Et Noé était de quelle couleur ? Et Deucalion ? Et Atrahasis ? Des déluges, il y en a eu plein. Vous ne pensez pas qu’il est plus important de se demander quelle est leur signification ? La Genèse ne parle que de l’espace qui était connu par ses auteurs à leur époque. Egypte, Levant, Mésopotamie et vaguement les marges grecques, anatoliennes et perses. Les Hébreux étant des nomades, ils avaient une vision plus vaste du monde que celle des Egyptiens ou des Sumériens persuadés qu’il n’y avait rien de bien intéressant hors de leurs vallées. Quelle tristesse de voir aujourd’hui ceux qui s’en réclament vouloir réduire leur vision du monde à celle des Hébreux d’il y a 3500 ans.
@ Emile
Il est quand même étonnant de retrouver un chapiteau faisant penser à Emmaüs précisément dans la cité à laquelle vous rattachez Cléophas. Décidément, vous non plus ne voulez pas le voir, ce Jésus de Nazareth ! Et il y a pourtant peu de chapiteaux à Chalon.
Si on vous suit, la Gaule aurait été le pays le plus connecté avec la Judée mais celui le moins touché par les Evangiles. Il y a quelque chose qui ne colle pas.
Quand dans votre article, vous écrivez « les Juifs », en réalité vous parlez d’une infime minorité parmi les Juifs. Ni Pharisiens, ni Chrétiens. Que les dirigeants éduens aient construit le plus beau temple de l’époque pour des Juifs me paraît déjà hautement improbable. Mais qu’en plus, il s’agisse d’un groupuscule archi-minoritaire , cela semble totalement irréaliste.
Vous imaginez la réaction des Gaulois lambda ? « Alors, c’est à ça que servent nos impôts ! » C’était le pogrom assuré ! Et les Juifs pharisiens et les Chrétiens se seraient aussi opposés à cette construction qui aurait constitué à leurs yeux à la fois une insulte et un risque d’être victimes de représailles des païens.
Grégoire de Tours parle également de l’évêque Agricole qui aurait eu une grande activité de bâtisseur. Il précise que son église était soutenue par des colonnes comme si ça n’était pas encore la norme à l’époque.
Sur le chapiteau d’Abel et Cain, le personnage de gauche portant le chapeau et la crosse est sûrement le bâtisseur de la cathédrale. Je l’identifierais volontiers à Agricole assistant un peu narquois à la lutte de succession entre les Mérovingiens avec Sigebert dans le rôle d’Abel et Chilpéric dans celui de Caïn.
Les deux chapiteaux avec le Christ rappellent qui est le vrai roi du monde aux yeux de l’évêque.
Vu l’allure des chapiteaux, il est effectivement fort possible que Gourdon et Mont-Saint-Vincent aient été des temples païens reconvertis.
A Chalon, le faible nombre de chapiteaux historiés donne à chacun d’entre eux une importance particulière. Je m’interroge beaucoup sur celui d’Abel et Caïn. Pourquoi quatre personnages au lieu de deux ? Ne s’agirait-il pas de gauche à droite de Gontran prenant la foule à témoin, Sigebert, Caribert l’aîné et Chilpéric leur-demi frère leur faisant face ?
Le chapiteau dit de « l’apparition du Christ à Marie-Madeleine » ne mettrait-il pas en scène Brunehilde et son fils Childebert désigné comme héritier de Gontran ?
Idem, le chapiteau d’« Emmaus » qui suit le précédent sert à présenter le nouvel oint à la foule des fidèles.
Cela placerait la construction de la cathédrale de Chalon à la fin du 6ème siècle. Elle serait l’œuvre de Gontran et Brunehilde destinée à asseoir la légitimité de Childebert.
Le plus beau temple de l’univers d’Eumène serait alors celui de Mont-Saint-Vincent, édifice d’un genre nouveau construit à la fin du IIIème siècle. N’est-ce pas là que l’Empereur a vu le IXP ?
A mon avis, les constructeurs gaulois/romains/francs utilisaient des images tirées des Evangiles pour illustrer l’actualité politique de leur temps comme le faisaient les pharaons des millénaires plutôt avec la mythologie d’Héliopolis. A Notre-Dame-du-Port, il est aussi manifestement question de l’arrivée d’un nouveau roi mais cela ne veut pas dire que les commanditaires reconnaissaient uniquement le Protévangile de Jacques. Le reste des Evangiles ne leur était pas utile à ce moment là pour faire passer leur message. Dommage que nous ne connaissions pas la mythologie gauloise, elle nous aiderait beaucoup à déchiffrer les chapiteaux de Gourdon et Mont-Saint-Vincent.
Comment savoir si le christ de la fresque de Gourdon et des chapiteaux romans n’est pas encore descendu ou s’il est déjà descendu et remonté au ciel comme celui des évangiles ?
Il me semble que vous sous-estimez la frontière entre juifs et non-juifs avant les évangiles. Une partie de l’élite urbaine gauloise s’est sans doute intéressée au judaïsme comme on le voit en Grèce dans les tribulations de Paul mais de là à élever des temples en l’honneur d’un christ sur lequel les juifs eux-mêmes ne s’accordent pas... Les temples étaient avant tout destinés au culte public et s’adressaient à la population gauloise qui vénéraient les dieux locaux. A la rigueur, un dieu d’origine judaïque a pu se greffer au panthéon gaulois mais de là à en faire en faire le dieu principal, cela me semble irréaliste avant l’évangélisation.
Et si les Gaulois reconnaissaient un autre christ que celui des évangiles, je vois mal comment l’église de Rome aurait pu leur imposer le sien au moment où l’empire s’effondrait.
Les termes « galiléens » et « esséniens » étaient sans doute utilisés par leurs adversaires qui ne voulaient pas les désigner sous le nom de « Saints ». Le terme « Nazaréens » est d’ailleurs probablement aussi une déformation volontaire.