Les
propos du Pr Sellstrom, à supposer qu’il les ait vraiment dit tels quels,
n’engagent que lui. Il ne semble pas
que cela ressorte du rapport lui-même. Quant
à une collusion des suédois avec les USA, cela ne serait pas la
première fois, il suffit de voir l’affaire Assange.
La
seule chose qui soit claire, c’est que les quelques conclusions qui
nous parviennent, qui font état de roquettes sol-sol, ruinent les
accusations du ridicule et
sinistre
propagandiste sioniste Fabius :
"
si il y a eu utilisations d’armes chimiques, tous les spécialistes
disent qu’elles viennent de Bachar, pourquoi ? Parce que les gaz
auraient été apportés par les avions, par les missiles et, là,
les résistants n’ont pas la possibilité d’avoir ces armes là."
Alors,
toujours la même question : Mr Laurent
(je m’adresse à vous par votre prénom puisque vous parlez des
autres ainsi),
montrez-nous les éléments solides qui vous permettent de dire ça,
ou fermez-là. Les russes ont déjà procuré des photos satellites
qui montrent les deux tirs suspects provenant des zones rebelles. Les
occidentaux n’ont eux procuré aucune de leurs preuves
photographiques, pour la simple raison qu’à l’évidence ils n’en ont
pas.
La
neutralité elle-même des commissions soit-disant indépendantes de
l’ONU est d’ailleurs sujette à caution. Les
USA sont le principal financier des Nations Unies, et on a déjà vu
ce qu’il pouvait en coûter à des inspecteurs de l’ONU qui se
voulaient vraiment indépendants des USA, comme Hans Blix et Mohammed
El-Baradei.
Ensuite,
rien ne dit que les rebelles » ne disposent que d’armes
chimiques artisanales. Il est possible qu’ils s’en soient fait donner
par des services occidentaux ou arabes, notamment séoudiens.
Les
irakiens disaient certes que les armes chimiques qu’ils avaient
saisies avaient été conçues par les terroristes eux-mêmes –
donc qu’elles étaient artisanales.
Du
côté des turcs, c’était beaucoup moins clair. Certains articles
affirmaient que la police était toujours à la recherche de qui
pouvait les leur avoir fournies. Ce qui d’ailleurs ressemblait fort à
une menace : le gouvernement Erdogan voulait sans doute faire
comprendre clairement aux occidentaux qu’il était hors de question
qu’il serve de victime expiatoire à leur échec. Message apparemment
reçu, vu comme les critiques envers sa répression des
manifestations qui ont eu lieu à cette époque se sont tues.
Il
n’est donc pas impossible qu’ils aient utilisé aussi bien des
composés sophistiqués que primaires. Sans oublier que la traîtrise
au même moment d’un officier d’artillerie syrien a pu fournir la
cerise sur le gâteau.
Dans
tous les cas, les vidéos sont bidonnées, et leur couplage avec une
campagne d’ « information » instantannée et étonnament
réactive va dans le même sens.
En
résumé, les services états-uniens, britanniques et français sont
à 100 % certains que l’armée arabe syrienne a gazé un nombre
indéterminé de civils :
1.
Elle a pour cela utilisé une nouvelle sorte de vieux gaz sarin qui
ne touche pas les femmes.
2.
Les États-Unis ont observé durant quatre jours la préparation du
crime sans intervenir.
3.
La veille de son utilisation, ce gaz magique a tué des enfants qui
avaient été enlevés par des jihadistes deux semaines plus tôt à
plus de 200 kilomètres de là.
4.
Les événements sont connus grâce à des films authentiques
tournés, et parfois postés, à l’avance sur YouTube.
5.
Ils sont confirmés par une interception téléphonique réalisée
par l’ennemi israélien.
6.
Les services occidentaux ont un procédé secret pour identifier le
gaz sarin sans avoir à cultiver les tissus humains.
7.
Comme il s’agirait de la quinzième opération de ce type, le «
régime » aurait franchi une « ligne rouge » et devrait être «
puni » par des bombardements le privant de ses moyens de défense.
Qu’il
y’ait eu une part de manipulation est probable.
Que
les manifestations ait été massive est certains.
Maintenant,
la question que nous pouvons nous poser est : est-il vraissemblable
que la CIA ait les moyens de mettres des millions de Syriens dans la
rue avec quelques bloggers confortablement assis à Londres ou
ailleurs ???
La
CIA a-t-elle suffisament d’agents de terrains en Syrie qu’ils
soient capable de faire le travail de terrain pour mettre des
millions de Syriens dans la rue ?
J’ai
tendance à croire que non. Et peut être que les américains ont
légèrement aidé le mouvement social syrien a ses débuts. Mais ils
n’en ont pas été la cause première, et les syriens qui étaient
dans la rues par millions l’ont fait selon leurs vraies
convictions.
Enfin,
quant à la présence de groupes armés étrangers dès le début des
manifestations pour jouer la provocation... La simple lecture de la
presse de l’époque permet d’attester du contraire.
Mettre
des millions de syriens dans la rue à distance, je ne crois pas que
la « CIA » en soit capable, mais ce chifffre de
« millions » est très douteux. Pour ne pas dire
franchement inventé. Ce à quoi on a eu droit, ce sont des
manifestations
d’ampleur limitée, d’obédience diverse. Il y en avait d’islamistes,
d’autres qui demandaient simplement des réformes libérales et
contre la corruption.
Les
premières manifestations s’inspiraient des printemps arabes et
étaient pacifiques. Il n’était cependant pas question de
révolution. Mais les groupes armés sont arrivés cependant assez
vite. En fait, la suite de votre texte retranscrit assez bien ce qui
s’est passé.
Lors
des premières manifestations, même le régime n’a jamais parler
d’éléments étrangers et de terroristes. Il a même commencé à
entammer des réformes sociales. Puis, il a commencé à user de la
force, puis des soldats se sont mutinés.
Puis
quand les soldats mutins ont commencé à être rejoints par des
civils et les accrochages à se faire plus fréquent, le régime lui
même a commencé à parler d’éléments terroristes étrangers.
Donc
la lecture seule de la propagande officielle du régime permet
d’affirmer que les groupes armés étrangers n’étaient pas sur
le sol syrien dès le début.
Le
pouvoir a en effet joué le jeu au départ. Ce qui a provoqué le
changement et entraîné une répression, c’est justement l’arrivée
des groupes armés qui infiltraient les manifestations et
multipliaient les provocations. Répression qui semble d’ailleurs
avoir été exagérée sur l’ensemble du pays (voir le récit
de l’ambassadeur de France) ; quand les gouverneurs ont eu la main
trop lourde, ils ont été limogés, comme celui de Deraa. Choses qui
n’ont pas été répercutés dans la presse occidentale, car
cela aurait tué dans l’oeuf la légende naissante du dictateur
sanglant qui massacre son peuple.
Quant
aux mutins et déserteurs de l’armée, il est devenu manifeste que
leur nombre avait été exagéré par cette même presse occidentale.
On n’en entend plus guère parler. Ce qui amène à se demander
combien d’autres nouvelles étaient fausses.
Ces
groupes armés apparaissent bien avoir été alimentés de
l’étranger. La précision des tactiques qu’ils employaient va bien
dans le sens d’une formation précise. Pour ces raisons et d’autres,
les occidentaux et leurs alliés turcs et du Golfe apparaissent comme
les responsables de la situation en Syrie.
Encore
faut il ne pas avoir une mémoire de poisson rouge et avoir suivi le
conflit syrien dès le début.
Je
ne le fais pas dire. Mais avoir une mémoire longue ne mène pas aux
mêmes conclusions que vous.
Néanmoins,
on est en droit de penser qu’un monde bipolaire avec deux
impérialismes au lieu d’un n’est pas forcément un gain
significatif. Cela ne correspond en tout cas pas à ma vision du mot
« multipolaire ». En tout cas, on est en droit de ne pas être naïf
sur la question et d’avoir conscience que la Russie est elle aussi
impérialisme.
Je
ne suis aucunement naïf sur la Russie. Et Poutine n’est pas à mon
goût. Mais il faut ouvrir les yeux : l’alternative est entre un
monde unipolaire dominé par un dangereux impérialisme, et un monde
pluripolaire où plusieurs impérialismes peuvent se neutraliser. À
un méchant,
j’en préfère plusieurs. Ce n’est pas dans l’absolu une bonne
solution, c’est une solution de moindre mal, mais
pour le moment on ne peut avoir rien de mieux.
Et
pour le moment, les méchants qui font le moins de mal, ce sont bien
la Chine et la Russie. Ce sont eux qui respectent le droit
international. Et ce sont eux qui ont fait échec à une nouvelle
manipulation et agression en Syrie.
Je
suis en tout cas beaucoup plus interressé par l’idée des BRICS,
par ce qui se passe en amérique latine que par Poutine qui rappelle
qu’il est une grande puissance à coup de Véto au Conseil de
Sécurité et de missiles S300 pour défendre un dictateur.
N’oublions
pas que la Russie fait partie des BRICS. À terme, ce pays n’est
certes pas le plus fort. Je pense d’ailleurs que la Chine l’a déjà
dépassé comme adversaire numéro 1 des USA, et que ceux-ci ne
veulent pas le dire en public. On a donc déjà un monde tripolaire.
Quant
à l’Afrique du Sud, elle est beaucoup survendue. En Amérique, il
faut aussi tenir compte de la montée d’autres pays influents comme
l’Argentine. Le Brésil est cependant le seul vrai poids lourd, mais
son influence reste encore limitée. Comme membres d’un bloc
régional, ils peuvent faire bouger les choses. L’Inde est un peu
moins « méchante » que les autres, elle a son poids
démographique pour elle, mais elle reste elle aussi encore en
retrait. Il n’empêche que ce sont ces pays qui jettent les bases
d’un monde équilibré.
Quant
à l’Union Européenne, la question n’est pas son degré d’unité,
mais le fait qu’elle ne pèsera rien tant qu’elle se comportera en
faire-valoir des USA.
Vous
y voyez de la désinformation, mais ce que disent ces sondages, si on
en croit ces sources, est assez clair. D’abord, ils ne parlent pas
d’Al Qaïda, mais bien des rebelles. Où est donc là la
désinformation ? On a donc 70 % des syriens qui préfèrent
le gouvernement d’Assad aux rebelles, et seulement 10 % qui
préfèrent ces derniers. Et donc 20 autres % qui les renvoient
dos à dos. On voit que ceux qui ne veulent pas des « rebelles »
représentent 90 % de la population. Sans commentaires.
On
peut penser que les pro-Assad le sont souvent par défaut. C’est
probablement le cas de nombre d’entre eux. Mais il n’empêche qu’ils
le préfèrent aux « rebelles ». Il bénéficie là de
l’aura de tout chef de guerre.
Ce
dégoût des groupes terroristes vient sans doute de leurs exactions.
Et il est inutile de sortir un argument du genre « la
population s’est laissée ensorceler par les boniments de la
propagande officielle ». D’abord, les arabes sont sans doute
beaucoup moins naïfs et cyniques que nous pout tout ce qui touche à
leurs gouvernements. La notion de « théorie du complot »
est d’ailleurs considérée là-bas comme un non-sens. Elle décrit
simplement pour eux la façon normale d’agir de l’Etat. Ensuite, les
syriens ont souvent des proches, de la famille ou des amis présents
dans diverses régions du pays. Ils ont pu donc en les écoutant
savoir ce qui se passait vraiment, et qui était le plus proche de la
vérité.
Et
n’oublions pas que l’armée syrienne est une armée de conscription.
Dans un pays qui comporte 70 % d’arabes sunnites, il n’aurait
jamais été possible pour le gouvernement de tenir s’il avait reposé
seulement sur la communauté alaouite plus les chrétiens et les
druzes.
Le
propos l’article est quand même à nuancer fortement. D’abord,
parce que si les africains du Nord ne sont en majorité pas
génétiquement originaires de la péninsule arabique ni du
Proche-Orient, cela n’a aucun effet sur leurs sentiments
identitaires. Beaucoup d’entre eux se sentent arabes, et solidaires
des Proche- et Moyen-Orientaux. Cette affirmation laisse en effet de
côté tous ceux qui tiennent à leurs racines berbères, et s’est
parfois exprimée agressivement à l’encontre de ces derniers par le
biais d’Etats acquis à une idéologie arabiste. En cela, le
nationalisme (quoi que cela veuille dire) ces Etats, tous
d’inspiration française, tient bien de l’idéologie nationaliste
jacobine française. Toute personne vivant dans les frontières de
l’Etat est tenue, c’est à dire sommée, de se conformer à cette
idéologie nationale. Les dissidents sont combattus violemment et
leurs nouvelles générations font l’objet de campagnes d’éducation
brutales visant à les formater. Kabyles et Chleuhs en Algérie et
Bretons, Savoyards, Alsaciens ou Basques en France, même combat. Que
le Maroc s’écarte de ce modèle est une évolution positive.
Ensuite,
beaucoup des arabes ou arabisés maghrébins des côtes s’opposent
eux-mêmes à la berbérité, et les racines en sont plus vieilles
que l’ère post-coloniale. Je connais un Algérien d’Alger, dont la
famille a des racines séoudiennes assez récentes, qui s’en
prévalait,
et s’opposait
aux revendications des Kabyles.
Pas mal
d’Algériens « côtiers » se revendiquent ainsi de leur
sang arabe de souche par opposition aux algériens berbères de
l’intérieur.