Face à la réussite politique inédite d’Octave-Auguste le plaçant à l’égal d’Alexandre, les Gaulois ont pu voir en lui un envoyé des dieux célestes. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont vénéré les autres empereurs romains de la même manière, les révoltes qui suivirent indiquent même le contraire.
Augustodunum a sans doute servi de capitale à Sacrovir et Vindex mais le pouvoir romain en Gaule s’exerçait depuis Lyon et l’assemblée gauloise y siégeait. Si Augustodunum était Mont-Saint-Vincent, pourquoi Sacrovir ne s’y est-il pas retranché au lieu d’aller affronter les légions à 20 km ? Même les Juifs en plein délire messianique s’étaient retranchés dans Jérusalem, Massada et Gamala. Mont-Saint-Vincent lui aurait-elle fermé ses portes comme Gergovie avait chassé Vercingétorix quelques décennies plus tôt ?
Pour Strabon, je ne sais pas trop ; il se peut qu’il ait repris des textes plus anciens (cf la thèse de Jean-Louis Brunaux sur Posidonios D’Apamée)
Il est en tout cas notable que chez les Arvernes comme chez les Eduens, on ait choisi le nom d’Auguste pour renommer les capitales sous le règne de l’Empereur Auguste. Ca ne peut pas être fortuit. Est-ce qu’il ne faut pas voir derrière ces noms le signe d’une alliance solide entre ces cités et Octave-Auguste ? Alliance qui connaîtra des hauts et des bas sous ses successeurs. Que les Eduens et les Arvernes aient jugé opportun d’être pro-Auguste à un moment donné parce que cela servait leurs intérêts ne veut pas dire qu’ils étaient devenus pro-romains de manière générale et définitive ; terme qui d’ailleurs n’a guère de sens appliqué à un Etat. Les Eduens étaient pro-éduens et les Arvernes pro-arvernes, point barre !
Le destin de la Gaule des citadelles primitives dépendait aussi largement de la vie politique qui agitait les villes. Impossible de tenir le pays éduen sans tenir Mont-Saint-Vincent mais difficile de tenir Mont-Saint-Vincent sans être influent à Chalon, Autun, Mâcon... Il y a une relation de dépendance à double-sens. Les citadelles assurent une protection immédiate mais les villes permettent de la financer.
Il est possible que les Eduens aient nommé Augustodunum en hommage à l’empereur Auguste afin de s’attirer ses bonnes grâces sans pour autant qu’il ait joué un rôle dans la construction. Que Bibracte/Mont-Saint-Vincent ait été renommé Augustodunum après la conquête avant que ce nom ne soit attribué à Autun trois siècles plus tard me paraît un peu alambiqué.
Taisey et Mont-Saint-Vincent, ce n’est tout de même pas le même genre de forteresse. Si le « Trésor Public » de Chalon se trouvait à Taisey, celui d’Autun devait se trouver sur la colline de la cathédrale
A l’époque d’Auguste, on avait encore en mémoire le revirement des Chalonnais vis à vis de César. Cette ville était donc considérée comme peu fiable par Rome. La fondation d’Augustodunum / Autun s’explique dans ce contexte en plus de l’expansion éduenne en direction de la Loire. Mais à l’époque de Constance-Chlore pourquoi fonder une nouvelle capitale à Autun ? Il est possible que certains bâtiments datent seulement du IIIème siècle mais ça n’empêche pas la fondation principale de remonter à Auguste. Et pourquoi donner à cette ville le nom d’une vieille citadelle préexistante ? Pourquoi pas Constantina ?
Il y a peu d’habitants et d’argent dans les citadelles. C’est pour cela que grands discours politiques n’en parlent pas et se concentrent sur les villes dont il faut amadouer la population.
Même s’il n’était pas Bibracte, l’abandon du Mont-Beuvray quelques décennies après la conquête romaine a bien du être compensé. Je ne serais pas étonné que le Mont-Saint-Vincent ait aussi connu un dépeuplement assez important justement en faveur d’Autun. Pour moi, la fondation monumentale d’Autun à l’époque d’Auguste ne pose pas problème. Les cités boïenne et éduenne ont pu être fusionnées en une seule avec la capitale à Autun. Placer leur chef-lieu administratif à Autun permettait aux Eduens de donner une image moins agressive que celle du Mont-Saint-Vincent tout en rééquilibrant leur centre de gravité vers la Loire par rapport à Chalon.
L’itinéraire d’Antonin donne XXII mille entre Augustodunum et Alisincum puis encore XXIIII jusqu’à Decdidae. Même en coupant tout droit, la route Autun-Luzy-Decize est plus longue. Il faut placer Alisincum légèrement au nord-ouest de Luzy pour que les distances concordent. Semelay a toutes les caractéristiques d’un très bon candidat.