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Christophe

Christophe

Passionné de sciences, je possède de bonnes bases dans des sciences dures (mathématiques, mécanique, électronique et informatique). Suite à des travaux menés dans les sciences cognitives, j’ai mis ma formation au service des sciences humaines.

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  • Premier article le 22/02/2007
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Derniers commentaires



  • Christophe Christophe 18 juillet 2008 22:48

    @JL,

    Vous dites dans le post précédent : "C’est au nom de valeurs universelles qu’on est allé civiliser les "sauvages".

    Etes-vous sérieux ? Ça c’est du storytelling. Christophe est un grand garçon, il saura j’imagine donner son avis sur cette question d’universalistes qui s’étripent.

    Ce n’est pas du storytelling ; bien que je considère plus cette influence comme étant indirecte, il ne laisse planer aucun doute que les valeurs des Lumières furent déterminantes pour l’établissement des principes de l’anthropologie évolutionniste.

    En fait, les ouvrages traitant d’ethnologie sont assez clairs sur ce point ; du moins à cette époque de la colonisation. Exprimer qu’ils sont le facteur déterminant de la colonisation ne me semble pas pertinent, mais dire qu’il y a corrélation entre l’anthropologie évolutionniste et la doctrine colonialiste, là dessus, il n’y a aucun doute, elles sont nées toutes deux au milieu du XIXéme siècle. Il faut admettre que les valeurs universelle furent le ferment de bien des exactions qui furent imposées aux populations locales. Les valeurs des Lumières ont été utilisées à des fins bien peu glorieuses. Déjà, à cette époque, ces valeurs servaient à mettre en exergue la supériorité de l’occident sur les sauvages colonisés, posant comme principe premier que toute évolution des sociétés humaines ne peut mener qu’à la Vérité Universelle des Lumière.

    Il aura fallu attendre longtemps pour que ce principe s’estompe ; il était toujours fortement présent quand certains considèrèrent qu’il existait des races supérieures et donc d’autres qui ne pouvaient être qu’inférieures dans les années 1930 (cet héritage de l’anthropologie évolutionniste est un sujet abordé par Annah Arendt). Et ce malgré des évolutions marquées dans les courants anthropologiques comme le structuralisme, le fonctionnalisme, ...

    Il faut savoir qu’avant B. Malinowski, les ethnologues ne faisaient des études des cultures sauvages (au sens, pour eux de différent de la culture occidentale) qu’à partir de récits de mercenaires, commerçants, ... qui cotoyaient les populations locales. Ainsi, l’anthopologie de cette époque n’analysait pas les structures et l’organisation sociales, il ne faisaient qu’émettre des jugements de valeurs selon leur propre précepts culturels sur les pratiques locales des populations colonisées. Le premier à mener des études locales en étant présent dans les tribus était B. Malinowski (1918-1919 pour un premier ouvrage en 1921), et non, comme le soulignent les médias français, C. Lévi-Strauss (qui n’avait que 10 ans) ; mais cela est un détail. B. Malinowski est le fondateur du fonctionnalisme et a été un précurseur des études systémiques de la relation entre la pensée et les symboles usuels d’une culture.

    Les théories de l’évolution et les valeurs décrétées universelles par les occidentaux ont conduit à l’anthropologie évolutionniste au XIXe siècle. Pour les anthropologues évolutionnistes, l’espèce humaine est un tout, chaque société suit la même évolution, elle commence à l’état primitif pour arriver jusqu’au modèle de la civilisation occidentale ; une certaine vision ethnocentriste n’est-ce pas ?

    Cette théorie a été très fortement remise en question, elle ne correspond pas à la réalité observée (les civilisations suivent des évolutions divergentes, ne poursuivent pas les mêmes buts, et la civilisation occidentale, qui devrait pourtant constituer le stade ultime de l’évolution, subit encore de profondes mutations). Elle est aussi douteuse d’un point de vue éthique (considérant notre société occidentale comme l’aboutissement ultime de la civilisation).

    Dans les propos d’aujourd’hui, même si nombre de nos concitoyens ne se revendiquent pas d’un mouvement évolutionniste, il n’en reste pas moins que bien des jugements restent du domaine de l’ethnocentrisme (nous jugeons les autres en fonction de nos valeurs que nous pensons universelles). Mais cela est aussi un comportement naturel, même si il n’a rien de rationnel ; nombre de nos concitoyens ne jugeant qu’à l’aune de leurs propres connaissances du monde des comportements qu’ils ne peuvent comprendre autrement.

    Le principe de colonisation existe depuis bien longtemps, nous en trouvons traces dans la Grèce Antique. C’est donc une tendance convergente qui a donné lieu tant à l’idéologie colonialiste qu’à l’anthropologie évolutionniste (du moins pour convaincre les populations, nous savons qu’il y avait d’autres intérêts aussi) ; par ailleurs, même les grecs, les romains, ... tous ceux qui ont mené des guerres de colonisation avaient pour principe la suprématie culturelle de leur nation sur les autres. Le discours ethnocentrique brosse le citoyen dans le sens du poil, il lui parle, il correspond à un comportement naturel et barbare, celui de la croyance en un être, une nation ou une civilisation supérieur aux autres ; admis bien entendu dès lors que le discours s’adresse à un être faisant partie de cette race supérieure.



  • Christophe Christophe 18 juillet 2008 18:19

    masuyer,

    Nous sommes tous confrontés à ce type de problématique qu’est la communication.

    Il me semble que le plus gros problème vienne justement d’une approche relative des terminologies. Aujourd’hui, bien des termes ont subi des glissements sémantiques et sont devenus polysémiques. Je reste dans une culture ou un terme à une force expressive limitée dans un intervalle donné ; alors que pour d’autres, l’emploi d’un terme ou d’un autre n’a guère d’importance pourvu que le sens approximatif soit celui qui tendent à exprimer l’idée sous-jacente. Il y a accroissement de l’incommunicabilité donc plus grande difficulté à communiquer ; dans une société dite de communication, ça l’fait pas !

    Pour les bagages, c’est très particulier. Plus nous apprenons, et plus il est nécessaire d’approfondir pour comprendre : plus j’apprends, plus je manque de connaissance. Nous avons tous un manque de bagage !



  • Christophe Christophe 18 juillet 2008 17:52

    Bonjour masuyer,

    Je vois que vous jouez encore les Don Quichotte !!!

    Vous insistez sur le relativisme culturel (dont nombre de nos concitoyens ont une approche totalement fausse) avec cette subtilité qui devrait pousser un minimum au questionnement ; mais vous avez souvent, en guise de réponse, les certitudes universelles.

    L’universalisme a quelque chose de très rassurant d’un point de vue psychologique ; il évite d’ajuster son mode de pensée en bardant les chemins de la réflexion de certitudes immuables. L’universalisme me semble, sur certains abords, très proche des préceptes religieux ; il n’existe qu’une et une seule vérité !

    En fait, il serait pertinent d’analyser ces différentes notions, car souvent nos contradicteurs pensent à l’opposition entre universalisme et relativisme, mais ils oublient souvent que ces deux approches ne s’appliquent pas au même niveau de raisonnement humain. Si je devais résumer rapidement, l’universalisme s’applique dans le monde des concepts logico-philosophique alors que le relativisme s’applique dans le monde des actions, passant par tous les types de symboliques possibles et imaginables.

    Cordialement



  • Christophe Christophe 18 juillet 2008 17:18

    @Cosmic Dancer,

    Vous n’êtes pas si manichéenne que ce que vous laissez croire, il me semble que vous êtes plus subtile que cela.

    Tout d’abord, concernant votre lien sur les propos d’un anthropologiste, sachez que même si c’est une science que j’ai pas mal étudié, je reste assez circonspect face aux différents propos. Comme le signale notre auteur du jour : Nous pourrions ainsi prendre pour référence les philosophes allemands et japonais des années 1930, qui s’écrivaient pour prouver d’un côté qu’il vaut mieux être grand, blond, aux yeux bleus, baraqué et en pantalon, et de l’autre petit, aux cheveux et aux yeux noirs, fins et en kimono. Ils ne sont d’ailleurs parvenus qu’à une conclusion, c’est qu’il valait mieux en ce temps-là être Aryen ou Japonais que Juif ou Coréen. En fait, ces conclusions philosophiques trouvaient leurs origines dans les travaux d’ethnologie ; l’anthropologie évolutionniste était à l’œuvre et à son apogée à cette charmante époque.

    Comme notre auteur a tout à fait raison de souligner : je critique ouvertement la philosophie des Lumières et la religion chrétienne. Ne pas avoir un regard critique à l’égard, principalement, de la philosophie des Lumières, marque, à mon sens, un aveuglement. Ce dernier est souvent mis en exergue dans les postures universalistes ; bien entendu, les valeurs universelles ne peuvent être que celles que nous défendons ! Concernant ces fameuses valeurs universelles que nous reconnaissons comme telles dans le monde occidental, les avons-nous soumises, en guise de question et non d’affirmation, au reste du monde ? Avons-nous agi, comme le souligne Habermas : Au lieu d’imposer à tous les autres une maxime dont je veux qu’elle soit une loi universelle, je dois soumettre ma maxime à tous les autres afin d’examiner par la discussion sa prétention à l’universalité. Ainsi s’opère un glissement : le centre de gravité ne réside plus dans ce que chacun souhaite faire valoir, sans être contredit, comme étant une loi universelle, mais dans ce que tous peuvent unanimement reconnaître comme une norme universelle. Un universalisme décrété n’a strictement rien d’universel si il n’est pas accepté par l’ensemble auquel il est censé s’appliquer ; sauf à poser comme postulat que toute évolution mène inexorablement vers ce que nous définissons comme universel, et nous retombons dans le piège de l’anthropologie évolutionniste ; il existe des races supérieures dont la caractéristiques présentes ne peuvent être que les futures caractéristiques des sociétés arriérées.

    D’autre part, vous dites que vous luttez pour que les femmes soient libres ; soit, j’en fais de même, même si je ne fais pas partie de la gente féminine. Est-ce à dire que vous refusez catégoriquement qu’une femme puisse faire le choix de se vêtir avec un voile intégral ? Il ne me semble pas que la demande d’un homme soit suffisante pour justifier une opposition ; ce qu’il me semble pertinent de juger c’est l’acceptation ou le refus de la femme ; la décision qu’elle consent librement de prendre, en connaissance des conséquences, bien entendu.

    Je peux concevoir que nous soyons opposés à ce type de pratique ; l’étant moi-même. Mais ce qui me gêne, justement, dans la décision du conseil d’Etat, est qu’une structure étatique qui se doit de ne pas imposer une quelconque façon d’être et de penser puisse émettre un jugement sur ces points précis. Par contre, si la pratique salafiste est considérée comme une pratique sectaire, que le jugement soit clair et non qu’il fasse l’amalgame entre une secte et la religion dont cette secte est une émanation. Or, il ne me semble pas que le salafisme soit considéré, en France, comme une secte alors qu’il l’est dans nombre de pays musulmans.

    En fait, tout réside dans notre approche de ce qu’est la liberté ; qu’elle soit approchée de façon individuelle ou collective. D’un point de vue individuel, pouvons-nous, dans un cadre juridique, limiter la liberté individuelle de certains pour correspondre à la pensée d’autres, même majoritaire ? Si oui, ne sommes-nous pas, à ce stade, dans le conformisme imposé par la loi ? La liberté est-elle une valeur qui s’impose ou une valeur qui s’acquiert ? Pouvons-nous imposer la liberté à ceux qui ne la demandent (veulent ?) pas ?



  • Christophe Christophe 16 juillet 2008 17:42

    @Doctory,

    Vous approchez la décision du conseil constitutionnel selon trois questions primordiales dont la première est sans aucun doute possible celle qui permet d’articuler l’ensemble des réponses ; c’est principalement la notion de liberté individuelle.

    1) cette femme en burqa (ou niqab) manifeste-t-elle un comportement libre ? La réponse est non : en effet, cet accoutrement lui aurait été imposé par son mari ; lorsqu’elle était au Maroc, elle circulait sans voile. Par ailleurs, quand bien même se serait-elle, de sa propre volonté, attifée de cet accoutrement, le fait de le porter implique la disparition de toutes ses autres libertés : elle n’est plus libre de travailler (une femme ainsi habillée est totalement et définitivement inembauchable dans quelque entreprise que ce soit, même si la Halde serait capable de ne pas être de cet avis). Elle perd aussi d’autres libertés essentielles, telles que, par exemple, courir pour attraper son bus, sentir le soleil sur son visage et le vent dans ses cheveux, ne pas crever de chaud en plein été, se baigner dans la mer, etc. ;

    Il me semble qu’une femme décidant de vivre (car c’est une décision individuelle) avec un homme à la condition de porter une burqa ou tout autre signe distinctif est la première des libertés. Elle avait autant libre choix d’accepter ou de refuser. La véritable question est donc bien : est-ce que cette femme a été forcée de rester avec cet homme ? Cette question peut aussi être posée aux femmes violentées par leur conjoint. Après, tout le reste de votre propos est sans fondement ; vous comparez un concept qu’est la liberté à des capacités de faire. Si vous appliquez ce type de raisonnement dans tout les domaines, notre système économique est tout aussi contraignant.

    2) cette femme peut-elle se considérer comme égale aux autres citoyens ? Non, dit le Conseil d’Etat, elle se retrouve dans une situation manifeste d’infériorité, et ne peut jouir dans les faits d’aucune des libertés dont bénéficient ceux et celles dont elle prétend aspirer à être une concitoyenne. Qui plus est, elle semble considérer l’égalité comme une non-valeur, ce qui est gênant quand on veut être Française ! ;

    Encore une fois, la référence est la liberté. En tant que concept ou capacité à faire ? Et l’égalité n’est pas du tout une tendance au conformisme, il ne faut pas confondre.

    3) cette femme manifeste-t-elle de la fraternité ? Comment pourrait-elle se prétendre fraternelle alors qu’en cachant entièrement son visage dans la rue, elle affiche ouvertement son mépris vis-à-vis des hommes et des femmes dont elle déclare pourtant souhaiter être la concitoyenne ! La fraternité commence avec la communication, quelle communication peut-il exister avec une femme ainsi habillée ? Qui serait tenté de lui adresser la parole ?

    Là, on touche au pur fantasme ! Qu’est-ce qui permet de dire que tel ou tel accoutrement met en exergue le mépris ou l’acceptation d’autrui ? D’autre part, la communication ne repose pas du tout sur l’apparence physique ; même si j’admets aisément que la tenue vestimentaire, dans ce contexte précis, n’engendre pas une volonté délibérée d’entrer en contact. Mais cela ne repose que sur le postulat que la communication ne peut être que directe et en présence des interlocuteurs.

    C’est en fait une décision qui repose sur un postulat de base fortement orienté par les sociétés occidentales correspondant à notre propre perception du fait religieux autant dans d’autres cultures que dans notre propre société. La décision tend donc à admettre que la soumission (librement consentie ? du moins sans réponse sur cette question) pour fait religieux exclusivement musulman n’est pas acceptable dans la société française ; mais que la soumission (librement consentie, elle aussi ?) tant dans d’autres contextes religieux (il existe des intégristes de tout poil) ou même dans des contextes de pure violence sont admissibles (puisqu’il n’est pas possible d’en démontrer la véracité ou non).

    La liberté ne se résume pas exclusivement à être en conformité avec ce que l’Etat ou toute personne de la société attend de vous. La liberté consiste à faire ses propres choix en connaissance de cause. Le Conseil Constitutionnel a-t-il démontré qu’elle avait fait un choix sans en connaître les conséquences ? Non. A-t-il démontré qu’elle n’avait pas le choix ? Il admet, à mots converts, le contraire ; étant libre, elle a acceptée une contrainte. Le Conseil Constitutionnel n’a donc pas du tout jugé la faculté ou non à être libre de cette femme, mais des conséquences de son choix au regard du conformisme ambiant.

    Tant je serais d’accord avec vous sur le fait que d’un point de vue purement personnel, le choix qu’elle a fait est criticable, même qu’il faille combattre ce type de comportement, mais je ne serais pas d’accord pour soutenir qu’un organisme représentant l’Etat se cantonne à émettre des jugements sur les choix individuels des personnes ; cela sous-tend à une attente qui penche allégrement vers du conformisme.

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