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Analis

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  • Analis 31 août 2015 21:53

    Très mauvaise nouvelle pour les soutiens de l’agression contre la Syrie, du côté russe, les choses commencent enfin à changer. Un début de ré-entente avec les USA se fait jour, mais après le mauvais tour joué en Ukraine, la coopération ne pourra plus être la même, , et le but d’Obama étant de toutes façons entre autres de conserver le plus de parts d’influence au Proche- et Moyen-Orient ;si Obama s’est montrée moins empressé de combattre les faucons de son pays sur le front ukrainien, c’est notamment par ce que cela permettait de mette à bas l’accord qu’il avait conclu avec les russes fin 2013 sur le partage de l’ifluence moyen-orientale.

    Quoi qu’il en soit, avec l’arrivée de conseillers militaires russes et de gardiens de la révolution iraniens, les choses s’annoncent mal en Syrie tant pour l’EI que pour Al-Nosra et les restes de l’ASL. Les russes redoutent cependant que sa « période d’utilité » au Levant ayant expiré, Daech ne soit redéployé dans le Caucase : 

    http://www.voltairenet.org/article188499.html

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    L’armée russe commence à s’engager en Syrie

    par Thierry Meyssan

    C’est un changement profond et significatif qui vient de s’opérer au Levant  : l’armée russe commence à s’engager contre le terrorisme en Syrie. Alors qu’elle est absente de la scène internationale depuis la dissolution de l’Union soviétique et bien qu’elle avance avec prudence, elle vient de constituer une Commission russo-syrienne, de livrer des armes et du renseignement, et d’envoyer des conseillers. Tout ceci plus ou moins coordonné avec la Maison-Blanche.

    Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 24 août 2015

    Originaire du Tatarstan, le général Valéri Guérassimov, chef d’état-major des forces armées de la Fédération de Russie et vice-ministre de la Défense, connait bien l’islam. En outre, il a réprimé des crimes commis par d’autres militaires russes en Tchétchénie et combattu victorieusement les jihadistes de l’Émirat islamique d’Itchkérie.

    La Russie qui avait négocié une alliance régionale contre l’Émirat islamique impliquant l’Arabie saoudite, la Syrie et la Turquie a dû changer de stratégie après le revirement turc. Ankara a en effet décidé de rompre avec Moscou, annulant sans motif réel le contrat du gazoduc Turkish Stream, créant avec l’Ukraine une Brigade islamique internationale pour déstabiliser la Crimée [1], et venant en renfort de l’Émirat islamique contre les Kurdes du PKK et de l’YPG.

    Identiquement, la Maison-Blanche a dû changer de stratégie après les manœuvres du général John Allen qui s’était engagé auprès du président Recep Tayyip Erdoğan a créer une « zone de sécurité » pour l’Émirat islamique au Nord de la Syrie [2].

    En définitive, Moscou et Washington ont coordonné

    - le retrait des missiles Patriot stationnés en Turquie ;

    - la création d’une Commission militaire russo-syrienne.

    La fin de la zone d’exclusion aérienne

    Les missiles Patriot avaient été installés à partir de janvier 2013 par l’Otan en Turquie afin d’empêcher l’armée de l’air syrienne de se déployer à la frontière. De la sorte, les jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda) avaient pu s’emparer du Nord du pays. À partir de l’été 2014, cette zone impossible à survoler avait été occupée par l’Émirat islamique.

    Ainsi, lors de la bataille de Kobané, l’armée de l’air syrienne n’avait pu bombarder l’Émirat islamique et avait été contrainte de tenter une percée terrestre pour sauver la ville. Comme elle ne parvenait pas à franchir les 30 derniers kilomètres, la presse atlantiste présenta les forces kurdes du YPG comme indépendantes de Damas, alors que la République arabe syrienne lui avait fourni ses armes et payait ses soldats.

    Les missiles Patriot, initialement déployés par l’Allemagne et les Pays-Bas, sont aujourd’hui allemands et espagnols. Ils seront d’abord révisés et modernisés, puis redéployés en Lithuanie, à la frontière russe.

    L’entrée de l’armée russe dans la guerre contre la Syrie

    Alors que depuis le début du conflit, la Russie s’est abstenue de participer aux opérations militaires, elle vient de créer une Commission militaire russo-syrienne. Pourtant, l’Otan a organisé l’ensemble des événements dit du « Printemps arabe », dont la guerre contre la Syrie, et a coordonné les groupes jihadistes étrangers et leurs collaborateurs libyens et syriens, dits « rebelles », depuis la base turque d’Izmir [3], devenue depuis le siège du LancCom (commandement des forces terrestres des 28 États membres de l’Alliance atlantique).

    En quelques semaines, de nombreux conseillers militaires sont arrivés à Damas. On évoque la possibilité d’ouvrir un second port militaire russe.

    Six Mikoyan-Gourevitch MiG-31 ont été livrés. Ces avions sont les meilleurs intercepteurs au monde. Ils avaient été achetés en 2007, mais ce contrat avait été bloqué. Leur livraison ne tombe pas sous le coup de l’embargo sur les armes car ils ne peuvent pas être utilisés à des opérations de maintien de l’ordre, mais uniquement à la Défense nationale, en l’occurrence face aux incursions d’Israël ou de la Turquie. Sous des prétextes divers, ces deux États sont intervenus de multiples fois au cours de la guerre pour soutenir les jihadistes lorsqu’ils étaient en difficulté.

    Ainsi, le 30 janvier 2013, Tsahal bombardait le Centre de recherches militaires de Jemraya, sous prétexte de détruire des armes destinées au Hezbollah. Il s’agissait en réalité de détruire une mallette de communication des données satellitaires de l’Otan, saisie par l’Armée arabe syrienne, avant que celle-ci n’en perce le système de cryptage [4]. L’opération avait été conduite par l’armée de l’Air israélienne en coordination avec l’Armée syrienne libre, elle même encadrée par des officiers de la Légion étrangère française sous la supervision du LandCom de l’Otan. Depuis, les opérations communes se sont succédé. Le 21 août, alors qu’al-Qaïda attaquait au sol et Israël depuis les airs la base militaire syrienne de Quneitra (limite du Golan), la Défense syrienne a été en mesure d’abattre un des avions de la Coalition jihadistes/Israël.

    Simultanément, l’armée russe vient de fournir, pour la première fois, des images satellitaires à la Syrie. Cette décision, attendue depuis cinq ans, renverse la situation militaire. En effet, jusqu’ici les jihadistes échappaient souvent à l’armée arabe syrienne grâce aux images satellitaires que l’Otan leur fournissait en temps réel. Même si, depuis un semestre, il semble que l’Otan ne partage plus ses renseignements avec l’Émirat islamique, mais uniquement avec le Front al-Nosra (al-Qaïda).

    Enfin, les conseillers militaires russes rassemblent de nombreuses informations de manière à étudier la possibilité d’un déploiement international sous l’égide des Nations unies. Ils devraient présenter un rapport au Kremlin qui étudiera aussi bien la possibilité d’une opération russe que celle d’une opération conjointe de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC). Celle-ci se réunira au Tadjikistan, à Douchanbé, le 15 septembre. Un déploiement de l’OTSC avait déjà été envisagé, en juin 2012 lors de la préparation de la « Conférence de Genève 1 » [5]. En effet, cette alliance militaire comprend trois États à population musulmane, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan, plus aptes que la Russie à lutter contre des terroristes se réclamant de l’islam. Cependant à l’époque, l’OTSC n’avait pas d’accord avec l’Onu pour effectuer des opérations de paix. Ceci a été réglé le 28 septembre 2012 et pourrait être appliqué aussi bien en Afghanistan qu’en Syrie [6].

    Les limites de la coopération entre le Kremlin et la Maison-Blanche

    Quoi qu’il en soit, la coopération entre le Kremlin et la Maison-Blanche a ses limites : la Russie souhaite éradiquer les jihadistes avant qu’ils ne se retournent contre elle, tandis que les États-Unis espèrent bien que certains d’entre eux pourront être activés dans d’autres conflits, comme ce fut le cas précédemment en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, en Tchétchénie et au Kosovo.

    D’ores et déjà, quelques éléments de Daesh sont arrivés à Kherson (Ukraine), où se trouve déjà un prétendu « gouvernement de Crimée en exil ».

    Il est évident que, du côté états-unien, le retrait des Patriot est un piège. Washington serait enchanté que la Russie réduise le nombre de jihadistes, mais ne serait pas mécontent non plus si elle s’enlisait en Syrie. C’est pourquoi l’ours russe avance avec prudence.

    Thierry Meyssan

    [1] « L’Ukraine et la Turquie créent une Brigade internationale islamique contre la Russie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 août 2015.

    [2] « Clinton, Juppé, Erdoğan, Daesh et le PKK », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 août 2015.

    [3] “Izmir base likely to become NATO’s Land Component Command”, Today’s Zaman, 6 juin 2011.

    [4] « L’ASL et Israël attaquent un Centre de recherche syrien », Réseau Voltaire, 31 janvier 2013.

    [5] « Syrie : Vladimir Poutine propose une Force de paix de l’OTSC », Réseau Voltaire, 3 juin 2012.

    [6] « L’OTSC pourra déployer des « chapkas bleues » sur mandat de l’ONU », Réseau Voltaire, 29 septembre 2012.



  • Analis 31 août 2015 21:44

    Allez, encore du réseau voltaire et du Meyssan, puisque n’en déplaisent à certains (dont les fanatiques de la politique occidentale qui gobent sa propagande à plein nez), leurs analyses ont l’air de mieux coller aux complexes évolutions du moment que les autres. Si on renonce à une explication simpliste et manichéenne, le déroulement des agressions occidentales et alliées contre la Syrie, l’Irak et la Libye (et maintenant le Yémen) paraissent prendre sens, et s’inscrire dans ce qu’on pourrait appeler la géopolitique du déclin des USA (et plus généralement de l’Occident) :

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    http://www.voltairenet.org/article188390.html

    Syrie, rhétorique et vérité

    par Thierry Meyssan

    Depuis deux semaines, la presse internationale bruisse de rumeurs annonçant le début d’une opération militaire états-unienne contre la Syrie. Thierry Meyssan, qui avait dénoncé une manipulation du général John Allen et de ses amis en vue de saboter l’accord USA/Iran, revient ici sur l’absurdité de cette imputation. Il explique pourquoi le soutien stratégique de la Russie et de la Chine à une Syrie laïque n’est pas négociable.

    Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 10 août 2015

    Le 27 juillet, le New York Times annonçait la création d’une zone de sécurité en Syrie par Washington et Ankara pour abriter des réfugiés syriens actuellement stationnés en Turquie [1]. Peu après, la Maison-Blanche démentait cette information. J’ai expliqué dans un article précédent que le New York Times avait été intoxiqué à la fois par le général John Allen, envoyé spécial pour la Coalition internationale anti-Daesh, et par le gouvernement intérimaire turc [2]. J’ai rappelé qu’Allen avait déjà participé à deux autres tentatives de sabotage de la paix en Syrie, en juin 2012 et en décembre 2014, et que le président Obama avait tenté de le faire arrêter il y a près de trois ans, en septembre 2012.

    De très nombreux commentateurs ont rapproché cette information d’une autre selon laquelle le Pentagone s’autorise désormais à soutenir ses «  rebelles modérés » lorsqu’ils sont attaqués, quel que soit leur agresseur. Ils y ont vu le lancement de la très attendue campagne de l’Otan contre la République arabe syrienne.

    Cette interprétation est absurde et ces éléments doivent être interprétés différemment.

    Déclarations contradictoires et réalité sur le terrain

    Il se trouve que la Coalition a pris l’engagement de ne pas frapper l’Armée arabe syrienne, mais uniquement Daesh —et désormais également al-Qaïda— en Syrie. En outre, elle transmet le plan de vol de ses bombardiers et les missions de ses troupes au sol à l’avance à l’état-major de l’Armée arabe syrienne, par l’entremise de leurs alliés kurdes du PYG. De cette manière, la Coalition s’assure à l’avance que ses avions ne seront pas descendus par la chasse syrienne, mais qu’ils contribueront aux mêmes objectifs que l’Armée arabe syrienne sans avoir à plus se coordonner.

    Officiellement, les Britanniques et les Français ne participent pas aux opérations en territoire syrien. Pourtant nous savons que c’est faux. Voilà des mois que ces nations bombardent Daesh en Syrie. Il y a quelques jours, le ministre britannique des Affaires étrangères a été contraint d’admettre la vérité à la Chambre des Communes [3]. Son homologue français, qui n’est pas soumis aux mêmes pressions politiques, continue à nier les faits. En outre, les Britanniques ont déployés 120 SAS au sol pour guider les frappes aériennes [4]. Ce travail étant particulièrement risqué pour des étrangers qui ne connaissent pas le terrain, le Pentagone a formé 60 « rebelles syriens modérés » pour les y aider. 54 sont entrés en territoire syrien et ont été immédiatement attaqués par al-Qaïda.

    Il est grotesque de prétendre que le Pentagone a formé ces 60 combattants dans le but de vaincre les centaines de milliers de soldats de l’Armée arabe syrienne et de renverser la République. Leur seule fonction est de participer à la Coalition anti-Daesh et leur seule mission est de déterminer au sol les cibles des bombardiers.

    Il est vrai, comme l’a fait remarquer le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov, que cette annonce était mal formulée. Le porte-parole de la Maison-Blanche aurait dû se douter qu’elle serait mal interprétée vu la volonté d’une partie des États-uniens et des dirigeants français et turcs d’entrer en guerre ouverte contre la Syrie. Dans la pratique, il a préféré induire en erreur les adversaires de l’accord USA/Iran.

    Au demeurant, le Pentagone a fait allusion à une situation qui s’est présentée. Ses 54 « rebelles modérés » ont été attaqués par al-Qaïda et il les a défendus. Or, au cours des derniers mois, la France, l’Arabie saoudite et la Turquie ont tenté de réhabiliter al-Qaïda en Syrie (Front al-Nosra) pour en faire une alternative acceptable à Daesh. Contrairement aux conclusions de nombreux commentateurs, en bombardant à la fois Daesh et al-Qaïda, ce qui est nouveau, le Pentagone a fait en réalité le jeu de la République arabe syrienne, conformément à son accord avec l’Iran.

    Principes géostratégiques

    Maintenant, venons-en au fond. Cette polémique, habilement fabriquée par le général Allen lors de l’Aspen Security Forum et par la Turquie vise à faire accroire à un changement radical de la politique états-unienne. Washington, après avoir longtemps hésité à se lancer en guerre ouverte contre la Syrie, s’y serait enfin résolu. La Syrie serait prochainement bombardée comme jadis la Libye et l’on serait enfin débarrassé du président Bachar el-Assad.

    Si tel était le cas, nous serions entrés en Guerre mondiale.

    En effet, par quatre fois déjà, la Russie et la Chine ont apposé leur véto au Conseil de sécurité à des projets de résolution autorisant ou préparant une attaque contre la Syrie. En apposant leur véto, Moscou et Beijing ne se sont pas contentés de ne pas soutenir ces résolutions. Ils sont entrés en conflit diplomatique avec les auteurs de ces projets. Ils ont affirmé être prêts à faire la guerre contre eux s’ils passaient unilatéralement à l’acte.

    Le premier veto, le 4 octobre 2011, a surpris Washington. Le second, le 4 février 2012, l’a convaincu de renoncer à agir en Syrie comme en Libye. La France, le Qatar et la Turquie ont décidé de relancer la guerre et ont déposé deux autres projets de résolution, le 19 juillet 2012, et sur la question des crimes contre l’humanité attribués à la République, le 22 mai 2014. Ils ont essuyé les mêmes vétos.

    Les déclarations françaises, qataries et turques selon lesquelles des diplomates se consacrent à convaincre leurs amis russes de lâcher Bachar el-Assad sont stupides et les récentes déclarations de Barack Obama sur une évolution des positions de la Russie et de l’Iran ne valent guère mieux. Au demeurant, le président états-unien visait, quant à lui, à endormir les opposants à l’accord qu’il a négocié avec l’Iran.

    Mais nous ne parlons pas ici de l’Iran. Uniquement des deux puissances permanentes du Conseil de sécurité que sont la Russie et la Chine.

    Les intérêts russes et chinois

    La position de Moscou et de Pékin n’est ni une bravade anti-occidentale, ni une solidarité entre dictatures, puisque c’est ainsi que les Occidentaux qualifient les régimes de ces États. C’est une question géostratégique qui s’inscrit dans des siècles d’histoire. C’est tout sauf négociable.

    La présence russe en Méditerranée et au Proche-Orient dépend d’un régime respectueux de la diversité religieuse à Damas. Elle serait impossible en cas d’une prise de pouvoir par les Frères musulmans ou tout autre groupe islamiste de cette mouvance. C’était déjà le cas à l’époque de la Tsarine Catherine II qui affirmait voir en la Syrie la clé du Proche-Orient pour la Russie et c’est toujours le cas pour le président Poutine. En outre, les Russes, qui sont majoritairement orthodoxes et en ont souffert, se sentent solidaires des chrétiens syriens, à majorité orthodoxe.

    Certes, la Russie n’a pas toujours été en mesure de défendre ses intérêts. Ainsi, refusa-t-elle en 2005 la proposition syrienne d’occuper le port de Tartous et 30 kilomètres de côte pour sa flotte en Méditerranée —Damas espérait ainsi prévenir la guerre que Washington avait commencé à préparer bien avant le Printemps arabe—. Mais, à l’époque, elle n’avait plus de flotte en Méditerranée depuis l’effondrement de l’URSS. Aujourd’hui, elle s’est reprise, a reconstitué sa puissance maritime, et utilise effectivement le port de Tartous.

    Pour se développer, le commerce chinois suppose la sécurisation de routes continentales reliant la Chine à la Méditerranée. Au Moyen-âge, les Chinois construisirent la « route de la soie » reliant la capitale de l’époque, Xi’an, à Damas. Les Omeyyades, qui ont fondé la religion musulmane, veillèrent à protéger les autres religions locales, judaïsme, mandéisme et christianisme. Lorsqu’ils étendirent leur pouvoir en Asie centrale, jusqu’au Xin Qiang, ils agirent identiquement avec les religions d’Extrême-Orient —Ils étaient certes bien loin du sectarisme de l’islam actuel—. Aujourd’hui encore, toutes les religions prient chaque jour dans la Grande Mosquée de Damas et l’une de ses mosaïques rend hommage à une pagode chinoise. Pour se développer, la Chine actuelle tente de reconstruire des « routes de la soie ». Elle vient pour cela de fonder la Banque asiatique d’investissement (AIIB).

    Que l’on ne s’y trompe pas, le soutien stratégique de Moscou et de Beijing à Damas ne signifie aucunement qu’ils vont envoyer leurs troupes défendre le pays contre les jihadistes qui le saignent —Ils ne l’ont pas fait et ne le feront pas— ; juste qu’ils ne laisseront pas les puissances occidentales utiliser leurs propres armées pour détruire la République arabe syrienne.

    De leur côté, les États-Unis sont la puissance dominante globale parce qu’ils contraignent le commerce global à s’effectuer principalement par voie maritime et, qu’avec l’aide du Royaume-Uni, ils contrôlent et sécurisent tous les océans. C’est pourquoi, Washington considère comme essentiel pour le maintien de sa puissance de saboter les tentatives de routes continentales [5]. Le chaos en Irak et la chute de Palmyre coupent la voie de communication par le Sud, tandis que le chaos en Ukraine coupe la voie par le Nord.

    Dans le conflit syrien, les Occidentaux et les puissances du Golfe soutiennent les Frères musulmans, tandis que la Russie et la Chine soutiennent la République laïque.

    Les illusions de la France, de l’Arabie saoudite et de la Turquie

    Le gouvernement turc, qui ne comprend décidément rien à la politique, a tenté deux fois de forcer les États-Unis à entrer en guerre ouverte. Le 11 mai 2013, il a dénoncé un vaste attentat à Reyhanlı qu’il a attribué aux services secrets syriens. Recep Tayyip Erdoğan s’est précipité chez le président Obama pour se plaindre. Mais celui-ci avait été prévenu à l’avance par la CIA que l’attentat qui coûta la vie à 51 Turcs et qui en rendit 140 infirmes était une mise en scène du Millî İstihbarat Teşkilatı (MIT), une opération sous faux drapeau des services secrets turcs. Depuis, d’ailleurs, les responsables ont été contraints à la démission.

    M. Erdoğan a récidivé quatre mois plus tard en organisant, avec l’aide de l’Élysée, l’attaque chimique de la Ghoutta de Damas, le 21 août 2013. Ils ont immédiatement été démasqués par le MI6 britannique qui s’est empressé de prévenir ses amis états-uniens. À l’issue d’une habile mise en scène à la Chambre des Communes, Londres et Washington ont laissé Ankara et Paris à leurs crimes et leurs rodomontades.

    Nous pouvons discuter des capacités de l’administration Obama à défendre sa nouvelle stratégie d’alliance avec le clergé chiite iranien ou de celles de ses adversaires états-uniens à poursuivre la stratégie straussienne de remodelage du « Moyen-Orient élargi » et de chaos généralisé. Mais, quoi qu’il en soit, jamais, ni les uns, ni les autres ne passeront d’une guerre par jihadistes interposés à un conflit classique. Il est absurde d’imaginer que Washington va se lancer dans une Troisième Guerre mondiale contre la Russie et la Chine dans le seul but de remplacer le président Bachar el-Assad par les Frères musulmans.

    Thierry Meyssan

    [1] « Turkey and U.S. Plan to Create Syria ‘Safe Zone’ Free of ISIS », Anne Barnard, Michael R. Gordon & Eric Schmitt, The New York Times, July 27, 2015.

    [2] « Clinton, Juppé, Erdoğan, Daesh et le PKK », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 août 2015.

    [3] « Le Royaume-Uni et la France bombardent Daesh en Syrie », Réseau Voltaire, 21 juillet 2015.

    [4] “SAS dress as ISIS fighters in undercover war on jihadis”, Marco Giannangeli and Josh Taylor, Sunday Express, August 1, 2015.

    [5] “The Geopolitics of American Global Decline”, by Alfred McCoy, Tom Dispatch (USA), Voltaire Network, 22 June 2015.



  • Analis 27 août 2015 15:31

    @Mmarvinbear
    Pourtant, après des décennies d’enquêtes, rien n’a pu contredire la version de la commission Warren.

    Cela prouve simplement une chose : soit les théoriciens du cinglé solitaire ont le sens de l’humour, soit ils souffrent d’un auto-aveuglement bien pire que celui dont ils accusent leurs opposants. Ce qui prouve qu’ils sont guidés par la peur qu’un événement grave puisse avoir des causes beaucoup plus sérieuses que celles banales et rassurantes en lesquelles ils veulent croire.

    Pour les arguments cités dans le reste du message, je les avais déjà réfutés ailleurs. Je rappellerai juste que le ralenti ne montre qu’un très faible mouvement de la tête vers l’avant, beaucoup plus lent que celui vers l’arrière, ce qui implique qu’il ne peut être produit par le choc de la même balle (et il est même possible qu’il soit le produit d’un trucage du film, la forme et la direction de l’explosion du crâne étant incompatible avec tant les témoignages que les croquis d’autopsie, et ce en dépit du fait qu’il existe plusieurs variantes de ces derniers).



  • Analis 21 juillet 2015 15:12

    Monnet aurait-il vraiment exagéré en prétendant que De Gaulle était un ennemi des libertés du peuple français ?

    Pas vraiment ! Dans une conférence de presse du 31 janvier 1964, au détour d’un passage où il tentait de justifier le maintien du poste de Premier Ministre (!). on pourrait dire avec candeur : « Mais, s’il doit être évidemment entendu que l’autorité indivisible de l’Etat est confiée tout entière au Président par le peuple qui l’a élu, qu’il n’en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne soit conférée et maintenue par lui,... ».

    Cela illustrait parfaitement la conception du pouvoir d’un homme qui a estimé à d’autres occasions qu’il n’y avait pas vraiment besoin d’opposition, que les partis étaient inutiles, ou qu’entre lui et les communistes il n’y avait rien. La Vème république selon De Gaulle n’était certes pas une complète dictature, mais certainement un régime aux tendances indiscutablement autoritaires.

    On imagine un peu les réactions si Mitterrand, Chirac ou Sarkozy s’étaient exprimés ainsi ! Cela se retrouvait certainement dans la pratique. Les atteintes à l’Etat de droit de ces derniers étaient sans commune mesure avec celles de De Gaulle (voyez simplement l’affaire de l’arrêt Canal du Conseil D’État, durant laquelle De Gaulle avait essayé de supprimer ce dernier, pourtant l’incarnation de la servilité satisfaite, mais c’était encore trop pour lui). Les choses ont certes changé, et c’est grâce à l’ouverture de la société française sur le reste du monde, ce qui n’aurait pas été le cas si elle était restée prostrée sur une adoration stérile d’un dirigeant à la mentalité d’un autre temps.

    Bien sûr, on objecte habituellement sa pratique du référendum et sa démission en 1969. Ce qui mérite d’être très fortement nuancé. Déjà, pourquoi n’a-t’il jamais voulu mettre en place de droit d’initiative référendaire ? La raison en est qu’il entendait utiliser le référendum afin de favoriser ses desseins. Il n’aurait jamais accepté qu’on puisse lancer un référendum afin de le mettre en difficulté. Il a quitté le pouvoir en 1969, oui, mais selon ses règles, au moment qu’il avait fixé, seulement parce qu’il avait décidé de le faire, parce qu’il était devenu las et qu’une large part de son parti ne lui accordait plus son soutien. Parce que oui, un parti, il en avait un, bien obligé quand même... N’oublions pas qu’après sa déconvenue aux élections législatives de 1967, il avait refusé de tenir compte de ce très net rétrécissement de sa majorité en disant que ce n’était que quatre cent cinquante quatre compétitions locales.

    Donc, non De Gaulle n’était pas vraiment un ami des libertés. Et encore je ne mentionne pas là son rôle dans d’innombrables complots d’État, depuis les massacres du 18 octobre 1961 jusqu’à l’affaire Markovic en passant par l’affaire Saint-Aubin et la Caravelle Ajaccio-Nice. Sous son règne, barbouzes et manipulateurs de toutes obédiences régnaient en maîtres, sans compter les bétonneurs et les affairistes. 



  • Analis 20 juillet 2015 10:38

    @Pie 3,14

    Déjà, la gestion supposément catastrophique de l’après guerre et qui en aurait donné des ailes aux islamistes sunnites irakiens cachait ce qui ressemblait en fait fort à une pratique délibérée des occupants (la mise à l’écart des cadres de l’armée de Hussein - et non Saddam – a été leur fait et non celui du nouveau pouvoir Chiite), destinée à favoriser l’émergence des salafistes et takfiristes afin de diviser la résistance irakienne à l’occupation. Tactique qui a réussi au-delà de toute espérance, et il est même possible que ses initiateurs aient été débordés par son succès. Elle n’a en tous cas pas empêché le retrait états-unien d’Irak, pas davantage l’évolution pro-irannienne et chinoise de ce dernier, et a laissé le pays très profondément divisé et non réconcilié. Elle a permis l’opération de déstabilisation de juin 2014, menée avec on ne sait quel armement et quels spécialistes tombés du ciel, et grâce à on ne sait quel maladie visuelle des opérateur de satellites d’observation d’un coup incapables.

    Votre diatribe conspirationniste contre Assad tombe autant à l’eau que la propagande goebellsienne dont nous abreuvent les régimes occidentaux. Si, le gouvernement syrien a toujours réellement eu comme premiers ennemis les groupes djihadistes, qui ont attaqué ses forces en priorité et qu’il a combattu en premier lieu comme il se doit. Assad a tout au plus laissé les groupes terroristes nés des manipulations occidentales (et bien nés des manipulations occidentales) se déchirer entre eux dans les zones qu’ils occupaient, après que leurs habitants se soient enfuis, cela afin d’épargner policiers et soldats. Cependant, depuis l’été dernier, le Front Al-Nosra et ses alliés de l’ASL (qui ne comporte guère plus que des islamistes violents, les terroristes d’obédience affairiste pro-impérialiste n’existant presque plus) ne combattent pratiquement plus Daech et ont établi des accords de coexistence. Quant à votre mention des kurdes est inspirée par une autre de ces légendes colportées par la propagande occidentale, car tout observateur objectif sait que les kurdes restent des alliés du gouvernement syrien, et que leurs premiers ennemis ont toujours été les pseudo-rebelles pré-EI. Il semble d’ailleurs bien que ces derniers n’aient jamais combattu à leurs côtés contre Daech, pour la simple raison que les milices kurdes sont toujours leurs ennemies. Bien sûr, la propagande pro-terroriste occidentale se garde bien de dire tout cela.

    En fait, la réalité est exactement inverse de son discours. Les occidentaux peuvent avoir du mal à gérer la situation créée par leurs manipulations, bien que quand on voit leur peu d’empressement à combattre Daech au-delà de certaines limites territoriales, on puisse en douter. Là encore, leurs aviateurs et leurs opérateurs de photos satellites semblent être atteints de cécité « inexplicable », parachutant régulièrement des armes à l’EI dans des zones qu’ils savent pourtant être sous leur domination. Le but semble être de conserver pour le moment ce chancre dans certaines frontières bien délimitées, pas question qu’il entre à Bagdad ou qu’il aille trop loin dans le Kurdistan irakien. En réalité, la confusion semble refléter les divergences stratégiques entre diverses factions au sein des complexes militaro-industriels, les français, britanniques et étatsuniens proches de Hillary Rodham semblant être les plus jusqu’au-boutistes, Obama paraissant lui surtout un opportuniste cynique. Avec l’accord USA-Iran, négocié par ce dernier contre toutes les factions précitées, on peut se demander ce qui va en sortir. Si on pourrait penser que Obama essaie d’imposer une nouvelle alliance avec l’Iran au détriment de l’Arabie Séoudite, on peut alors se demander quel est l’intérêt de maintenir la pression en Syrie et en Irak. Mais peut-être Obama veut-il cyniquement maintenir une épine dans le flanc des deux camps, séoudien et iranien*, afin de les rendre plus malléables.

    À noter qu’au sujet de l’évolution de la situation au sujet des relations étatsuno-iraniennes, Thierry Meyssan semble avoir vu juste jusqu’à présent. L’arrivée de milliers de Gardiens de la Révolution en Syrie étant désormais aussi annoncée par des médias mainstreams.

    http://www.voltairenet.org/article187237.html

    http://www.voltairenet.org/article187612.html

    * Et non pas sunnite et chiite, les sunnites étant présents dans les deux camps, notamment en Syrie où ils forment la mojorité de l’opposition à l’agression occidentalo-golfo-djihadiste ; les sunnites n’ayant jamais été discriminés en Syrie, les régimes des Assad père et fils n’étant pas un « gouvernement alaouite » mais une instance où les sunnites restaient majoritaires mais toutes les communautés étaient représentées. Seulement, c’était encore trop pour certains sunnites, qui ne voulaient de domination qu’absolue...

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