Il est bien possible que Flavius Josephe s’auto-censure en ce qui concerne les Esséniens. Il n’en parle quasiment pas mais à chaque fois qu’il évoque un personnage essénien, c’est pour en faire l’apologie. L’impression générale est qu’il a essayé de faire passer aux yeux des Romains les Esséniens pour de braves quiétistes inoffensifs n’ayant rien à voir avec le carnage de Jérusalem.
Si Helquias et Ananias, descendants d’Onias sont venus à son secours, pourquoi Alexandre Jannée s’en serait-il pris aux Esséniens et avec quelle armée ? On peut même se demander si les Esséniens croyant leur grand jour arrivé n’ont pas pris une part active dans la persécution contre les Pharisiens. Là-encore Flavius Josèphe dans son souci de disculper les Esséniens, a pu passer cela sous silence.
Concernant les Babyloniens, on peut au moins convenir que le fait que Zamaris arrive d’Antioche, lieu d’exil du dernier grand-prêtre sadocite, pour s’installer au sud de Damas, n’est peut-être pas accidentel. C’est à se demander si Hérode n’a pas tout fait pour que les Esséniens montent en puissance. Lui aussi a peut-être fini par se prendre pour la réincarnation du Maître de Justice. Tout cela donne l’impression que les Pharisiens ont attisé contre eux une coalition qui n’avait qu’un objectif commun, leur destruction.
Dans ce contexte, la parution des Evangiles aurait eu pour principal but de mettre un terme à ce délire par une réinterprétation des écritures remplaçant le messie guerrier par un messie souffrant. C’est aussi une mise en garde à destination des Pharisiens.
Pour en revenir à l’armée égyptienne, n’oublions pas non plus qu’elle comptait de nombreux Galates en plus des Juifs. Le personnage de Cléopas renvoie sans doute à cette armée judéo-galate d’Egypte. Et le mythe ultérieur de la Légion Thébaine, inconnue de l’armée romaine, y fait peut-être également écho.
Ce sont bien les Juifs revenus d’exil de Babylone qui ont fondé le second temple de Jérusalem sous la direction de Zorobabel et Josué. A l’époque de Flavius Josèphe, les Juifs babyloniens n’ont plus rien à voir avec l’exil terminé depuis des siècles. Ce sont des Juifs de la diaspora comme il y en avait tout autour de la Méditerranée à cette époque.
L’idée de Jean Carmignac est qu’il y a eu plusieurs générations d’auteurs. Les règles de la Guerre, de la Communauté et les Hymnes auraient été écrits par le Maître de Justice et le Document de Damas ainsi que le Pesher d’Habacuc par un successeur qui mentionne ce Maître de Justice.
La principale interrogation est la relation entre les membres du Yahad et les Asmonéens. Les premiers, se revendiquant de la lignée légitime des prêtres Sadoq devaient considérer les seconds comme des usurpateurs. Cependant, le fait qu’ils aient libéré la Judée des païens leur conférait une certaine aura et légitimité par les armes. Il y a chez Flavius Josephe un indice très important. Quand Ptolémée met Alexandre Jannée en déroute et que Cléopâtre vole à son secours ; qui se trouve à la tête de l’armée de la reine ? Ananias et Helquias, les descendants d’Onias, le dernier prêtre sadocite !
Ce qui révèle plusieurs éléments déterminants. Pour les membres du Yahad dont Ananias et Helquias faisaient forcément parti, s’allier aux Asmonéens n’était pas tabou ce qui signifie que leur ennemi n°1 demeuraient les Pharisiens. Ce qui explique pourquoi Alexandre Jannée s’est senti les mains libres de les massacrer. Il savait que les Esséniens du Yahad ne remueraient pas le petit doigt pour leur venir en aide.
Deuxième élément, pourquoi autant de Juifs dans l’armée égyptienne ? Les descendants d’Onias n’auraient-ils pas commencé à mettre en pratique le règlement de la Guerre au sein de la diaspora juive d’Egypte ? Antipater s’appuiera également sur eux pour entrer en Egypte au nom de César. Et il y a de fortes chances que cela soit également dans cette diaspora que Jésus trouve refuge en Egypte après sa naissance.
Les Juifs dits Babyloniens sont la fraction des exilés qui ne sont pas revenus en Judée avec Zorobabel après la prise de Babylone par les Perses. Certaines familles sont peut-être tout de même retournées à Jérusalem avant de repartir dans la diaspora un peu partout au Proche-Orient ; on ne connaît pas le détail. Les Babyloniens de Zamaris venaient d’Antioche.
Hasmonéens vient d’Asamonée, nom de l’ancêtre de Mattathias et de ses frères. Au départ Macchabée n’est que le surnom de son frère Judas. Les Hasmonéens sont une dynastie dont le nom se réfère à un ancêtre comme le furent les Julien, Mérovingiens etc...
Sadducéens, Pharisiens et Esséniens sont bien plus que des organisations concurrentes. Ce sont quasiment des religions rivales visant à l’hégémonie à l’image des Sunnites et des Chiites ou des Catholiques et des Protestants. Un Essénien n’est pas un Pharisien intégriste. Les Esséniens comme les Sadducéens rejettent la Torah orale, ancêtre du Talmud, élaborée par les Pharisiens afin d’adapter la loi mosaïque à son époque. C’est cette Torah orale qui est également dénoncée par Jésus quand il leur reproche de préférer leur Tradition à la Loi.
La question étant de savoir quand s’est effectué cette séparation entre ces courants et comment échelonner dans le temps la rédaction des textes de Qumran. Ci-dessous un lien vers un article de 1956 de Jean Carmignac qui ne me semble pas dépassé. Il distingue un premier groupe de textes : Règle de la Communauté, de la Guerre et les Hymnes d’un second : Commentaire d’Habacuc et Document de Damas.
Je me suis mal exprimé. Je voulais dire que les Asmonéens de l’époque de Jean-Baptiste sont pharisiens depuis la fin du règne d’Alexandre Jannée.
Remontons à l’époque de Jean Hyrcan 1er. Je pense que les Pharisiens avec qui il se brouille au profit des Sadducéens sont les ancêtres à la fois des Pharisiens et des Esséniens. Ce sont ceux que vous appelez Assidéens.
Ces Pharisiens/Assidéens sont persécutés par Alexandre Jannée sans doute avec la bénédiction des Sadducéens. À la fin de son règne, il cherche à se réconcilier avec eux. Ceux qui acceptent cette réconciliation retournent à Jérusalem sous le nom de Pharisiens. Ceux qui la refusent s’exilent dans le nord sous le nom d’Ebionites (nom hébreu) ou Esséniens (nom grec).
Zacharie, père de Jean-Baptiste, assure le service du temple de Jérusalem. Il ne peut donc être essénien puisque les rouleaux de Qumran nous rapporte que leurs auteurs sont en rupture avec le Temple. Si Simon (dirigeants esséniens) est si long à suivre Jésus, c’est parce que le mouvement a été lancé par un « traître » pharisien.
Dans cette perpespective, l’Évangile de Jean serait à considérer comme un véritable manuel destiné à convertir les Pharisiens. Leur point de vue y est développé pour mieux y être contré. Dans les trois autres Evangiles, on est beaucoup plus dans le registre de l’invective et de la condamnation.
Jean aurait écrit son évangile pour convertir les Pharisiens pendant qu’André ou Pierre écrivait celui dit de Marc pour convertir les Esséniens. Paul tente une synthèse des deux avec Luc mais brise le tabou de la Loi provoquant une crise. Matthieu essaie de recoller les morceaux en laissant chacun de suivre la Loi ou non.
Il faut tenir compte du fait que les Asmonéens viennent du pharisianisme. Le pari de Jean-Baptiste aura justement été de se réconcilier avec les Esséniens qui accueillaient des croyants zélés venant de multiples horizons. Le véritable mystère chrétien étant de savoir comment on est passé du Règlement de la Guerre aux Évangiles.
Les « Judéo-nazaréens » sont des Esséniens qui ont reconnu Jésus mais qui ont conservé le respect de la Loi contre l’avis de Paul en jouant sur le flou sans doute volontairement entretenu par l’Évangile de Matthieu. Avant comme après le ministère de Jésus, ils se sont toujours donnés le même nom hébreu qu’on retrouve à la fois chez leurs détracteurs catholiques et dans les rouleaux de Qumran : Ebionim, les Pauvres. Un nom à consonnance très évangélique.