Eh bien, il ne reste plus qu’aux syriens et aux libyens à poursuivre, devant leurs tribunaux, les USA, la France, le Royaume-Uni, etc..., pour terrorisme, et obtenir une condamnation à plusieurs centaines de milliards de dollars (justifiée à tous égards !)...
Outre
que je m’inscris toujours autant en faux contre votre vision inspirée
par la propagande occidentale d’Assad « qui massacre son peuple »
(on ne peut même pas dire répression à proprement parler, il
s’agissait en fait d’une guerre contre des troupes agressant la Syrie
et non contre une partie du peuple, la plupart des massacres et les
plus graves étant le fait de ces insurgés/rebelle/terroristes),
vous surestimez (toujours sous l’influence de cette propagande)
l’influence de l’intégrisme et du djihad auprès des sunnites. Dans
la majeure partie du pays, une fois les hostilités terminées, les
djihadistes étrangers chassés et les combattants locaux amnistiés,
il restera sans doute un terrorisme rémanent limité, à la façon
de l’IRA et de l’ETA, qui n’empêchera pas le pays de vivre. La
plupart des syriens assimilant bien la guerre à l’agression
étrangère (beaucoup de révoltés de la première heure ayant déjà
accepté une amnistie après s’être rendu compte qu’ils servaient
des intérêts ennemis). Seul dans le nord-est tribal, la situation
pourrait rester plus difficile. C’est là la différence avec l’Irak,
où une politique revancharde, à l’opposé de toute réconciliation,
menée par le gouvernement chiite de El-Maliki a généré un fort
ressentiment chez les arabes sunnites du nord. Cependant, la
résistance à l’extrémisme de Daech est là aussi restée
importante, et ses atrocités lui ont aliéné une partie de ses
soutiens initiaux. Pour les kurdes syriens, vous exagérez là aussi
les antagonismes, il est probable, et souhaitable, qu’ils obtiendront
une autonomie (qui existe déjà dans les faits), autonomie qu’il
serait d’ailleurs souhaitable de voir dans toutes les régions. Les
kurdes restent cependant loyalistes, en dépit des tentatives que
j’ai mentionnées de les retourner contre le gouvernement syrien, et
ils ne cherchent pas d’indépendance. Là encore, la situation
diffère de l’Irak, où des décennies de forte répression ont mené
à une défiance et une volonté séparatiste. Quoi qu’il en soit,
les jours du jacobinisme en Syrie sont terminés, et une nouvelle
fois la conception française du pouvoir reculera dans le monde.
La
guerre présente pourrait avoir aussi pour conséquence de couper les
syriens du monde arabe en général, ainsi que les irakiens. C’est là
que le titre de l’article se justifie. Les arabes du Golfe sont
décidément des nuisances, des racistes et des intégristes dont les
autres pays arabes
Alors,
moi aussi je me base sur des gens qui travaillent sur place et qui
comprennent très bien le contexte géographique, historique et
culturel. Et les faits sont très clairement en faveur de mon
interprétation (comme vous le reconnaissez implicitement, sans vous
en apercevoir je suppose, quand vous dîtes que Assad a besoin des
sunnites).
Je
suis au courant des sondages auprès des réfugiés en Allemagne,
mais attention, il faut tenir compte de facteurs de biais très
sérieux. Dans les camps de réfugiés du Liban, Turquie et Jordanie,
les réfugiés apparaissent majoritairement soutenir Assad et fuir
les rebelles, comme le confirme d’ailleurs le fait qu’il n’y a pas ou
quasiment pas de migration intra-syrienne vers les zones rebelles, et
tout plein dans l’autre sens. Les résultats allemands peuvent
surprendre, mais attention, il faut tenir compte du fait que les
réfugiés savent que les attitudes pro-Assad sont mal reçues en
Europe (il a été dit sur d’autres fils que les gouvernants
français, par exemple, entendaient défavoriser l’admission de
réfugiés pro-Assad). Ils adaptent donc leurs réponses. Mais en
essayant de voir ce qu’il peut y avoir de vrai dans celles-ci, il est
plausible que les anti-Assad fuient les camps des pays frontaliers où
ils sont mal vus et se dirigent vers des pays qui paraissent soutenir
leur parti, souvent bruyamment ! Bien qu’ils auraient aussi tendance
à dissimuler leurs sympathies pour l’EIIL, 20 % d’entre eux osent
quand même l’admettre (le nombre réel étant sans doute supérieur).
Et il faut tenir compte du fait quil y lieu d’être sur
l’interprétation dans l’optique propagandiste occidentaliste des
déclarations selon lesquelles les réfugiés tenteraient de fuir les
prises d’otage, car celles-ci sont le fait des rebelles (quant aux «
bombes-barrils », qui sont juste des bombes comme ls autres, de
l’explosif dans un conteneur, j’ai déjà dit ailleurs ce qu’il
fallait en penser, et elles sont lancées contre des positions
insurgées).
Donc
oui, les sunnites qui ne prenaient pas partie ont été massacrés
par Daech (et autres djihadistes) ; cela confirme ce que je disais.
Que certains aient été aussi accusés et parfois maltraités par
les forces armées, il ne faut d’abord pas oublier que ce sont des
forces armées majoritairement sunnites, le conflit n’est donc pas là
religieux, ce sont des sunnites qui ne comprennent pas que d’autres
sunnites ne les rejoignent pas. Ensuite, il y a lieu de ne pas
comprendre une posture de neutralité face à des atrocités aussi
monstrueuses que celles de l’EIIL et des autres djihadistes. Dans un
tel contexte, elle n’a pas lieu d’être. Je n’irai pas jusqu’à dire
comme certains que tout syrien devrait prendre les armes contre les
rebelles, mais c’est uniquement parce qu’il faut prendre en compte la
peur qui les paralyse, expliquant que certains appelés aient préféré
fuir le combat, notamment en raison de l’inefficacité de l’armée
syrienne.
(Les
forces vives qui quittent les zones occupées pour migrer, j’insiste
là-dessus, cela confirme ce que je dis).
Quant
aux sondages, attention tant aux propagandistes qui les mènent, qu’à
leur interprétation. Les meilleurs sondages restent tant les
élections que les migrations ou le fait que l’armée et la police
syrienne aient tenu toutes ces années, ce qui il convient d’insister
était impossible sans le soutien de la majorité de la population,
donc de l’écrasante majorité sunnite. Le choix en faveur d’Assad
relève certes du fatalisme et du manque d’alternative, mais il est
bien là, il n’y a d’ailleurs là nul syndrôme de Stockholm, juste
du pragmatisme. C’est pour ça que moi je fais la prévision que
toute nouvelle élection législative ou présidentielle produira à
peu près les mêmes résultats que celle de 2014, les rebelles étant
quasi-unanimement détestés et vus comme les agresseurs ultimes.
Sinon, les kurdes restent dans leur ensemble proches du gouvernement
d’Assad et combattent en coordination avec lui, contrairement à ce
qu’essaient de faire croire la propagande occidentale, et en dépit
d’une tentative appuyée par la France et Israël de les retourner
contre lui. Dans l’immédiat, le futur de la Syrie se fera avec
Assad, et toute tentative d’imposer une autre solution au public
syrien aussi néo-colonialiste, totalitarisante que grotesque.
Alors,
conflit de religion, il y en a un de la part des insurgés dans leur
majorité, qui ont voulu que ça en soit un. Mais si ce sont les
minorités religieuses, musulmanes (chiites, alaouites, druzes), ou
non (chrétiens, mandéens, yézidis) qui ont connu plus de victimes
en proportion, ce sont bien les sunnites qui ont le plus souffert en
nombre absolu (en Irak comme en Syrie, d’ailleurs). Et la majorité
des syriens, dont une majorité de sunnites qui combattent avec acharnement en
dépit de circonstances défavorables, s’oppose effectivement à ce
conflit.