Je suis d’accord dans
l’ensemble avec ces vues. Beaucoup assimilent les mères porteuses à
de la prostitution, et j’ai tendance à le suivre. Mais je ne partage
pas du tout leur analyse morale quand ils essaient d’en faire usage
pour légitimer l’interdiction de la pratique. On peut s’y opposer
parce qu’elle remet gravement en cause les règles de la reproduction
et risque de bouleverser les règles sociales ; mais à mon avis on
ne doit surtout pas s’y opposer pour de pseudo-arguments féministes
ou basés sur la lutte contre l’exploitation, ou parce que "le
corps ne serait pas à vendre" – idem pour la prostitution
classique. On retrouve chez eux le même ton condescendant de ces
féministes PC qui ne s’occupent de la libre disposition du corps par
les femmes que quand ça les arrange, ou de ces pseudo-intellectuels
pontifiants de gauche. En fait, cette opinion trahit un profond
puritanisme, basé tant sur la détestation (ou l’’idéalisation
excessive, ce qui revient un peu au même) de l’argent que du sexe.
Les arguments selon lesquels les mères porteuses seraient exploitées
parce qu’elles ne comprendraient pas ce qu’elles font, ou parce
qu’elles feraient ça pour de l’argent, ou parce que les rapports
entre les parties ne seraient pas égaux, ou parce que les
intermédiaires se sucreraient au passage, sont insupportables. Les
intermédiaires prennent beaucoup d’argent parce que les services de
transplantation d’embryons sont très chers ; probablement font-ils
payer leurs services trop chers, comme nombre de professionnels
spécialistes de services rares, mais justement, ils ne font pas
différemment que tant de ces spécialistes. Si la situation est
déséquilibrée entre les parties, là encore, c’est caractéristique
de quasiment tout contrat et service ; pourquoi donc insister dans ce
cas-là seulement et pas dans tout le domaine des relations humaines
? Parce que ce serait vain ? Eh bien oui ! Ce n’est donc pas la peine
de se concentrer sur celui-ci en particulier. Quant à l’affirmation
selon laquelle les mères porteuses (ou les prostituées), même avec
leur plein consentement, participeraient de leur oppression, désolé,
elles sont mieux placées pour savoir ce qui est bon pour elles. Ce
genre de raisonnement, consistant à dire aux gens ce qui est mieux
pour eux de penser, relève juste d’une idéologie totalitaire
tranquille.
Une amusante vidéo
(en anglais, mais il n’est pas trop dur de comprendre ce qui se
passe) :
On peut, si on veut
exclure les couples gays de la procédure en appelant à la «
naturalité » de leur fertilité, rétorquer que dès lors, la
stérilité de l’homme ou le la femme hétéro est aussi d’origine
naturelle, et que leur exclusion se justifie aussi sur ce critère !
Il y a quand même
une différence fondamentale entre les deux, que je mentionnais déjà
dans mon message, mais que je vais là expliquer en long et en large
: les difficultés de la femme ou de l’homme hétéro stériles sont
dues à une anomalie pathologique, un accident de développement
(génétique ou non) ou un accident tout court. Le recours aux mères
porteuses, comme à la fécondation in vitro, se voit alors comme une
pratique médicale destinée à corriger, à guérir (c’est le terme
qui convient) ce défaut – tout comme on essaie de corriger les
effets de la perte d’un membre ou d’un organe ou leur défectuosité
de diverses manières. Tandis que dans le cas d’homosexuels, il n’y a
aucun défaut à corriger, vu que leur impossibilité d’avoir des
enfants est normale. En fait là, ce recours crée une
anomalie ! Cette différence est fondamentale, et justifie par
exemple la comparaison avec le clonage.
On pourrait par
contre comparer à juste titre leur situation à celle d’une femme
ménopausée qui essaierait d’avoir recours à de telles techniques.
Il est certain qu’il y a des limites à mettre à l’usage des nouvelles techniques. Elles devraient être considérées comme
purement médicales, et non destinées au confort de certains.
Il ne s’agit
aucunement là d’interdire la reproduction, mais uniquement le
recours à certaines techniques artificielles, ici aux mères
porteuses, ce que fait déjà la loi française ! Le conseil
constitutionnel ne peut là que s’incliner. Il n’existe aucun droit
« naturel » à bénéficier de telles techniques. Comme le
dirait la Cour européenne des droits humains, cela dépend de la
marge d’appréciation des États (en revanche, quelle serait sa
position en cas d’adoption d’une telle loi punissant de peines même
ceux qui se rendent à l’étranger, on ne peut pas en préjuger,
l’obligation de reconnaissance de la filiation, faite au bénéfice
de l’enfant, n’empêchant pas forcément de telles sanctions à
l’encontre des parents). Rappelons entre autres que l’Irlande
interdit bien à ses citoyens le recours à l’avortement à
l’étranger.
Cet absence de droit
naturel en la matière s’appliquant d’ailleurs aussi bien aux couples
hétérosexuels qu’homosexuels. Dans le cas de ces derniers, des
différences d’appréciation s’imposent cependant, car pour un couple
hétérosexuel le recours à la mère porteuse peut servir à
corriger une anomalie, un dysfonctionnement. Alors qu’il n’en est
rien pour les couples homosexuels, leur infertilité étant naturelle
– le rapprochement avec le clonage étant pertinent. Sinon,
certaines nations ont bien entravé le droit à se reproduire ;
l’exemple qui vient à l’esprit étant celui de la Chine. Comme tout
droit, on peut considérer qu’il peut faire l’objet de restrictions.
d : la justice française
ne peut pas poursuivre une personne qui a recours à une GPA dans un
pays ou cette procédure est légale. Ce serait un non-sens
juridique.
En fait, la justice
française le pourrait. Il suffit juste d’adopter le principe
d’extraterritorialité de l’infraction commise par un ressortissant
français. Cela est parfaitement acceptable, et existe dans plusieurs
domaines. Dont un très voisin, celui du clonage : la loi française
prévoit que tout ressortissant français qui s’adonne au clonage y
compris dans un autre pays, même s’il y est légal, encourt jusqu’à
trente ans de prison. Donc rien n’interdit de prévoir par exemple
pour les couples homosexuels qui s’adonneraient à la pratique de ce
type de reproduction non-naturelle par le biais de mère porteuse une
telle peine.
Ce n’est pas que je
m’en fasse l’avocat ici, mais juridiquement c’est possible.
Oui, bon enfin, en
matière de ce qu’on peut appeller du négationnisme lié aux OVNIs,
vous aviez encore il y a quelque temps sorti la ridicule fadaise de
la CIA, déjà mille fois réfutée, selon laquelle ils avaient promu
la croyance aux OVNIs afin de camoufler les vols de leurs
avionsespions. La vérité bien établie est qu’à lépoque, comme
plus tard d’ailleurs, ils travaillaient à discréditer toute mention
d’OVNIs (et leur dire selon lequel 50 % des observations d’alors
étaient du à l’U2 est risible ; la vérité serait plus proche du
centième de ça).