Le problème de fond, derrière la soit-disant « carcéralité » de l’école est ici l’autorité. Comme le gouvernement, vous ne distinguez pas clairement autorité légitime et autorité illégitime. Comme il semble y avoir une « demande » d’autorité, le gouvernement roule des mécaniques. Et pour vous manifestement, si vous n’êtes manifestement pas contre toute autorité, vous semblez penser que toute autorité exercée à l’école implique mécaniquement l’abus d’autorité.
Mais il est évident si on y réfléchit un peu que toute autorité n’est pas bonne autant que toute autorité n’est pas mauvaise. L’autorité est le pouvoir de fixer des règles, ce qui peut se fonder sur la force seule ou bien d’abord sur la recherche du bien de celui à qui on fixe ces règles. Qui dit autorité, dit donc nécessairement relation asymétrique : il y a ceux qui fixent les règles et ceux qui les appliquent. Quand on va voir son médecin, il nous fixe une ordonnance, c’est-à-dire des règles à suivre pour guérir. Quand on va à l’hopital pour se faire soigner un bras cassé, on est se retrouve aussi « enfermé » dans un lieu où on nous fixe des tas de règles. Mais si on est un peu intelligent, on comprend que plutôt que d’enfermement, il s’agit de protection et que les règles en question n’ont pas pour but l’aliénation de la personne à qui on les fixe mais son rétablissement. Mais le MEDEF est quand même passé par là et aujourd’hui, il faut quelques fois se battre pour pouvoir resté « enfermé » à l’hopital quand on ne s’estime pas encore suffisamment rétabli.
Il se trouve que pour être un citoyen libre, il faut cultiver la liberté avec laquelle nous naissons, c’est-à-dire la capacité de penser et d’acquérir des savoir-faire permettant de nous épanouir. Vous trouverez peut-être que c’est là une vieillerie ringarde héritée des penseurs de la révolution française, comme Condorcet ou Rousseau, mais peut-être avez vous au moins appris à l’école que ce n’est pas parce qu’une idée est ancienne qu’elle est fausse, de même que toutes les idées récentes ne sont pas forcément plus justes que les précédentes. C’est donc ce qui a fait qu’on a jugé qu’il était bon d’étudier non seulement le sport mais aussi la maîtrise de la langue qui nous permet de communiquer, d’argumenter, de contre-argumenter à propos du bien commun notamment, ainsi que les mathématiques et les sciences naturelles pour comprendre le monde physique qui nous entoure au lieu de se contenter de le rêver, ou encore l’histoire, les arts etc. Pour cela et pas seulement réserver cette éducation à un petit nombre, il est apparu, qu’on était mieux dans des salles à l’abri du vent, où on peut s’asseoir et échanger dans le calme et enfin qu’il fallait admettre la différence entre ceux qui sont là pour enseigner et ceux qui sont là pour apprendre.
Et là est finalement l’essentiel, on n’accepte plus aujourd’hui que de vulgaires petits profs disent aux enfants comment ils doivent penser pour progresser ni quand ils peuvent parler, écrire, dessiner... Mais celui qui a la responsabilité de ce qui est appris, celui qui a le devoir de faire cours et de transmettre au mieux des connaissances, cela reste l’enseignant et pas l’élève. L’évidence voudrait que celui qui a des devoirs supplémentaires a légitimement des droits supplémentaires : dire quoi faire et comment en l’occurrence.
Après la difficulté sous-jacente, c’est que dans son modèle d’éducation idéale, l’Emile, il y avait certes pour Rousseau beaucoup d’expérimentation et très peu de cours magistraux, mais il y avait dans ce modèle un enseignant pour un élève, autant dire que ce modèle reste élitiste. Après ce n’est pas en tapant sur l’école comme ici qu’on aura moins d’élèves dans les classes et ainsi plus de mobilité.
Et je rappelle ici comme plus haut que si l’autorité légitime suppose un consentement de celui sur qui elle s’exerce, l’école n’est pas obligatoire, à la différence de l’instruction. Mais quand on dit à des lycéens de 7-18 ans, pour qui il n’y a même plus d’obligation à s’instruire « si vous ne voulez pas étudier en suivant nos règles, pourquoi ne donnez vous pas votre lettre de démission à l’établissement ? Vous savez bien que vous pouvez parfaitement obtenir les diplômes en candidat libre ou avec de l’enseignement par correspondance... » comme par hasard, il n’y a plus personne. Ils ont bien compris qu’ils sont des consommateurs, qui doivent comme le dit l’auteur pouvoir prendre de ce qu’ils veulent comme bon leur semble à eux, mais quand on les place devant leur responsabilité à eux, il n’y a plus personne.
Pardon mais j’ai peur que la vraie question soit : comment peut-on encore manger un animal dont nous savons que nous partageons 95% du code ADN, à tel point que manger de la chair humaine fait le même effet gustatif que manger du cochon ? Comment peut-on tuer en masse un être qui a la conscience de soi, l’intelligence, la sensibilité en partage avec nous ?
Quelle autre réponse que : en faisant l’autruche, en faisant comme si de rien était, en se convaincant que mon porc à moi a été élevé dans des conditions d’humanité super exigentes ? Pendant des siècles on a trouvé que l’esclavage humain était quelque chose d’acceptable tant que c’était fait avec « humanité »... Traiter un homme comme un esclave avec humanité n’en reste pas moins un mal et la justification de fait de tous les traitements plus cruels. Ou encore, serait-ce parce qu’on viole une femme avec « humanité », en l’anesthésiant par exemple, que cela cesserait d’être un mal ? Est-il alors étonnant que massivement l’humanité s’autodétruise avec autant d’acharnement quand on voit comment elle traite ce qui lui est semblable ?
@Jean J. MOUROT L’argument habituel des pédagogistes est que les méthodes
traditionnelles produisaient beaucoup d’inégalité sociale. C’est encore
le leitmotiv de la réforme de NVB : il faut finir de casser ce qui
marchait encore un peu. Mais si effectivement on envoyait en
apprentissage très tôt, cela permettait à ceux qui n’aiment vraiment
pas étudier de ne pas perdre leur temps à subir des cours qui mettent en
évidence chaque jour un peu plus leur manque de goût pour l’étude.
Aujourd’hui,
l’élève peu impliqué dans les études va venir au collège uniquement
pour accroître son désintérêt pour les connaissances abstraites et
livresques jusqu’à la troisième. S’il a l’intelligence de comprendre
qu’il faut qu’il s’oriente dans l’enseignement professionnel, il pourra
être pris en CAP mais il ne sera pas pris au lycée professionnel car
c’est désormais l’enseignement sélectif : plus coûteux que le lycée
polyvalent, les places y sont chères, il faut avoir montré de
l’investissement au collège pour y avoir une place. Donc il va continuer
d’apprendre le métier de chômeur consommateur au lycée polyvalent, où
on le fera passer sans aucune exigence dans les classes supérieures pour
lui donner le bac au rattrapage, voire sans mention, voire même avec
mention AB s’il est un peu doué quand même dans une seule matière.
Ensuite,
comme le dit l’auteur, quand le collège unique est arrivé, il y avait
des gardes fous, qui permettaient à l’école de s’adapter à la diversité
des profils de ses élèves, et tous ces gardes fous ont ensuite été
supprimés un à un.
Concernant l’école primaire comme l’ensemble
du secondaire d’ailleurs, ce n’est pas tant une question de méthode
globale que d’esprit de l’enseignement. Si on veut à tout prix que
l’enfant apprenne sans difficulté, comme si la difficulté était
nécessairement déplaisante, on fera en sorte de supprimer les
enseignements difficiles et peu attrayants par eux-mêmes, comme la
grammaire pour le remplacer par des exercices ludiques où l’enfant est
censé découvrir par lui-même les règles qui lui permettront de
progresser, exercices qui resteront toujours moins attrayants que les consoles de jeu et très aléatoires en dernière analyse quant aux résultats.
Bien
plus que les méthodes ou les programmes, c’est l’organisation de
l’enseignement qui est porteur de cet esprit : un professeur des écoles
aujourd’hui doit à ses élèves une « étude » de l’anglais, du civisme, de
l’écologie, d’informatique et des sorties « pédagogiques ». Aussi, même
s’il essaye de privilégier les enseignements fondamentaux, le professeur
des écoles ne pourra pas aider ceux qui sont en difficulté à passer le
cap. Et il n’aura tout simplement pas le temps de faire de la grammaire,
de faire réciter des poésies ou du calcul mental. Et comme il est
devenu pratiquement impossible de le faire redoubler, l’élève comprendra
très vite qu’il n’a pas besoin d’apprendre sérieusement pour "continuer
l’aventure". Rétablissez le redoublement, les heures de français, de
mathématiques et d’histoire, revenez à la culture du plaisir du
dépassement de soi par l’effort et les choses iront beaucoup mieux.
@Hamed Je vous rejoins pour dire que l’homme n’est qu’une émanation de la Terre parmi d’autres. Aussi s’en prendre à nos semblables humains mais aussi animaux et traiter l’ensemble de ce qui se trouve ici bas comme de pures choses qui n’auraient aucune autre dignité que de nous servir, c’est finalement nous traiter nous mêmes comme des choses.
Aussi, je suis une poussière sans importance. C’est tellement reposant d’en prendre conscience en même temps, pour relativiser toutes nos petites misères. Mais en même temps j’ai conscience d’être cette poussière, donc je ne suis pas absolument rien non plus. Je ne pense pas que cela me donne une supériorité quelconque en droit de vivre sur tout ce qui vit, mais une responsabilité sans doute.
Aussi en revenons nous avec cette notion de responsabilité à la question du rapport entre la foi et les œuvres. Pour moi, l’être suprême, qu’on peut appeler aussi bien Dieu que la Nature ou la Vie, ne demande rien en tant que tel. Donc que nous fassions le bien ou le mal n’affecte en rien sa toute puissance. Il n’y a que des hommes, prophètes, prêtres ou prédicateurs qui ont parlé en son nom, comme ce chanteur de rap qui ne craint pas d’affirmer « Dieu est mort, signé Nietzsche ; Nietzsche est mort, signé Dieu » comme s’il pouvait se permettre de parler à la place de Dieu. Mais tout dans notre nature profonde propre, si nous voulons bien y prêter attention, tout nous pousse effectivement à faire le bien, c’est-à-dire ce qui unit et crée ainsi de la puissance et de la joie, plutôt que ce qui divise et crée de la discorde, de l’impuissance et de la tristesse. Faire le bien fait du bien ; seuls ceux qui se méconnaissent eux-mêmes, aveuglés et éblouis par des lumières extérieures, ne s’en rendent pas compte.
On peut accéder à cette connaissance par la plupart des religions, à condition là aussi que leur message profond, leur esprit plutôt que leur lettre, soit pris en compte. Dans l’histoire de l’humanité, les religions ont eu une fonction indiscutablement civilisatrice. Mais il n’y a pas qu’elles et malheureusement, elles ont servi aussi à justifier bien des barbaries. Aujourd’hui, comme il y a 1000 ou 2000 ans, quoiqu’avec peut-être plus de facilité, il est possible de vouloir le bien, parce que c’est un bien suffisant par soi-même et non pour obtenir une récompense transcendante.
Quant à votre question finale, « plus importants » que quoi ? Que les autres galaxies ou il n’y a peut-être aucune forme de vie intelligente et sensible ? Non, pour l’être absolument infini dont toute finitude n’est qu’une partie, tout est également expression de sa puissance productive, il n’y a donc pas de sens à parler de préférence à son sujet ; ou de plus ou moins grande importance de telle ou telle chose. Pour un homme, l’air est plus important que l’eau et l’eau que le blé et le blé qu’Internet. Mais c’est parce qu’il est limité, il ne peut pas vivre également de tout. Dieu ou quel que soit le nom qu’on donne à l’être suprême, n’a pas à vivre de ceci plutôt que de cela, il est la vie.
@philouie Il faudrait que vous veniez donner des cours de théologie islamique aux musulmans que je connais, qui certes condamnent la violence mais sont loin de penser qu’Allah est indifférent aux affaires des hommes, considérant notamment qu’Il a créé l’homme pour en être adoré et qu’un culte lui soit voué. Si Dieu est indifférent aux affaires des hommes comme cela résulte effectivement de son immuabilité (mais je serais curieux de connaître les sourates permettant de le penser directement), il est indifférent à l’adoration qu’on lui voue ou pas et donc n’attend rien de particulier des hommes.
D’autre part, on peut imaginer qu’un patriarche oriental d’il y a un millénaire environ appréciait d’être loué par ses enfants et serviteurs, y voyant une preuve de sa puissance, et qu’il en induisait que Dieu devait apprécier d’être loué de tous à son tour, y compris du patriarche. Aujourd’hui, qu’on peut expérimenter d’autres modes de vie familial, où il n’y a plus les mêmes enjeux sociétaux, un père ne considère plus sa progéniture comme une partie de lui-même, pour ne pas dire une propriété, mais comme sujets de droits à part entière. Il apparaît et il est de fait bien plus fort de considérer ses enfants comme sujets de droits libres et égaux à lui en droits humains que comme serviteurs. Ainsi aujourd’hui, un père qui attend de ses enfants uniquement qu’ils le servent nous apparaît comme bien moins puissant et vertueux qu’un père et une mère qui éduquent leurs enfants pour qu’ils soient libres, indépendants de lui et autonomes. Comment Dieu pourrait-il être inférieur en vertu à ces pères qui veulent avant tout la liberté de leurs enfants ?