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Morpheus

Morpheus

Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.

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  • Premier article le 30/11/2010
  • Modérateur depuis le 07/01/2011
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Derniers commentaires



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 12:47

    Je veux être honnête avec vous, Éric, en disant que je partage assez la vision d’un rapport de dominants à dominés dans la civilisation (c’est-à-dire, pour être clair et précis, dans la période qu’occupe l’histoire depuis que l’homme s’est sédentarisé et s’est organisé autour de la cité).

    Contrairement à ce qu’affirme une croyance populaire, il existe des preuves qui montrent que nos ancêtres communs issus des peuples premiers, qui vécurent avant la révolution néolithique, ne vivaient pas dans un état de conflits perpétuels et d’extrême rareté, comme bien des anthropologues le prétendaient naguère. En fait, les sociétés de chasseurs-cueilleurs avaient constitué un système social unique immergé dans un paradigme environnement à la fois restrictif et autorégulé : la symbiose avec l’environnement était assurée par la nécessité de survie, mais n’était pas vécue comme une contrainte calamiteuse - ce que nous croyons encore trop souvent. Avant l’avènement de l’agriculture, l’homme n’exerçait aucun contrôle sur les ressources disponibles.

    En ce temps-là existait un équilibre naturel. Les sociétés elles-mêmes semblait refléter cet équilibre naturel, étant donné qu’elles étaient constituées de structures sociales non hiérarchiques, non compétitives et dénuées de dirigeants. On a découvert que leurs systèmes de valeurs sociales étaient essentiellement fondées sur l’égalité, l’altruisme et le partage. L’arrivisme, la domination, l’agression et l’égoïsme étaient proscrits. Nous savons cela grâce aux recherches anthropologiques qui furent menées parmi les quelques sociétés de chasseurs-cueilleurs qui restent dans le monde.

    Aussi étonnant que cela puisse paraître - vous pourrez opposer cet argument à tous ceux qui disent que le système actuel est « naturel » - il apparait que plus de 90% de l’existence de notre espèce sur cette planète a eut lieu au sein d’organisations sociales qui n’avaient pas recours à l’argent, qui ne connaissaient pas la hiérarchie et qui utilisaient même de stratégies d’anti-domination ; j’entends par là que la majorité des individus s’unissaient pour stopper toute personne qui essayait de s’emparer du pouvoir et de contrôler les autres. Leur mode de fonctionnement était donc aux antipodes du nôtre.

    La révolution néolithique mit fin à tout cela. Elle permit aux êtres humains de contrôler intentionnellement leur environnement. La préservation de la vie était désormais une affaire de volonté. On pourrait croire, de prime abord, que tout le monde tira grand profit de cette révolution, mais elle a également introduit de graves problèmes sociaux auxquels nous sommes encore confrontés aujourd’hui et qui trouvent leurs racines aux fondements mêmes de nos civilisations.

    Je ne veux pas dire en cela que nous devrions retourner à des modes de vie primitifs et redevenir des chasseurs-cueilleurs. Je veux simplement soulever les incohérences et les contradictions de l’économie fondée sur la monnaie.

    Selon Robert Sapolsky, anthropologue et professeur de neurologie à L’Univesité Stanford : « Les chasseurs-cueilleurs disposaient de plusieurs milliers de sources de nourriture sauvage pour assurer leur subsistance. L’agriculture changea cela : ils ne purent plus compter que sur quelques douzaines de sources de nourritures. L’agriculture entraîna également le stockage des surplus de ressources et, partant, l’inévitable constitution de stocks inégaux qui lui-même engendra les classes sociales. On peut donc dire que l’agriculture a occasionné l’émergence de la pauvreté. »

    Aussi dérangeant pour l’idée que nous nous faisons de la civilisation et les croyances que nous avons à son sujet, cette réflexion (qui est aussi une forme de remise en cause des croyances populaires) est nécessaire pour pouvoir évoluer dans notre mode d’organisation. Le point étant que ce qui caractérise l’évolution et la perpétuation des espèces n’est pas la compétition et la domination, mais l’adaptation et la symbiose avec l’environnement réel (réel en opposition aux conditions socioculturels, constructions artificielles et mentales).

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 10:51

    Nous ne sommes pas d’accord sur ce point, Éric. Non seulement je ne considère pas que c’est une erreur d’opposer la démocratie au capitalisme, mais je considère évident que le capitalisme est par construction à l’opposé de ce qui fait une (vraie) démocratie.

    Voltaire décrit très bien ce qu’est le capitalisme lorsqu’il affirme : « Un pays bien gouverné est un pays où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourrit par lui et le gouverne ». On ne peut mieux décrire l’oligarchie (le gouvernement du petit nombre).

    Le capitalisme repose sur la propriété. La propriété, c’est le fait de s’approprier des terres, mais aussi (surtout) des ressources. Les ressources - produites par la Terre -, n’appartiennent en principe à personnes (ou à tout le monde). Nous devrions déclarer les ressources patrimoine commun de l’humanité tout entière. Mais ce n’est pas ce que fait le capitalisme : il s’approprie les ressources, mais en plus, il s’approprie les outils de transformation et réduit le grand nombre à ne posséder que sa force de travail.

    Le capitalisme, fondé sur une économie basée sur la monnaie, fonctionne sur l’avantage différentiel : 1) il n’y en a pas assez pour tout le monde (paradigme de la pénurie) et 2) pour être concurrentiel, il faut que je sois plus puissant que les autres, plus gros, plus riche (logique de « manger ou être mangé »). Il construit (et repose sur) une hiérarchie sociale en exploitant la force de travail du grand nombre. Le capitalisme est intrinsèquement injuste et inégalitaire. On ne peut donc en aucun cas dire que le capitalisme repose sur l’égalité, c’est un non sens.

    Ce qui fait une authentique démocratie, c’est une stricte égalité entre tous les acteurs d’une société. Non une égalité de droit, non une égalité génétique (absurde) mais une égalité politique. En d’autres termes, une authentique démocratie repose sur une répartition horizontale des responsabilités et du pouvoir, à l’inverse des autres formes de gouvernement (oligarchies ou monarchies) qui reposent sur une structure hiérarchique (pyramidale, verticale) du pouvoir.

    En d’autres termes, une authentique démocratie repose sur les fondements de l’anarchie (anarchie = contraire de hiérarchie, et non « chaos » ou « désordre » comme on le dit trompeusement), c’est-à-dire sur l’égalité entre citoyens. Une démocratie sans anarchie deviendrait inévitablement oligarchique ou tyrannique ; et l’anarchie sans démocratie deviendrait inévitablement anomie (désordre social, apathie qui en résulte, chaos).

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 10:29

    Je crois, sans vouloir vous vexer, Éric, que vous vous trompez. L’apathie et la « bêtise » des peuples viens essentiellement du fait qu’on déresponsabilise les gens, qu’on les infantilise. Dans un système basé sur les hiérarchies sociales, les gens ont tendance à se comporter comme on attend qu’ils se comporte selon leur statut social.

    Cela a notamment été démontré dans une expérience où des élève indiens (d’Inde), pour moitié de caste inférieure, pour l’autre moitié de caste supérieure, passent un test de connaissances : placé dans une même classe, mais ne sachant pas de quelle caste ils sont, les résultats des élèves de la caste inférieure sont légèrement meilleures que ceux de la caste supérieure ; mais les mêmes, dans la situation où ils savent que l’autre moitié de la classe est de la caste supérieure, leurs résultats s’effondre : cela montre le complexe et l’assimilation au rôle social ; puisqu’ils sont de caste inférieure, il ne peuvent pas avoir de bons résultats, et l’estime de soi chute.

    Une autre expérience a été faite, au USA cette fois. Des élèves, tous issus d’écoles pour surdoués, des cracs qui écrasent tous les premiers de la classe « normaux », sont placé dans une même classe et on pratique un système d’évaluation par points. Une hiérarchie sociale artificielle se crée, exactement pareille à la hiérarchie de n’importe quelle classe : des très bons, des moyens et des mauvais. Dans un autre contexte, où l’on ne pratique pas d’évaluation fondée sur des cotations, le travail et l’apprentissage en synergie se développe, augmentant considérablement le niveau moyen de toute la classe ...

    Lorsque l’on fait confiance à quelqu’un, on incite cette personne à bien faire, et dès lors elle développera les qualités nécessaires pour remplir au mieux la tâche qui lui est dévolue. A contrario, dites à des gens qu’ils sont des incapables, qu’ils sont stupides, qu’ils sont bêtes et vous pouvez être sûr qu’ils se comporteront comme tel. Cela dit, l’erreur fondamentale de nos Constitutions, c’est qu’elles ne remplissent pas leur rôle : au lieu de protéger les citoyens contre les abus de pouvoir (la raison d’être d’une constitution), elles rendent les citoyens impuissants politiquement. Rien d’étonnant à cela, puisque ce sont les mêmes personnes (politiciens, légistes, juges, hommes et femmes de pouvoir) qui doivent craindre la Constitution qui l’écrivent : ils sont en conflit d’intérêt.

    L’erreur inhérente au système électif est d’attendre des élus qu’ils se comportent de façon vertueuse, alors que par le mécanisme même de l’élection (qui consiste à séduire le plus d’électeurs possibles) et de la professionnalisation (qui fait que pour durer en politique il faut être réélu), les candidats aux élections sont amenés à mentir, tricher et manipuler les opinions. Une bonne constitution ne repose pas sur la vertu supposée ou attendue de tel ou tel candidat (précisément ce que fait notamment la Ve république, se fondant sur la vertu de De Gaulle), mais repose sur des mécanismes constitutionnels qui mènent les représentants à se comporter de manière vertueuse, ou à être sévèrement sanctionné s’ils ne le font pas. Une Constitution est un CONTRAT social, or un contrat repose toujours sur la défiance : on y envisage ce qui peut se passer dans le pire cas, non dans le meilleure (aucun assureur ne me contredira). C’est de cette manière, et seulement de cette manière qu’on peut se prémunir contre la tyrannie et l’abus de pouvoir.

    Mais nous laissons, depuis deux cent ans, les Constituions être écrites par les professionnels de la politique et du droit : ceux-là même qui doivent craindre la Constitution. Ce n’est pas aux gens de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ; c’est au peuple d’écrire ces règles fondamentales.

    Pour répondre à votre dernière question, je vous invite à lire "Gestion de proximité et démocratie participative : les nouveaux paradigmes de l’action publique ?" de Yves Sintomer. Vous découvrirez que des personnes lambda, issus de la société civile, tirés au sort, sont capables de se rendre compétent afin de s’emparer de sujets complexes comme les OGM ou le nucléaire.

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 23:01

    Vous savez, j’ai arrêté l’école à 16 ans, je n’ai pas de diplôme, je n’ai aucune spécialisation, je n’y connais pratiquement rien en droit, et tout ce que je sais, je l’ai appris par moi-même, de façon complètement non orthodoxe.

    Mais je crois pourtant être à même, avec d’autres, dans le cadre d’institutions réellement démocratiques, de gouverner au mieux de l’intérêt de tous, ou du moins, de servir au mieux l’intérêt de tous : en fait, la grande différence entre Athènes et nos gouvernement prétendument représentatifs, c’est que les magistrats Athéniens étaient moins des « gouvernants » que des serviteurs. Le tirage au sort ne désignait pas des maîtres, mais des serviteurs du peuples pour une période courte, non renouvelable, et aux pouvoirs limités. Cela, je crois que beaucoup d’entre nous sont à même de le faire. Beaucoup le font déjà. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement dans les hautes sphères que l’on trouve les gens les plus capables. La compétence, elle vient avec l’exercice, pas avec les études ou les diplômes.

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 20:13

    Le truc, c’est que c’est sûr que qui n’essaye rien n’a rien ... Du coup, on n’a pas grand chose à perdre, et beaucoup à gagner, ne fut-ce que, le cas échéant, faire parler de CONSTITUTION, REFERENDUM, DÉMOCRATIE (VRAIE), etc.

    On ne peut évidemment pas présumer de la suite des événements ni de la réussite ou de l’échec, mais je trouve que rien qu’en elle-même, la démarche est un signe extrêmement positif ! smiley

    Cordialement,
    Morpheus

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