Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
Dans le principe, l’idée de sélectionner des personnes dotées de compétences en relation avec le domaine de questions de la cité qu’elles auraient à gérer semble pertinent. Jacque Fresco dit à ce propos quelque chose de très juste : la plupart des problèmes qui se posent sont essentiellement d’ordre techniques. C’est la raison pour laquelle il en appelle à la méthode scientifique pour résoudre nos problèmes, plutôt qu’à des décideurs politiques dont les méthodes n’ont rien à voir avec la technicité, et qui n’ont d’ailleurs aucune compétence en relation avec leur ministère.
La plupart des décisions politiques n’ont rien à voir avec les contingences réelles, c’est-à-dire les données physiques et techniques, mais sont fondées sur des opinions basées sur les intérêts de certains acteurs (notamment financiers, industriels et économiques). Les politiciens actuels, qui sont notoirement incompétents, prennent des décisions irrationnelles et dans le même temps, parviennent à faire croire qu’ils sont les plus aptes à occuper le poste qu’ils ont obtenu par l’élection.
Lisons Manin à ce sujet : « Affirmer que dans un système électif, seuls les individus objectivement distincts et perçus comme supérieurs peuvent accéder à une fonction politique, ne revient pas à dire que seuls les individus objectivement supérieurs ont accès au pouvoir. (...) Ce qui les porte au pouvoir est la perception de leur supériorité par les autres ou, en d’autres termes, le jugement des autres sur leur qualités. » Cela signifie que nous pouvons porter au pouvoir de parfaits crétins si notre perception d’eux nous porte à les juger compétents (on n’a pas à chercher bien loin pour trouver dans notre cheptel de politiciens de tels exemples).
Pour pouvoir porter réellement les personnes les plus objectivement compétentes au pouvoir par l’élection, il faudrait que les critères qui nous mène à les désigner soient eux-mêmes objectifs et rigoureux, faisant de l’électeur une personne ... compétente (car savoir désigner la personne objectivement compétente revient à montrer une compétence).
On observe donc la contradiction (et l’irrationalité) qu’il y a chez les électeurs lorsque ceux-ci soutiennent le processus d’élection en revendiquant la nécessité de désigner des personnes compétentes, et le fait qu’ils oblitèrent, au moment du scrutin (et pendant la campagne) le fait que les candidats qui leur sont présenté ne correspondent en rien à ce critère. Il y a en effet une grande différence entre une personne sortie de l’ENA, formée à la bureaucratie et aux rouages administratifs, mais objectivement incompétente à résoudre la plupart des problèmes essentiellement techniques qui se posent.
Prenons l’exemple de la sécurité routière : la plupart des solutions techniques existent, mais aucune n’est adoptée pour de multiples raison n’ayant aucun rapport avec l’intérêt général, mais seulement avec des questions d’intérêts privés. A contrario, on impose des lois, des règlement et des mesures de plus en plus dures et strictes visant à sanctionner les individus. Les lois ne résolvent jamais les problèmes, mais sont seulement l’expression de notre impuissance à résoudre un problème.
D’autre part, les expériences de démocratie faisant intervenir des individus lambdas tirés au sort, n’ayant aucune compétence, mais recevant une formation pour ensuite, en commission restreinte, évaluer un sujet spécifique, ont montré de la part des observateur une étonnante efficacité et pertinence dans leurs avis, montrant qu’ils se sont, en très peu de temps, rendu compétent à donner un avis citoyen (voir Jacques Testart). Cela montre que de simples citoyens non compétent, n’ayant pas d’intérêt personnel particulier, sont capables d’émettre des avis intelligents et pertinents, ce qui tend à prouver que la nécessité de la compétence des responsable n’est peut-être pas aussi pertinente qu’il n’y parait.
b. La supériorité :
Ce n’est pas tant la notion de compétent / incompétent qui détermine la supériorité ou l’infériorité, c’est la notion de pouvoir. Vous semblez niez le fait caractéristique ressortant de l’élection qui est qu’il se fonde sur une notion élitiste. Ce n’est pas par hasard que le mot élection a la même étymologie que élite. Or, qui dit élite, dit supériorité (et forcément infériorité). La structure de classe se trouve inscrite « génétiquement » dans l’élection, et les structures de classes ne sont pas fondées sur la fonction, mais sur la hiérarchie. L’exemple du corps humain est une belle image, mais elle ne s’applique pas (du tout) aux sociétés humaines civilisées que nous connaissons. Un jour, peut-être, mais nous n’y sommes pas.
c. L’intégrité :
Si je parle d’intégrité (c’est-à-dire d’honnêteté, de franchise, de respect de la vérité, bref la vertu des anciens), c’est bien parce qu’il semble évident que c’est une qualité essentielle que quiconque attend d’une personne sensée le représenter. Vous n’allez pas désigner, pour vous représenter, un individu fourbe, malhonnête et hypocrite, car vous savez que vous seriez vous-même victime de sa fourberie.
d. La figure paternelle :
Mais ’68 est à la société occidentale ce que la crise d’adolescence est à l’être humain : l’expression d’un besoin d’indépendance et d’autonomie. Mais vous savez aussi bien que moi que ce qui, dans nos sociétés « modernes » (sic), sépare le moment de la crise d’adolescence et le moment de l’entrée dans l’âge adulte, est une sinécure. Nous observons en effet une perte d’influence de la part des parents sur leurs enfants, qui est elle-même l’expression visible du désarroi dans lequel les « adultes » sont face à la crise d’adolescence de leurs enfants.
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est la transposition d’une crise d’adolescence de la conscience collective, qui appelle, justement, à des structures sociales qui permettent aux humains de s’épanouir librement, et devenir adulte (pas sur le plan individuel, mais collectif).
L’analyse caricaturale que l’on fait souvent de Mai ’68 et des soixante-huitards est spécieuse, car elle juge immature une réaction provenant d’une génération infantilisée : quelle perversion ! Pouvons-nous attendre de gens traités de façon infantile qu’ils se montrent matures ? C’est absurde. Le fait est que, même en ce début de XXIe siècle, la structure sociale est calquée sur le modèle paternaliste de la famille, lui-même prolongement du modèle de la trinité religieuse (le Père rigoureux, la Mère bienveillante, le Fils sacrifié). Que ce modèle ne semble plus fonctionner et montre des couacs, je suis bien d’accord, mais de là à dire que la structure sociale à changé, je m’inscrit en faux. Les « adultes » (sic) que sont nos dirigeants ne sont visiblement pas prêt à nous laisser prendre notre autonomie. Ils continuent à se comporter comme des parents toxiques.
Quant à Dany « le rouge » (sic), son parcours est la démonstration parfaite de ce que j’explique. Après avoir fait sa crise d’adolescence, il s’est bien fondu dans le moule, et en bon opportuniste qu’il est, après avoir tourné et retourné sa veste à de multiples reprises, il montre son allégeance à papa (l’UE). Ce guignol serait presque rigolo s’il n’était pas pathétique
e. La démagogie :
Le peuple, la société, la cité ont bien moins besoin de rhétoriciens que de techniciens à même de résoudre les problèmes. Les problèmes sont concrets, pas abstraits, et donc c’est de pragmatisme dont nous avons besoin, pas de belles paroles. Les gens, c’est bien connu, se payent de mot, ce n’est pas nouveau. Je vous signale qu’il y a 6 mois, les français ont une fois de plus cédé aux illusions du suffrage universel, se sont laissé enfermer dans un duel couru d’avance entre deux « champions » (sic) eux-mêmes désignées d’avance, et se sont laissé convaincre par de belles paroles. On voit le résultat, parfaitement prévisible, de leur prétendu « choix » (re sic). Si le peuple était aussi avisé dans son inconscient collectif, pourquoi se laisse-t-il encore berner de la sorte ? Le fait est que le peuple sent bien qu’il se fait baiser, et même sodomiser, sans vaseline, mais il continue de se laisser faire ... Cherchez l’erreur. Je reste dans l’attente de sa rébellion.
Conclusion :
Un grand merci à vous de m’avoir porté la contradiction, j’ai sincèrement apprécié nos échanges mutuellement respectueux (mais pas sirupeux), et la qualité de vos interventions et remarques, qui mène à approfondir les sujets qui nous préoccupent.
Vos remarques à tous les deux sont évidemment pertinentes. Ne croyez pas non plus que je veuille sombrer dans un positivisme béat, c’est très loin d’être le cas. Mais je trouve, justement, que le fait que vous souleviez ce genre de remarque et montriez les dérives possibles de ces éventuelles innovations est très encourageant en soi ! La capacité à anticiper le pire (dans le but de l’éviter) fait preuve d’une grande maturité et d’une volonté de rechercher les bonnes solutions.
Franchement, je dois dire que je suis ravis du niveau des interventions de chacun sur ce modeste article, et je vous remercie tous sincèrement de vous y être à ce point impliqué.
Merci à tous, Morpheus
(PS : je ne clos pas pour autant les débats, soyez libre de vous exprimer)
Concernant le niveau d’inculture de la masse populaire, rassurez-vous, j’en suis bien conscient. Il me suffit de regarder quelques émissions de jeu, en Belgique comme en France, pour mesurer à quel point les gens manquent globalement de culture. Pas besoin de débat sur ce point, nous sommes d’accord.
Mais je reste persuadé que dans des circonstances favorables, la capacité des gens à apprendre est plus grande que ce que l’on croit. Bien sûr, il y faut la volonté et une certaine motivation, cela va de soi. Il ne s’agit de « forcer » les gens à se cultiver et apprendre (cela ne marcherait pas). Qui plus est, les principes de rotation des charges et de tirage au sort n’impliquent nullement que TOUS se cultivent et apprennent, puisque le besoin de personnel actif pour faire tourner les rouages d’une démocratie ne sont pas 100% de la population mais, un faible pourcentage (dépendant surtout du système).
Il y a effectivement de nombreuses raisons d’être pessimiste, cependant, je trouve tout autant de raison d’être optimiste. Du moins, pour mieux traduire mon sentiment, je dirais qu’en dépit des conditions très défavorables de notre situation et de nombreux signes pessimistes, persiste et grandissent des signes encourageant qui montre que beaucoup veulent changer. Il faudrait que je fasse un travail pour rassembler tous ces signes et en faire un article
Je dis que vous avez peut-être raison, parce que comme vous, je sais que les changements radicaux peuvent déboucher sur des catastrophes (pas toujours, mais cela se vérifie quelques fois, et les risques sont réels). Donc, votre proposition intermédiaire est peut-être la plus prudente. Ma crainte est que l’on en vienne à se contenter de ces « demi-mesures » et qu’avec le temps, des pressions venants des mêmes « élites » ploutocrates ne pervertissent, une fois de plus, la tentative de changement. Cela, nous SAVONS, avec une grande certitude, que c’est UNE CONSTANTE. Et c’est cela qui tracasse. Quelle garantie avons-nous que des mesures transitoires ou intermédiaires évoluent dans le bon sens ? L’histoire récente (depuis les années 1950) montre avec quelle détermination les avancées sociales ont été ruinées par les oligarques. Voilà ma principale crainte.