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Nycolas

Auteur de romans et nouvelles, naturopathe, blogueur occasionnel et "mystique", utilise son temps à observer le monde et la société par le petit bout de la lorgnette, essayant de mieux les comprendre tant il a parfois l'impression d'y être un étranger... mais au fond, ce n'est qu'un homme... Un homme qui traque les idées reçues, la pensée-réflexe, dénonce l'embrigadement et les conditionnements, et essaye modestement d'oeuvrer à un monde plus intelligent et plus humain.

Tableau de bord

  • Premier article le 30/06/2008
  • Modérateur depuis le 13/06/2009
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Ses articles classés par : ordre chronologique













Derniers commentaires



  • Nycolas 19 janvier 2016 17:23

    Encore un autre point de vue. Dans les années 90, je faisais mon service d’objection de conscience. Mon oncle avait pas mal d’exemplaires de hara kiri chez lui, et je connaissais Charlie Hebdo sans le lire, rebuté par la laideur criarde des dessins qui heurtaient mon sens du beau. Par ailleurs, je ne trouvais pas que ces journaux apportaient quoi que ce soit en terme de réflexion, et j’étais bien conscient que c’était de l’irrévérence pure et gratuite, « assumée » mais dans une attitude sciemment irresponsable et bête et méchante, qui étaient les termes par lesquels ces journaux se revendiquaient eux-mêmes.

    Lorsque j’ai entamé mon service d’objection de conscience, j’ai naturellement côtoyé d’autres objecteurs, et si je ne me faisais guère d’illusion sur le fait que ces gens là représentent un moralité ou encore moins une intellectualité supérieure, je n’ai pas été déçu de voir qu’ils lisaient Charlie Hebdo comme on lit le journal du diocèse.

    Un jour, l’un d’entre eux, probablement nourri à ce sein infantile, éternellement immature, remarque que je porte des chaussures à coque (bon marché, en l’occurrence) et me dit « tes chaussures, elles font pas très objecteur ».

    Dans cette remarque imbécile, tout est résumé. L’humour piètre de Charlie, la caricature qui, loin d’élever l’esprit hors des dogmes et des idées reçues, participe à l’y enfouir. Mes chaussures lui évoquaient des « rangers » de militaire, alors que les punks en portent... Bon, il faut admettre que je ne m’identifiais pas plus aux punks qu’à cette frange d’idéalistes devenant objecteur non parce que c’était leur conviction profonde, mais parce que c’était cool.

    Charlie ne m’a jamais fait rire, mais ne m’a jamais fait pleurer. Leur humour n’est ni drôle ni triste, et rire de leurs blagues relève plus du réflexe comme un pet ou un éternuement, et tout ce que je leur accorde, c’est le mérite d’exister. Il faut bien que des gens, quelque part, s’attaquent à tous les tabous. Il faut des bouffons à toute société plus royaliste que le roi.

    Je l’avais dit il y a un an : les bien-pensants ont récupéré Charlie, et leurs blagues d’ados attardés qui ne faisaient rire qu’eux et leur clique avant, les autres n’en entendant jamais parler, parviennent jusqu’à d’autres qui, forts de leurs esprits étroits et réactionnaires, font la grimace, ou hurlent qu’ils ne savaient pas que Charlie, c’était ça...

    Charlie, ça a toujours été ça, et même si je n’aimais pas et n’aime toujours pas, et même s’il y a eu l’épisode Val-Fourest, je leur rends grâce d’être demeurés dans leur impertinence, toujours la même. Celle qui me fait pouffer de rire une fois sur 10, et m’indiffère tout le reste du temps. Leur humour est lui-même un rot à la face de la bien-pensance, et c’est ce qu’il a toujours été, et en ce sens, la laideur de la chose peut tout à fait satisfaire l’éternel ado qui sommeille en chacun de nous, seulement ce torchon n’a jamais rien apporté réellement à la pensée. Leur seul mérite, y compris pour ce dessin qui choque jusque dans ces colonnes, est leur subversivité, qui est réelle. Je ne vais pas perdre mon temps à analyser ce dessin qui n’en vaut pas la peine, mais il n’en est pas moins vrai que notre époque qui sacralise outrancièrement les enfants oublie souvent que tout criminel de guerre, meurtrier en série, tout violeur, tout pédocriminel, tout bourreau, tout trafiquant d’être humain et tout BHL de la planète a un jour été un joyeux et probablement adorable bambin ayant pu attraper la varicelle, ayant été soigné et aimé par ses proches pour pouvoir devenir l’ignoble adulte qu’il est devenu.

    Le mérite de la subversivité par la provocation à la charlie/hara kiri est de bouleverser les codes, les idées fausses et préconçues, les dogmes, les certitudes, y compris les idéaux. Seulement, ils l’ont dit eux-mêmes, il est difficile d’être aimés par des cons, mais pour être aimé par des cons, il faut l’avoir voulu, avoir montré des signes de compatibilité avec la connerie, et ça, ils l’ont fait.

    Comme l’illustre la remarque d’un objecteur concernant mes chaussures, Charlie n’a jamais élevé la pensée, il l’a toujours maintenue sous la ceinture et parfois au raz du sol, comme quoi la bouffonnerie assumée comme irresponsable n’aboutit en tout et pour tout qu’à une culture de l’idiotie et de l’irresponsabilité. En cela, il faut aussi faire notre auto-critique. Charlie Hebdo n’est pas qu’un « ovni journalistique » comme certains veulent bien le dire, c’est aussi un des signes, à la fois cause et conséquence, de la médiocrité de notre temps, qui est cultivée en temps réel par les médias incluant la télé.

    De là, s’étonner que Charlie soit médiocre en soi, et produise de la médiocrité est... un signe de médiocrité.



  • Nycolas 19 janvier 2016 16:53

    La mauvaise foi dans les commentaires est tout à fait spectaculaire.

    « Permettez-moi de douter de vos chiffres, et puis d’abord, pourquoi ces gens sont partis de chez eux, sous prétexte qu’une simple centrale nucléaire a pété près de chez eux ? » (vous, vous seriez resté, j’imagine, il faut bien qu’une sélection naturelle se fasse)

    « Ah mais pardon, ces gens ne sont pas morts de la radioactivité, donc le nucléaire est hors de cause ! »

    « Et puis d’abord, qu’est-ce qui nous dit que vous n’êtes pas un troll des lobbies anti-nuke ? » (la question inverse concernant le commentateur ne se posant pas, naturellement)

    Moi je ne comprends toujours pas pourquoi ces gens là qui semblent « sincèrement » penser que le nucléaire est propre et exempt de tout réel problème, n’ont pas encore leur résidence secondaire à Fukushima... mais peut-être est-ce le cas ? Ce qui pourrait expliquer certains dégâts sur les capacités d’analyse...

    Il est vrai qu’il y a beaucoup de fantasmes - en positif comme en négatif - sur le nucléaire, du fait qu’il fournit généralement une mort lente et invisible, et du fait qu’il fournit une énergie abondante, justifiant en partie nos modes de vie et leur fuite en avant. De là à parler d’inocuité, ou d’exagération dans la perception des problèmes, je crois qu’on touche là aux limites de la cognition humaine qui justifie toutes les mauvaises foi. D’un côté ceux qui (ils existent) magnifient le danger, car il est invisible et perçu comme très inquiétant, de l’autre ceux qui l’ignorent totalement, parce qu’il est invisible, et parce que ça leur permet de sauvegarder leur foi cynique envers la société dans laquelle ils vivent, et qui - jusqu’à présent - pourvoit à leurs besoins. C’est tellement plus commode, et primaire, que de ne pas se soucier du lendemain... Exactement le mode de raisonnement irresponsable - les générations futures se démerderont - qui nous a emmené là, et plus si affinités.



  • Nycolas 29 décembre 2015 12:37

    Toute société totalitaire a besoin de son Goldstein...

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Goldstein



  • Nycolas 19 décembre 2015 17:23

    Un grand merci pour cet article.

    A titre personnel, je rejoins particulièrement la peinture de l’école comme un système carcéral, puisque c’est ce qu’elle est.

    Ayant travaillé dans le social par la suite, en contact avec des instituteurs, j’ai pu me rendre compte qu’ils sont les premiers conscients du fait qu’un tel système ne peut pas répondre aux besoins de tous. Aussi, beaucoup des commentaires qui ici critiquent certains aspects de votre article ne tiennent pas compte de ce point, prétendant que l’école serait, dans l’ensemble, un bien plutôt qu’un mal, telle qu’elle existe.

    Je prétends que c’est faux, mais comme nous sommes tous passés par cette machine à conditionner et - en effet -à soumettre, qu’est l’école, il n’est pas surprenant que beaucoup ne puissent pas imaginer un autre horizon.

    Il est un fait que l’école telle qu’elle existe répond aux besoins et exigences de quelques uns, et exclut en revanche largement. Dans une attitude cynico-fataliste (imbécile à mes yeux) on en trouvera toujours pour défendre le statu quo puisque des solutions différentes échappent à leurs perceptions, leurs capacités de conception (bridées par l’école) et leur imagination, bien que ces solutions existent, en fait.

    Il y a, pour sûr, tout un tas de personnalités banales ou conformistes qui ont besoin d’un cadre étroit pour pouvoir accomplir ensuite quelque chose dans la vie. Il y a tout aussi sûrement des profils différents qui ne sont que bridés et donc socialement détruits par l’école, mais il faut dire aussi que l’école étant à l’image de la société à laquelle elle est censée préparer, les individus créatifs ou non-conventionnels ne l’intéressent pas, puisqu’elle produit littéralement des individus qui à leur tour produiront. C’est à dire que l’école est une usine à esclaves, et en ce sens, elle fonctionne bien, ce qui explique qu’on la préserve ainsi.

    Aussi il est un peu facile de dire « l’école c’est pas si mal dans l’ensemble », car c’est tomber dans l’écueil moderne de gérer une population en terme de statistiques sans tenir compte de tout ce qui se perd et est, en définitive, traité comme du déchet. Cela fait le terreau d’ailleurs, d’actions radicales telles que celles qu’on observe actuellement, ou d’autres. Oui, on a 80% au bac, quasiment 100% au BEPC (à mon époque en tout cas), mais on a donc une fraction non-négligeable de gens qui vont devoir se démerder parce que l’école ne leur a en aucun cas permis de développeurs leurs compétences, quelles qu’elles soient, et alors ils les exprimeront par la débrouille, le traffic, le crime, le suicide, la dépression, le chômage de longue durée, que sais-je, et on le leur reprochera, ce qui sera, là aussi, trop facile. La société, puisqu’elle veut contenir sa jeunesse dans l’incarcération scolaire, a une responsabilité envers cette jeunesse qu’elle déresponsabilise en la soumettant, comme vous le dites bien.

    Cette responsabilité passe par l’attention à chacun, et cela je ne l’ai jamais observé. En somme, l’école produit d’un côté des individus dociles, de l’autre des déchets, presque nécessairement révoltés et problématiques, reportant à plus tard la question de s’en occuper, par exemple en peuplant les prisons, d’un univers carcéral à un autre, surtout pour ceux à qui cela réussit le moins. Bref, un système axé sur la réussite produit nécessairement... de l’échec. Une autre philosophie de l’école serait bienvenue, mais comme la majorité veut simplement perpétuer le système malgré ses dysfonctionnements, toute critique sera naturellement relativisée, niée ou simplement écartée, tant il est plus facile de se complaire dans ce qui fonctionne en apparence, que d’accepter qu’il y a aussi des dysfonctionnements et d’assumer d’en rechercher activement des solutions. Notre société étant bien trop engluée dans ses carcans législatifs, il n’y a quasiment aucune chance que cela se produise, de toute façon, étant donné que la lenteur administrative et législative se justifie d’elle-même et par elle-même, et que le but recherché est la fabrication en chaine d’esclaves volontaires pour participer au consumérisme de masse. Et si les révoltés tombent eux aussi dans le consumérisme, c’est précisément un autre symptôme de l’échec de l’école à produire autre chose que des individus sans imagination ni avenir autre que de perpétuer le système qu’ils haïssent.

    J’ai lu tout et n’importe quoi sur la fonction de l’école. Créer des citoyens, de l’esprit critique, de futurs travailleurs, inculquer de la culture générale, etc. Dans les faits, l’école formate des moutons qui rentrent dans un moule, et les autres sont coupables d’être non conformes, et donc punissables comme tels. La sanction est, d’une manière ou d’une autre, une exclusion à divers degrés du système social (marginalité, prison, système D, etc.)

    Mais bref... Je retourne prêcher dans mon désert d’ex-cancre.



  • Nycolas 15 décembre 2015 13:31

    @gogoRat

    Tout à fait d’accord. Autant je comprends la tentative de Fergus de s’aventurer dans des propositions concrètes et constructives, autant j’en vois bien les limites. Quant à l’abstention, aux non-votants, toutes les raisons existent de la plus mauvaise (« j’ai pas envie ») à la plus légitime (« je suis en désaccord avec ce système et refuse de le cautionner en y participant »). Le fait de vouloir empêcher, réduire, interdire, « combattre » l’abstention consiste à cacher le problème sous le tapis.

    J’ai des amis en Belgique, pays où le vote est obligatoire, qui ne se sentant pas concernés, emploient toutes sortes de stratégies pour tourner le vote en dérision. Certains prennent un bulletin au hasard, certains choisissent celui qui leur parait le plus cocasse, d’autres optent systématiquement pour le plus extrémiste (à gauche comme à droite), bref forcez les gens à voter et ils voteront n’importe comment. Et je ferais de même à leur place, ne me sentant aucunement concerné ni intéressé par ce système inique qui joue quoique je fasse contre mes intérêts et ceux du peuple en général, qui continue pourtant de se masser aux urnes (quoique de manière de plus en plus relative).

    La non-participation (bien plus que l’abstention), n’est pas un problème, une faute qu’il faille combattre. C’est un défi posé à un système qui s’impose comme étant le seul, et la bonne attitude est de comprendre ce défi, le message (certainement multiple) qu’il envoie, et de le prendre en compte pour éventuellement améliorer les choses. Sans quoi les millions de français qui font le choix de ne pas voter seraient les otages de ceux qui veulent les contraindre à le faire, sans même écouter leurs doléances. Voilà qui serait démocratique et on en est loin, ce qui confirme que nous ne sommes que dans une parodie dans laquelle il y a, comme dans bien d’autres domaines, des bons élèves (les obéissants), et les mauvais élèves (ceux qui ne se soumettent pas). Un peu facile...

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