En fait il faut nous rendre à l’évidence : le nucléaire est une filière particulièrement riche en incertitudes qui portent sur des dangers à des niveaux aussi élevés que divers.
Vous avez parfaitement raison. Mais maintenant il faut raisonner sur des arguments.
* Quel est le risque réel de l’énergie nucléaire ? Sur toute son utilisation civile, le seul événement réellement catastrophique est Tchernobyl, dont la conception n’a rien à voir avec celle des réacteurs actuels et envisagés. Le deuxième, qui n’a donné lieu à aucune "fuite" radioactive, et est donc à envisager en "risque potentiel", est Three-Miles Island ; ce risque de fusion du coeur est maintenant éliminé dans la conception des EPR
* de l’autre côté, imaginons que nos sociétés soient incapables de dépasser notre intoxication au pétrole et au gaz. Toute notre productivité chute alors au niveau de celle du Moyen Age. Nous seront alors incapables de soutenir la surpopulation mondiale qui se réduira alors de manière drastique par famines, guerres, maladies jusqu’au niveau de celle du Moyen Age. Quelques 4 milliards de morts totalement inévitables. Pire encore, la civilisation ne pourra émerger à nouveau que lorsque les stocks carbonés se seront reconstitués, dans quelques dizaines millions d’années. Autant dire que ce seront des dinosaures qui devront alors se poser la question...
Quelle alternative avons-nous AUJOURD’HUI au pétrole ? Quelle énergie peut-elle être généralisée en moins de 30 ans, qui ne soit pas le nucléaire ? Qu’utiliserons-nous, pendant ces décennies où il faudra reconvertir toutes nos économies au renouvelable et à la décroissance, si nous n’avons droit ni au pétrole, ni au nucléaire ?
Il est normal d’avoir peur de l’avenir, puisqu’il est à peu près évident qu’il ne ressemblera en rien au siècle précédent, en terme de paradigme de société. Là où est la question c’est, de quoi faut-il avoir le plus peur ? Et s’il faut faire le choix entre des millions d’années de barbarisme et le risque (tout relatif) du nucléaire...
Que vous vouliez des énergies renouvelables, c’est le cas de tout le monde, même les partisans du nucléaire, et cela j’en suis-sûr. Mais si c’était si immédiat (instaurable en moins de dix ans), ce serait déjà en route, ne vous inquiétez pas. Et pas la peine d’invoquer le lobbye nucléaire : il n’empêche pas de dépenser plus de 150 millards de dollars en 2008 pour les énergies renouvelables, ce qui est extrêmement encourageant, à mon sens.
Multiplier les centrales c’est multiplier les risques, surtout si elle sont très pret des villes.
L’énergie nucléaire est donc un moyen de limiter la consommation énergétique, et donc la croissance infinie, plus qu’une quelconque nouvelle "énergie gratuite".
Il est d’ailleurs étonnant de voir la peur provoquée par 50 centrales nucléaires extrêmement contrôlées, surveillées, étudiées, entrenues, quand on la compare à d’autres "machines de mort" fabriquées par dizaines de millions, aux mains de certains individus au comportement adolescent, mal entretenus et tellement sujets à des pannes. Et qui elles tuent des milliers de personnes par an... L’automobile...
Océans et atmosphère n’ont vraiment aucun besoin qu’on les réchauffe à l’époque actuelle, et cette injection de chaleur doit être qualifiée de " pollution thermique ".
Je me permets de recopier ici un petit post posé sur un article précédent (et fort intéressant) sur l’énergie des marées : ici
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Puissance recue (Ps) par la Terre du Soleil :
Ps=E*(1-a)*S
Où :
E=1000 W/m² est le puissance surfacique reçue par la Terre du soleil
a=0.3 est l’albedo terrestre
S=4*Pi*R^2 est la surface de la Terre (en la supposant sphérique)
On obtient :
Ps=3.56*10^17 W
Puisse énergétique mondiale en 2005 (toutes sources et vecteurs confondus) :
Wm=11.43 GTep=4.79*10^20 J
Soit :
Pm=1.52*10^13 W=15.2 TW
Pm/Ps=4*10^(-5)
Nous consommons donc 0.004 % de l’énergie thermique issue du soleil. Nous avons donc relativement de la marge du côté de la production de chaleur issue de nos sociétés, si nous mettons de côté le fait que l’écosystème est une boucle de rétroaction potentiellement métastable (ce dont je n’ai absolument aucune idée en termes quantitatifs)
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Un " EPR " […] : c’est d’abord et avant tout une gigantesque bouilloire qu’il faudra, cycle de Carnot oblige, refroidir afin de récupérer une fraction, environ 35%, de sa puissance totale sous forme d’électricité. […] L’excédent de cette chaleur devra être évacué, ce qui pourra se faire dans l’atmosphère via des aéro-réfrigérants, dans les rivières ou en mer.
Cette "ressource naturelle en source froide"sera exactement la même, que l’on utilise du géothermique profond, du charbon/pétrole/biogaz, du solaire par concentration... ou du nucléaire. Les paramètres variables étant uniquement :
* la quantité de chaleur globale que l’on veut transformer en électricité
* la densité de puissance de la centrale électrique
Cet argument est donc un argument pour la décroissance énergétique, et non pas contre le nucléaire, puisqu’il est contre toute source d’énergie à partir de la chaleur...
D’ailleurs pour ce qui concerne les très longues périodes la question des déchets nucléaire n’est pas résolue : il faut stocker des quantités non négligeables de produits dangereux pour des milliers d’années sans que l’on puisse savoir si les méthodes de stockage employées seront efficace à long terme...
Une quantité non négligeable d’efforts sont dépensés afin de résoudre ce problème. Bien retenir que les recherches pour éliminer ces déchets et s’en servir comme source d’énergie (quelques milliers d’années) ont été stoppées en 1997
Or nous assistons depuis quelques années à une effervescence, qui ne semble pas en voie de se tarir en dépit de la crise économique et financière actuelle, dans le domaine des énergies renouvelables (desquelles j’exclus le nucléaire, dépendant d’une ressource fossile*) qui est en voie de remodeler en profondeur le paysage énergétique.
A propos de l’énergie, au niveau stratégique mondial, il faut prendre en compte les contraintes suivantes :
* du peu de maturité des énergies "renouvelables" : elles ne sont pas prêtes actuellement à prendre le relais (en termes d’implantation, rendements parfois négatifs, puissances insignifiantes…),
* de la nécessaire décroissance : cette décroissance ne passera pas par les "ampoules basse énergie" ou autres "futilités" qui ne changeront rien : elles passeront par un changement de paradigme économique et de gestion de la population, au niveau mondial, qui ne PEUT pas se faire en peu de temps
* du délai qu’il faut envisager pour ce genre de changement, délai qui dépasse largement les prévisions de Total de réserves de pétrole (et c’est dire)
* du problème du relâchement de CO2 dans l’atmosphère
Toutes ces contraintes forcent à admettre qu’il nous faut une énergie :
* immédiatement accessible
* puissante : capable de fournir des GIGAWATTS (et pas moins)
* qui ne relâche pas des déchets immédiatement dans la nature par un pot d’échappement
Et, mes excuses, il n’en existe aucune capable de tenir ces contraintes autres que le nucléaire :
* Un EPR produira 1,5 GIGAWATTS (1500 Megawatts)
* les déchets en terme de volume sont faibles, localisés et on peut les surveiller
* les acteurs du nucléaires SAVENT qu’ils ne peuvent pas les laisser dans des caves pour des millions d’années et travaillent d’arrache-pied pour élaborer des technologies capables de les éliminer (avec des réacteurs rapides, nous aurions des milliers d’années d’énergie rien qu’avec nos propres déchets franco-français)
Et il est plus ou moins évident que cette énergie nucléaire est TRANSITOIRE :
* le temps que nous apprenions à changer nos économies, et la gestion de la population (tristement obligatoire)
* le temps que nous apprenions à nous servir plus efficacement d’énergies renouvelables, ou de réacteurs à fusion type ITER ou de manière correcte du meilleur réacteur à fusion qui existe dans l’univers : le soleil (mais mes excuses, nous devrons alors passer par des systèmes de production d’énergie dans l’espace, sur Terre, sont rendement est excessivement mauvais ; et là, on en est loin, vu la baisse des budgets dans l’espace)
Merci malgré tout à l’auteur.
* à titre de curiosité intellectuelle, j’invite les lecteurs à consulter l’article sus-cité sur l’énergie marémotrice : on s’y rend compte que l’énergie marémotrice est donc une « énergie fossile »)
Quelques objections cependant :
* la plus grosse (et fondamentale) différence entre la loi du marché et la sélection naturelle, c’est que dans la nature, les gènes d’un individu sont une donnée inaltérable, tirée au hasard, et dont personne n’a conscience. Dans les sociétés humaines, les opinions d’un individu changent, les choix sont extrêmement influencés par le suivisme et les modèles économiques changent plus ou moins immédiatement la réalité dès qu’énnoncés. A mon sens ces différences sont suffisamment fondamentale pour éviter de faire un calque
* une autre différence : dans la nature, la transmission de l’information est lente. Dans nos systèmes hautement interconnectés, automatisés et ultra-émotifs, l’information elle-même devient dangereuse : la fameuse crise de confiance. Les animaux ne meurent pas de peur à savoir qu’un groupe de congénère est mort à 1000 km. Pour aller plus loin, si l’on suppose une boucle de rétro-action (nécessaire pour la théorie libérale afin d’expliquer l’optimisation des prix) cette rapidité d’information et son amplification au travers du monde, peut s’assimiler à un "gain d’asservissement" énorme : il y a risque de "pompage", voire même de système d’asservissement explosif...
* le libéralisme repose sur la notion de crise, qui permet le réajustement du prix au fameux prix optimal à chaque instant. Cette crise peut aller de la mini-crise (baisse des ventes d’un produit), à la crise moyenne (faillite d’une grosse entreprise) jusqu’à la crise systémique (destruction de tout le système économique). Si une éruptions solaire hypothétique fait monter la température de la Terre de 1000°C pendant 1 an, je ne suis pas sûr que la moindre cellule vivante parviendra à survivre pour se réajuster au nouvel optimum : les niches écologiques seront vides, mais personne ne sera là pour les remplir. Probablement y a-t-il de la corruption à l’origine de l’action politique, mais m’est plus avis que nos responsables politiques (et nos vampires financiers) ont surtout les chocottes de retourner travailler la terre ou se faire décapiter au passage
Pour finir, je tiens à affirmer que la convergence du prix vers un prix optimal à chaque instant, n’a jamais été démontrée. Et je tiens comme contre-exemple que dès que le prix lui-même devient contraignant pour la survie (prix de la baguette de pain en période de disette), les mécanismes spéculatifs le font exploser.
C’est exactement pour cela qu’on cherche à recycler les déchets nucléaires, pour quelques milliers d’années d’électricité.
La dernière fois que ce type de recherche a été stoppé c’est 1997.
L’eau on en a.
Le fait qu’on n’ait finalement peu d’eau est probablement le meilleur argument pour la décroissance énergétique. Cette "ressource naturelle en source froide"sera exactement la même, que l’on utilise du géothermique profond, du charbon/pétrole/biogaz, du solaire par concentration... ou du nucléaire. Les paramètres variables étant uniquement :
* la quantité de chaleur globale que l’on veut transformer en électricité
* la densité de puissance de la centrale électrique
Cet argument est donc un argument pour la décroissance énergétique, et non pas contre le nucléaire, puisqu’il est contre toute source d’énergie à partir de la chaleur...