La route Decize-XIIII-Aquis Nisincii-XXII-Boxum-VIII désigne un itinéraire plus direct. Il passe sans doute par Luzy même si elle n’est pas indiquée. Boxum se situerait sur la route entre Luzy et Autun aux alentours de Saint-Didier sur Arroux.
J’ai de gros doutes quant à l’identification d’Augustodunum avec le Mont-Saint-Vincent car cela en ferait un cas unique sur la carte de Peutinger. Quand on regarde Lutèce, Avaricum ou Cenabum, il n’y a pas de doute, il s’agit bien des villes à leur emplacement actuel.
Pour les trente lieues qui partent de Décize, il y a aussi la possibilité qu’elles aient désigné à l’origine la route menant à Vorogio/Varennes sur Allier. L’erreur du copiste aura été de supprimer ce tronçon et de placer ces trente lieues sur la route de Bourbon Lancy. C’est pour cela qu’on se retrouve avec un double tronçon menant à Aquis Nisincii ; l’un des deux menait en fait à Aquis Bormonis. Tout est décalé.
Une fois le tronçon de XXX lieues réorienté en direction de Varennes, il suffit de remettre Aquis Bormonis sur la plus au sud des deux routes de XIIII lieues partant de Décize et on obtient l’itinéraire suivant : Decize-XIIII-Aquis Bormonis-XVI-Sitilla-XIV-Pocrinio-XII-Telonno-XII. On longe la Loire de Decize à Digoin puis on remonte l’Arroux jusqu’à Autun. Cela me semble bien dans l’esprit de la carte.
Il y a dans le secteur de Decize un double problème. D’un côté la distance de XXX lieues entre Decetia et Aquis Bormonis ne correspond à rien de connu. Ca ne fonctionne ni avec Bourbon l’Archambault, ni avec Bourbon Lancy. De l’autre, pourquoi cette double route entre Decetia et Aquis Alisinci ?
Je me demande s’il ne faut pas placer Aquis Bormonis sur une de ces deux routes qui relierait ainsi Decize à Autun via Bourbon-Lancy. On aurait Decetia/Decize à 14 lieues d’Aquis Bormonis/ Bourbon Lancy, 22 lieues plus loin Boxum correspondrait à Beau (La Comelle) où il y a des traces de voie « romaine ».
Une fois Aquis Bormonis replacé sur la bonne route, les XXX lieues restant désignent bien la distance séparant Decize de Sitillia/Digoin (ou plutôt Saint-Yan). Et il y a bien 16 lieues entre Bourbon-Lancy et Saint-Yan.
Si on identifie Telonno non pas avec Toulon mais avec Thil-sur-Arroux, il n’y a plus de problème de distance entre Perrecy/Pocrinio et Autun/Augustodunum.
Idem pour Boxum, si on le place à Buis (Chissey-en-Morvan). Cela colle aussi.
Le coude représenté sur la carte de Peutinger à la sortie d’Augustodunum désigne la Porte de l’Arroux à partir de laquelle sont calculées les distances vers le nord.
C’est plutôt ce genre d’indices qui me convainc de l’identification de Mont-Saint-Vincent à Bibracte.
Un vieux problème lié à notre questionnement sur Chalon est la date où a réellement débuté l’évangélisation de la Gaule. Depuis des siècles, deux théories s’affrontent. Celle qui place l’arrivée des principaux apôtres de la Gaule (Austremoine, Denys, Ursin...) à l’époque de Dèce au troisième siècle et l’autre qui les voit arriver dès le premier siècle, faisant même de certains des disciples directs de Jésus de Nazareth.
Dans le premier cas, l’arrivée de Marcel vers 180 fait de Chalon une des toutes premières villes évangélisées après Lyon. Dans le second cas, Chalon serait au contraire une des dernières concernées par l’évangélisation.
La problème le plus important à mes yeux est la date du martyr de Pothin vers -177. Alors qu’en quelques années Paul et ses adjoints évangélisent à tour de bras de Jérusalem à Rome, il aurait fallu plus d’un siècle pour attendre de voir se constituer la communauté chrétienne de Lyon ?
Sans aller jusqu’à faire des apôtres des Gaules des proches de Jésus de Nazareth, je serais plutôt enclin à penser que c’est la thèse les voyant arriver dès le premier siècle qui est la bonne. Dans cette perspective, Lyon et Chalon apparaitraient non pas comme les foyers du christianisme gaulois mais au contraire comme les endroits il a eu le plus du mal à se faire accepter.
Bonne année à vous et à tous ceux qui nous suivent.