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@Jonas
"Le même Bachar Al-Assad , ne se prive pas de bombarder avec des barils bourrés d’explosifs son peuple."
Non, désolé, il s’agit encore d’une accusation mensongère contre le gouvernement syrien et son armée relayés par les pressetitués occidentaux, amenant aussi à se poser des questions sur l’intégrité de l’association Human Rights Watch (il est vrai que cette histoire de barils de poudre suintait l’invraisemblance à des centaines de kilomètres à la ronde) :
http://arretsurinfo.ch/human-rights-watch-poursuit-ses-accusations-a-laide-de-fausses-photos/
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Syrie : Human Rights Watch poursuit ses accusations à l’aide de fausses photos
Par Moon of Alabama le 17 mai 2015
Kenneth Roth de HRW poursuit ses accusations mensongères à l’aide d’une autre fausse
photo
La semaine dernière, nous avons [URL=http://www.moonofalabama.org/2015/05/human-rights-watch-again-accuses-syria-of-barrel-bomb-damage-done-by-others.html]constaté[/URL]que le directeur de Human Rights
Watch, Kenneth Roth, avait utilisé une image des destructions à Gaza provoquées
par Israël pour accuser le gouvernement syrien d’utiliser aveuglément des
« bombes barils ». Nous écrivions alors :C’est donc au moins la troisième fois
qu’HRW utilise une photo détournée pour accuser des ennemis actuels de
l’impérialisme américain d’avoir causé des destructions que l’empire américain
et / ou de ses amis ont causées. Ce n’est pas seulement du parti-pris de la part
d’HRW, c’est de la fraude pure et simple.
Suite à notre post et à de nombreuses protestations sur Twitter, Kenneth Roth a été obligé de se rétracter et de supprimer ce tweet. Il a [URL=https://twitter.com/KenRoth/status/597005125018906625]posté[/URL] :
http://www.moonofalabama.org/images4/kenroth2.jpg
Furieux d’avoir à retirer le tweet accusateur, il en a envoyé un autre, accusant une fois de plus le gouvernement syrien d’avoir provoqué avec des « bombes barils » les destructions qu’on voit sur cette image :
http://www.moonofalabama.org/images4/kenroth3.jpg
Mais cette image ne représente pas davantage des destructions causées par les « bombes barils » du gouvernement syrien.
Pour ce tweet Kenneth Roth a utilisé une photo de l’AFP prise par George Ourfalian et [URL=http://www.gettyimages.co.uk/detail/news-photo/general-view-shows-destruction-in-the-hamidiyeh-news-photo/469041930]distribuée[/URL] par l’agence Gettyimages.
http://www.moonofalabama.org/images4/kenrothgetty.jpg
Voilà ce qu’on lit sur la capture d’écran de l’image originale de Getty :
La destruction du quartier Hamidiyeh de la ville d’Alep au nord de la Syrie où les
combattants des comités populaires locaux, qui soutiennent les forces
gouvernementales syriennes, tentent de défendre ce quartier traditionnellement
chrétien, au troisième jour de combats intensifs contre les djihadistes du groupe Etat
islamique, le 9 avril 2015. AFP PHOTO / GEORGE OUFALIAN
Ce qu’on voit sur l’image, c’est la destruction d’un quartier attaqué par les djihadistes anti-syriens et défendu par des forces pro-syriennes qui appuient le gouvernement. Kenneth Roth insinue-t-il que le gouvernement syrien a causé ces ravages en bombardant ses partisans avec des « bombes barils » ? Ne serait-ce pas plutôt les « rebelles modérés », que lui soutient apparemment, qui ont détruit ces bâtiments ?
A en juger par la manière dont Human Rights Watch et Kenneth Roth utilisent habituellement les photos, on peut supposer sans risque que la seconde hypothèse est la bonne.
Et tandis que Kenneth Roth fait tout un barouf avec les « bombes barils » en Syrie, qui ne sont pas différentes des autres bombes standard, nous attendons toujours qu’il tweet contre l’usage des bombes thermobariques* par le gouvernement saoudien au Yémen sur les structures solides, des armes qui tuent ou mutilent en même temps de nombreux innocents.
Avec ses accusations très sélectives et ses fausses images, Kenneth Roth a fait de Human Rights Watch une
organisation de relation publique de mensonges–à-but-lucratif à la solde de gouvernements « occidentaux » et de diverses dictatures du Golfe.
Moon of Alabama | 15 mai 2015
Note : *http://blog.silverhive.com/?p=1648
Article original : [URL=http://www.moonofalabama.org/2015/05/hrws-kenneth-roth-continues-unfounded-accusations-with-another-false-picture.html]Moon of Alabama.org[/URL] – Traduction : Dominique Muselet
Chacun est libre de diffuser les articles publiés par Arrêt sur info à condition de mentionner le nom de l’auteur et le lien de la source.
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Geopolitika : Est-ce que le général Sissi et son armée résistent avec succès en Égypte et est-ce que la coalition britannique-US-qatari, qui en fait soutient les frères Musulmans, a subi une défaite dans la vallée du Nil ?
Thierry Meyssan : Le projet visant à placer au pouvoir, partout dans le monde arabe, la société secrète des Frères musulmans a échoué. Ils ont perdu l’Égypte et la Tunisie, ne parviennent pas à s’imposer en Libye, ont été balayés en Syrie et ont échoué à perpétrer un coup d’État en Arabie saoudite.
Au départ soutenus par le Qatar, ils le sont aujourd’hui par la Turquie. Le parcours de Khaled Mechaad est à ce sujet tout un symbole. Ce leader du Hamas incarnait la Résistance à Israël après que Tel-Aviv ait corrompu des dirigeants du Fateh et soit parvenu à ce qu’ils empoisonnent Yasser Arafat. Mechaal était réfugié en Syrie et y disposait d’un soutien sans faille. En 2012, considérant que le vent tournait et que les Frères allait l’emporter avec l’aide états-unienne, il a quitté Damas pour s’installer chez un des ennemis de la Syrie, le Qatar. Il a fait du Hamas la branche palestinienne des Frères et s’est allié à la fois à Al-Qaïda et aux Israéliens pour prendre le camp palestinien de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, et assassiner les dirigeants palestiniens des autres factions dans le camp. Il a perdu. Aujourd’hui, il passe l’essentiel de son temps en Turquie et tente de se faire oublier. Sa trahison est un drame pour les Palestiniens.
Le général Abdel Fattah al-Sissi n’est pas libre. Son pays est économiquement ruiné et, pour nourrir sa population, il a besoin de l’aide saoudienne. Il est donc contraint de participer à la guerre au Yémen dans un camp qui n’est pas le sien. Et il ne peut venir aider la Syrie.
Geopolitika : En décembre vous avez annoncé la chute du président turque omnipotent, Tayyip Erdogan, en publiant des faits choquants de sa biographie… Quelle est la relation entre l’AKP turc et les Frères musulmans ? Que s’est-il vraiment passé après le mystérieux attentat contre le prince saoudien, Bandar ben Sultan ?
Thierry Meyssan : Recep Tayyip Erdoğan n’est pas un politicien, mais un ex-petit délinquant qui a réussi en politique. Il n’a pas de stratégie, juste un rêve —celui de créer un nouvel empire turc— et un grand sens de l’opportunité.
Après avoir laissé l’ambassade états-unienne gouverner son pays durant des années, il s’est laissé embarquer dans la guerre contre la Libye, bien que ce pays ait été un important partenaire économique de la Turquie. Puis, il a profité de la disparition du prince saoudien Bandar ben Sultan pour s’approprier les réseaux jihadistes internationaux. Bandar a été hospitalisé durant plus d’un an, suite à ses blessures après l’attentat en rétorsion de l’assassinat des membres du Conseil national syrien de sécurité. De même, il a profité de l’abdication de l’émir de Qatar pour récupérer la supervision des Frères musulmans. De sorte qu’il est aujourd’hui à la fois le parrain de la Confrérie secrète et le véritable chef de l’Émirat islamique.
Enivré par son succès, il s’est emparé du gazoduc Turkish Stream lorsque Vladimir Poutine est venu lui proposer de le construire, en décembre dernier. C’est évidemment une grave erreur car, ce faisant, il est devenu le partenaire économique privilégié de la Russie tout en étant, via l’Otan, un partenaire militaire des États-Unis. C’est pourquoi j’ai immédiatement pronostiqué sa défaite. Effectivement, l’ambassade des États-Unis a réorganisé son opposition et il a perdu les élections. Soit il fait amende honorable —ce qui va lui coûter cher—, soit il devra partir [2].
Geopolitika : Que pensez-vous de la situation en Ukraine, qui est devenue la raison pour une confrontation de plus en plus importante entre la Russie et l’Occident (les États-Unis et l’UE) ? Que pensez-vous de la politique de la Russie, sur le plan national et international, envers le monde, surtout concernant les sanctions que l’Occident a imposées à Moscou ? Beaucoup pensent que l’Ukraine est la vengeance des États Unis contre la Russie à propos de la Syrie.
Thierry Meyssan : Les États-Unis n’ont que faire de l’Ukraine, un pays ruiné et corrompu. Ils n’ont jamais souhaité qu’elle intègre l’Union européenne. Ils ont organisé la mise en scène de la place Maïdan non pas pour placer Petro Poroshenko au pouvoir, mais pour détruire l’État. Ce qu’ils sont parvenus à faire. La situation actuelle au Donbass et à Donetsk leur convient parfaitement.
La destruction de l’État ukrainien, comme celle de l’État irakien, correspond à leur grande stratégie : conserver leur supériorité mondiale en empêchant l’Union européenne, la Russie et la Chine de les concurrencer. Pour ce faire, premièrement, ils contrôlent les « espaces communs » —les océans, l’air, et le cyberespace—, et, deuxièmement, ils coupent les possibles routes continentales. Détruire l’État irakien, c’est couper la « route de la soie » reliant la Chine à la Méditerranée. Détruire l’État ukrainien, c’est couper le projet de corridor Pékin-Berlin pour lequel la Chine vient de créer la gigantesque Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB).
Certes, l’unification de la Crimée et de la Russie est un mauvais coup pour Washington, mais il sera toujours possible de fermer le Bosphore et les Dardanelles. Cela ne change rien à l’échelle globale.
Geopolitika : La Grande-Bretagne et d’autres pays occidentaux ont essayé de faire passer à l’ONU une résolution sur Srebrenica, qui est directement dirigée contre la Serbie et les Serbes de Bosnie et d’Herzégovine, ce que la Russie a empêché par un veto. Que pensez-vous de la situation dans les Balkans, surtout en Macédoine, et pourquoi est-ce que la Serbie est toujours la cible de pressions sans fin, même si tous les gouvernements de Belgrade, après le coup d’État de 2000 et la suppression de Slobodan Milošević, ont énormément cédé aux demandes de l’Occident ?
Thierry Meyssan : Les Occidentaux sont spécialistes dans la réécriture de l’Histoire. Le massacre de Srebrenica est sans aucun doute un génocide, mais ce ne sont pas les Serbes qui ont débuté le nettoyage ethnique en Yougoslavie. Dans un monde normal, nous devrions condamner les individus croates, bosniaques, serbes, qui ont commis des génocides. Encore devrions-nous leur reconnaître, à tous, des circonstances atténuantes. Car la folie qui s’est emparée de la Yougoslavie lui a été inoculée par les États-Unis. À l’époque, le département de la Défense considérait ce pays comme un « laboratoire » où il pourrait expérimenter la possibilité de créer ex nihilo une guerre civile. La résolution qui a échoué au Conseil de sécurité montre, qu’une fois de plus, les Occidentaux ne veulent condamner que les Serbes, parce qu’ils sont orthodoxes et culturellement proches de la Russie.
Quoi qu’il en soit, ceci n’est pas la priorité de Washington. Aujourd’hui ce qui fait agir les États-Unis dans les Balkans, ce sont les projets russes de gazoduc. C’est pour s’y opposer que le général David Petraeus a investi dans la presse serbe, que la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarović soutient l’indépendance de la Voïvodine et que la CIA a tenté d’organiser un coup d’État en Macédoine.
En outre, les Balkans sont toujours la seule base terroriste en Europe. Au début de la guerre contre la Syrie, la Turquie a organisé au Kosovo la formation de jihadistes d’Al-Qaïda. Actuellement, Daesh dispose de camps d’entrainement en Bosnie, à Gornja Maoča, Ošve et Dubnica.
Geopolitika : Que pensez-vous de la présence au Proche-Orient de votre patrie, la France, dont la politique, au début de la guerre en Syrie, s’est beaucoup distinguée dans le soutien aux « rebelles » ? Est-ce que la politique des affaires extérieures de la France concernant le Proche-Orient et l’Europe a commencé à s’améliorer, à avoir sa propre identité et à se rapprocher de la tradition diplomatique qu’avait dans l’histoire la République française ?
Thierry Meyssan : Malheureusement, la politique de Nicolas Sarkozy et de François Hollande répond aux intérêts d’un petit clan capitaliste français qui reste dans l’ombre. Ce sont ces gens qui ont poussé aux interventions militaires en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie, au Mali et en Centrafrique. Les Français constatent que les deux présidents ont conduit exactement la même politique, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur, pour la Défense ou pour l’Économie. Mais ils n’ont toujours pas compris qui tirait les ficelles.
Il existe pourtant des hauts-fonctionnaires, comme le secrétaire général de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet, ou comme le chef d’état-major personnel du président, le général Benoît Puga, qui sont restés aux commandes malgré le vote populaire et le passage des « Républicains » aux « Socialistes ». De même, les deux présidents ont dans leur cercle le plus intime des amis communs, comme le comte Henri de Castries, président des assurances AXA et du Groupe de Bilderberg.
Ce sont ces gens, et non pas les partis politiques, qui font la politique de la France contre les Français. Au XIXème siècle, nous avions connu une situation comparable avec un groupuscule de grands patrons, d’hommes politiques et de militaires, mêlant personnalités de droite et de gauche, qui se faisait appeler « le parti de la colonisation ». Après avoir pressuré la classe ouvrière, ils sont partis à l’assaut de l’Afrique du Nord, de la Chine… et de la Syrie.
Geopolitika : Enfin, Monsieur Meyssan, on ne peut pas résister, en sachant les connaissances et la perspicacité que vous possédez, à vous demander ce que vous pensez du référendum en Grèce et le destin des négociations entre Athènes et Bruxelles sur les finances de la dette grecque.
Thierry Meyssan : Les Grecs n’avaient pas le choix. Les Traités les empêchaient de quitter l’euro sans quitter l’Union européenne, et les États-Unis leur interdisaient de quitter cette dernière. Chacun se souvient du coup d’État de 1967 et de celui de 1974 à Chypre.
Le gouvernement Tsípras a donc d’abord obtenu une très large majorité pour rejeter le plan de la Troïka, puis a accepté ce même plan en échange d’une aide de 83 milliards d’euros négociée pour lui par les États-Unis.
L’opinion publique n’y comprends rien, mais Aléxis Tsípras ne pouvait pas faire mieux. La Grèce a été écrasée par ses partenaires européens qui ont tellement peur de se retrouver libres —je veux dire de se retrouver sans le carcan de l’Union européenne— qu’ils acceptent tout et n’importe quoi de l’Allemagne. En l’occurrence, le gouvernement Merkel défend les principes du capitalisme global actuel. Il exploite de manière insensée sa classe ouvrière, dont le pouvoir d’achat a reculé, et agit maintenant sans se préoccuper des conséquences humaines pour la Grèce.
Geopolitika : Merci beaucoup pour cet entretien et votre temps.
Slobodan Eric
Thierry Meyssan
Traduction
Svetlana Maksovic
Source
Geopolitika (Serbie)
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Il ne faut pas vraiment s’étonner du caractère apparemment contradictoire de certains agissements d’Obama ces derniers mois. Outre l’existence de sérieuses divergences entre certains éléments du Pentagone et lui, le fait qu’il continuait d’apporter un appui indirect à Daech tout en négociant un accord avec l’Iran au détriment de l’Arabie Séoudite (avec laquelle les relations sont au plus bas, en dépit d’une coopération minimale sur le Yémen), alors que logiquement cela aurait du se trahir par un abandon complet de l’EI, s’expliquait sans doute par une volonté cynique de conserver un moyen de pression sur ces deux parties tant qu’il n’avait pas obtenu cet accord. La France, de son côté, ne fait que se ridiculiser un peu plus.
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Geopolitika : Est-ce que le général Sissi et son armée résistent avec succès en Égypte et est-ce que la coalition britannique-US-qatari, qui en fait soutient les frères Musulmans, a subi une défaite dans la vallée du Nil ?
Thierry Meyssan : Le projet visant à placer au pouvoir, partout dans le monde arabe, la société secrète des Frères musulmans a échoué. Ils ont perdu l’Égypte et la Tunisie, ne parviennent pas à s’imposer en Libye, ont été balayés en Syrie et ont échoué à perpétrer un coup d’État en Arabie saoudite.
Au départ soutenus par le Qatar, ils le sont aujourd’hui par la Turquie. Le parcours de Khaled Mechaad est à ce sujet tout un symbole. Ce leader du Hamas incarnait la Résistance à Israël après que Tel-Aviv ait corrompu des dirigeants du Fateh et soit parvenu à ce qu’ils empoisonnent Yasser Arafat. Mechaal était réfugié en Syrie et y disposait d’un soutien sans faille. En 2012, considérant que le vent tournait et que les Frères allait l’emporter avec l’aide états-unienne, il a quitté Damas pour s’installer chez un des ennemis de la Syrie, le Qatar. Il a fait du Hamas la branche palestinienne des Frères et s’est allié à la fois à Al-Qaïda et aux Israéliens pour prendre le camp palestinien de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, et assassiner les dirigeants palestiniens des autres factions dans le camp. Il a perdu. Aujourd’hui, il passe l’essentiel de son temps en Turquie et tente de se faire oublier. Sa trahison est un drame pour les Palestiniens.
Le général Abdel Fattah al-Sissi n’est pas libre. Son pays est économiquement ruiné et, pour nourrir sa population, il a besoin de l’aide saoudienne. Il est donc contraint de participer à la guerre au Yémen dans un camp qui n’est pas le sien. Et il ne peut venir aider la Syrie.
Geopolitika : En décembre vous avez annoncé la chute du président turque omnipotent, Tayyip Erdogan, en publiant des faits choquants de sa biographie… Quelle est la relation entre l’AKP turc et les Frères musulmans ? Que s’est-il vraiment passé après le mystérieux attentat contre le prince saoudien, Bandar ben Sultan ?
Thierry Meyssan : Recep Tayyip Erdoğan n’est pas un politicien, mais un ex-petit délinquant qui a réussi en politique. Il n’a pas de stratégie, juste un rêve —celui de créer un nouvel empire turc— et un grand sens de l’opportunité.
Après avoir laissé l’ambassade états-unienne gouverner son pays durant des années, il s’est laissé embarquer dans la guerre contre la Libye, bien que ce pays ait été un important partenaire économique de la Turquie. Puis, il a profité de la disparition du prince saoudien Bandar ben Sultan pour s’approprier les réseaux jihadistes internationaux. Bandar a été hospitalisé durant plus d’un an, suite à ses blessures après l’attentat en rétorsion de l’assassinat des membres du Conseil national syrien de sécurité. De même, il a profité de l’abdication de l’émir de Qatar pour récupérer la supervision des Frères musulmans. De sorte qu’il est aujourd’hui à la fois le parrain de la Confrérie secrète et le véritable chef de l’Émirat islamique.
Enivré par son succès, il s’est emparé du gazoduc Turkish Stream lorsque Vladimir Poutine est venu lui proposer de le construire, en décembre dernier. C’est évidemment une grave erreur car, ce faisant, il est devenu le partenaire économique privilégié de la Russie tout en étant, via l’Otan, un partenaire militaire des États-Unis. C’est pourquoi j’ai immédiatement pronostiqué sa défaite. Effectivement, l’ambassade des États-Unis a réorganisé son opposition et il a perdu les élections. Soit il fait amende honorable —ce qui va lui coûter cher—, soit il devra partir [2].
Geopolitika : Que pensez-vous de la situation en Ukraine, qui est devenue la raison pour une confrontation de plus en plus importante entre la Russie et l’Occident (les États-Unis et l’UE) ? Que pensez-vous de la politique de la Russie, sur le plan national et international, envers le monde, surtout concernant les sanctions que l’Occident a imposées à Moscou ? Beaucoup pensent que l’Ukraine est la vengeance des États Unis contre la Russie à propos de la Syrie.
Thierry Meyssan : Les États-Unis n’ont que faire de l’Ukraine, un pays ruiné et corrompu. Ils n’ont jamais souhaité qu’elle intègre l’Union européenne. Ils ont organisé la mise en scène de la place Maïdan non pas pour placer Petro Poroshenko au pouvoir, mais pour détruire l’État. Ce qu’ils sont parvenus à faire. La situation actuelle au Donbass et à Donetsk leur convient parfaitement.
La destruction de l’État ukrainien, comme celle de l’État irakien, correspond à leur grande stratégie : conserver leur supériorité mondiale en empêchant l’Union européenne, la Russie et la Chine de les concurrencer. Pour ce faire, premièrement, ils contrôlent les « espaces communs » —les océans, l’air, et le cyberespace—, et, deuxièmement, ils coupent les possibles routes continentales. Détruire l’État irakien, c’est couper la « route de la soie » reliant la Chine à la Méditerranée. Détruire l’État ukrainien, c’est couper le projet de corridor Pékin-Berlin pour lequel la Chine vient de créer la gigantesque Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB).
Certes, l’unification de la Crimée et de la Russie est un mauvais coup pour Washington, mais il sera toujours possible de fermer le Bosphore et les Dardanelles. Cela ne change rien à l’échelle globale.
Geopolitika : La Grande-Bretagne et d’autres pays occidentaux ont essayé de faire passer à l’ONU une résolution sur Srebrenica, qui est directement dirigée contre la Serbie et les Serbes de Bosnie et d’Herzégovine, ce que la Russie a empêché par un veto. Que pensez-vous de la situation dans les Balkans, surtout en Macédoine, et pourquoi est-ce que la Serbie est toujours la cible de pressions sans fin, même si tous les gouvernements de Belgrade, après le coup d’État de 2000 et la suppression de Slobodan Milošević, ont énormément cédé aux demandes de l’Occident ?
Thierry Meyssan : Les Occidentaux sont spécialistes dans la réécriture de l’Histoire. Le massacre de Srebrenica est sans aucun doute un génocide, mais ce ne sont pas les Serbes qui ont débuté le nettoyage ethnique en Yougoslavie. Dans un monde normal, nous devrions condamner les individus croates, bosniaques, serbes, qui ont commis des génocides. Encore devrions-nous leur reconnaître, à tous, des circonstances atténuantes. Car la folie qui s’est emparée de la Yougoslavie lui a été inoculée par les États-Unis. À l’époque, le département de la Défense considérait ce pays comme un « laboratoire » où il pourrait expérimenter la possibilité de créer ex nihilo une guerre civile. La résolution qui a échoué au Conseil de sécurité montre, qu’une fois de plus, les Occidentaux ne veulent condamner que les Serbes, parce qu’ils sont orthodoxes et culturellement proches de la Russie.
Quoi qu’il en soit, ceci n’est pas la priorité de Washington. Aujourd’hui ce qui fait agir les États-Unis dans les Balkans, ce sont les projets russes de gazoduc. C’est pour s’y opposer que le général David Petraeus a investi dans la presse serbe, que la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarović soutient l’indépendance de la Voïvodine et que la CIA a tenté d’organiser un coup d’État en Macédoine.
En outre, les Balkans sont toujours la seule base terroriste en Europe. Au début de la guerre contre la Syrie, la Turquie a organisé au Kosovo la formation de jihadistes d’Al-Qaïda. Actuellement, Daesh dispose de camps d’entrainement en Bosnie, à Gornja Maoča, Ošve et Dubnica.
Geopolitika : Que pensez-vous de la présence au Proche-Orient de votre patrie, la France, dont la politique, au début de la guerre en Syrie, s’est beaucoup distinguée dans le soutien aux « rebelles » ? Est-ce que la politique des affaires extérieures de la France concernant le Proche-Orient et l’Europe a commencé à s’améliorer, à avoir sa propre identité et à se rapprocher de la tradition diplomatique qu’avait dans l’histoire la République française ?
Thierry Meyssan : Malheureusement, la politique de Nicolas Sarkozy et de François Hollande répond aux intérêts d’un petit clan capitaliste français qui reste dans l’ombre. Ce sont ces gens qui ont poussé aux interventions militaires en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie, au Mali et en Centrafrique. Les Français constatent que les deux présidents ont conduit exactement la même politique, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur, pour la Défense ou pour l’Économie. Mais ils n’ont toujours pas compris qui tirait les ficelles.
Il existe pourtant des hauts-fonctionnaires, comme le secrétaire général de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet, ou comme le chef d’état-major personnel du président, le général Benoît Puga, qui sont restés aux commandes malgré le vote populaire et le passage des « Républicains » aux « Socialistes ». De même, les deux présidents ont dans leur cercle le plus intime des amis communs, comme le comte Henri de Castries, président des assurances AXA et du Groupe de Bilderberg.
Ce sont ces gens, et non pas les partis politiques, qui font la politique de la France contre les Français. Au XIXème siècle, nous avions connu une situation comparable avec un groupuscule de grands patrons, d’hommes politiques et de militaires, mêlant personnalités de droite et de gauche, qui se faisait appeler « le parti de la colonisation ». Après avoir pressuré la classe ouvrière, ils sont partis à l’assaut de l’Afrique du Nord, de la Chine… et de la Syrie.
Geopolitika : Enfin, Monsieur Meyssan, on ne peut pas résister, en sachant les connaissances et la perspicacité que vous possédez, à vous demander ce que vous pensez du référendum en Grèce et le destin des négociations entre Athènes et Bruxelles sur les finances de la dette grecque.
Thierry Meyssan : Les Grecs n’avaient pas le choix. Les Traités les empêchaient de quitter l’euro sans quitter l’Union européenne, et les États-Unis leur interdisaient de quitter cette dernière. Chacun se souvient du coup d’État de 1967 et de celui de 1974 à Chypre.
Le gouvernement Tsípras a donc d’abord obtenu une très large majorité pour rejeter le plan de la Troïka, puis a accepté ce même plan en échange d’une aide de 83 milliards d’euros négociée pour lui par les États-Unis.
L’opinion publique n’y comprends rien, mais Aléxis Tsípras ne pouvait pas faire mieux. La Grèce a été écrasée par ses partenaires européens qui ont tellement peur de se retrouver libres —je veux dire de se retrouver sans le carcan de l’Union européenne— qu’ils acceptent tout et n’importe quoi de l’Allemagne. En l’occurrence, le gouvernement Merkel défend les principes du capitalisme global actuel. Il exploite de manière insensée sa classe ouvrière, dont le pouvoir d’achat a reculé, et agit maintenant sans se préoccuper des conséquences humaines pour la Grèce.
Geopolitika : Merci beaucoup pour cet entretien et votre temps.
Slobodan Eric
Thierry Meyssan
Traduction
Svetlana Maksovic
Source
Geopolitika (Serbie)
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Il ne faut pas vraiment s’étonner du caractère apparemment contradictoire de certains agissements d’Obama ces derniers mois. Outre l’existence de sérieuses divergences entre certains éléments du Pentagone et lui, le fait qu’il continuait d’apporter un appui indirect à Daech tout en négociant un accord avec l’Iran au détriment de l’Arabie Séoudite (avec laquelle les relations sont au plus bas, en dépit d’une coopération minimale sur le Yémen), alors que logiquement cela aurait du se trahir par un abandon complet de l’EI, s’expliquait sans doute par une volonté cynique de conserver un moyen de pression sur ces deux parties tant qu’il n’avait pas obtenu cet accord. La France, de son côté, ne fait que se ridiculiser un peu plus.
Un autre entretien où Meyssan explique comment, en dépit de ses multiples tergiversations sans mentionner les innombrables interférences états-uniennes, françaises, britanniques, séoudiennes, turques, qatariennes etc..., la politique d’Obama au sujet de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran, du Yémen et d’Israël (et de l’Ukraine !) s’insère bien dans une stratégie de maintien de ce qu’il est possible de suprématie dans une perspective de déclin :
http://www.voltairenet.org/article188259.html
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Entretien avec Geopolitika
Après l’accord États-Unis/Iran, le monde se réorganise
par Slobodan Eric, Thierry Meyssan
En juillet, le mensuel politique serbe de référence, Geopolitika, a interviewé Thierry Meyssan sur la situation dans les Balkans et au Proche-Orient. Nous reproduisons ici cet entretien avec des notes sur les dernières évolutions. Pour l’analyste, les relations internationales sont dominées par la volonté états-unienne de garder le contrôle économique global et d’empêcher l’émergence de nouveaux rivaux, la Russie, la Chine et l’Union européenne. L’affrontement se joue à la fois au Proche-Orient et en Ukraine. Le basculement de l’Iran, d’une position révolutionnaire et anti-impérialiste à une position nationaliste et à une ambition d’influence régionale, redistribue toutes les cartes.
Réseau Voltaire | Belgrade (Serbie) | 14 août 2015
Geopolitika : Monsieur Meyssan, la Serbie et le Sud-Est de l’Europe en général, ont été « inondés » par la vague des immigrants. S’agit-il d’un processus spontané ou est-ce que quelqu’un serait intéressé par le déplacement d’une partie importante de la population du Proche-Orient, d’Afghanistan et d’autres pays vers le vieux continent ? Est-ce qu’il y a quelqu’un qui voudrait priver le président el-Assad du soutien de son peuple en encourageant les migrations depuis la Syrie ?
Thierry Meyssan : Personne n’avait prévu l’ampleur de la vague de migrants actuelle. Ils proviennent principalement de Syrie, d’Afghanistan et de la Corne de l’Afrique. Contrairement à ce que prétendent les politiciens occidentaux, il ne s’agit ni de gens à la recherche du niveau de vie européen, ni de personnes qui tenteraient d’échapper à des régimes dictatoriaux. Ce sont simplement des êtres humains qui fuient les combats car leur pays est en guerre, généralement du fait des politiques occidentales.
Les politiciens européens n’ont toujours pas compris que cette migration est la conséquence de la stratégie états-unienne depuis 2001. Washington ne cherche plus à prendre le contrôle d’États, mais à détruire les États et à imposer un chaos dans lequel rien ne peut s’organiser sans leur volonté. C’est la théorie du philosophe Leo Strauss qui a formé de nombreux responsables du secrétariat à la Défense.
Cependant il est désormais évident pour les États-uniens que si le chaos sert localement leurs intérêts, il ne peut être contrôlé et tend à s’étendre. Les migrants sont désormais si nombreux qu’ils peuvent déstabiliser des États que Washington imaginait stables. Il semble que l’administration Obama vienne de modifier ses choix : abandonner la théorie du chaos et revenir à la confrontation classique de la Guerre froide. C’est en tous cas ainsi que j’interprète à la fois la nomination du nouveau stratège du secrétariat à la Défense, James H. Baker, la publication de la nouvelle Military Strategy par Ashton Carter, et les déclarations du prochain chef d’état-major interarmes, le général Joseph Dunford.
Nous devrions donc voir, dans les années à venir, ce flux migratoire s’atténuer. Mais il faudra au moins deux ans pour que les populations réagissent à ce changement de stratégie. La crise actuelle va donc d’abord s’amplifier avant de se résoudre lentement.
Geopolitika : Deutsche Welle et d’autres médias occidentaux annoncent avec malveillance la chute prochaine du régime en Syrie. Quelle est votre opinion sur la situation au front, qui est en train de devenir vraiment compliquée ? Comment aider l’armée syrienne, bien sûr, avant tout de façon militaire ? Est-ce que la Syrie peut toujours compter sur le soutien de la Russie pour l’armement, et sur l’aide de l’Iran, l’Irak et le Liban en ce qui concerne le personnel ?
Thierry Meyssan : Les médias occidentaux prennent les rêves israéliens pour une réalité. Cela fait quatre ans qu’ils nous annoncent chaque semaine la chute imminente du « régime ». En fait, la situation a été critique à la mi-2012, mais est parfaitement contrôlée aujourd’hui.
Sur 23 millions de Syriens, 3 à 4 millions sont réfugiés à l’étranger, 18 à 19 millions soutiennent la République arabe syrienne et environ 500 000 soutiennent les jihadistes. Les médias occidentaux masquent cette réalité en publiant des cartes absurdes sur les « zones libérées » par les jihadistes. Or, l’Armée arabe syrienne a prit le parti de ne sécuriser que les villes et d’abandonner les déserts, qui représentent plus de la moitié du territoire. De son côté, l’Émirat islamique tient 3 villes et des routes à travers le désert. Les médias occidentaux font semblant de croire qu’il contrôle tout le désert. C’est simplement ridicule.
La guerre a déjà été gagnée. Les événements actuels se poursuivront néanmoins tant que l’on fournira des mercenaires, de l’argent et des armes aux jihadistes. Ce qui logiquement devrait cesser après la signature de l’accord bilatéral secret entre les États-unis et l’Iran, parallèlement à l’accord multilatéral sur le nucléaire des 5+1.
Concernant les alliances, pour beaucoup d’habitants du Proche-Orient, la partition de la Syrie historique par les Britanniques et les Français en 1916 (accords Sykes-Picot) a créé des États, mais n’a pas changé les peuples. Beaucoup de Libanais considèrent qu’ils forment un seul peuple avec les Syriens. Et ce sentiment existe, dans une moindre mesure, en Jordanie et en Palestine. Lorsque le Hezbollah est venu se battre en Syrie, il a affirmé intervenir non pas pour protéger la Syrie, mais le Liban. On voit bien aujourd’hui qu’il avait raison : si le Hezbollah n’avait pas sécurisé la frontière syro-libanaise du côté syrien, le Liban serait aujourd’hui ravagé par la guerre.
La Russie, quant à elle, a toujours protégé la Syrie lorsque son existence était menacée, et elle continuera de le faire. Mais il serait naïf de croire que Moscou fera plus. Elle a soutenue la Syrie —comme la Novorossia— au Conseil de sécurité, mais n’est pas intervenue directement dans les combats —ni en Syrie, ni en Novorossia—. Elle a même refusé de fournir des armes essentielles comme des images satellitaires ou des détecteurs de tunnels [1]
L’Iran a changé au cours de cette guerre. Au départ, à l’époque de Mahmoud Ahmadinejad, les Iraniens étaient prêts à mourir pour leur idéal anti-impérialiste. Aujourd’hui, avec cheik Hassan Rohani, ils pensent à intégrer le commerce international et à étendre leur zone d’influence. Téhéran va donc continuer à soutenir Damas, mais il est vital pour la Syrie de se trouver de nouveaux alliés au risque d’être bientôt dominée par les Perses.
Geopolitika : Quelle est la vérité sur l’État islamique, qui commet de crimes épouvantables ? Les forces états-uniennes soutiennent qu’elles bombardent les positions de Daesh, mais de l’autre côté, qui a aidé à ce qu’une telle formation militaire et para-étatique monstrueuse naisse, et qui a conquis des parties importantes de plusieurs États ? Qui leur a donné des armes, fourni la logistique… ?
Thierry Meyssan : L’État islamique est un projet des États-Unis qui a trop bien marché et les encombre désormais. Au départ, il s’agissait de partitionner l’Irak en créant à la fois un Sunnistan (l’actuel Califat) et un Kurdistan (qui ne verra finalement pas le jour), conformément à la carte de Robin Wright publiée par le New York Times en 2013. Ces nouveaux États auraient coupé la ligne de communication entre l’Iran d’un côté, la Syrie, le Liban et le Palestine de l’autre. Pour les créer, il fallait séparer les populations comme cela a été fait en Yougoslavie. Or, ceci étant un crime contre l’humanité ne pouvait être fait par l’armée US. D’où le recours à une organisation non-étatique, l’Émirat islamique.
Nous disposons d’une documentation, certes incomplète mais déjà suffisante, pour conclure que l’Émirat islamique a été créé, sous sa forme actuelle, par Washington avec un financement saoudien et une aide israélienne. Cependant, aujourd’hui les États-unis ne savent plus comment traiter cette organisation qui s’est tant développée et dont le commandement est désormais assuré par la Turquie.
L’Émirat islamique se réclame d’une idéologie takfiriste, c’est-à-dire qu’il se réfère à un penseur des Frères musulmans, Moustafa Choukri, et anathémise tous ceux qui ne partagent pas son interprétation sectaire de l’islam. Sa stratégie a été définie dans un ouvrage publié en 2004, Le Management de la sauvagerie ; un livre signé sous pseudonyme et dont la structure intellectuelle est clairement occidentale.
Lors de sa création, en 2006, il s’agissait d’une organisation tribale composée de six tribus sunnites irakiennes et des combattants libyens d’al-Qaïda en Irak. L’Émirat islamique incorpore depuis sa réorganisation, en mai 2014, d’anciens officiers de Saddam Hussein, liés à l’Arabie saoudite, qui avaient soutenu la tentative de coup d’État des Frères musulmans en 1982 en Syrie. Mais son organisation rappelle celle des Moujahidines du peuple, une secte iranienne qui s’était réfugiée en Irak et que Saddam Hussein utilisait pour accomplir ses basses œuvres.
Geopolitika : Vous considérez les accords nucléaires entre les États Unis et l’Iran comme une tentative d’un accord plus large entre Téhéran et Washington. Quelles en seront les conséquences pour le Proche-Orient ?
Thierry Meyssan : En signant cet accord, la République islamique d’Iran a cessé d’être ce que signifie son nom. Selon l’imam Khomeiny, « islamique » désignait à la fois la religion musulmane et la lutte pour la justice, c’est-à-dire contre l’impérialisme. Désormais, l’Iran récupère le rôle qu’elle jouait à l’époque du Shah, celui de gendarme régional pour le compte de Washington. « Islamique » ne désigne plus que la religion musulmane.
D’un côté, c’est une bonne nouvelle pour les populations car cela devrait permettre un cessez-le-feu pour les dix prochaines années. D’un autre, c’est une catastrophe parce que cette paix est injuste et que ceux qui combattent l’injustice sont désormais seuls.
Geopolitika : Votre article sur la coopération secrète entre l’Arabie Saoudite et Israël est très intrigant. Quel est l’objet de cette coopération, et dans une sphère conspiratrice, où se rencontrent les intérêts de ces deux grands adversaires ?
Thierry Meyssan : Israël et l’Arabie saoudite ne sont plus des adversaires, mais déjà des alliés militaires. Ils ont réalisé ensemble l’attaque du Yémen. L’état-major de la Force arabe commune n’est pas à Riyad, mais à Hargeisa, au Somaliland. Cet État non-reconnu, situé en Afrique à côté de Djibouti, est une colonie israélienne. Les bombardiers saoudiens sont principalement pilotés par des soldats israéliens. Et Israël a même fourni une bombe à neutrons qui a tué de nombreux yéménites dans un silence assourdissant de la « communauté internationale ».
En vertu de la National Security Strategy de Barack Obama, la sécurité d’Israël, une fois opéré le retrait des troupes états-uniennes du Proche-Orient et leur transfert en Extrême-Orient, sera assurée par la « Force arabe commune », sous les auspices de la Ligue arabe, mais sous commandement israélien.
La collaboration entre Tel-Aviv et Riyad se poursuivra dans la décennie à venir avec l’exploitation du champ pétrolier de Rub al-Khali, principalement situé au Yémen, puis avec celui d’Ogaden, en Éthiopie. Dans cette perspective, le Saudi Bin Laden Group devrait construire un grand pont au dessus du détroit de Bab el-Mandeb, reliant Aden à Djibouti.
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à suivre >
@lmcal140
Le problème, c’est que l’EI devrait se cacher parmi les populations, ce qui compliquerait le travail des russes. En revanche, il est sûr que leurs colonnes en terrain découvert seront anéanties !
Une lettre écrite par plusieurs intellectuels critique sévèrement la politique nationaliste confrontationiste d’Erdoğan, cherchant à lever turcs contre kurdes et arabes, et kurdes contre arabes, alors que les liens de ces groupes linguistiques sont profonds. Cette lettre détaille aussi le jeu complexe d’alliances entre le gouvernement turc et les kurdes d’Irak, plus particulièrement le clan Barzani, pro-impérialiste et anti-PKK (le clan Talibani évitant tout ce qui pourrait conduire à une guerre civile entre kurdes d’Irak, mais étant mieux disposé à l’égard des autres kurdes) :
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http://www.voltairenet.org/article188506.html
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Lettre ouverte au président Erdoğan
La division ethnique fait le jeu des puissances coloniales
par Hassan Hamadé
Une partie des Turcs envisage les Kurdes comme un peuple étranger. Les Israéliens les ont divisés et emploient la famille Barzani pour contrôler ceux d’Irak et, éventuellement, coloniser le Nord de la Syrie. Hassan Hamadé rappelle ici que le peuple kurde joua un rôle central dans la civilisation arabe moderne et l’unité politique du monde arabe. C’est un contresens historique et culturel de présenter les Kurdes comme un peuple étranger à l’arabité.
Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 22 août 2015
Il semblerait, Monsieur le président, que vous ignorez tout de la réalité syrienne, de l’histoire, même récente, de la sainte Syrie. Sinon vous vous seriez donné la peine de songer, ne serait-ce qu’un instant, à cette fameuse sagesse énoncée par le président Choukri al-Kouatli à l’adresse du leader Jamal Abdel-Nasser, du balcon du palais présidentiel à Damas d’où ils saluaient ensemble, main dans la main, les bras levés en signe de victoire, la marée humaine venue acclamer la réalisation du rêve tant attendu du panarabisme : la République arabe unie, née de la fusion de l’Égypte et de la Syrie. C’était le 1er février 1958.
En ce jour mémorable, Choukri al-Kouatli qui venait d’être honoré du titre de « citoyen arabe numéro 1 », a tenu à s’adresser aussi aux anciennes puissances coloniales en des termes qui méritent d’être observés avec beaucoup d’attention : « Nos frontières, disait Kouatli, ne sont pas des limites. Ce sont des blessures » [1].
En principe, Monsieur le président, vous êtes supposé comprendre la signification de ces deux réflexions avancées par cet ancien homme d’État syrien, doté d’une très riche expérience politique qui remonte à 1907, date à laquelle il fonda le mouvement Jeune Arabe, dont la vocation était de « faire pendant au mouvement Jeune Turc ».
Il ne s’agit pas, par la présente et modeste missive, d’étaler et de critiquer les modalités et les résultats de votre participation, intense et continue, à cette guerre d’agression israélo-US visant la destruction massive de la sainte Syrie et son démantèlement intégral, ni de faire une critique détaillée de la tragique cécité politique de votre stratège, le professeur Ahmet Davutoğlu, et de sa malheureuse théorie du « zéro problème » avec le voisinage immédiat de la Turquie… Mon objectif, à travers cette lettre ouverte, consiste tout simplement à vous signifier la gravité de l’impasse à laquelle les rêves de la toute puissance ottomane vous ont conduits. Le dilemme kurdo-syrien, face auquel vous vous trouvez maintenant, en est la parfaite illustration.
Vous vous êtes mis en tête un projet colossal, dépassant de très loin vos propres moyens, celui de la grande marche vers le Sud, supposée, selon vos estimations et vos prévisions, vous amener à une nouvelle conquête de l’éternelle Damas, la plus vieille capitale du monde, et à célébrer dans sa toute prestigieuse mosquée des Omeyyades, qui abrite toujours le reliquaire de Saint Jean-le-Baptiste, la prière à la gloire de la victorieuse revanche !
Mais, ce fut la grande confusion entre vos désirs et la réalité… Voilà les ambitions impériales qui se réduisent, étape par étape, « comme un rêve doré, qui n’est plus au matin… » pour aboutir, en raison de calculs médiocres, à l’actuelle confrontation entre la Turquie et les Syriens d’ethnie kurde. C’est précisément là que l’enjeu se déroule.
Vos choix en la matière révèlent une méconnaissance frappante du dossier. Contrairement aux cas de la Turquie et de l’Irak, il n’a jamais été question de « problème kurde » en Syrie, que ce soit depuis le début de la lutte contre la turquisation, ou plus tard contre le colonialisme français, ou tout au long de la période de l’indépendance et jusqu’à nos jours. La participation active des citoyens syriens d’ethnie kurde à la vie de la société syrienne s’est toujours déroulée sans fausse note comme en témoignent certains repères historiques hautement révélateurs.
Il suffit de passer en revue la longue liste des leaders et des dirigeants syriens, d’ethnie kurde, pour réaliser à quel point fut décisive leur contribution à la défense de leur patrie syrienne et même à la promotion des thèses du nationalisme arabe. Oui, je dis bien du nationalisme arabe.
Saviez-vous, Monsieur le président, que l’idéologue du nationalisme arabe moderne, le fameux Sati al Housri, était d’ethnie kurde ?...Lui qui a inspiré les diverses écoles du nationalisme arabe, lui qui fut intronisé par le monde politique et intellectuel comme le philosophe de référence du nationalisme arabe, lui qui a consacré des dizaines de ses ouvrages, en politique et en sociologie, à la défense de cette cause dont il était convaincu qu’elle représentait la seule planche du salut pour cette grande nation, brindille en diversité, fière de sa pluralité et constamment menacée par les puissances coloniales qui ne cessent de comploter pour sa dislocation et son anéantissement. Né à Sanaa, au Yémen, en 1880, de parents alépins, il fit sa carrière politico-éducative en Irak comme ministre de l’Éducation nationale, sous l’émir Fayçal 1er, avant de regagner la Syrie où il continua la lutte pour la réalisation de cet objectif.
Saviez-vous que le grand symbole du patriotisme syrien, Youssef Al-Azmeh, était, lui aussi, d’ethnie kurde ? Lui, ministre syrien de la Défense, qui livra sur le champs de bataille de Maissaloun le dernier combat contre l’invasion française. C’était le 24 juillet 1920, il y a tout juste 95 ans. Lui qui avait décidé de sauver l’honneur de sa Patrie, savait que la bataille était perdue d’avance. À la tête d’un bataillon composé de 400 vaillants soldats syriens, dont la moitié étaient des volontaires, il choisit d’offrir à son peuple le sacrifice ultime. Le martyr de Youssef Al-Azmeh fut écrit en lettres de sang et de feu dans les annales de l’héroïsme. Et depuis, Maissaloun s’est transformé d’un simple bourg en un plateau de gloire. Son souvenir ne cesse d’animer le souffle du patriotisme syrien. De génération en génération se transmettent des chants en souvenir de ce repère solide de dévouement et de sacrifice dont la statue orne le centre de Damas.
Et que dire de Mohamed Kurd Ali, ce kurde tcherkés qui fonda la l’Académie de langue arabe et en fut le président jusqu’à sa mort, en 1953. C’est à lui que l’on doit la pérennisation de notre langue, lui qui fut ministre de l’Éducation nationale de Syrie.
Parallèlement à ces trois exemples qui en disent long sur la contribution, profonde et magistrale, des citoyens syriens d’ethnie kurde, à la formulation du concept laïque du nationalisme arabe et du patriotisme syrien, se dresse toute une panoplie de personnages illustres, de la même ethnie, qui ont marqué la vie publique en Syrie, à commencer par Ibrahim Hananou, le premier leader politique à rejoindre les rangs de la grande révolution patriotique de libération dirigée par Sultan Pacha el-Atrache contre l’occupation française. Des centaines de noms symboliques du monde politique, avec ses diverses composantes sociologiques, allant des vieilles familles féodales, telle la famille Barazi qui a donné plusieurs hommes d’État, jusqu’au chef très charismatique de la gauche syrienne Khaled Bagdache
, qui fut pendant un demi siècle secrétaire général du Parti communiste, sans parler des étoiles du monde des arts, du spectacle, de la littérature, des forces armées, ainsi que dans le domaine religieux ou cheikh Ahmad Kaftarou et l’exégète Mohamed Saïd Ramadân al-Boutî ont marqué leur époque, le premier en conservant son poste de mufti de la République pendant plus de quarante ans, le second en occupant une place privilégiée dans le cénacle des oulémas avant d’être assassiné par les terroristes du Front Al-Nosra (al-Qaïda) au cœur même d’une mosquée.
Monsieur le président,
Permettez-moi de vous proposer, en toute objectivité, de demander à certains de vos amis syriens, s’ils savaient de quelle ethnie était l’un ou l’autre de ces personnages cités plus haut !...Vous risqueriez, Monsieur le président, de ne tomber sur aucune personne qui soit en mesure de vous donner la réponse exacte. Cette ignorance n’est pas due au fait qu’ils ont vendu leur pays, car on la rencontre aussi chez les citoyens syriens animés de patriotisme et de dévouement pour leur sainte Syrie, mais elle réside dans le fait que les critères communautaristes-tribaux sont absolument étrangers aux normes socio-patriotiques syriennes et n’y ont jamais eu droit de cité. Raison pour laquelle il n’existe aucune trace, dans les archives de la République arabe syrienne, d’un recensement de la population à base de critères communautaristes-tribaux. C’est précisément là ou l’on découvre l’âme syrienne dans sa splendeur, dans sa vérité. Car selon le dictionnaire patriotique syrien, ce genre d’artifice est malsain, hypocrite, ce n’est qu’un calcul macabre propre aux apprentis sorciers. Un artifice honteux, indigne des hommes libres. Il sert d’outil aux conspirations permanentes de l’impérialisme et de ses laquais.
Depuis le début de cette guerre d’agression contre notre sainte Syrie, les vagues de fausses statistiques sur le nombre des membres de telle ou telle ethnie ou communauté religieuse ne cessent de se déferler à travers les médias dominants, avec pour objectif de fabriquer et d’attiser des contradictions ethniques et communautaristes tribales en vu de justifier les interventions de l’Otan. Vous n’êtes pas sans savoir que ces fausses statistiques émanent d’une source unique : la confrérie des Frères musulmans. Celle-ci brille dans l’artifice des calculs macabres, lesquels répondent à une constante historique chez les puissances coloniales, font partie du cadre général de leur fameuse « question d’Orient » et intensifient leur prurit belliqueux.
Monsieur le président,
Le simple fait d’ignorer toutes ces réalités ne pouvaient que vous conduire à l’impasse actuelle. Vous vous êtes lancé dans une entreprise guerrière dont vous n’êtes ni le commanditaire, ni le pilote, mais juste un sous-traitant. Cette entreprise a été décidée par le chef suprême de votre clan atlantiste. Il ne revient pas à vous de définir la trajectoire de cette guerre, ni sa finalité. Les rêves sultanesques sont irréalisables de nos jours. Ce qui étonne le plus chez vous, Monsieur le président, c’est votre totale ignorance du mécanisme de la stratégie ottomane, surtout en matière d’expansionnisme. Ce n’est pas en épousant les tactiques européennes, qui consistent à jouer la carte des conflits communautaires et sectaires, que vous pourriez faire revivre le sultanat. N’oubliez pas que ces tactiques avaient déjà sapé l’ordre ottoman. Je vous dirais même plus que ça ; Les Européens pourraient avoir recours à ce genre de tactique pour démanteler la Turquie actuelle. Ça ne pourrait pas être autrement puisque les projets de régionalisation, qui représentent un choix stratégique pour la haute hiérarchie de l’Union européenne, sape le centralisme des États-Nations en Europe au profit des instances fédérales dirigées par des groupes de technocrates non élus. Ceci étant, le projet européen auquel la Turquie espère adhérer aboutirait à la régionalisation de celle-ci de sorte que n’importe laquelle de ses régions serait en mesure de passer des accords, signer des pactes et, pourquoi pas, nouer des alliances avec d’autres régions d’Europe, ou même d’ailleurs, sans l’accord préalable du gouvernement turque.
Monsieur le président,
Les faux calculs ne pourront jamais être vertueux. Ils font miroiter des victoires virtuelles. À force d’adhérer aux tactiques occidentales, vous risqueriez de mettre votre propre pays à feu et à sang. Il me parait que vous n’avez aucune idée de l’effet boomerang dont les prémisses se font sentir et dont il est difficile d’endiguer les dégâts et les retombés sur la Turquie. Vous ne vous êtes pas rendu compte que vous êtes entrain de galoper à reculons. Vos alliés occidentaux se cachent derrière vous pour injecter leurs escadrons de la mort en territoire syrien, sans oublier de dénoncer votre connivence totale avec l’organisation Daech surtout dans la guerre que vous menez contre les citoyens syriens d’ethnie kurde. Par la force des choses, votre boulimie géographique tourne à l’anorexie. « Il n’y a que la certitude qui tue, pas le doute », disait Friedrich Nietzsche.
Aujourd’hui, Monsieur le président de la République de Turquie, alors que vos escadrons de la mort, Al-Qaïda et ses dérivés, al-Nosra/Daech et compagnie, exécutent toute sorte de massacres et de vandalisme contre le peuple de la sainte Syrie, détruisant son prestigieux patrimoine, culturel et cultuel, selon le plan défini par l’Otan et sa base militaire régionale, Israel, vous pourriez entendre dans les rues des villes, des villages, à travers les plaines, les vallées et les montagnes de la sainte Syrie, meurtrie par cette barbarie politiquement correcte, les échos des chants dédiés à la gloire de Maissaloun et qui font des clins d’œil aux « blessures » évoquées par Choukri al-Kouatli :
« À chaque pas de notre traversée nous nous souvenons de Maissaloun
Et de la terre de Palestine, nous écoutons les appels au secours venus d’Alexandrette.
Patience chère Patrie… patience
Nul ne pourra te séparer de nous
Nul ne pourra nous séparer de toi
Tu es et tu resteras l’artère dans laquelle coule notre sang
Tu resteras notre chère Patrie, notre mère Patrie, notre sainte Patrie
Tu resteras Souriana. »
Monsieur le président,
Je ne saurai terminer cette lettre qu’en adressant mes respectueux hommages aux martyrs de la sainte Syrie, aux enfants, aux femmes et aux vieillards, à tous les innocents massacrés par vos organisations terroristes.
Hassan Hamadé
[1] Un printemps arabe, par Jacques Benoist-Méchin, Albin Michel, 1959, p. 314.
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