Au niveau des montages, ils ne sont pas en soi compliqué.
La manière dont ces produits dérivés sont construits est diaboliquement simples ( Lire "UBS, les dessous d’un scandale", une très bonne vulgarisation des dits produits).
J’assimile cela à un boucher qui coupe en tranche le jambon du crédit...
Il décide ensuite que certaines tranches sont moins spéculatives que d’autres car elles seront remboursés en première en cas de problème.
Et ainsi de suite jusqu’aux tranches les plus spéculatives.
Arrivent alors les agences de notation qui font confiance aux dires de la banque "affaire" qui a fabriqué ces produits...Pourquoi diable ne pas leur faire confiance ? hein ? Franchement ?
Du coup, les meilleures tranches sont cotés AAA, et les plus basses BBB ou autres joyeusetés.
Du coup, on se base sur ces notations pour définir le risque de défault de ces produits.
Et dans le cas AAA, cela équivaut à des obligations d’état. Safe de chez Safe.
Du coup, on en prend des tonnes, on fait grossir le bilan, et on augmente artificiellement le rendement en jouant sur les ratios de solvabilité dont le calcul se faisait en "pondération du risque" ( là encore, une connerie majeure lorsqu’on laisse ce calcul à ceux là même...qui sont concernés par ce dit calcul).
Oui mais voilà, lorsque le jambon est un peu malade, cela passe encore...Mais la bactérie se propage...La tranche AAA porte sur le même jambon que la tranche CCC ultra-spéculative...Correlation nous voilà !
La bulle explose.
Les tranches AAA ne valent plus rien.
Les agences de notation se réveillent et balancent tout ca en actifs pourris.
Tout le monde panique...
Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.
Tout le monde sauf quelques traders futés qui ont senti venir le retournement du marché début 2007.
Mais si le département risque avait fait son travail...Il aurait directement compris que les outils mis en place n’empêchaient pas que les différentes tranches étaient plus qu’artificielles. Que le sous-jacent concerné était le même et qu’en cas de problème, il y avait très peu de marge pour protéger les tranches supposées "sûres".
Et le bon sens aurait aussi dû jouer rapidement...Un produit qui offre un très haut rendement pendant x années ne peut pas avoir le même niveau de risque d’une obligation d’état.
Les factures doivent être payées en effet.
Mais je pense que celles-ci s’étaleront plutôt dans la durée et que l’effet de cette crise sera résorbé par les banques petit à petit en jouant sur leurs activités fiables pour payer les pots cassés.
On peut le regretter, mais c’est cela ou la faillite du système.
Je doute personnellement que la faillite du système soit une solution. Mais sait-on jamais ?
Je ne partage pas vraiment le catastrophisme ambiant et cela pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, je pense que les chutes impressionnantes actuelles au niveau des chiffres des entreprises doivent être comparés aux bénéfices monstrueux qu’ils ont obtenu auparavant.
La bulle leur a permis de jouer sur un effet de levier conséquent ( notamment au niveau bancaire, mais pas uniquement) qui leur permettait d’afficher des rendements à deux chiffres et tout les dividendes qui vont avec.
Désormais, c’est l’heure du décrassage et du dégonflement.
Terminé les fusions à tout va, les investissements sur un marché inconnu et autres prises de risques inconsidérées.
Les pertes actuelles au niveau bancaire sont le signe qu’il y a amortissement des actifs "pourris" et ré-évaluation à des valeurs plus correctes Ca fait mal sur les comptes mais cela ne remet pas en question la rentabilité propre de l’entreprise, d’où mon deuxième point.
Les activités banquaire de base sont saines et ne souffrent guère, pour l’instant, de la crise économique. Avec l’instabilité des marchés boursiers, les investissements se font principalement sur des produits plus "safes" (compte d’épargne, obligations,...) en attendant que l’orage passe.
La crise est réelle, et elle va faire mal. C’est un fait.
Tout un pan du système va si pas disparaitre du moins considérablement se réduire, je parle bien entendu de certains types de produits dérivés.
Il semblerait que la politique bancaire fassent désormais bien plus cas de la gestion de risque ce qui devrait éviter une nouvelle crise de ce type à l’avenir.
Car entendons-nous bien...Si ces produits dérivés ont vu le jour, ils n’auraient eu aucun intérêt s’il n’y avait aucun acheteur.
Et il aurait dû n’y avoir aucun acheteur (du moins pas des acteurs institutionnels et non-spéculateurs) pour des produits aussi opaques, aussi "artificiels" et dont l’utilité pour la répartition du risque ( car il faut tout de même rapeller que l’idée général derrière ce genre de dispositif se situe dans une meilleure répartition du risque pour celui qui assume le crédit...Du moins, cela aurait dû être l’idée générale...) fut proche de zéro.
Comment une banque peut-elle investir dans un produit dont elle ne connait ni la mathématique financière sous-jacente, ni la manière dont il est construit, ni le sous-jacent exact qui le concerne...d’autant plus sur un marché des produits dérivés qui a une tendance sérieuse à l’illiquidité (dans le sens où la dynamique achat-vente reste assez figé) ?
Comment une banque peut-elle créer ce type de produits et les faire acheter par un autre de ses départements...qui a lui-même emprunté à la banque au taux transfert ? ( Cfr cas UBS...Un véritable exemple de ce qu’il ne faut pas faire en matière de gestion de risque)
Je pense qu’on sous-estime grandement les facteurs d’incompétence et de crise de l’information.
On peut malgré tout espérer que cette leçon serve à recentrer les banques sur leurs fonctions premières et à voir disparaitre une bonne fois pour toute ce mélange hybride avec la banque "affaire".
Une banque n’a pas pour rôle de jouer au trader et au spéculateur sur les marchés.
Elle doit permettre l’épargne et le crédit.
Elle doit évaluer son profil de risque.
Elle doit investir en fonction et se couvrir.
Tout le reste, c’est du casino. Et la banque n’est pas le casino.