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@McGurk
Dans toute discussion sur l’analyse du contexte historique historique et culturel qui a présidé au vote du 2ème amendement, il faut savoir que l’interprétation qui en est faite par André Kaspi, sur laquelle se base largement l’auteur, est en grande partie inexacte. Mais la question est tellement polluée par des considérations idéologiques qu’il est difficile de faire la part des choses. Plusieurs précisions indispensables doivent être apportées :
En effet, le 2ème amendement ne concerne que l’organisation de milices populaires, une sorte de Garde Nationale devant être sous le contrôle d’une autorité. Tant la rédaction de l’amendement que les débats autour de lui ne laissent aucun doute là-dessus. La question de l’autorité en question était cependant laissée en blanc, même s’il est certain que les constituants, y compris les plus centralistes, s’accordaient à ce qu’elle soit située à un niveau infra-fédéral. Mais bien que la plupart des constituants étaient en faveur d’un droit individuel de porter les armes, parce qu’il était dans la mentalité de l’époque, et effectivement plus ou moins justifié par le caractère alors embryonnaire de la police dans de nombreux lieux, il est parfaitement clair que le droit défini dans le texte était collectif et non personnel, tous les rédacteurs le justifiant par la nécessité d’assurer au peuple dans son ensemble le droit de se défendre contre la constitution d’une tyrannie. Alors qu’au contraire, les quelques demandes faites par certaines conventions d’État d’inscrire dans la Constitution ce droit individuel ont été explicitement rejetées. Quoi que puisse claironner de nos jours la NRA.
On notera que cette conception d’une véritable armée populaire s’inscrivait dans une vieille tradition anglaise, qu’on peut considérer comme étant à l’origine de la notion moderne de conscription. Les citoyens anglais étaient en effet requis au Moyen-Âge de conserver des armes, en attendant que le roi les lève en tant qu’armée dans un but de défense, aucune armée permanente n’étant alors autorisée. Une conception qui a plus récemment disparu de la tradition tant britannique qu’anglaise, le recours à la conscription dans les deux guerres mondiales se faisant sur un modèle identique à celui qui s’était entre temps mis en place sur le continent. Il n’y a guère qu’en Suisse qu’une telle structure a survécu. Il est à noter que la création d’une armée permanente en Angleterre au début du XVIIème siècle a été un des principaux motifs qui ont mené à la révolution qui a emporté Charles Ier et mené à sa décapitation, plus d’un siècle avant Louis XVI.
Il est indiscutable que l’idéologie de contrôle des armes à feu, soutenue à tout va par des élites malhonnêtes, est d’obédience autoritaire, comme le montre l’histoire française, par exemple. Mais il est difficile de donner entièrement tort à certains contempteurs du port d’arme : le débat autour de la liberté de possession des armes à feu comme moyen de résistance à l’oppression est dépassé. Déjà parce que de toute façon, de nos jours, vue la disproportion de l’armement, qui n’existait pas il y a deux siècles, il serait impossible pour une milice populaire, permanente ou non, ou à un soulèvement spontané, de résister aux forces armées, dotées d’une puissance particulièrement destructrice ; même si les citoyens armés étaient équipés de fusils automatiques indisponibles en Europe, mais si fréquents aux USA. Ensuite parce qu’en réalité, les rednecks qui se gargarisent de la mystique des armes à feu comme garante de leur liberté ne sont en réalité pas intéressés par la protection des droits individuels, ils sont au contraire très sécuritaires, favorables aux exactions policières, et hostiles aux droits individuels, à la seule exception de leur droit de propriété et de tirer sur quiconque y pénètre. Il est à noter que dès l’époque de la rédaction de la constitution fédérale, l’hostilité au droit de résistance à l’arbitraire était déjà présent chez ceux-là même qui se faisaient fort de beaux discours en sa faveur. Ainsi, les délégués de Pennsylvanie, de ceux favorables à l’inscription d’un droit individuel de port d’armes, avaient inclus parmi les motifs pouvant justifier une restriction, outre les antécédents criminels ordinaires, la participation à une rébellion. Ce qui inclut justement la résistance à des situations d’oppression. Un bel exemple de tartufferie. La question n’était alors aucunement théorique, car il venait juste d’y avoir une révolte armée d’ampleur au Massachussets, menée par Daniel Shays. Une sorte de mouvement des Gilets Jaunes à la puissance dix. Les insurgés, qui se donnaient le nom de Régulateurs, protestaient contre la politique du gouvernement local, qui les acculait à la faillite, les empêchant de régler les dettes contractées durant la guerre, mais favorisait le règlement des siennes. Cet événement, un peu oublié, avait été un des déclencheurs de l’établissement d’un État fédéral. En fait, déjà à l’époque, la tendance dominante chez les législateurs locaux était d’essayer de collecter les armes en circulation, et d’établir des milices disciplinées sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement de l’État, pour contrer de tels mouvements armés. On était loin des considérations de la NRA.
D’accord, j’ai compris le bogue, moi qui m’arrachait les cheveux pour arriver à passer un message ! Et du coup, je n’ai pas pu poster la deuxième partie de mon message (que j’entendais découper depuis le départ), car je suis moins tendre pour le bon sens de Poutine que Korybko... :
Là où Korybko se trompe sur toute la ligne, c’est lorsqu’il pense que Poutine aurait dès 2015 imposé à Assad la partition de la Syrie, que cela aurait fait dès le départ partie des buts de son intervention militaire ! Oui, c’est sûr qu’il allait planifier l’affaiblissement de son seul allié de longue date, et la création de têtes de pont pour ses adversaires alors qu’il pouvait largement l’éviter ! Non, il s’agit bien de reculades de sa part. Ce n’est certainement pas suite à l’établissement d’un modus vivendi avec les USA en Syrie qu’il va les provoquer au Vénézuéla ! Non, c’est parce qu’il se retrouve avec une situation très défavorable qu’il cherche à rééquilibrer, situation résultant d’une incapacité à prendre les décisions qui s’imposaient. Il n’avait aucun besoin de déclencher la troisième guerre mondiale pour cela, vu l’avantage matériel dont il disposait au début de l’intervention russe en 2015, qui avait laissé sans voix les stratèges occidentaux. S’il avait eu la présence d’esprit et la force morale de le pousser alors, les états-uniens, français et britanniques auraient été défaits et n’occuperaient pas maintenant un tiers de la Syrie. Au lieu de cela, il a laissé les occidentaux déployer leurs troupes et leurs séides des FDS, a refusé de dénoncer leurs crimes et leur rôle dans le terrorisme syrien, les présentant comme des alliés dans la lutte contre ce dernier. Il a refusé d’aider les syriens à reprendre Raqqa alors que c’était tout-à-fait possible, leurs troupes ne se trouvant plus qu’à quelques kilomètres, et est même allé deux fois jusqu’à commencer de retirer ses forces, avant de se raviser face à la recrudescence des attaques des pions des occidentaux. C’est qu’il a fait preuve d’une étonnante cécité, en croyant toutes les assurances d’Obama et compagnie que les USA allaient retirer leurs troupes et cesser leurs soutiens aux terroristes, qu’ils soient de Tahrir al-Sham ou des FDS, ne se rendant compte à chaque fois que trop tard qu’ils n’étaient que de fieffés menteurs.
La même chose s’était déjà produite en Ukraine en février 2014. Après le coup d’État de février, contrôlé par la CIA, Poutine était allé benoîtement discuter avec Obama afin de régler tout ça « entre gens de bonne compagnie ». Ce qui était stupide, pour deux raisons. D’abord parce que si les néo-conservateurs avaient fait un coup d’État, dans un pays aussi crucial pour la Russie, ce n’était certainement pas pour revenir en arrière juste parce que Mr Poutine allait prendre langue avec eux, mais pour faire très mal à Mr Poutine. Ensuite, parce qu’il est très possible qu’il ait pensé pouvoir capitaliser sur sa relation personnelle avec Obama. Qu’il pensait très forte, suite à l’accord passé six mois auparavant afin d’éviter une catastrophe en Syrie suite aux attaques chimiques sous fausse bannière perpétrées par les rebelles soutenus par les Occidentaux (en échange notamment du silence sur la complicité occidentale). Mais il s’est trompé sur toute la ligne, Obama ne pensait qu’à se venger, il a laissé les réseaux impérialistes de son ministère des affaires étrangères commettre le coup d’État afin de blesser gravement les russes, et de se défausser de sa responsabilité sur ces réseaux – la tactique du déni plausible. Je pense désormais Obama a joué encore plus tard de cette astuce, en prétendant qu’il était le modéré qui devait se défendre des faucons de son gouvernement, et qu’il ne devait pas être affaibli par une opposition russe trop forte si ces derniers ne voulaient pas le voir débordé par ces faucons. Je reconnais que beaucoup s’y sont laissés prendre, Thierry Meyssan en premier, et moi-même suis tombé dans le piège. L’illusion Obama, même si j’avais des préjugés contre lui, cette illusion promus par tant de médias restait très puissante. Dans les derniers mois, cependant, il ne faisait même plus semblant, en nommant des faucons à des poste-clés.
Maintenant, le ton russe s’est infléchi, Poutine a réalisé que ceux qui ravageaient de façon sanglante la Syrie le faisaient parce qu’ils étaient des criminels en puissance, sans aucun respect pour quelque règle que ce soit, autre que leur intérêt à eux. Il s’est enfin décidé, avec sept ans de retard, à dénoncer les attaques sous faux drapeau et la propagande des occidentaux, alors qu’il est trop tard. Il essaie plus ou moins de se rattraper au Vénézuéla, où il apparaît beaucoup moins tergiverser qu’en Syrie, en appelant un chat un chat, un agresseur un agresseur, et en apportant vraiment une assistance au pouvoir vénézuélien. Il se peut qu’il soit aussi intervenu en Algérie, le site Alg24 ayant annoncé le mois dernier que la police algérienne avait arrêté des terroristes étrangers, israéliens semble-t’il (la nouvelle semble avoir été retirée, sans commentaires ni rectificatif, sans démenti officiel non plus, ce qui suggère qu’elle était très sensible), la suite d’une coopération russe ? Tandis que sur le front ukrainien, il se montre maintenant inflexible, mais c’est alors que des forces navales de l’OTAN peuvent désormais croiser près des côtes russes.
Beaucoup de bon dans ces deux articles, qui constate simplement que les syriens ont perdu la guerre en Syrie, et qui insiste sur la sympathie profonde de Poutine envers Israël. Mais qui se trompe aussi largement sur les orientations stratégiques de Poutine, qui a bel et bien perdu lui aussi perdu la guerre de Syrie. Je me retrouve avec Korybko sur le rejet de bon nombre d’explications à certains actes de Poutine par un comportement de joueur d’échecs, mais ce n’est pas parce qu’il serait lâche et cynique, mais vraiment parce qu’il s’est révélé tant un très mauvais stratège que diplomate, et a été incapable de prendre les décisions devant mener au succès de ses orientations stratégiques.
Je l’ai dit à plusieurs reprises, ici et ailleurs, Poutine compte beaucoup sur la forte communauté russe en Israël, il pense qu’elle peut lui permettre d’avoir un allié indéfectible au proche-Orient à l’avenir. Oui, on peut le qualifier de sioniste, même si un sioniste critique. Oui, c’est une des raisons qui l’ont amené à faire preuve de ce qu’on peut appeler une indéniable complaisance envers Israël. Cela alors que cette complaisance, contrairement à ce que disent une certaine propagande occidentale et une autre qu’on pourrait qualifier de « justificatrice », a indéniablement mené à compliquer l’objectif de « lutte anti-terroriste » qu’il a mené en Syrie, Israël travaillant clairement à entraver cette bataille et à favoriser les terroristes. Il y a bien sûr d’autres explications, une d’entre elles étant déjà qu’il ne voulait pas se disperser sur trop de fronts et entrer dans une confrontation directe avec l’État Sioniste – même si les performances réalisées par les armes russes ont montré qu’elles pourraient raser les bases israéliennes sans que ces derniers puissent lever le petit doigt et les réduire durablement à l’impuissance. Cette faiblesse a fini par avoir des conséquences au sommet de l’État russe, en menaçant même sa position, comme on l’a vu après la destruction de l’Il20 en septembre dernier, un « accident » qui n’en était nullement un, n’en déplaise à Korybko, mais le résultat d’une manipulation israélienne destinée à rien d’autre qu’à provoquer cet abattage, et dont la responsabilité repose uniquement sur Israël. Poutine a bel et bien été contredit publiquement par son ministre de la Défense, et ce après qu’il se soit exprimé, laissant donc le dernier mot à ce dernier - ce qui est lourd d’enseignement sur la fragilisation de son autorité face à des militaires excédés par ses compromissions, confrontés au résultat auquel elles avaient mené. La punition d’Israël qui s’en est ensuivie n’a eu qu’un temps, mais elle a montré combien la sympathie poutinienne envers Israël a pu excéder en Russie lorsqu’elle a mené à de graves conséquences pour les russes.
Sa complaisance envers la personne de Netanyahou est plus surprenante, quand on sait combien ce dernier est méchant et de mauvaise foi, et qu’il ne représente en aucun cas un interlocuteur digne de respect. Mais elle s’explique sans doute par un facteur simple, outre le fait que Poutine n’a aucune hésitation à se salir les mains lorsqu’il s’agit de traiter avec un dirigeant étranger, même immoral et retors, si c’est dans l’intérêt de la Russie. Si Poutine aime bien Netanyahou, en dépit du caractère exécrable et ultra-menteur du personnage, c’est entre autres pour les mêmes raisons qu’il aime bien Orbán et Trump (quelles que soient les divergences géopolitiques qui peuvent désormais se présenter avec ce dernier, dues autant aux différences d’intérêt entre leurs pays qu’aux pressions considérables qui se sont exercées sur Trump pour le faire changer de position) : c’est un dirigeant populiste, et encore plus illibéral ou anti-libéral. En dépit de son racisme primaire et nettement plus fort que celui de ses collègues « illibéraux », succeptible de révulser Poutine, le succès de Netanyahou l’aide à faire un pied de nez aux commentateurs bien-pensants occidentaux (les mêmes qui d’ailleurs ne voient pas la dérive vers l’illibéralisme de leurs propres régimes, ainsi le vote de la récente loi anti-manifestants par le parlement français, censurée seulement partiellement par le Conseil Constitutionnel). La même chose s’applique pour son attitude envers Erdoğan, par exemple. Là, pour une fois il est clair qu’il est obligé de jouer un jeu très subtil, comme le clament nombre de ses supporters inconditionnels, afin d’empêcher le mégalomane turc de retomber dans les bras des USA, ce qui impose de ne pas s’opposer trop brutalement à lui pour son occupation de la Syrie (le retors manipulateur en profitant pleinement).
Beaucoup de bon dans ces deux articles, qui constate simplement que les syriens ont perdu la guerre en Syrie, et qui insiste sur la sympathie profonde de Poutine envers Israël. Mais qui se trompe aussi largement sur les orientations stratégiques de Poutine, qui a bel et bien perdu lui aussi perdu la guerre de Syrie. Je me retrouve avec Korybko sur le rejet de bon nombre d’explications à certains actes de Poutine par un comportement de joueur d’échecs, mais ce n’est pas parce qu’il serait lâche et cynique, mais vraiment parce qu’il s’est révélé tant un très mauvais stratège que diplomate, et a été incapable de prendre les décisions devant mener au succès de ses orientations stratégiques.
Je l’ai dit à plusieurs reprises, ici et ailleurs, Poutine compte beaucoup sur la forte communauté russe en Israël, il pense qu’elle peut lui permettre d’avoir un allié indéfectible au proche-Orient à l’avenir. Oui, on peut le qualifier de sioniste, même si un sioniste critique. Oui, c’est une des raisons qui l’ont amené à faire preuve de ce qu’on peut appeler une indéniable complaisance envers Israël. Cela alors que cette complaisance, contrairement à ce que disent une certaine propagande occidentale et une autre qu’on pourrait qualifier de « justificatrice », a indéniablement mené à compliquer l’objectif de « lutte anti-terroriste » qu’il a mené en Syrie, Israël travaillant clairement à entraver cette bataille et à favoriser les terroristes. Il y a bien sûr d’autres explications, une d’entre elles étant déjà qu’il ne voulait pas se disperser sur trop de fronts et entrer dans une confrontation directe avec l’État Sioniste – même si les performances réalisées par les armes russes ont montré qu’elles pourraient raser les bases israéliennes sans que ces derniers puissent lever le petit doigt et les réduire durablement à l’impuissance. Cette faiblesse a fini par avoir des conséquences au sommet de l’État russe, en menaçant même sa position, comme on l’a vu après la destruction de l’Il20 en septembre dernier, un « accident » qui n’en était nullement un, n’en déplaise à Korybko, mais le résultat d’une manipulation israélienne destinée à rien d’autre qu’à provoquer cet abattage, et dont la responsabilité repose uniquement sur Israël. Poutine a bel et bien été contredit publiquement par son ministre de la Défense, et ce après qu’il se soit exprimé, laissant donc le dernier mot à ce dernier - ce qui est lourd d’enseignement sur la fragilisation de son autorité face à des militaires excédés par ses compromissions, confrontés au résultat auquel elles avaient mené. La punition d’Israël qui s’en est ensuivie n’a eu qu’un temps, mais elle a montré combien la sympathie poutinienne envers Israël a pu excéder en Russie lorsqu’elle a mené à de graves conséquences pour les russes.
Sa complaisance envers la personne de Netanyahou est plus surprenante, quand on sait combien ce dernier est méchant et de mauvaise foi, et qu’il ne représente en aucun cas un interlocuteur digne de respect. Mais elle s’explique sans doute par un facteur simple, outre le fait que Poutine n’a aucune hésitation à se salir les mains lorsqu’il s’agit de traiter avec un dirigeant étranger, même immoral et retors, si c’est dans l’intérêt de la Russie. Si Poutine aime bien Netanyahou, en dépit du caractère exécrable et ultra-menteur du personnage, c’est entre autres pour les mêmes raisons qu’il aime bien Orbán et Trump (quelles que soient les divergences géopolitiques qui peuvent désormais se présenter avec ce dernier, dues autant aux différences d’intérêt entre leurs pays qu’aux pressions considérables qui se sont exercées sur Trump pour le faire changer de position) : c’est un dirigeant populiste, et encore plus illibéral ou anti-libéral. En dépit de son racisme primaire et nettement plus fort que celui de ses collègues « illibéraux », succeptible de révulser Poutine, le succès de Netanyahou l’aide à faire un pied de nez aux commentateurs bien-pensants occidentaux (les mêmes qui d’ailleurs ne voient pas la dérive vers l’illibéralisme de leurs propres régimes, ainsi le vote de la récente loi anti-manifestants par le parlement français, censurée seulement partiellement par le Conseil Constitutionnel). La même chose s’applique pour son attitude envers Erdoğan, par exemple. Là, pour une fois il est clair qu’il est obligé de jouer un jeu très subtil, comme le clament nombre de ses supporters inconditionnels, afin d’empêcher le mégalomane turc de retomber dans les bras des USA, ce qui impose de ne pas s’opposer trop brutalement à lui pour son occupation de la Syrie (le retors manipulateur en profitant pleinement).
Excusez-moi, mais encore une fois, les défenseurs acharnés de la laïcité, dont l’auteur de l’article, se trompent complètement, et ne comprennent en réalité rien à celle-ci. On peut détester l’islam, être opposé au port du voile par les femmes, ne pas aimer le principe même de tenues de sport « islamiques », mais ces considérations n’ont absolument rien à voir avec la laïcité. Laïcité que Décathlon n’a absolument pas violée en proposant des tenues de jogging spéciales adaptées au goût de certaines musulmanes pratiquantes, à cheval sur certains principes religieux traditionalistes (ceci bien que le Coran ne prescrive absolument pas le port du voile pour les femmes, mais le fait est que ces femmes considèrent comme une obligation religieuse de le vêtir).
La laïcité ne s’applique en réalité qu’à l’État, et aucunement aux individus, elle signifie pour l’État l’obligation de neutralité absolue envers les religions, et aussi les idéologies (ce qui veut dire qu’un État nationaliste, qui ne respecte pas les minorités ou qui organise des cultes des morts ne peut pas être laïc). Point à la ligne. De ce point de vue, nombre des contempteurs de Décathlon étaient complètement à côté de la plaque. Chaque personne est ainsi libre de manger ce qu’elle veut, de s’habiller comme elle le veut, y compris dans l’espace public, qui n’est en aucun cas l’espace de l’État, mais l’espace où tout un chacun est libre de se trouver. Et aussi obligé de respecter les choix d’autrui. En fait, ce sont ceux qui entendent empêcher des femmes de s’habiller en burkini ou vêtements de sports « islamiques » qui violent le principe de laïcité. Ultime ironie de ce débat, qui révèle que les soit-disant défenseurs de la laïcité sont en réalité animés d’une véritable intolérance ethnocentrique. Je note cependant que ni Aurore Bergé ni Agnès Buzyn ne se sont prévalues du principe de laïcité pour exprimer leurs positions, la deuxième exprimant même que c’était une question de vision personnelle, la première parlant de son choix de femme et de citoyenne, donc d’un choix personnel là encore (même si la mention de « citoyenne » pouvant paraître un peu déplacé suivant le contexte). Dont acte. Je suppose cependant que elles et d’autres comme François Bayrou, Gérard Larché, Nicolas Dupont-Aignan, Corinne Lepage etc... (tous cités avec les deux susnommés dans le lien donné par l’auteur) ne s’habilleront que d’une façon très raffinée, voire même inconfortable, pour satisfaire aux exigences de leur standing social, et n’hésiteront pas à reprocher à quelqu’un de se présenter à l’Assemblée ou dans un ministère dans une tenue non BCBG ou trop « peuple ». Ils n’ont donc pas d’hésitation à se conformer à des normes vestimentaires aliénantes imposées par d’autres quand ça leur chante. Hypocrisie, quand tu nous tiens...
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