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Morpheus

Morpheus

Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.

Tableau de bord

  • Premier article le 30/11/2010
  • Modérateur depuis le 07/01/2011
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Derniers commentaires



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 20:47

    Pour mettre ces théories en pratique, il faudrait tout d’abord :

    1) que nous soyons réunis en assemblée
    2) que nous ayons été tiré au sort
    3) que nous ayons de réels pouvoirs décisionnaires (donc pas seulement un avis consultatif)

    Ces conditions n’étant en aucun point réunies, il est impossible de satisfaire à ta demande smiley

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 20:40

    Je ne sais pas si ACTIO POPULI est un effet secondaire du G1000, ou s’il en est issu. Je pense que ce n’est pas le cas, mais je vais me renseigner.

    Lorsque je dis que la compétence n’a pas sa place dans le processus démocratique, je veux dire que c’est un argument contradictoire souvent entendu lorsque l’on parle du tirage au sort « oui mais les politiques sont compétents et le peuple est incompétent ». C’est à la fois vrai et faux. Primo, les politiciens sont peut-être compétents dans la gestion du pouvoir, c’est-à-dire la manière de parvenir ou de rester au pouvoir (la politikè), mais cela ne signifie nullement qu’ils possèdent les compétences utiles à la bonne gestion de tel ou tel ministère. Je gage que la plupart des ministres n’ont la plupart du temps aucune compétence dans les domaines dont ils héritent la charge (ce qu’on appelle politeia). On nous dit dans ce cas qu’ils font appel à des conseillers. Soit, mais alors pourquoi ne pas donner directement la responsabilité aux conseillers (si l’on veut que les responsables soient compétents, ce serait plus logique, non ?).

    Dans le livre Principes du gouvernement représentatif, Bernard Manin évoque la question de la compétence, notamment dans ce passage que je vous cite : « Les Athéniens reconnaissaient la nécessité de compétences professionnelles spécialisées dans certains cas, mais la présomption générale allait en sens inverse : on estimait que toute fonction politique pouvait être exercée par des non-spécialistes, sauf s’il y avait des raisons manifestes de penser le contraire. On supposait en effet que si des professionels intervenaient dans le gouvernement, ils y exerceraient de fait une influence dominante. Les Athéniens avaient sans doute l’intuition que dans une structure d’action collective la détention, par certains acteurs, d’un savoir ou d’une compétence que les autres ne possèdent pas constitue par elle-même une source de pouvoir et qu’elle confère à ceux qui sont compétents un avantage sur ceux qui ne le sont pas, quel que soit par ailleurs la définition formelle de leurs pouvoirs respectifs. (...) La sélection par le sort garantissait donc que les individus exerçant les fonctions de magistrat ne disposaient pas du pouvoir supplémentaire que confère une compétence particulière. »

    De nos jours, nous aurions par réflexe l’opinion contraire et nous considérerions plus logique qu’un élu dispose des compétences relatives à sa charge, cependant que l’on observe, dans les faits, que ce n’est presque jamais le cas (mais cela, nous l’oublions lorsque nous faisons valoir la compétence en opposition au tirage au sort). Nous sommes amené à penser que les élus seraient nécessairement plus compétents que le commun des mortels, du simple fait qu’ils sont « professionnels » de la politique. Or, c’est précisément cette professionnalisation de la politique qui est dénoncée et combattue dans la démocratie athénienne, car elle débouche (et est l’expression) de ce que les athéniens ne voulaient plus subir : l’oligarchie (le gouvernement du petit nombre).

    Manin dit aussi ceci, qui me semble également pertinent : « La procédure élective ne garantit pas que la véritable excellence politique soit choisie. Les élections opèrent sur la base d’une perception culturellement relative de ce qui caractérise un bon dirigeant. Si les électeurs croient que les talents oratoires, par exemple, sont un bon critère de l’excellence politique, ils feront leur choix politique sur la base de cette croyance. Rien ne garantit, évidemment, que le talent oratoire soit un bon indice du talent politique. »

    J’ai la conviction que l’idée générale concernant la compétence en politique est téléguidée par nos « élites », qui ont un intérêt évident à faire croire au peuple qu’ils sont seuls compétents pour gérer les affaires publiques, et que par conséquent, le peuple, par définition, leur est inférieur. Je n’y crois pas. Je considère que dans bien des cas, le peuple, réunit en assemblée, serait bien plus à même que les politiciens réunis en conclave, de prendre les bonnes décisions dans l’intérêt général, car ils décideraient de mesures qui les touche au premier chef. C’est en cela que je dit que la compétence (en matière politique) s’acquière par l’exercice (en très peu de temps), et n’est pas issue d’une longue période d’étude et/ou apprentissage. Mais il faut, pour bien saisir le sens et le fond de mon propos, faire la nuance entre politikè (lutte pour le pouvoir) et politeia (gestion de la chose publique, dans l’intérêt commun du plus grand nombre).

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 20:10

    Je ne mélange pas, dans la mesure où je ne fais qu’évoquer un « parfum dans l’air », qui atteint, semble-t-il, les consciences petit à petit. Je les cite pour illustrer les mouvements populaires issus de crises aux causes et aux circonstances diverses (et différentes), mais qui apparaissent toutes dans un temps donné très court. Mon sujet n’est pas une analyse de ces diverses crises spécifiques. Il y a tout de même un lien entre les quelques crises que j’ai évoquée : le passage par une procédure d’assemblée constituante, c’est-à-dire de réécriture du code fondamental de la nation.

    C’est l’occasion de rappeler à nous autres, occidentaux bien encroutés dans nos certitudes et notre confort, que la Constitution est un sujet majeure, que nous ne devrions en aucun cas laisser entre les mains des partis, des politiques et des magistrats.

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 17:32

    Je dois dire que je serais assez en accord avec vos conclusions quant à l’origine de la fin de l’expérience démocratique athénienne. Mon point n’est certes pas de faire l’éloge de la démocratie athénienne, mais seulement de montrer que ce que les athéniens appellent « démocratie » ne coïncide pas (du tout) avec ce que nos pères (et gouvernants) appellent aujourd’hui « démocratie ».

    D’un autre côté, l’expérience démocratique athénienne, si elle n’est pas une panacée, n’en demeure pas moins un germe très intéressant et très instructif de ce que pourraient être nos futures mécanismes de gouvernance, si tant est que nous désirions véritablement établir une société terrestre (nous devons aujourd’hui penser en terme de planète, et cela, croyez-le, n’occulte ni n’efface en rien, dans mon chef, l’importance de l’attachement à la nation - j’ai aussi lu l’éloge des frontières et j’en partage un certain nombre d’idées).

    Deux cent ans, cela semble court au regard de l’histoire, c’est pourtant à peu de chose près la durée de notre propre expérience des gouvernement (prétendument) représentatifs, présentés trompeusement comme des démocraties (j’affirme, en ce qui me concerne, que c’est bien une tromperie). Nous pouvons donc faire le bilan (positif et négatif) des deux périodes, et juger de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans l’un comme dans l’autre des deux régimes politiques.

    D’autre part, comme je l’ai dis, je serais assez d’accord avec votre conclusion - globalement (peut-être pas dans tous ses attendus particuliers, ou j’aurais une approche sans doute différente, du moins je l’imagine), et cela justement parce que pour démocratique qu’elle fut, Athènes était un système reposant sur une économie fondée sur la monnaie, donc sur l’avantage différentiel, s’exprimant notamment dans des politiques de conquêtes militaires qui ont exacerbé, très certainement, l’ubris des Athéniens.

    La question à se poser, il me semble, est de savoir si l’échec de l’expérience démocratique athénienne est dut au fait qu’ils aient gouverné selon des principes démocratiques, où que ces principes démocratiques se soient appliqués à une économie fondée sur la monnaie (gestion de la pénurie, recherche d’avantages différentiels).

    J’écarte d’emblée la question de la sempiternelle « nature humaine » à laquelle je ne crois plus du tout (je considère qu’il n’y a pas - au sens où on l’entend habituellement - de « nature humaine », mais bien une relation étroite entre les êtres humains et les conditions de l’environnement socioculturel dans lequel ils évoluent depuis tout petit, qui explique leurs comportements - ce principe reposant sur ce qui, selon moi, définirait le mieux, non pas la « nature humaine », mais une caractéristique commune de l’espèce, à savoir la faculté d’adaptation, qui est d’ailleurs commune à d’autres espèces, et répond aux conclusions formulées par Charles Darwin).

    Partant, il serait tout-à-fait envisageable de formuler des procédures de gouvernance fondée d’une part sur une recherche d’égalité (au sens POLITIQUE du terme, j’insiste, car je n’ai jamais soutenu que les êtres humains étaient voués à une égalité « de nature » - je crois que nous sommes d’ailleurs en accord sur ce point) entre tous les citoyens par le truchement de procédures démocratiques inspirées du germe athénien (du germe et non du modèle, entendons-nous bien), et d’autre part sur une économie qui renoue avec la réalité physique et biologique, à savoir une économie fondée sur les ressources et dont le paradigme reposerait (nécessairement) sur le partage équitable de celles-ci. Les points essentiels de cette formule étant :

    - gouvernance par le grand nombre (démocratie)
    - égalité politique fondée sur des principes d’anarchie (c-a-d contraire aux principes de hiérarchie)
    - partage équitable des ressources (en opposition à l’échange mercantile de ressources)
    - gestion raisonnée et raisonnable des ressources en respectant les rythmes naturels

    Ce sont actuellement les pistes les plus sensées qui m’apparaissent possibles, et auxquelles j’ai tendance à souscrire (sans pour autant fermer la porte à d’autres possibilités).

    Cordialement,
    Morpheus

    (PS : j’apprécie cet échange mutuellement respectueux, je tenais à le souligner)



  • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 15:30

    Les athéniens n’ont pas cherchés, en créant la démocratie, à déterminer comment placer les gens les plus vertueux aux commandes. L’histoire montre que ce qui les a mené à créer la démocratie, c’est une longue succession de tyrannies et d’oligarchies, dans un constant rapport de force entre possédants (minoritaires) et dominés (majoritaires).

    Las de ces oligarchies et tyrannies à répétition, las de ces inégalités, ils ont inventé la démocratie pour justement sortir de cela. Après leur longue expérience du pouvoir, ils ont compris que le pouvoir et la richesse corrompent, et ils ont compris que chacun d’eux était susceptible de devenir un tyran, même celui qui, un jour, ou un moment, passait pour le plus vertueux.

    L’analyse de leurs procédures démocratiques montre qu’ils se méfiaient du pouvoir, et qu’ils se méfiaient l’un l’autre, raison pour laquelle ils ont mis en place ces mesures (tirage au sort, mandats courts et non renouvelable, rotation des charges, pouvoir de voter les lois dans la seule assemblée populaire, isègoria, reddition des comptes, etc.).

    Tant Manin que Hansen s’accordent à l’affirmer, les athéniens ont inventé des procédures fondées non sur la confiance dans la vertu de l’un ou de l’autre, mais sur la méfiance en la potentialité de chacun à devenir un tyran et à abuser du pouvoir. C’est précisément cela, la démocratie : la méfiance face à la potentialité de tous à abuser du pouvoir. A contrario, vous observerez que les gouvernement dit « représentatifs », fondé sur la procédure élective, sont basé sur la confiance que l’électeur place dans son « représentant ». Une confiance absurde, puisqu’il est impossible à 40 millions d’électeurs de connaître la personne pour qui ils votent, pas plus qu’ils ne possèdent la moindre procédure pour vérifier l’action de l’élu, ni le révoquer, ni s’assurer qu’il n’abuse de son pouvoir. Si l’on peut considérer comme pouvant être applicable l’élection dans une toute petite communauté - une communauté de vis-à-vis, il est absurde de considérer cette procédure valable dans de grandes communautés. Inversement, le tirage au sort s’adapte d’autant plus qu’il s’applique au grand nombre, par la loi mathématique des grands nombres, qui assure justement une représentation fidèle et proportionnelle de la structure sociale à laquelle il s’applique.

    Quand à la corruption, il m’apparait qu’elle réside au cœur même du paradigme de l’économie fondée sur la monnaie. L’économie monétariste EST la manifestation d’une gestion de la pénurie, non de l’abondance. Par sa nature, la monnaie sacralise la pénurie, puisque c’est la rareté qui donne sa valeur aux choses. En outre, l’économie basée sur la monnaie se fonde exclusivement sur le principe marchand, c’est-à-dire celui de l’échange. L’économie de l’échange est l’antithèse de l’économie du partage anciennement pratiquée. Dans l’échange, chacun gagne quelque chose, mais perd sa contrepartie ; dans l’économie de partage, tous gagnent quelque chose sans rien y perdre. Si le partage est inégal, bien sûr, il y a inégalité et abus. Mais le commerce veut que celui qui vend gagne un peu plus que la valeur du bien (nécessité de faire un bénéfice) et si l’on observe bien ce processus, on ne peut qu’aboutir à la conclusion qu’il est absurde (c’est mon opinion).

    La question d’échelle ne peut certes pas être écartée, cependant, nous ne vivons plus au néolithique, et nous possédons tant le savoir que la technique permettant de concevoir une société fondée sur le partage équitable des ressources aussi bien que sur une gestion optimisée de celles-ci tout en respectant les rythmes naturels. Ce sont précisément les rythmes naturels qui doivent devenir la base de nos choix, non des choix arbitraires fondé sur le profit du petit nombre au détriment du grand nombre, de l’équilibre géologique, biologique et de l’écosystème. Ce n’est, je crois, qu’à ce prix que nous pourrons véritablement commencer à parler de civilisation dans un sens noble, car il m’apparait que le bilan actuel de la civilisation s’apparente bien d’avantage à une longue addition de barbaries - au sens le plus péjoratif du terme.

    Cordialement,
    Morpheus

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