@Hamed Pour ma part, j’admets une toute puissance dépassant infiniment l’homme et dans la situation que vous décrivez, dans l’angoisse de perdre la vie de façon parfaitement inutile et évitable, il ne me viendrait pas à l’idée de demander à cette toute puissance de changer l’ordre de l’univers qui émane d’elle pour faire plaisir à la poussière que je suis. Il est vrai que je ne me reconnais dans aucune des religions qui font de l’être suprême un être qui devrait ressembler à l’homme jusque dans ses limites les plus pathétiques, comme le besoin d’être admiré et complimenté. J’assume essayer d’affecter l’ordre des choses par ma pensée et mon action, c’est dans ma nature, mais c’est de ma responsabilité directe, avec mes désirs, mes connaissances et tout ce que j’ignore. Et que ce soit le sens du cours des choses ou celui des textes religieux, c’est toujours l’homme, avec son petit intellect et son imagination, qui le suppose et l’exprime.
Quant à suggérer que les athées sont un tant soit peu comme les gens de Daesh, c’est pour le moins un grand raccourci. Certes, la foi des islamistes terroristes est bien faible comme l’avait bien observé Charb dans un texte : au lieu de s’en remettre à leur dieu, ils le supposent tellement faible qu’ils se sentent obligés de faire le boulot à sa place. Mais s’ils n’avaient aucune foi, ils ne feraient pas tant de cas des libertés qu’on prend avec les symboles d’une religion quelconque. Et du fait qu’il n’a qu’une vie, un athée y tient et y fait beaucoup plus attention qu’un croyant qui se croit beaucoup plus facilement dans une sorte de jeu de tir où on se relève après chaque mort, après chaque erreur d’évaluation, tant qu’on a envie de jouer. D’une façon générale, il faut bien constater que pour un croyant la vie humaine a moins de valeur que pour un incroyant : un musulman me disait récemment que si un enfant meurt à 10 ans, c’est une bénédiction car il sera plus vite près de Dieu.
Quant à agir pour réaliser un projet quelconque, un athée en est exactement au même point que le croyant : il ne sait pas comment les choses vont tourner, ce n’est pas parce qu’il ne s’en remet à aucun dieu qu’il a la moindre garantie de la réussite de son action. Le croyant ne peut jamais être sûr que son dieu anthropomorphe trouvera assez plaisant pour lui de le soutenir jusqu’au bout, mais il pense toujours se donner cependant une sorte d’assurance supplémentaire en agissant au nom de ce dieu. Et c’est cette assurance là, certes bien faible, qui donne au djihadiste terroriste le sentiment qu’il peut faire le pire en toute bonne conscience. Et au cas où il se tromperait tout de même, c’est comme dans un jeu de tir, il pourra se relever et tenter au prochain tour de mieux s’y prendre.
A moi maintenant de vous poser une question Hamed : si j’ai bien compris, vous pensez qu’il y a une providence divine qui protège l’humanité pour l’instant et qui en attend certaines choses. Cette fois, on serait humainement dans la situation du pion sur un jeu d’échec et on suppose que Dieu serait le joueur d’échecs, avec un plan de jeu pour remporter la partie qu’il pourrait jouer contre lui-même ou contre le diable. Mais un joueur d’échec ne sait pas absolument l’issue du jeu, sinon il n’y a juste pas de jeu, et il poursuit un but, une finalité : remporter la partie et/ou s’amuser en jouant. Or Dieu est un être qui nous dépasse entièrement parce qu’il possède une nature infinie. Je vois mal un croyant sérieux soutenir que Dieu pourrait être un être limité et fini. Mais l’idée de providence implique celle d’un but à atteindre et d’un plan pour y parvenir. Cela implique que l’être qui dirige cette providence est limité par ce but : comme un homme, il n’accepte pas tout, il veut ceci et non cela, il est donc limité par ce qu’il veut. Ne voyez vous pas la contradiction ? Un être absolument infini au contraire a déjà tout ce qu’il veut, il ne saurait éprouver le manque et l’insatisfaction qui caractérisent ceux qui ont une victoire à remporter contre leurs ennemis ou eux-mêmes (vaincre l’ennui par exemple) parce qu’ils ne sont justement pas tout puissants. Ainsi, parler de providence n’est-il pas encore une forme d’anthropomorphisme bien peu respectueux de la toute puissance divine ?
Non je pense que vous vous trompez Chantecler, comme beaucoup de gens avec vous. Le discours sur l’absence de marges de manœuvre des politiques est un secret de polichinelle, je l’entends depuis 30 ans, mais il ne sert qu’à donner un opportun sentiment d’irresponsabilité des politiques au pouvoir. Opportun pour ces politiques évidemment, puisqu’il permet de les reconduire invariablement, même si la couleur de leur boutons de chemise peut quelque peu changer. C’est comme ça en fait depuis Mitterrand : ceux comme Garaud, Juquin ou Mélenchon et quelques autres qui proposent de redonner à la politique le pas sur l’économie sont taxés d’irresponsables, mais au final le bon populo finit par juger irresponsables les politiciens « sérieux » qu’il a cru bon d’élire. Faut dire qu’au final, s’il fallait admettre l’évidence que les politiques se lient eux-mêmes les mains pour laisser le pouvoir financier augmenter sa main mise sur les peuples, histoire de permettre à leur parti de recevoir quelques dividendes, il faudrait admettre que c’est le peuple lui-même qui est responsable de cette mascarade morbide.
Le faible niveau d’audience de cet article m’étonne, Agoravox est-elle principalement peuplée d’étudiants et de retraités ? La question de l’organisation du temps scolaire est à la base même de la république. Il est vrai que l’appellation « réforme des rythmes scolaires » a bien été pensée pour créer un sentiment d’ennui tel qu’on laisse faire sans discuter. Cette réforme est pourtant le symbole de l’activisme gouvernemental contre ce qui marchait encore à peu près dans la république, l’école primaire, alors que le collège et le lycée ont été réduits systématiquement à peau de chagrin ces 20 dernières années par les gouverments libéraux et socio-libéraux qui se sont succédés. Alors qu’il aurait fallu renforcer les enseignements fondamentaux en limitant les sorties scolaires à répétition et en privilégiant le français et les mathématiques sur l’informatique, la citoyenneté écologique ou l’anglais, le gouvernement a réussi le tour de force d’augmenter le temps de présence scolaire pour les enfants, histoire de les dégoûter un peu plus tôt de la culture, tout en réduisant le temps qui sera finalement consacré aux enseignements fondamentaux. Tout en détruisant le travail des associations qui avaient une activité réellement périscolaire comme le montre bien l’article. Déjà deux ministres se sont fait exploser sur cette réforme, croire que la gnangnatocrate Bellkacem va réussir à faire passer la pilule relève d’une compréhension bien hasardeuse de la méthode Coué.
A l’auteur, C’est quoi en fait « notre comptabilité mutuelle », concrètement ? Y avait-il avant l’apparition de la monnaie un moyen d’échanger une vache contre une poule de façon équitable et plus efficace ?
Dans les familles qui sont raisonnablement les premières formes de société, tout est commun ainsi qu’Aristote l’avait bien vu dans les Politiques ; la bonne gestion de l’oïkos se réduit alors à faire preuve de prudence dans la dépense des ressources. Les familles les plus puissantes seront seulement celles qui auront le plus su différer la satisfaction de leurs désirs. Avec les premiers villages, qui sont des associations de familles, l’intérêt de l’échange apparaît, de même que le troc et le crédit que vous évoquez il me semble : je te donne une partie du pain que je fabrique tous les jours pendant un an et en échange toi tu me donnes 6 fourchettes et couteaux que tu as fait. Alors, dans ces villages, où il est bien connu encore aujourd’hui que tout se sait, il n’y a pas besoin de police ni de monnaie : le fait d’apparaître aux yeux de la communauté comme parjure ou simplement nuisible au groupe suffit à pousser à œuvrer au bien commun. La simple menace d’être banni du groupe, physiquement et même seulement de façon morale, apparaît comme bien plus efficace que n’importe quelle menace de châtiment corporel, y compris la privation de liberté.
Mais avec l’accroissement des villages en villes, puisque ce qui est assez gros attire ce qui est petit par une loi naturelle banale, les premières grandes agglomérations deviennent des cités parce que l’augmentation quantitative est facteur de désordre et qu’il faut alors des règles communes pour pouvoir coexister dans de larges agglomérations. Mais alors, inéluctablement, apparaît l’anonymat et les relations passagères entre hommes ayant pourtant des biens à échanger. Le crédit fondé sur le sentiment d’honneur et le besoin de reconnaissance d’un particulier dans un village ne peut plus alors avoir cours. Voilà alors pourquoi la monnaie, facilement divisible et conservable, va devoir apparaître en même temps que les premières structures politico-judiciaires au moment où les premières grandes agglomérations se constituent.
Il m’apparaît donc que vous confondez comme beaucoup d’anarchistes cause et effet : ce ne sont pas des individus « machiavéliques » qui ont fondé les premières grandes cités en usant de la naïveté de leurs semblables avec le leurre monétaire ; en fait, ce sont les premières grandes agglomérations, qui étaient le résultat naturel de l’apparition du langage dans l’espèce humaine, qui ont donné lieu à l’apparition de la monnaie puis des structures étatiques pour garantir bon an mal an la régularité et la pérennité de cette monnaie et enfin seulement les individus « machiavéliques » cupides et avides.
Plutôt que de proposer dans l’esprit du Front de gauche la prise de contrôle par le peuple de l’Etat et des banques, vous proposez d’abolir les banques et l’Etat, comme si c’était possible dans un monde où on côtoie régulièrement beaucoup plus d’individus qu’on ne reverra jamais que d’individus qu’on reverra régulièrement. Ne vous faites vous donc pas, bien involontairement certainement, un artisan du maintien des inégalités sociales plutôt qu’un acteur de progrès social ?
Je connais le Manifeste sûrement mieux que tu ne connais l’Ethique Je connais aussi un peu le Capital (mais qui a tout lu le Capital ?) et les Manuscrits de 1844 ainsi que l’échange épistolaire entre Marx et Proudhon ; bien que n’étant pas anarchiste, difficile de ne pas voir à quel point Proudhon avait raison sur toute la ligne contre Marx à propos des moyens d’atteindre le socialisme et notamment de la violence.
Par contre, tu ne sembles pas savoir que la philosophie classique proprement dite s’arrête à Leibniz ; avec le siècle des lumières qu’on identifie abusivement au classicisme, le progrès consiste à revenir à Aristote, c’est-à-dire au primat de l’expérience sensible sur la raison, de Hume à Kant (même si celui-ci se dit « criticiste » plutôt qu’empiriste) en passant par Rousseau, ce qui ne va pas sans un retour au conservatisme même chez Rousseau (tandis que les agents de la révolution radicale contre la révolution bourgeoise étaient des spinozistes assumés). Même s’il n’y a aucune création ex-nihilo, il y a bien une rupture entre le XVIIème et le XVIIIème et pas forcément un progrès si l’on considère que ceux qui ont gagné en termes d’influence et de pouvoir ne sont pas les radicaux.