Petite analyse du programme NPA sur l’europe tel que présenté par le camarade Jaja :
« Mais l’Europe est bien la bonne échelle pour avancer des solutions à la crise. »
Déjà ça commence mal, avec une erreur grossière. L’europe est la pire des échelles pour avancer des solutions. Les divergences entre les pays membres sont trop grandes pour parvenir à un converger sur un contrat social autre que « marche ou crève » (ce vers quoi nous mène l’union européenne, en somme...)
« C’est à ce niveau que doit se déployer un projet de coopération étroite dans la mise en commun des ressources humaines et technologiques au service des besoins sociaux »
300 millions de personnes parlent notre langue, le Français, sur les 5 continents, mais c’est en priorité avec nos voisins, dont aucun ne parle notre langue à l’exception d’un micro-état paradis fiscal et de la moitié d’un petit et plat pays, que le NPA veut mettre en commun des ressources humaines et technologiques. Surtout que les voisins en question n’ont pas franchement envie de mettre en commun des ressources avec les autres, en particulier ceux qui les ont, ces ressources, notamment les ressources financières. Réalisme zéro...
« cela ne peut se faire dans le cadre de l’Union européenne qui est fondée sur la « concurrence libre et non faussée » des capitaux et la recherche du profit maximum »
Enfin du réalisme ! Une lueur de lucidité ! Mais ça ne rattrape pas les 2 premières bourdes. « Il faut une réponse européenne à la crise, en rupture avec l’UE »
Tout et son contraire : tant que le NPA s’acharnera dans cette impasse, il renoncera de fait à ses objectifs progressistes. Il est une vérité qui apparemment dérange encore au NPA, c’est que si l’europe est comme elle est, c’est parce qu’elle a été conçue pour être ainsi dès ses origines : un instrument de la domination capitaliste. Et comment fonctionne cet instrument ? Parce que les incompatibilités d’intérêts et de modes de fonctionnement entre pays membres les font se neutraliser entre eux. La réponse ne peut venir que de l’unilatéralisme, ce qui n’empêche pas d’inviter les autres pays à nous imiter.
« Il faut mettre à bas le type de construction européenne faite à ce jour, rejeter les traités européens, démanteler les institutions actuelles »
100% d’accord. Nouvelle lueur de lucidité, qui en serait presque éblouissante comparé à l’océan ténébreux ou elle baigne. Mais cette lucide volonté de démanteler l’ue et ses traités peut être gâchée par l’obstination stérile à vouloir trouver des solutions à l’échelle européenne.
« ouvrir un processus constituant pour une nouvelle Europe des travailleurs et des peuples »
Et on retombe dans les erreurs... Pourquoi une europe ? Au nom de quoi la France aurait vocation à s’entendre en priorité avec des pays européens ? Au nom de quoi préfèrerait-on les Allemands, avec qui les divergences posent de gros problèmes dans la gestion de la monnaie commune, aux Sénégalaisqui partagent une part essentielle de notre culture, NOTRE LANGUE ?
Serait-ce parce que les seconds sont trop « difféwents » au goût du NPA ?
A la base c’était « Travailleurs de tous les pays unissez-vous » au lieu de « Travailleurs des pays d’europe unissez vous », comme semble le vouloir le NPA. S’il se produit une révolution internationale, il y a peu de chances pour qu’elle touche tous les pays d’europe et eux exclusivement sans toucher le monde entier. Donc si le NPA était logique il demanderait l’Union Terrienne Sociale au lieu d’une « union européenne sociale ». « Développer des mobilisations et des luttes à l’échelle internationale est d’autant plus nécessaire que les capitalistes, eux, sont organisés à l’échelle internationale dans toute une série d’institutions qui jouent en rôle croissant contre les intérêts des salariés et des peuples : Banque centrale européenne, Organisation de coopération et de développement économique, Fonds monétaire international, Banque Mondiale, Organisation mondiale du commerce, OTAN.... Nous voulons en finir avec ces institutions internationales »
Bien vu, nouvelle lueur de lucidité, mais il en manque une au tableau de chasse d’institution internationales avec lesquelles il est urgent d’en finir, et certainement la plus nuisible d’ailleurs : l’union européenne.
« Dans ce cadre de la mondialisation capitaliste, loin d’aller vers la paix, on assiste aussi au surarmement, à l’exacerbation des tensions et des conflits internationaux »
Exact. Bonne analyse.
« les puissances impérialistes dont la France imposent leur domination aux peuples, le contrôle des sources d’approvisionnement »
Même si les habitudes de l’époque Foccart sont une honte (sachant que les peuples des pays de l’actuelle « Françafrique » auraient préféré, dans les années 50, obtenir l’intégration et l’égalité des droits plutôt que l’indépendance, qui leur fut imposée afin de permettre aux multinationales Françaises de piller ces pays sans s’encombrer d’intégrer leur populations qui pourtant le demandait), la France est quand même loin d’être la pire des rapaces...
Bien que lorsqu’elle joue les supplétifs de l’OTAN, elle essaie de se mettre au niveau de la bande en matière de rapacité. Un France souveraine serait naturellement plus encline à user d’aide au développement ciblées pour maintenir son influence que d’agressivité prédatrice comme l’encourage l’Alliance Atlantique, car si la France a les moyens d’affirmer son existence sur la scène mondiale, elle n’est plus la superpuissance d’il y a 100 ans.
« Cette politique d’agression a pour effet de favoriser une montée du nationalisme, des intégrismes religieux et des logiques communautaires, instrumentalisés pour diviser les peuples. »
C’est assez vrai. Mais ce n’est pas la raison première aux conséquences détestables qui sont décrites. La tentative exercée au moyen de l’union européenne de vider de son sens la souveraineté populaire, de morceler les nations en favorisant le régionalisme, et, en France, de mettre à bas notre modèle de société républicaine, laïque, Jacobine et sociale, qui est le lien essentiel d’une population d’une grande diversité, l’appauvrissement et l’asservissement des peuples organisé par l’union européenne participent bien plus sûrement à la montée des racismes, des intégrismes et des communautarismes qui divisent les nations, et en particulier la nôtre, multiethnique par essence et monoculturelle par principe.
« les anticapitalistes d’un pays impérialiste doivent avant tout lutter contre leurs capitalistes nationaux, leur propre État impérialiste et son armée »
Sauf que si l’état est soumis à une entité externe (l’ue), ça ne sert à rien de lutter contre l’état, il faut avant tout se débarrasser de l’entité externe. C’est comme engueuler le guichetier borné d’une administration qui applique bêtement les directives de sa hiérarchie. Ca défoule, mais ça n’avance à rien.
Pour ce qui est des capitalistes nationaux, c’est une fois sortis de l’union européenne, structure de contrôle capitaliste, que l’on pourra se confronter à eux. Pas avant. Ce serait même complètement stérile de le faire avant, car ils pourraient plus facilement jouer sur la « concurrence libre et non faussée » avec les capitalistes des autres pays de l’ue, avec lesquels ils ont malgré tout des liens forts, pour dominer la confrontation. Là encore, un cruel manque de réalisme.
En conclusion, malgré quelques bonnes idées et éclairs de lucidité, beaucoup d’erreurs d’appréciation et toujours cet acharnement absurde à vouloir essayer maintenir le projet européen en voulant faire croire à ceux qui seraient encore assez naïfs pour le croire, que le NPA aurait la possibilité de le réorienter ; ce qui donne un projet incohérent et irréaliste. Heureusement, il est prévu un rejet des traités, mais cette obsession suspecte pour l’« europe sociale » ne laisse rien présager de bon... Le NPA a encore beaucoup de progrès à faire avant d’être crédible !
Crédibles comme le sont le PRCF et le M’PEP avec leur Appel des Jours Heureux. Extraits :
« Pour sauver notre pays, pour le tourner à nouveau vers l’indépendance nationale, le progrès social et la coopération internationale, une solution existe pourtant. C’est celle qui consiste à sortir la France du piège mortel de l’euro, de l’UE et de l’OTAN pour faire vivre les principes du CNR dans les conditions de notre temps : indépendance nationale, lutte contre le racisme et la xénophobie, coopération fraternelle entre tous les peuples, nationalisation du crédit et des grandes industries monopolisées par l’oligarchie, « rôle central » du monde du travail dans la vie de la nation, relance de la protection sociale et des services publics, plein-emploi, démocratie participative... » http://www.legrandsoir.info/appel-pour-que-reviennent-les-jours-heureux.html
Ca c’est ce que j’appelle de vrais progressistes cohérents et intègres dans leur engagement. Au moins, c’est clair, on sait ou on va, pourquoi on y va et comment on y va.
Quand le NPA les suivra-t-il dans cette voie ?
Parce que pour le moment, le programme de l’UPR (qui propose sans ambiguïté la sortie de l’ue antisociale, mais aussi de rétablir des monopoles de service public) nous garantit mieux le progrès social (alors que ce n’est pas la vocation 1ère de ce parti) que celui du NPA, dont les velléités salutaires sont systématiquement gâchées par l’entêtement à vouloir maintenir un projet européen dont la nocivité y est pourtant dénoncée à juste titre.
Le problème est qu’il sera difficile de réaliser une union sacrée derrière le leitmotiv de « socialiser les moyens de production et d’échange ». Il y a pleins de petits artisans ou même d’ouvriers qui n’ont absolument aucune envie de « socialiser leur moyen de production ».
Déjà, garantir pour tous l’égalité dans l’accès aux services publics de santé, d’éducation, de justice, du transport et des télécoms, garantir un revenu minimum décent à tous les Français, brimer l’action néfaste des vautours de la finance serait déjà un bon début de politique progressiste et plus susceptible de trouver l’assentiment d’une majorité. Et ce ne serait en aucun cas « céder à l’intérêt du Capital ».
Car sans union sacrée, la Révolution serait trop facile à écraser. Évidemment elle serait toujours possible, car comme disait l’autre « soyons réalistes, exigeons l’impossible », mais comme une omelette, avec obligation de « casser des oeufs ».
Si on pouvait éviter, perso j’ai pas envie de compter des Clément Méric par milliers. Surtout que le résultat n’est pas du tout garanti. Quand on voit que le meurtre d’un jeune militant par une brute dégénérée finit par aboutir dans l’opinion publique à l’idée qu’il ne valait pas mieux que son agresseur, j’imagine ce que ce serait avec une révolution : Le beauf de base approuvera de voir au 20h les flics tirer à vue sur les « casseurs gauchistes » et les « racailles islamistes », pendant que l’union européenne continuera d’organiser son asservissement en lui mettant bien profond ses acquis sociaux. Et le pire, c’est qu’il croira que c’est de la faute des vilains « gaucho-islamo-racailles » si on lui serre la ceinture jusqu’au dernier cran. Y en a plein ce site, des spécimens de ce genre.
La solution, c’est l’union nationale. C’est de rassembler tous les Français contre l’union européenne, de faire comprendre au beauf de base que l’ennemi n’est pas l’immigré ou le casseur gauchiste, mais que l’ennemi, celui qui le dépouille, se nomme union européenne, et que pour s’en sortir, il faut en sortir, de l’ue.
Et ça ne veut pas dire « ramer derrière Asselineau ». Ca commence par encourager dans leur démarche tous les partis républicains qui demandent sincèrement la sortie de l’ue et la restitution de la souveraineté au peuple, (l’UPR, le M’PEP, le PRCF, et pourquoi pas le NPA s’il se réveille), au lieu d’attaquer l’un d’eux par réflexe pavlovien envers son passé.
Quand on renonce à une carrière ronflante de gros bourgeois bien gras pour aller défendre ses convictions face au mépris de la pensée dominante, on ne mérite plus le qualificatif de bourgeois capitaliste. Et même si ces convictions ne sont pas spécifiquement progressistes, un progressiste se doit de les respecter car leur réalisation est indispensable pour pouvoir mener une politique progressiste.
Quand à son passage au « Local » du faf Ayoub, quel rôle comptait-il jouer chez ces crétins qui se croient dans « American History X » ? Le rôle de Cameron Alexander ou celui du Pr Swinney ? Je penche pour la 2de option, si tant est qu’il savait ou il mettait les pieds (ce qui n’est pas garanti, car je ne pense pas que le surnommé « Batskin » jouisse d’une grande réputation parmi les inspecteurs des finances).
Si le NPA demandait clairement la sortie de l’ue, j’en serais franchement ravi !
Cela signifierait qu’ils sont devenus cohérents avec leurs discours, comme peut l’être le M’PEP ou le PRCF.
Parce qu’on ne peut s’affirmer progressiste et ne pas vouloir se débarrasser de l’union européenne,qui a justement été conçue intégralement et depuis le début comme un outil d’oppression capitaliste, au contraire de notre République Française et son modèle social issu de la l’union nationale formée dans la Résistance entre des Français de toutes tendances. Modèle social dont le « cahier des charges », défini dans le préambule de la Constitution actuelle, garantit à tous les Français le droit à la sécurité sociale, le droit au travail, le droit à un revenu de remplacement pour ceux qui ne pourraient en obtenir un décent... C’est certainement pas la panacée non plus, mais c’est quand même pas si mal.
D’ailleurs, si les véritables maîtres de l’ue, les banquiers US, trouvent les constitutions nationales des pays de l’ue bien trop socialistes et anti-fascistes à leur goût, c’est peut être qu’elles ne sont pas si mal
« VosConstitutionsnationales,néesde la victoiresur le fascisme,sontaujourd’huiimpropres à l’usage.Ellesmontrentuneforteinfluencesocialiste,notamment la protectiondesdroits des travailleursetledroitdeprotestersivous êtesmalheureux.Ellesdoiventêtrechangées. », disent-ils (en anglais)
Une nouvelle « union sacrée » du peuple Français sera nécessaire pour se débarrasser de l’union capitaliste européenne et de ses effets néfastes. C’est le meilleur, le plus sûr et le plus facile des moyens pour arrêter la régression sociale.
Au contraire d’une révolution violente menée par la fraction la plus précaire et la plus engagée du peuple contre laquelle les autorités pourraient dresser facilement une assez grosse part de la population pour étouffer cette révolution dans l’oeuf et finalement s’en servir comme prétexte pour imposer des mesures encore plus répressives. La France n’est pas la Tunisie et les moyens de contrôle et de répression ne sont pas les mêmes... Surtout que vu le « profil » de la partie la plus précaire du peuple Français, j’imagine quels ressorts immondes seraient utilisés pour marginaliser cette révolution.
Cette démarche purement révolutionnaire serait donc totalement contre-productive. Tout comme de rejeter Asselineau pour son passé, alors que son action est utile puisqu’il demande la sortie de l’ue et que la sortie de l’union européenne est un préalable indispensable pour pouvoir mener une politique progressiste, même si lui ne l’est pas.
Sûr que son score n’était pas élevé, mais pour un « débarqué » dont l’exposition médiatique se limite au Net (où d’ailleurs certains s’acharnent à le pourrir, par préjugé pavlovien ou par collaborationnisme européiste), il n’est pas si mal.
Plus Asselineau arrive à convaincre de gens de la nécessité de sortir de l’union européenne, mieux ce sera pour tous ceux qui souhaitent sincèrement le progrès social, car la sortie de l’ue est la condition indispensable pour parvenir à ce progrès social.
Que Montebourg aille jusqu’au bout de sa logique, et demande le retrait Français de l’union européenne, la France ne s’en portera que mieux (les pays voisins aussi, d’ailleurs).
Combien faudra-t-il d’humiliations, de diktats austéritaires et de tyrannies avant que certains veuillent bien comprendre que la sortie du merdier est la seule solution ?