Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
L’humanité est peut-être mystique depuis ses origines, mais pas religieuse ; la religion n’apparait qu’avec les cités-états, donc il y a entre 6 et 8000 ans. Bien loin de l’âge de l’humanité.
Le phénomène religieux stricto sensu est le fruit de la civilisation (le fait de vivre dans les cités, de façon sédentaire - et en décalage avec les rythmes naturels, plutôt que nomade - nécessairement en rythmes avec la nature.
J’aimerais bien que l’on puisse dire que nous sommes le fruit de la civilisation hellénistique, plutôt que judéo-chrétienne, hélas je crains que cela ne soit pas du tout le cas.
Même dans les pays laïques, les paradigmes éthiques et moraux, comme bon nombre de principes inscris dans les lois, sont issus de la morale judéo-chrétienne. Même les plus agnostiques, sans s’en rendre toujours compte, régissent en fonction de ces paradigmes, « pensées derrière la pensée », simplement parce qu’ils (les paradigmes judéo-chrétiens) imprègnent l’inconscient collectif depuis plus de 3000 ans.
Si nous étions une civilisation principalement inspirée par la civilisation hellène, nous ne serions pas outré par la nudité, nous consacrerions autant l’Épicure que l’Ascèse, nous saurions que l’élection n’est pas démocratique mais oligarchique ... Mais nous nous offusquons de la vision d’un sexe - là ou la nudité ne posait pas problème aux anciens grecs, et nous appelons « démocratie » son stricte contraire ...
J’espère que cela va réellement changer, mais il faudra encore du temps (et j’espère, pas trop de larmes ni de sang).
Pour prolonger ma réflexion sur le sujet de cet article, je voudrais
rajouter ceci.
Si le miracle se caractérise par son caractère exceptionnel,
imprévisible et inexplicable, il est aisé d’admettre
que toute interprétation du dit phénomène relève du besoin de donner un
sens à ce phénomène : ce besoin de faire sens est naturel et légitime.
Le sens ainsi donné, répondant à une impulsion affective, va
nécessairement être imprégné par la grille d’interprétation personnelle
du réel de la ou des personnes qui sont confrontées à ce phénomène. Or,
les grilles d’interprétation du réel sont multiples et pas toujours
compatibles : la grille scientifique d’interprétation du réel est
notamment en conflit avec toute une série d’éléments de la grille
d’interprétation du réel de la plupart des religions.
La question est : qu’est-ce qui influence l’interprétation d’un
phénomène relevant de l’inexplicable ? La réponse est assez simple :
chacun cherchera à faire sens par rapport à ses propres paradigmes. La
science cherchera à interpréter selon les connaissances scientifiques,
en chimie, en physique, en biologie, en astronomie, etc. ; la religion
va quant à elle chercher à interpréter le phénomène en fonction de ses
propres paradigmes, théologiques, mythologiques, cosmogoniques, voir
métaphysiques.
Prenons un cas spécifique, qui ne relève pas du miracle
proprement-dit, mais plutôt de l’expérience dite “mystique”. Voici le
récit de l’expérience dont il est question pour l’exemple (il est
authentique, c’est de mon propre témoignage qu’il s’agit) : http://www.noesis.ch/temoignage/emc/
Vous admettrez qu’une telle expérience est de nature à marquer
durablement la psyché de l’individu qui la vit. Maintenant, quel sens
donner à cette expérience ? Vous allez vite vous rendre compte qu’il est
possible de faire rentrer cette expérience dans bien des grilles de
lecture : un chrétien convaincu sera persuadé avoir “rencontré Dieu” et
avoir “plongé dans Sa Lumière” ; un kabbaliste pourra y voir une
“communion avec la Sephira Tiphereth”, voir même – pourquoi pas ? –
Chokmah ; un théosophe y verra un “contact directe avec la divinité
intérieure” ; un étudiant du phénomène d’abduction pourrait y voir une
“expérience positive d’abduction par des entités extra-terrestres” ; un
adepte du new-age y verra sans doute un “contact avec un plan
d’existence supérieur et des entités ascensionnées” tandis qu’un
scientifique appellera cela prudemment une “expérience de conscience
modifiée”.
Comme l’expérience n’est pas renouvelable (j’ai essayé sans succès), est
imprévisible (c’était pas prévu au programme de l’initiation à cette
méthode de méditation) et ne peut trouver aucune explication
satisfaisante, toutes ces explications se valent, jusqu’à ce que nous
disposions de plus d’éléments de compréhension du phénomène. Autant dire
que si toutes ces explication se valent, aucune n’est vraiment
satisfaisante, et aucune n’est plus valable qu’une autre.
Je (on) peux donc faire dire à cette expérience absolument TOUT CE QUE JE (ON) VEUX.
Vous admettrez donc que de faire usage de pareilles expériences pour
accréditer telle ou telle mythe est, au mieux un parti prix audacieux
(téméraire ?), au pire une manipulation idéologique visant à la
propagande. Comme en matière d’idéologie (politique ou religieuse), il
faut s’attendre au pire, l’attitude la plus prudente et la plus sage
est, à mon avis, le scepticisme.
Cordialement,
Morpheus
PS : à ce jour, je n’ai aucune explication satisfaisante à cette
expérience, qui reste simplement une expérience magnifique ayant
durablement marqué ma psyché.
Je suis bien d’accord avec l’idée que l’on puisse critiquer la
zététique, “science du doute”, et donc douter, par exemple, de
l’objectivité de l’un ou l’autre de ses intervenants. Ce doute est
légitime.
A contrario, il me semble douteux de prétendre vouloir démontrer la
“réalité scientifique” de tel ou tel miracle, tout en précisant que ce
qui fait un miracle – ce qui le définit et le caractérise – c’est son
caractère exceptionnel, unique et non reproductible. Nous sommes là
devant un cas typique d’impossibilité ontologique : on peut
difficilement étudier les cas de “miracles”, car ceux-ci, n’étant pas
reproductibles et se produisant de manière non prévisible, ne peuvent
pas être observés, du moins scientifiquement.
En outre, les personnes attachées à la réalité miraculeuse, qui
n’aimeraient pas que l’on démontre que ce qu’ils appellent “miracle”
peut trouver une explication scientifique (ce qui enlève le caractère
miraculeux du phénomène), ne sont généralement pas enclines à accepter
les preuves qui vont à l’encontre de la thèse miraculeuse. C’est
compréhensible, puisqu’on touche à une conviction d’ordre religieuse,
voir mystique, mais cela ne renforce pas le caractère objectif de leur
opinion.
En dernière analyse, l’objectivité même constitue une impossibilité
ontologique, puisque nous sommes dans un univers par nature relatif. Il
existe certainement des phénomènes qui ne trouvent pas (encore)
d’explication dans le champs – effectivement limité – de la connaissance
scientifique ; comme le dit Matthieu Ricard dans “L’infini dans la
paume de la main” : “La science est fondamentalement limitée par les
domaines qu’elle a elle-même définit”. Cela étant, la propension des
promoteurs de telle ou telle religion sont prompt à détourner à leur
avantage (à imposer leur propre grille de lecture, basée sur des
croyances et des hypothèses impossibles à réfuter, car hors du champs
d’observation scientifique) pour étayer leurs mythes, et renforcer la
croyance.
Si le domaine de la science est fondamentalement limité par les
domaine qu’elle a elle-même définit, il en va de même de la religion.
Par conséquent, la religion est elle-même fondamentalement limitée par
le domaine de la croyance (appelé à tort ou à raison “foi”),
c’est-à-dire … non vérifiable, non prouvable, non démontrable. Un
scientifique (qu’il soit zététicien ou non) a donc toute légitimité pour
(tenter de) démontrer qu’un phénomène qualifié de miraculeux s’explique
scientifiquement (et donc lui enlever son caractère miraculeux), à
contrario, le religieux ne peux pas démontrer, par la science, que le
phénomène qu’il qualifie de miraculeux relève de la réalité scientifique
: au mieux, il peux contredire le sceptique en démontrant que sa
méthodologie n’est pas scientifiquement valable.
Cordialement,
Morpheus
(c/c de ma réponse au même article publié sur Enquête & Débat)