Quelques réflexions en vrac sur cet article et les précédents :
Si le terme d’oppidum ne désigne pas une citadelle de taille très réduite et très fortifiée mais une ville entourée d’une fortification plus légère alors Autun peut à nouveau prétendre à être Bibracte.
A Besançon et à Lutèce dont César nous a donné la description, on constate que la citadelle est contigüe à la ville. Dans le cas de Chalon, cela situerait la citadelle sur l’Ile Saint-Laurent.
On peut faire quelques hypothèses sur le tracé de cette mystérieuse voie Dubis qui semble avoir relié la Loire au Rhin. Elle devait descendre le Doubs jusqu’à Dole puis traverser la Saône à Seurre avant de rejoindre Beaune, remonter la Dheune et enfin redescendre la Bourbince jusqu’à Digoin.
Ce qui coince le plus avec l’hypothèse des temples/églises, c’est l’utilisation des arcs brisés en pierre. Si les Gaulois les avaient inventés, les Romains se seraient empressés de les copier. On trouve des arcs brisés en terre chez les Assyriens. L’hypothèse qui paraît la plus réaliste serait que cette technique ait été apportée par les Arabes au 8ème siècle et qu’elle ait été reprise par les architectes de la Renaissance Carolingienne.
La foire avait bien lieu au sommet du Mont-Beuvray mais elle ne se déroulait qu’une fois par an et pas plusieurs fois par mois comme celles des chefs-lieu de canton et elle ne concernait que les paroisses du voisinage. A partir de cela, dire que le Mont-Beuvray était un grand centre économique est de l’abus complet. Cette foire au début du mois de Mai est sûrement une survivance d’une fête celtique (Beltaine en Irlande), ce qui confirme l’ancien rôle de sanctuaire de la montagne. Les dieux et les hommes ne vivent pas aux mêmes endroits.
Si Vercingétorix ne contrôlait que des hameaux comment a-t-il pu imposer sa puissance à toute l’Auvergne ? Les seigneurs voisins en contrôlaient également. Toute votre erreur vient du fait que vous croyez que les richesses venaient de la campagne. Si cela avait été le cas, il n’y aurait pas eu de construction politique supérieure au hameau. C’était peut-être le cas au début du Néolithique mais là nous parlons de l’Age du fer. Les agriculteurs utilisaient des outils en fer. Pas d’outils, pas de récoltes. Les outils transitaient par les routes. Celui qui tient les routes tient le pays. Et les routes jusqu’à preuve du contraire passent par les endroits les plus accessibles. Etant donné que César place Gergovie au sommet d’une très haute montagne, elle n’était vraissemblalement pas la capitale économique mais une citadelle sauf si César en a exagéré la hauteur pour excuser son échec. Cependant une citadelle sans soldats, ça ne sert à rien. Les soldats ça se paie, l’argent pour les payer se trouvent sur les routes et les principales routes d’Auvergne se rejoignent dans la plaine de Clermont. Il n’y a qu’à cet endroit qu’on peut trouver les moyens de financer l’armée la plus puissante d’Auvergne.
Je connais l’histoire du couvert forestier, je sais très bien qu’il s’est redéveloppé avec l’exode rural. Il est tout à fait plausible qu’il y ait eu des champs au Mont-Beuvray. Mais avaient-ils un rendement aussi bon que ceux des vallées ? On est certain que cette fameuse foire avait lieu au sommet du Mont-Beuvray où s’agit-il comme pour la mention de Gergovie dans un texte médiéval d’un rapprochement arbitraire ? Au pied de la montagne se trouve le bourg de Saint-Léger-sous-Beuvray. Qui sait si le toponyme Saint-Léger n’est pas une version christiannisée de Lug qui d’après les spécialistes serait le Mercure des Gaulois. Mercure dieu du commerce, donc des foires...
Sur quel faits ceux qui placent la capitale économique des Eduens au Mont-Beuvray s’appuyent-ils ? La présence d’une éphémère bourgade et d’une basilique encore plus éphémère vous paraît suffisante ? Sur quels faits s’appuient-ils pour appliquer aux Eduens une logique urbaine diférente de celle des autres peuples gaulois ?
Si vous cantonnez votre raisonnement uniquement aux zones qui ont été fouillées, il n’est valable que pour ces zones et encore à condition que les interprètations de vestiges qui s’y trouvent et des textes soient justes. Quels faits vous permettent de dire que les Gaulois ne construisaient pas de murs en pierre assemblés à la chaux ? Des faits, on en connaît bien peu. C’est même tout l’objet de notre recherche : arriver à établir des faits en raisonnant à partir d’indices. Un vestige n’est pas un fait, c’est un indice, un témoignage d’un fait : sa construction.
On ignore qui a commandité la réalisation de cette basilique. Est-elle d’un style typiquement romain ou peut-elle avoir été construite par n’importe quel peuple riverain de la Méditerranée ?
L’existence d’une grande enceinte fortifiée à Besançon à l’époque de César sera un fait quand elle sera démontrer. Pour le moment les deux témoignages que nous avons, le texte de César et le mur récemment retrouvé ne s’accordent pas entre eux. L’un parle de la principale place forte des Séquanes et les archéologues nous présentent un mur en terre et en bois de deux mètres de haut sur six de larges. On peut penser que César ment ou que les archéologues se sont plantés dans leur datation. Ou on peut tout simplement penser que ce n’est pas le bon mur. Sous prétexte qu’on ne l’a pas encore retrouvé, un vestige n’existerait pas ?
@ jibe
Le pouvoir politique ne fixe pas toujours et même rarement dans l’Antiquité l’emplacement des sanctuaires mais il cherche à les accaparer. La localisation de ceux-ci est le plus souvent dictée par des caractères géographiques spéciaux. L’exemple de Lourdes est très tardif, il s’est mis en place dans le cadre de l’Etat-nation français et à une époque de remise en cause de la religion. Les provinces n’ont plus d’armées depuis Louis XIV et nos voisins espagnols n’ont jamais été en mesure de nous attaquer depuis cette période. Mais imaginez la stupeur que cela aurait crée dans l’esprit de certains : « Les Espagnols ont pris Lourdes ! » Dans le même genre, on a Leclerc et le drapeau français sur la cathédrale de Strasbourg ou le bombardement de celle de Reims par les Allemends en 14-18.
On pourrait prendre deux exemples à deux échelles différentes pour réfléchir : les sanctuaires de Delphes et de Monte-Cavo. Le premier est le plus grand sanctuaire grec. La ville de Delphes étant la plus puissante à proximité, il est logiquement sous son autorité. Certes, la plupart des cités qui faisaient des offrandes au sanctuaire n’étaient pas soumises à la Cité de Delphes mais elles reconnaissaient implicitement le caractère sacré d’une partie de son territoire. Pour contrôler le sancutaire, il faut contrôler la ville.
La coalition à la tête de laquelle se trouvait Athènes s’appelait la Ligue de Délos. Délos étant le second plus grand sanctuaire grec, les Athéniens adressaient à leurs ennemis le message suivant : « Faites attention, les dieux de Délos sont avec nous. » A Délos le sacré, à Athènes la puissance économique et militaire. C’est vrai que les lieux de culte importants engendrent une activité économique mais elle est marginale comparée à celle des grandes villes.
A l’échelon inférieur on a le Monte Cavo, principal sanctuaire du Latium. Si les Romains ont construit des temples là-haut, c’est non seulement pour honorer les dieux mais aussi et surtout pour bien signifier à Albe, Lavinia et consorts qui dirige la boutique.
Le majestueux Mont-Beuvray a des atouts pour avoir été un sanctuaire mais pas une capitale économique.
Je voulais dire qu’il y a obligatoirement des bâtiments publiques sur d’autres sites. Peut-on s’imaginer les habitants de Chalon faire des dizaines de kilomètres sans compter l’ascencion (on dirait le Tour de France) :) pour demander justice au Mont-Beuvray ? Qu’il y ait un ou plusieurs bâtiments publics au Mont-Beuvray n’en fait pas nécessairement la capitale administrative éduenne.
Les Boïens n’étaient pas en situation de décider quoi que ce soit. César aurait très bien pu les donner comme esclaves à ses hommes. Les Helvètes qui ont tenté de s’enfuir ont été impitoyablement massacrés. Les Gaulois des peuples alentours ont même aidé les Romains à les traquer.
La construction de la basilique n’avait effectivement aucun intérêt pour les Boïens, par contre il en avait un double pour César. D’une part, il gonflait le moral de ses troupes et envoyait aux Eduens un message de fermeté. D’autre part, en faisant construire la basilique par les prisonniers boïens sur un site à l’écart, il ne pouvait être accusé par ses adversaires politiques d’avoir pris le contrôle d’une cité alliée. S’il l’avait faite construire à Bibracte ou à Chalon ou s’il avait essayer de supprimer Dumnorix, c’en était fini de lui à Rome.
Il faut se demander pourquoi Vercingétorix est allé mettre le siège devant Gorgobina. La réponse est que César utilisait les Boïens reconnaissants pour surveiller les Eduens de moins en moins conciliants vis à vis des Romains. César avait bien compris que si les Eduens et la moitié de la Gaule dans leur sillage ralliaient la coalition menée par les Arvernes, les choses allaient se corser sérieusement.
Même si le débat est âpre, je vous remercie d’y participer.