Merci pour ce témoignage qui a comme principal intérêt d’opposer des faits vérifiables à un amoncellement de propos tout aussi subjectifs qu’injurieux.
Mais le pire est le consensus qui réunit tout d’un coup la quasi totalité de l’échiquier politique français, de la droite jusqu’à une prétendue gauche de la gauche pour entonner avec Monsieur Levy la stigmatisation de Kadhafi à coups de fantasmes distillés à longueur de journées dans les grands media.
A écouter la totalité des éditorialistes de France-Inter (entre autres), la Libye, reconnue pourtant comme le 1° pays africain pour le développement, vivait depuis plus de 40ans sous un régime dictatorial avec à la sa tête un fou dangereux assoiffé du sang de son peuple, je n’exagère à peine. Pas une seule objection à ce discours haineux, pas la moindre once d’esprit critique.
Même Daniel Mermet à 15h en rajoute une couche au début de son émission : le dictateur fou est mort, vive la « démocratie » !
Quant à Monsieur Levy, il continue courageusement à prêcher la guerre sainte contre l’axe du mal, entendez les pays qui ont l’outrecuidance de ne pas se plier aux diktats de la « communauté internationale », entendons les principaux pays de l’Otan sans oublier l’Etat d’Israël. Curieux d’ailleurs que cet Etat qui s’accapare par la force d’une colonisation illégale le territoire palestinien, ne soit pas lui aussi l’objet de l’opprobre de M. Lévy.
Le premier combat à mener aujourd’hui c’est celui de la parole libre contre la tétanisation mentale dont nous sommes victimes. Jusqu’où va-t-on accepter cette fable qui a déjà fait tant de morts et qui risque d’en faire bien plus dans un proche avenir ?
L’essor d’internet est indéniable, il ne change pas pour autant les perspectives politiques de façon majeure. La facilité de communiquer, de mobiliser, de commenter est immense mais elle engendre aussi la fugacité, la dispersion, l’insignifiance. Face Book et Twitter ne sont pas des lieux de réflexion, ni d’engagement mais de réactions immédiates aux événement et aux opinions.
Le mouvement des « indignés » est positif dans son désir de résister et de se révolter, mais lui aussi est tout aussi fugace en particulier en France. Etre indigné n’a de sens politique que par des débouchés stratégiques, des initiatives, en bref de véritables combats et pas seulement l’affichage d’une indignation.
Que des responsables politiques intègres existent, on ne peut en douter. Qu’en revanche il existe un projet politique capable d’affronter la pensée unique du libéralisme et s’extirper des diktats de l’ordre capitaliste mondial, on peut raisonnablement en douter. De Mélanchon à Valls, on n’a pas été capable d’analyser la situation politique et économique internationale, acceptant plus ou moins implicitement l’ordre imposé par les US et ses alliés. Le « consensus libyen » en est une des preuves manifestes, de même que le fédéralisme européen, préconisé par tous les candidats de « gauche ».
Quant à la primaire socialiste, elle a permis surtout à ce parti d’exister médiatiquement dans un débat interne qui lui évite les objections externes. Tant que les « candidats » débattent, le programme du PS n’est pas interrogé et sa proximité avec la droite est estompée.
Pour résumer, nous vivons aujourd’hui une situation dans laquelle de plus en plus de gens ont des motifs de se révolter et de moins en moins de véritables réponses politiques sont offertes, en particulier à gauche.
Quant à l’extrême-droite, elle reste semblable à elle-même malgré l’effort cosmétique de Madame Le Pen : un moyen de tenter de récupérer les exaspérations en les retournant non pas sur les vrais responsables mais sur les victimes les plus démunies.
Nous vivons sous une dictature intellectuelle particulièrement perverse : il suffit qu’un événement soit jugé par les instances qui se baptisent communauté internationale (entendons, les US et ses alliés) pour que ce jugement devienne la seule vérité possible, même si elle se heurte à de nombreuses objections ou incohérences.
Quelques exemples : Chavez aurait pris le pouvoir par un coup d’état. Kadhafi aurait asservi et réduit son peuple à la misère. N’oublions pas que la Libye occupait avant la rébellion le premier rang de développement humain en Afrique ! Je passe sur les charniers bidon en Roumanie, Libye et autres endroits, sur les armes de destruction massive en Irak et autres vérités formellement démenties à ce jour.
Il faut à tout prix fabriquer du consensus pour que l’ordre de l’empire imposé par les armes et l’argent soit érigé en légitimité universelle. Toute objection devient un délit voire un crime.
La primaire socialiste est un excellent moyen d’évacuer la question de l’alternative politique au profit de l’« incarnation » de la candidature.
Le PS qui ne peut opposer un programme de gauche à celui de Sarkozy croit pouvoir exister en offrant un « débat » interne qui, certes, peut faire une certaine audience médiatique mais qui ne peut que désespérer les français en attente d’une politique sociale et solidaire.
De même que le PS a trahi le peuple français en matière européenne, il croit qu’une pratique purement formelle de la démocratie interne pourra le dispenser d’un véritable affrontement à la politique sarkozienne.
Avec ce « penseur » et son ami DSK, ce n’est pas la philosophie de la misère mais la misère de la philosophie !
Qu’y a-t-il de tragique dans cette connivence journalistique qui vient prendre le relais de l’armée d’avocats et des conseillers en communication ?
Monsieur Strauss-Kahn, quoiqu’il ait fait, n’est pas à plaindre. Son aventure judiciaire lui a permis de bénéficier de tous les amortisseurs que procurent la fortune et les relations.