D’ailleurs dans la scène qui décrit la mort du Prophète, el Khidr est cité parmi les participants, mais presque en passant, comme si il était un homme ordinaire.
Et souvent il se présente comme un homme ordinaire qui n’est pas reconnu en tant que prophète.
Une autre fois, son sheikh lui ayant donné un conseil qu’il n’avait pas suivi, Ibn Arabi rencontre el Khidr, qui lui confirme la validité de la parole de son maitre.
Ensuite il revoit son maitre qui a su (par vision sans doute) ce qui s’est passé, lui dit : « ah, il faut que ce soit el Khidr qui confirme mes paroles ».
Dernier prophète au sens de rassoul (prophète légiférant) pas au sens de nabi (prophète inspiré par l’Esprit), cette prophétie « générale » n’est pas fermée.
En plus il y a quatre prophètes qui n’ont pas été atteints par la mort corporelle, et qui interviennent toujours dans les affaires humaines : Elie (qui joue un rôle analogue dans le judaïsme, le Christ (qui a été le premier maitre d’Ibn Arabi, mais à l’intérieur de la modalité islamique), el Khidr (le Verdoyant) qui est le maitre des « afrâd » les isolés qui n’ont pas de maitre humain, analogue un peu à la fonction mariale dans le christianisme et qui apparait assez souvent dans le soufisme et un quatrième Idîss, assimilé aussi à Hénoch.
Ces quatres prophètes vivants jouent un rôle général, au delà des formes particulières, par ex El Khidr est vénéré en Inde aussi par les Hindous et les membres d’autres religions.
Je parle du christianisme en tant que forme dogmatique, pas du Christ, puisqu’il n’y a aucune difficulté pour un Hindou à le reconnaitre comme un avatara, ni pour une bouddhiste à le reconnaitre comme une forme de Bouddha, ni pour l’islam à le reconnaitre comme un prophète légiférant (ayant pleine capacité d’abroger ou de créer des dispositions légales, celles de Moïse par ex, ce qui n’est pas le cas d’un envoyé inspiré par l’Esprit Saint qui n’a pas le même degré ni la même fonction).
Le christianisme, particulièrement l’exotérisme, ne possède pas de doctrine pouvant expliquer l’ensemble des phénomènes religieux et spirituels du monde humain.
Il se situe dans la continuité du judaïsme qu’il prétend achever et dépasser, et ne prend pas, nécessairement, en compte ni l’islam, ni les autres révélations des autres parties du monde si ce n’est pour les rejeter ou comme Vatican II les réduire à des aspirations humaines vers Dieu, des formes annonciatrices ou amoindries ne bénéficiant pas du même cachet extraordinaire.