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Morpheus

Morpheus

Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.

Tableau de bord

  • Premier article le 30/11/2010
  • Modérateur depuis le 07/01/2011
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Derniers commentaires



  • Morpheus Morpheus 30 octobre 2012 16:51

    Bonjour micnet, et merci de vos interventions qui sont l’occasion d’approfondir le sujet et la réflexion smiley

    Je vous lis, et en tous cas, même si nous ne sommes pas (pas encore) d’accord sur la solution, je vois que nous sommes pratiquement d’accord sur le diagnostic, bien que nous l’exprimions chacun à notre manière. Alors, c’est sans doute ennuyeux mais cela m’incite à donner plus de précision aux mots que j’utilise, à mieux exprimer le fond de ma pensée.

    Lorsque je parle de l’oligarchie, il faudrait que je précise comment elle s’articule dans notre système, telle que je le perçois. Je suis entièrement d’accord avec ce que vous dites : les politiciens sont au service des intérêts particuliers d’une petite poignée d’ultra riches (banquiers, affairistes et industriels) et ils n’ont que très peu de pouvoir s’il s’agit de s’opposer aux intérêts de ces ultra-riches. C’est ce que je dis dans l’une de mes réponses à Éric Guéghen.

    Quand j’utilise le mot oligarchie, j’entends donc l’articulation entre ces puissances de l’argent (appelons-les ploutocrates) et le monde politique (les élus). Ils ont besoins les uns des autres : les ploutocrates ont besoin des élus pour imposer leurs lois aux peuples, tout en faisant passer leur dictature oligarchique pour une démocratie ; et les élus ont besoin des ploutocrates pour financer leurs campagnes électorales et rester le plus longtemps possible dans les arcanes du pouvoir.

    Dites-moi si je me trompe, mais il me semble que nous sommes bien d’accord sur ce constat. Si la réponse est oui, alors peut-être pourrons-nous nous accorder sur cette définition : j’appelle « oligarchie » le pouvoir dominant qui s’articule autour de l’alliance d’intérêts entre les ploutocrates et les élus des différents gouvernement prétendument représentatifs, ou si vous préférez : OLIGARCHIE = PLOUTOCRATES + ÉLUS.

    Alors, revenons juste un instant sur ces figures autoritaires qui ont marqué l’histoire de la France. D’abord, il faut tout de même relativiser les choses en rappelant que l’histoire « avec un grand H » comme vous dites, est toujours écrite par les vainqueurs. Cela signifie que l’histoire ne correspond pas à la vérité, mais à une interprétation flatteuse des vainqueurs et de leur rôle, en parallèle avec une interprétation calomnieuse des vaincus et de leur rôle. Ce faux frère de Voltaire était honnête lorsqu’il a écrit que « L’histoire est un mensonge dont nous convenons ». Gardons-nous donc de prendre pour argent comptant tout ce que les manuels d’histoire et les manuels scolaires nous disent à propos de telle ou telle figure historique, en particulier si son rôle est décrit comme « essentiel », « majeur », « fondamental » : il y a de grandes chances pour que les faits réels ne coïncide pas avec la réalité.

    Ce que je veux dire, le point sur lequel j’insiste, c’est que les « figures de l’Histoire » sont récupérée, très souvent (toujours ?) dans un but de « story telling » : on en fait des figures historiques dans le but de construire un mythe. « Un mythe - explique David Ray Griffin, professeur de théologie et de philosophie des religions - est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens plus subtil, un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple ».

    Je ne suis pas convaincu que les époques et les actions de figures telles que Richelieu, Mazarin, Louis XIV ou Napoléon soient si glorieuses que cela. Que ces individus aient cherché à se couvrir de gloire et marquer leur temps, peut-être, mais cela ne signifie pas pour autant que leur époque et leurs actions fussent glorieuses.

    Il en va peut-être différemment d’un De Gaulle, mais De Gaulle n’était pas un conquérant, ni un monarque, ni un oligarque. De Gaulle a marqué l’histoire essentiellement par une série de résistances qui ont, en effet, protégé la France contre les visées hégémoniques diverses, qu’il s’agisse de celles des anglais, des américains, des atlantistes, des sionistes ou des banquiers. De Gaulle n’aimait pas et se méfiait de ces gouvernements, de ces affairistes et de ces lobbys divers. Qui plus est, cerise sur le gâteau, De Gaulle (comme Simone Weil), n’aimait pas et dénonçait les partis politiques. Il a véritablement incarné la figure de l’Homme d’État, cela je le concède volontiers (pour Napoléon et les autres, par contre, ...).

    Pourtant, en dépit de son envergure et de la valeur (réelle selon moi) de son action politique dans la défense des intérêts de la France, il a laissé derrière lui une >Constitution< qui est véritablement calamiteuse, une anti-constitution qui n’a eut d’intérêt et de valeur que pour permettre à une figure politique d’envergure telle que lui de sortir la France de l’impasse de la guerre d’Algérie. Cette anti-constitution, qui sacralise le pouvoir du Président en lui confèrent pratiquement tous les pouvoirs, est un affront à tous les principes de démocratie et de séparation des pouvoirs ; on pourrait dire que cette « constitution » est bonne si et seulement si c’est De Gaulle qui est président... On voit bien que seul une personnalité de cette envergure, véritable exception qui confirme la règle, était à même d’user de tels pouvoirs dans l’intérêt de la majorité sans en abuser. Mais dès qu’un autre s’empare de la Ve République, cela devient une république bananière. Je ne vois pas d’autre qualificatif pour décrire la France de la Ve.

    Je comprends ce que vous voulez dire en affirmant que l’on a besoin d’un « homme fort » pour nous sortir de ce trou à rat qu’est l’oligarchie, pour nous tirer des pattes des ploutocrates. Croyez-le, je comprends très bien ce raisonnement. Mais, de vous à moi, ne trouvez-vous pas que c’est un peu une résurgence du mythe du Sauveur ? Vous savez, ce n’est pas par hasard si j’ai fais le rapprochement entre le caractère quelque peu « religieux » de la figure présidentielle en France : j’y vois comme une transposition, sur le Chef de la République, de la figure très chrétienne du Sauveur.

    Alors, évidemment, comme je suis plutôt un opposant des religions monothéistes, comme j’ai analysé et démythifié (et démystifié) la figure du Sauveur, comme je suis anarchiste dans l’âme (contre les principes hiérarchiques d’organisation sociale, contre les figures autoritaires, contre la verticalité des pouvoirs), il est assez logique que je ne sois pas favorable (du tout) à une solution passant par un hypothétique Sauveur.

    Mais comprenez-moi bien : si je n’y suis pas favorable, ce n’est pas par principe, mais par raison. Je vois dans cette « solution » une forme de piège qui perpétue un système dont je considère que c’est justement lui qui nous enferme, qui nous enchaîne, qui nous déresponsabilise et nous infantilise. Il m’apparait que si nous en appelions à une telle personnalité (je ne sais pas si vous pensez à une personne en particulier, mais je vais prendre François Asselineau pour l’exemple), si nous en appelions par exemple, donc, à Mr Asselineau, et que celui-ci arrivait - par quelque miracle - à la tête de l’État (il en faudrait un, tant le système politico-médiatico-financier est verrouillé pour empêcher que des personnes comme lui parviennent à la présidence), si nous faisions de lui notre sauveur (je me met volontairement, pour le débat, dans la peau d’un Français), nous refermerions sur nous le même piège qu’avec le Général De Gaulle : lorsqu’il aura disparu, que ferons-nous ?

    Retour à la case départ ... Car rien ne nous dit que son successeur ne sera pas un traître, comme Pompidou et Giscard, qui nous remettra illico presto dans les griffes des banquiers et des atlantistes, ou d’autres affreux.

    Cela dit, cela ne nous empêche pas de chercher une solution alternative, ou médiane : une personnalité forte et charismatique, capable de résister aux pressions et aux roueries des oligarques, mais qui reste sous la surveillance du peuple, d’une part pour soutenir son action, d’autre part pour empêcher qu’il n’abuse du pouvoir que le peuple lui cède dans un but bien précis (l’objectif de nous sortir des pattes de l’UE et de l’Euro, par exemple). Si nous parvenons à nous assurer que le pouvoir que nous confions à ce représentant charismatique ne se retourne contre nos intérêts, peut-être pourrions-nous envisager cette solution. Je ne vous cache pas qu’en les circonstances actuelles, je suis a priori sceptique, mais sceptique n’est pas fermé.

    J’en conclu provisoirement ceci, c’est que nous ne sommes pas forcément en désaccord de principe, et qu’il serait sans doute possible d’associer nos approches divergentes en admettant chacun qu’il y a quelque chose de censé dans ce que dit l’autre (ce que je pense avoir fais présentement - je crois).

    Cordialement,
    Morpheus

     smiley



  • Morpheus Morpheus 30 octobre 2012 10:57

    Méfiez-vous de Indymedia Paris. Ce sont des faux-nez (faux anarchistes, faux gauchistes, faux anti-fascistes, faux anti-racistes, mais ... vrais ultra-libéraux de la droite la plus radicale atlantiste, agissant sous fausse bannière). Ils manipulent l’opinion, pratiquent le terrorisme intellectuel, trompent les lecteurs, mentent, diabolisent, stigmatisent et appellent à la haine et à la violence. Sous couvert d’information libre, ce sont des agitateurs qui pratiquent une désinformation féroce.

     smiley

    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 30 octobre 2012 10:36

    (suite)

    Cous dites ensuite, Eric, que l’approche d’Étienne Chouard revient à « ne pas croire en l’homme ». C’est exactement le contraire ! Étienne Chouard, dans ses propositions, croit tellement en l’homme qu’il veut leur rendre leur pouvoir. Il considère chacun comme capable de décider pour lui-même et, réunit en assemblée ou tiré au sort pour exercer un mandat de magistrat au service de la communauté, définir une politique d’intérêt général.

    C’est le système oligarchique, élitiste, dans lequel nous sommes qui ne croit pas en l’homme. Le système électoral exige que les électeurs (le grand nombre) accorde sa confiance dans les dirigeants élus, alors même que ces élus - et leurs « sponsors » - (le petit nombre) ne cessent de montrer une défiance de plus en plus grande à l’égard du peuple. Dans notre système, le peuple est considéré comme incapable, il est infantilisé et réduit à choisir ses maîtres.

    Croire en l’homme ne consiste pas à « dénicher les « perles rares » afin de les porter au pouvoir pour qu’ils accomplissent le bien commun ». Ce que vous décrivez correspond bel et bien à une pensée élitiste, qui considère la majorité des hommes comme des médiocres. Quand bien même dénicheriez-vous ces « perles rares » et les porteriez-vous au pouvoir, la seule chose qui adviendrait, à coup sûr, c’est la ruine de ces perles qui, gagnée par la corruption du pouvoir, se transformerait bien vite en « perles noires ». Le pouvoir est une drogue, une drogue dure, car le pouvoir n’est pas dans la nature humaine, il est proprement inhumain. Il y a déjà un moment que j’ai compris l’illusion (et la perversion) de la quête du monarque éclairé.

    Croire en l’homme, c’est tout d’abord accepter sa complexité. C’est accepter que chacun possède une part d’ombre et une part lumineuse, et c’est comprendre que la caractéristique commune de tous les êtres humains n’est ni le bien ni le mal, ni la collaboration ni la compétition, mais la faculté de s’adapter aux conditions de son environnement socioculturel. Dans un environnement anxiogène, où règne la compétition, la rareté, la violence, l’agression, l’homme acquiert (peu ou prou) des comportements en phase avec ces critères ; dans un environnement stimulant, bienveillant, ou règne l’abondance et la collaboration, il développera pareillement des comportements en phase avec ces conditions : c’est une simple question se survie. On s’adapte toujours à l’environnement qui nous conditionne.

    Or, l’environnement socioculturel n’est pas une fatalité. Nous participons à son élaboration, ou pour être plus juste, ceux qui déterminent dans quel système d’organisation sociale nous allons évoluer déterminent le contexte socioculturel dans lequel nous allons évoluer. Il est donc essentiel, si nous voulons agir sur le contexte socioculturel, que nous reconquérions notre pouvoir collectif.

    Actuellement, le pouvoir oligarchique est parvenu à un point jamais égalé dans son autonomie. Il possède tous les outils de domination, contrôle tous les rouages des pouvoirs - y compris la presse et les médias de masse, il dirige l’économie et la création monétaire, bref : il est tout puissant et il ne rend aucun compte de ses actes aux électeurs. L’oligarchie politico-financière façonne et domine largement le spectre socioculturel.

    Croire en l’homme, c’est lui rendre le pouvoir qui lui a été volé de longue date par les voleurs de pouvoir, afin qu’ensemble, nous déterminions le spectre socioculturel dans lequel nous voulons évoluer.

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 30 octobre 2012 00:04

    Je reviens donc pour (tenter de) répondre à la seconde partie de votre intervention smiley
    Il y a un sujet intéressant que vous abordez : le bien commun s’oppose-t-il au bien individuel, et si oui, en quoi ? Et quelle(s) conséquence(s) cela peut-il avoir dans la recherche de « la bonne politique à mener » ?

    L’intérêt général, ou le bien commun, est assez simple à définir : il s’agit de l’intérêt du plus grand nombre, un bien qui profite à la majorité (par rapport au petit nombre). Cela implique déjà - il faut le noter - qu’il ne s’agit pas de l’intérêt de tous, ni d’un bien qui profite à tous. Il me semble déjà important de le préciser (il serait malhonnête de prétendre que le bien commun profite à tous, comme on peut parfois l’entendre ou le présenter).

    Un exemple de bien commun (ou d’intérêt général) est le principe des retraites par répartition (voir Bernard Friot, L’enjeu des retraites) : il s’agit, en résumé, d’un processus permettant de cotiser, année après année, une partie du salaire de tous, afin de payer, année après année, les retraites de nos vieux (et donc, lorsque nous seront les vieux, de recevoir nos retraites), sans faire appel au capital, ni à l’État ni aux banques : de façon autonome, entre nous, le peuple. Il s’applique à chacun, sans discrimination aucune (ni de sexe, ni de race, ni de religion). L’exemple le plus éloquent d’un BIEN COMMUN.

    La meilleure chose qui démontre qu’il s’agisse véritablement d’un bien commun est la détermination féroce avec laquelle les capitalistes (prétendument >libéraux<) s’emploient à ruiner et détruire ce bien commun qui nous appartient en propre. Et pourquoi ? Pour y substituer une prétendue retraite par... capitalisation. On sait où cela mène (la ruine, l’inégalité grandissante, la fraude, la perte de toute une vie de travail, la misère). Cela étant, il est évident que la retraite par capital profite tout de même à quelques-uns : le petit nombre. L’exemple le plus éloquent d’un INTÉRÊT PARTICULIER.

    On voit dans cet exemple que le bien commun est à la fois un bien qui profite au plus grand nombre - et peut profiter même à tous -, et un intérêt particulier (puisque chacun peut en tirer un intérêt individuel dans la mesure où chacun fait de sa retraite ce qu’il veut) mais que certains intérêts particuliers peuvent trouver en ce bien commun un obstacle. L’intérêt particulier, lui, est bien moins évident à définir, par la variété de réponses qui peuvent être données : il est individuel, donc infiniment variable. Par définition, il n’appartient donc pas au domaine de la politique - à moins qu’il s’oppose - précisément ! - à l’intérêt général (je rappelle que je pense en terme de communauté, en terme de vie en société).

    Il n’est pas difficile de déterminer les grandes lignes de l’intérêt général ou du bien commun : les besoins fondamentaux des êtres humains sont similaires, voir identiques, sinon dans leur forme, du moins dans leur substance (boire, manger, dormir, aimer, se loger, ...). Si ces besoins ne sont pas rencontré dans notre société - où les biens et les richesses ne manquent pas (on gaspille un incroyable quantité de ressources), c’est parce que cet intérêt général s’oppose aux intérêts particuliers de quelques-uns (un petit nombre).

    Or l’intérêt particulier de ce petit nombre, à y regarder de plus près, n’a rien de légitime, n’a rien de proprement humain, et s’apparente beaucoup à diverses formes de pathologies mentales que l’on peut résumer par le mot UBRIS. Nos sociétés et les peuples qui y vivent sont victimes de l’ubris d’un petit nombre d’individus mentalement dérangés qui ont imposé au monde un mode de pensée, un système, une idéologie entièrement au service de leur démesure. Et plus leur démesure grandit, plus leurs pouvoirs s’accroissent, plus ils craignent de tout perdre, dès lors l’étau se resserre sur le grand nombre.

    (je reviens demain pour la suite - et fin ? - de cette réponse)

    Cordialement,
    Morpheus



  • Morpheus Morpheus 29 octobre 2012 21:15

    Livre à lire absolument. J’avais dû le louer au bibliobus, puisqu’il était épuisé et introuvable. Je viens de recevoir ma commande de cette réédition, je suis bien content.

    Bravo pour votre exwcellent article.

    Morpheus

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