimité a priori à y être. C’est ce fondement rituel et donc non laïque de la citoyenneté israélienne qui pose problème.
Certes il y a beaucoup d’Etats autour qui ne sont pas laïques mais étant donné le caractère artificiel de la fondation de l’Etat d’Israël au XXème siècle, seul un principe laïc de séparation du théologique et du politique aurait pu permettre de le rendre acceptable pour les autres. Le sionisme, même s’il est modéré, me semble donc porteur de passions tristes. Et quoiqu’il se soit passé en 47, force est de constater aujourd’hui que l’application du sionisme conduit à la tristesse et donc à la haine même si ce n’est pas ce que veulent les sionistes.