Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
Concernant l’égalité des chances, je vous enjoins à relire ce que j’ai écris, qui est nettement plus nuancé que ce que vous semblez avoir compris (notez également que les citations que je fais de tel ou tel auteur n’illustrent pas nécessairement ce que je prône, mais sont là pour illustrer et informer du sujet traité).
La situation vécue pendant la Révolution (= période de grande instabilité, d’incertitudes, de tensions, de luttes de pouvoir, de chaos, ...) ne peut pas, par nature, constituer un « contre-exemple » ni une expérience fiable permettant de tirer des conclusions. On ne peut tout simplement pas écarter d’un revers de main le tirage au sort, sous prétexte que, parce qu’il a été notamment utilisé durant une période instable, il serait nul : l’instabilité de la période révolutionnaire n’est pas la conséquence du tirage au sort, cet argument est donc spécieux.
Le fait que le pouvoir soit actuellement entre les mains des banques internationales et du monde de la finance n’empêche pas de refonder la démocratie en s’inspirant du germe athénien (on n’est évidemment pas obligé d’être stupide et de copier la démocratie athénienne : on peut avantageusement tirer profit de leurs différentes procédures pour reconstruire des démocraties dignes de ce nom).
Par contre, et c’est une remarque qui devrait en principe aller dans le sens de votre analyse, je concède volontiers que même dans un régime 100% démocratique, les inégalités resteraient criantes si l’économie est toujours fondée sur la monnaie. C’est la raison pour laquelle, outre le fait que je préconise de revenir à la démocratie, je préconise, de façon encore plus radicale, de réformer complètement nos conceptions de l’économie en supprimant la monnaie. Je préconise de passer à une économie fondée sur les ressources, en passant par une déclaration de principe qui édicte que les ressources de la planète sont le patrimoine COMMUN de tous les êtres de la planète. Ce patrimoine commun doit être géré en commun et partagééquitablement entre tous. Mais j’admets que c’est un sujet encore plus sensible qui pourrait nous mener beaucoup plus loin dans le débat.
Donc, je vous rejoins sur ce point, et il est clair que si l’on demeure dans une économie monétariste, démocratie ou pas > business a usual, auquel je rajoute & show must go on !
Alors, tout d’abord, étant Belge, je connais bien le système proportionnel, et je peux vous assurer qu’il ne s’approche en rien de la démocratie athénienne et encore moins du tirage au sort. Le mécanisme de désignation est toujours l’élection, et donc, mêmes causes, mêmes effets. La seule différence notable est que nous n’avons pas, en Belgique, de « Président-Roi ». Nous avons un Roi, mais c’est un Roi de pacotille, qui n’a même pas le droit de refuser un projet de loi qui est voté à l’assemblée et au sénat, c’est dire (Baudouin l’a fait une fois, sur la question de l’avortement - il était à l’Opus Dei je rappelle - et il a fallu trouver une astuce procédurière pour contourner sa signature afin de faire passer la loi).
Je reconnais bien, en tout cas, cette pathologie française (mais pas seulement française, je vous rassure) qui fait qu’une grande partie de la population semble avoir BESOIN de chefs, besoin de leaders, besoin de figures charismatiques. Vous êtes de grands enfants, vous avez besoin de rêver en vous projetant dans une figure paternelle - ou en assistant à un bon combat de chefs. En France, on dirait que le Président remplace Dieu, après que celui-ci ait été écarté manu militari des couloirs du Palais lors de la Révolution.
Alors, faut-il un chef ? Ou faut-il une autorité publique ? Et cette autorité publique, doit-elle être incarnée par une personne (un >représentant<) ou par une institution (l’Assemblée du Peuple) ? Pouvons-nous concevoir de renverser les choses en disant : « Nous, le peuple (de France / de Belgique / d’Espagne / ...), voulons être les dirigeants communs de notre patrie, à travers les décisions souveraines de l’Assemblée du Peuple, à laquelle les magistrats désignés par le sort doivent exécuter les mesures et décisions ». Comprenez-vous bien toute la différence ? Dans une (vraie) démocratie : > le « chef » (leader, dirigeant) = l’Assemblée du Peuple* > les serviteurs = magistrats tirés au sort et/ou élus (selon la nécessité de compétences spécialisées) Même sans tirés au sort, le renversement de paradigme est clair.
Je reprends la métaphore du corps humain. Dans un corps humain, à moins qu’il ne soit défaillant, aucun organe ne cherche à tirer la couverture à lui, ni à appauvrir certaines cellules majoritaires au profit de cellules minoritaires. Le cerveau, à moins qu’il soit défaillant, ne décide pas arbitrairement de la manière dont l’organisme doit fonctionner : il procède en fonction des signaux qu’il reçoit et qu’il interprète. En outre, le cerveau ne « commande » pas tout dans le corps humain, loin s’en faut. D’autres organes « commandent » certaines fonctions, sans nécessairement en « référer » au cerveau (il y a pléthore de fonctions qui s’opèrent dans vote corps sans que vous en ayez jamais conscience). Mais en tout état de cause, le corps - et ses différentes composantes - fonctionne de façon symbiotique, en osmose - à moins, comme je le disais, qu’il ne soit défaillant ...
L’idée de fonctionner en société comme le corps humain fonctionne n’est pas mauvaise en soi, cependant, il faudrait éviter de caricaturer le fonctionnement du corps humain en y projetant, comme vous le faites, les schéma de notre organisation sociale hiérarchisée : c’est former un sophisme par argument circulaire (justifier un argument en prenant une métaphore sur laquelle on substitue l’objet que l’on argumente).
Quand à la nécessité d’initiatives, dont vous soulignez avec justesse l’importance pour évoluer et faire avancer les choses, elle se trouve précisément dans l’isègoria (droit de parole pour tous, à tout propos, au sein de l’Assemblée) ou dans le Referendum d’Initiative Citoyenne (forme moderne d’isègoria).
Cordialement, Morpheus
* à Athènes, on désigne par tirage au sort un Président de l’Assemblée à chaque réunion de l’Assemblée : tous les citoyens ont la même probabilité d’un jour être désigné par le sort pour, durant une journée, présider l’Assemblée ; c’est autre chose, tout de même, non ? A moins de souscrire à l’appétence populaire pour les figures paternelle, bien sûr ...
Vous écrivez : « A mesure que les conditions s’égalisent, la moindre inégalité se fait sentir de manière exponentielle ».
Je suis bien d’accord avec vous, c’est la conséquence d’une tendance à la perfection qui est aussi une forme d’ubris. Il est évident qu’il y a lieu d’y mettre une mesure (comme à toute forme d’ubris). Cependant, je préfèrerais tout de même voir un excès d’ubris dans la recherche de l’égalité, qu’un excès d’ubris dans la quête effrénée au profit que nous observons chaque jour, pas vous ?
Vous évoquer ensuite une plus grande égalité aujourd’hui que par le passé, cependant vous mettez précisément le doigt sur un (simple) accroissement du confort matériel. Le confort matériel, comme vous le précisez, est l’une des conséquences du capitalisme (mais aussi - surtout - du productivisme acquis grâce à la révolution industrielle, qui n’est pas due au capitalisme), mais il n’améliore pas les conditions d’égalité, au contraire, il les creuse. Permettez-moi de le démontrer.
Si vous êtes un capitaliste et que vous disposez d’un million de dollars que vous déposez sur un compte au taux annuel de 5% d’intérêts, ce simple dépôt va vous permettre d’engranger 50.000 $ par an. Vous faites de l’argent à partir de l’argent (c’est-à-dire une valeur fictive génère un accroissement de valeur fictive : il n’y a pas création de richesses réelles). Cet argent supplémentaire ne récompense aucune invention, aucune contribution à la société, aucune création de richesse réelle.
En revanche, si vous appartenez à la classe moyenne inférieure, si vous avez peu d’argent, il vous faut obtenir un prêt avec intérêts pour acheter une maison, une voiture ou une télévision à LED plus chique (pour reprendre votre exemple). Prêt que vous devez ensuite rembourser à la banque avec les intérêts (donc, déjà, vous payez plus cher le même bien que le capitaliste qui l’achète cash). Puis, en théorie, cette banque utilise cet argent - que vous avez gagné en produisant des bien réels sous forme de services, de biens matériels ou d’innovations : vous avez travaillé) pour verser les 5% d’intérêts à la personne qui a déposé un million de $ sur un compte.
Cette équation est non seulement révoltante parce que les intérêts servent à voler le pauvre pour donner au riche, mais aussi parce qu’elle perpétue mécaniquement la stratification et l’inégalité sociale.
Je note également que vous écrivez : « Si les gens cessent de consommer, le capitalisme n’a plus de raison d’être ». Mais ce n’est pas les gens qui ont inventé la société de consommation. Ils y participent dans la mesure où ils trouvent une certaine satisfaction, mais c’est bien le capitalisme qui l’a inventé. C’est le capitalisme qui pousse sans cesse, par toute sortes de procédures (souvent très discutables, voir malhonnêtes) à consommer toujours plus. Si la consommation s’arrête, la croissance s’arrête et le système s’effondre. Ce n’est pas qu’il « n’a plus de raison d’être », c’est qu’il a rencontré le mur de sa propre ubris (inscrite dans son paradigme de départ). Le capitalisme a besoin d’une croissance sans cesse renouvelée et exponentielle, ce qui, dans un monde dont les ressources ne sont pas illimitées (ou en tout cas qui nécessitent de respecter des rythmes de reproduction), est absurde !
Le capitalisme n’est pas seulement immoral du fait qu’il prend aux pauvre pour donner aux riches, il est également intrinsèquement caduque parce qu’il se fonde sur un prémisse erroné : la croissance exponentielle dans un monde limité.
Le but des capitalistes n’est pas tant de « plonger la masse dans la misère », mais de s’accaparer indument les ressources (les vraies richesses). Ces ressources n’appartiennent à personne - ou à tout le monde, ce qui revient au même. Le capitalisme, c’est le vol. D’autre part, il est évidemment de l’intérêt des capitalistes d’appauvrir (dans une certaine mesure) le grand nombre, pour plusieurs raisons : 1) pousser à la consommation à crédit (= asservissement par la dette) ; 2) réduire le taux d’emplois (= main d’œuvre servile et disponible à bas coût) ; 3) le stress généré par l’insécurité (sociale et autre) et le chaos que cela engendre créent des situations qui entretiennent, voir font gonfler la consommation et le chiffre d’affaire de toute une série de secteurs ; 4) cela rend la masse docile, tout en créant des mouvements radicaux qui justifient plus d’autoritarisme (= le capitalisme tend naturellement au fascisme).
Enfin, je suis entièrement d’accord avec vous lorsque vous dites que les socialistes sont les idiots utiles du capitalisme
Nous n’avons pas la même analyse de la situation et pourtant, voyez : nous parvenons à en débattre sans nous crêper le chignon ni nous empailler. Vive l’isègoria
Morpheus
PS : je répond à votre seconde intervention bientôt.
C’est bien ce que je dis, on est presque d’accord. Le fait est que je ne suis pas un peu anarchiste, je suis carrément anarchiste. Pour être plus juste, je dirais que je suis démocrate DONC je suis anarchiste.
Et comme vous, les partis, je n’en veux pas. Ils n’ont qu’une fonction, c’est gagner des élections, et ils n’ont qu’une conséquence majeure dans la société : diviser un peuple qui a plutôt intérêt à être unit, au moins sur l’essentiel. Donc je ne ferai jamais de politique au sens politikè (lutte pour le pouvoir), mais j’estime faire de la politique (au sens politeia) en diffusant des messages de prise de conscience concernant les véritables dispositions démocratiques.
D’abord, je me permet de préciser que je ne suis pas à l’origine de l’initiative ACTIO POPULI. J’ai découvert cette association lors de la 3e Assemblée Populaire qui s’est tenue à Bruxelles dimanche dernier. C’est l’un des participants à l’assemblée, lui-même l’un des fondateur, qui a parlé de cette initiative et j’ai souhaité en savoir plus et m’en faire l’écho, estimant qu’une telle initiative était encourageante (et à encourager). Ils n’ont encore que 120 membres, mais ils viennent juste de fonder l’ASBL (c’est tout frais), donc c’est un peu normal. Au moment de publier mon article, il n’y avait qu’une soixantaine de membres.
Alors, évidemment, je suis favorable aux referendum, y compris à l’échelle européenne. Je dis juste que l’appel de Habermas, je considère cela comme une tromperie, une sorte de leurre (visant à récupérer une partie de l’opposition de plus en plus importante des citoyens européens face au dictat de l’UE).
Quand à la manière d’obtenir des gouvernements qu’ils instaurent des RIC à caractère contraignant, je n’ai pas (personnellement) de recette miracle. Ce que ACTIO POPULI propose c’est de faire appel aux rouages judiciaire afin de mettre en cause la mauvaise gestion des gouvernements successifs dans la crise financière de 2008 (sorte de mise en demeure de rendre des comptes, puisque actuellement les gouvernements ne rendent jamais aucun compte au peuple, quel que soit les décisions catastrophiques qu’ils prennent). Ensuite, réclamer, avec l’appui d’un grand nombre de citoyen membres, une modification de la Constitution afin d’y faire inscrire le RIC contraignant. C’est le fait d’ester en justice avec l’appui d’un grand nombre de citoyen qui est déterminant. Le chiffre avancé par ACTIO POPULI est de 50 milles, qui correspond au nombre de signature que doit atteindre une demande de referendum en Suisse (la Suisse, comme l’Irlande et les landers allemands, possèdent une ancienne tradition de RIC).
Il y a plus d’informations sur le site de ACTIO POPULI, et vous pouvez aussi leur laisser un message afin d’en savoir plus. En tout cas, lancer pareille initiative en France (et ailleurs) serait une excellent chose !