@Decouz C’est beaucoup plus compliqué que cela. A l’époque de Muḥammad, il a avait plusieurs sectes juives, dont les Rabbanites qui étaient revenus à Jérusalem après 614 et les Nazaréens (appelés aujourd’hui judéonazaréens) exclus de Jérusalem. Les Rabbanites sont les descendants des pharisiens qui ont produit les Talmuds et ont donné le judaïsme moderne. Les Nazaréens, qui croyaient très partiellement à Jésus, pensaient qu’il fallait reconquérir Jérusalem et purifier le temple pour permettre le retour de celui-ci pour qu’il crée le royaume de Dieu sur terre. N’étant pas à Jérusalem, il ont embauché les nomades arabes pour cette conquête et Muḥammad était le chef de ces arabes. La communauté pieuse et vertueuse des gens du livre est bien cette communauté nazaréenne alors que les Rabbanites sont accusés de recouvrir la vérité sur Jésus et sont donc considérés comme de mauvais Juifs. Le terme recouvrir (racine kfr) a ensuite été transformé en mécréant (kouffar) et chaque fois que ce terme est utilisé dans le Coran, c’est bien des Juifs Rabbanites qu’il s’agit. Les Arabes ont fini par conquérir Jérusalem en 638, les Nazaréens ont reconstruit un temple cubique en bois et... Jésus n’est pas revenu.
Le Coran ne dit rien sur Allah sinon les 99 noms, mais cela ne nous avance pas beaucoup. Par contre le texte est construit comme une opposition au Judaïsme et ensuite au Christianisme. Le Coran pourrait d’ailleurs être condamné pour son antisémitisme. Le mot Nazaréen ne pouvait pas désigner les Chrétiens dans de nombreux versets, mais à la fin de la rédaction du Coran, les Nazaréens ayant disparus, le mot Nazaréen a été recyclé pour désigner les Chrétiens. Nazaréens, kouffar, Coran, hourri sont des mots qui n’ont pas le même sens selon les versets et rendent la lecture du Coran particulièrement difficile. Dans certains cas comme Coran ou Nazaréen, la confusion semble créée volontairement. Dans d’autre cas comme hourri, cela nous montre que la rédaction du Coran a duré très longtemps. Les descriptions du paradis sont typiquement perses, donc postérieures à 750 (époque Abbasside). Les Hourris dans ces descriptions ne sont plus des vierges, mais des raisins blancs...
@Antoine « Les recherches historiques montrent que la bible est un récit mythologique. » C’et un formidable raccourci pour exprimer des années de recherches sur le sujet.
Pour comprendre les mythes, il faut commencer par imaginer qu’avant le 7ème siècle avant J.C. il n’y avait pas de livres et tout était raconté et appris par cœur. Imaginez un traité de théologie à apprendre par cœur et vous comprendrez le problème. Le récit mythique est le support qui facilite l’apprentissage, mais n’est pas le sujet du livre. C’est le doigt qui montre la lune et vous ne voyez que le doigt. La Bible parle de Dieu et finalement de manière très homogène si nous considérons la durée pendant laquelle ces récits se sont rapportés.
Par ailleurs, dans chaque mythe, il y a souvent un fond de vérité dont la nature nous échappe le plus souvent. Ce n’est pas parce que nous n’avons aucune preuve archéologique de l’existence de Moïse que ce personnage n’a jamais existé. Nous ne savons pas qui il était et à quelle époque il a vraiment vécu, mais son importance dans le récit fait qu’il est impossible qu’il n’ait pas existé. Nous ne saurons jamais s’il a traversé la Mer Rouge, mais il a tenu un rôle fondamental dans l’établissement des dogmes du Judaïsme.
L’Etat n’a jamais existé avant la révolution. Les églises ont toujours été financées par les paroissiens, même si parfois une aide des plus riches a été déterminante. Mais comment distinguer si un financement par un fermier général est du financement public et privé ? Comment distinguer si un financement royal était public ou privé ? C’est bien à ce niveau que la confusion est totale. Toujours est-il que les biens de l’Eglise appartenaient à tous, à commencer par les plus pauvres qui ont participé dans leur mesure au financement. L’église de ma paroisse a été construite au XIIème siècle par le monastère de Saint-Germain des Prés qui possédait les bois et une partie des terres alentour. Il est exact que les monastères et les évêchés s’étaient constitué un énorme patrimoine. Ce patrimoine était en concurrence avec celui du Roi et non de l’Etat qui ne possédait rien et n’avait aucun rôle, mais au moins l’exploitation de ces terres ne servait pas au financement de la guerre. Il était utilisé pour le bien de la communauté à la place d’un Etat qui n’existait pas. Quand aux hôpitaux et aux écoles, si les Chrétiens se sont emparés du créneau, c’est à cause de la carence de l’Etat. Il ont été les premiers à penser que l’éducation et la santé étaient dus à tout le monde.
Ce patrimoine a de tous temps été convoité. On peut ainsi citer les postes réservés d’évêques et de prieurs qui permettaient à des personnes de la noblesse de s’enrichir sur les biens de l’Eglise.
Lorsque l’Etat a été créé à la révolution, il a bien fallu assurer son fonctionnement. Le roi n’ayant plus grand chose, il a fallu chercher ailleurs.
Si l’Etat a confisqué les églises, les monastères, les hôpitaux et les Ecoles, c’est d’abord pour s’emparer des richesses qui assuraient leur financement et si l’Etat a décidé de reprendre également l’entretien de ces biens en 1905, c’est en reconnaissance de la spoliation des biens de l’Eglise, l’Etat n’avait pas les moyens de payer l’Eglise pour ces nationalisations. Il l’a pourtant bien fait en 1981 lorsque les entreprises dites stratégiques on été nationalisées. Je me souviens d’un Marcel Dassault hilare à l’Assemblée Nationale lorsqu’a été discuté la loi de nationalisation d’une partie de ses biens, ce qui nous montre que l’Etat peut être généreux.
J’ai étudié l’Islam, donc je connais le sens du mot charia. Il s’agit d’un système juridique basé sur le Coran et les paroles de Muḥammad. La charia couvre tous les aspects de la vie, y compris les aspects privé qui ne sont pas pris en compte par les lois de la République. La charia varie d’un pays à l’autre, fonction du choix d’une des quatre écoles juridiques traditionnelles et des décisions des oulémas attachés à ce pays.
Les Frères Musulmans comptent utiliser les urnes pour obtenir le pouvoir, mais une fois celui-ci obtenu, la charia (version égyptienne) devient de fait le système juridique en vigueur, y compris pour les non-musulmans qui reçoivent un statut d’intériorité. Ces lois étant en principe dictées par Dieu, il n’est pas question d’en discuter le contenu.
L’Islam ne comble aucun vide, le Christianisme peut parfaitement répondre au besoin de transcendance (l’Islam n’a qu’une vision très réduite de la spiritualité), mais il est encouragé par les politique qui ne voit que le sens du mot Islam : soumission.
Quand à la religion du pognon, vous avez raison d’y voir la première religion en France.
@CN46400 En Egypte, masquer son apostasie est une question de survie. Si la peine de mort n’est plus appliquée officiellement, l’assassinat des apostats est toujours pratiqué et les assassins ne sont pas poursuivis. Muhammad Al-Ghazâlî, enseignant à Al-Azar et idéologue proche des Frères Musulmans disait en 1992 « si le gouvernement peine à condamner les apostats, n’importe qui peut se charger de le faire » pour justifier l’assassinat de l’intellectuel Farag Foga qui avait juste décrit les discrimination des coptes dans un livre. Muhammad Al-Ghazâlî a formé bien des Imams des Frères Musulmans qui opèrent en France.
En France, c’est plutôt cacher son christianisme qui est la règle. Les persécutions contre les chrétiens ont commencé à a révolution et ont repris vers 1880 avec les confiscations des écoles, hôpitaux et monastères. La loi de 1905 a permis le retour de la paix mais n’a jamais restitué les biens confisqués comme cela s’est passé dans la plupart des pays. Même dans les pays ex-communistes, les biens ont été restitués. Le concordat, voulu par Bonaparte est basé sur un malentendu qui est parfaitement bien exprimé par Thiers : « Je demande que l’action du curé soit forte, beaucoup plus forte qu’elle ne l’est, parce que je compte beaucoup sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici pour souffrir. » Si les politiques se tournent aujourd’hui vers l’Islam, c’est parce que le mot Islam signifie soumission.