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  • Premier article le 16/04/2009
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Derniers commentaires



  • Naja Naja 27 septembre 2008 12:56

    Bonjour, 

    En commentaire à ce très riche article, je voudrais revenir sur le parallèle fait entre l’inquisition et l’éradication de la pédocriminalité. Je ne remets pas en question les similitudes exposées ni leur pertinence mais j’entends insister sur les différences.
    Entre autres en complément de la réponse apportée plus haut par l’auteur à une remarque de Philippe Renève. Je cite  : "Tout d’abord, il est très étonnant de voir, à propos des "pédophiles", qu’en deux ou trois décennies seulement, on soit passés d’une tolérance amusée envers le pépé qui tripotait les petites filles dans la cour à une répulsion très forte - je ne dis pas qu’elle est injustifiée - pour des délinquants abhorrés. Quel est le cheminement d’idées et médiatique qui a changé aussi vite "l’opinion publique" et pourquoi ?"

    A l’auteur  : j’ai bien lu que vous annonciez clairement de quel côté vous vous placiez. Votre position démontre que l’on peut tout à fait condamner avec fermeté les actes pédocriminels sans pour autant se transformer en inquisiteur barbare et/ou liberticide. Merci pour cela.
    J’espère que le paragraphe ci-dessous s’avèrera inutile aux lecteurs de votre article et des commentaires qui s’en suivent. Dans le doute, je me permets d’enfoncer certaines portes ouvertes. Ce à la lumière d’autres discussions et lectures... principalement votre ouvrage sur l’inceste. J’espère ne pas trop planer en le faisant.

    ---

    L’anormalité de la pédocriminalité et celle de l’hérésie -ou hétérodoxie- se distinguent par leur nature. L’acte pédocriminel manifeste en soi une abomination qui est absente de la seule affirmation d’une non conformité à l’ordre établi. Non que les guerres de religions n’aient pas conduit à des atrocités, mais le simple fait de ne pas épouser la doctrine catholique n’est pas en soi une monstruosité. Violer des enfants si.
    Je précise que je distingue ici clairement les fantasmes pédophiles des passages à l’acte. Si je qualifie l’acte de monstrueux (au sens d’innomable/indigne), je n’estime pas que le fantasme le soit. Et je ne considère pas pour autant ces criminels comme des monstres. Je les connais assez pour savoir combien ils nous ressemblent. Et je les sais aussi trop nombreux et trop bien intégrés à nos sociétés pour ne pas penser que les désigner ainsi serait une absurdité. Voilà donc des hommes qui, de fait, ne sont pas des monstres et qui pourtant commettent des actes que les autres hommes jugent monstrueux... il y a là un paradoxe sur lequel nous devrons bien finir par nous pencher. Et ce n’est effectivement pas en minimisant ces crimes ou en banalisant ce mal que nous pourrions le résoudre.
    Les menaces que représentent ces deux déviances ne sont pas non plus du même ordre. Quand l’hérésie met en péril des dogmes religieux et la morale qui en découle, quand l’étrangeté ou la "folie" éprouvent le bien-fondé de nos normes... la pédocriminalité s’attaque à l’humanité en transgressant les tabous fondateurs de toute civilisation. Dois-je préciser que que cela ne saurait justifier la moindre barbarie à l’égard de ces criminels ? (Voilà qui est fait).

    A ne pas garder à l’esprit ces distinctions, on peut être amené à penser que la condamnation morale de la pédocriminalité n’est qu’une question relative. Relative aux bonnes moeurs d’une époque. On pourra alors considérer que ces dernières ne sont pas meilleures ou pires que ne l’est toute doctrine. Si bien que la morale qui conduit à réprouver ces actes n’aurait pas plus de valeur ou de sens que n’en avait celle prônée par les extrémistes catholiques du temps de l’inquisition.
    Un point de vue qui au fond revient à affirmer que les idéaux démocratiques sont dogmatiques. Il est vrai que quand on voit ce qui se commet au nom de la démocratie, il est tentant de réfuter d’un bloc la valeur de ses principes. Sauf qu’on peut commettre tout au nom de n’importe quoi, ou plutôt n’importe quoi au nom de ce qui nous sied.
    A l’extrême de cette position relativiste, certains estimeront alors que condamner moralement la pédocriminalité s’apparente à une énième forme de prêche qui ne peut résulter qu’en oppression. Raisonnement pervers qui peut aller loin, pour peu qu’il s’adjoigne au déni. C’est ainsi que j’ai parfois lu que le signalement des pédocriminels avérés rappelait tristement les actes de délation sous le régime de Vichy. (Si si, je l’ai lu, et pas qu’une fois). Ca fait froid dans le dos...

    ---

    Enfin, comme indiqué dans l’article, l’effroi et le dégoût suscités par la pédocriminalité comportent d’autres dimensions, au delà de la seule peur de l’inconnu. L’ampleur du phénomène et le silence qui l’entoure révèlent une profonde perte de sens de nos valeurs simplement humaines. Et cela nous renvoie à des questions pour le moins effrayantes. Retour au paradoxe souligné plus haut  :
    Devons-nous intégrer à notre image de l’Homme cette part d’ignominie ou l’en exclure ? En tant que représentant de l’Humanité, porterions-nous tous en nous une potentielle "monstruosité" ? Comment s’en protéger (de soi-même et pour les autres) ? Nécessairement par des actes de pur exorcisme ? N’avons-nous pas la responsabilité d’assumer ce sombre pendant de notre humanité ? Il est plus rassurant de répondre "Oui, mais moi, je ne suis ni pédophile ni criminel, ça ne me concerne donc pas !". Oui, et ? Eux ne seraient pas des hommes alors ?
    De vertigineuses interrogations qui facilitent d’autant l’instrumentalisation de nos peurs. Précisément parce que la mise en oeuvre de solutions purement répressives permettent de les éluder. C’est aussi cet escamotage qui rend la coercition si pernicieuse. 

    C’est sur ces rassurantes considérations que je vous laisse...

     



  • Naja Naja 25 septembre 2008 00:44

    @ Iren Nao, suite :

    Pour ce qui est de ma personne, vous n’avez à pas à vous casser la tête non plus. Je ne témoigne pas ici dans le but d’être réconfortée. Je le fais pour informer. Et ma démarche n’est pas purement altruiste, elle sert aussi des besoins personnels. Elle me permet de surmonter une certaine frustration en faisant sur internet ce que je préfère éviter de faire dans ma vie réelle (où il m’en coûterait trop en raison du tabou qui entoure la question).
    Que cette lecture vous secoue n’est pas non plus pour moi le but de la maneouvre. Le but est d’informer, faire prendre conscience et soulever chez le lecteur les interrogations que vous exprimez. Que cela vous secoue en est la conséquence. Je serais tentée de dire que celle-ci est normale. Pourtant, force est de constater que beaucoup préfèreront garder les yeux fermés, justement pour s’épargner la secousse. C’est donc tout à votre honneur d’avoir le courage de vous intéresser au problème.
    Sur les possibilités offertes par internet, je rejoins totalement l’auteur. J’ai aussi participé à des forums dédiés au sujet et cela m’a beaucoup apporté. J’espère avoir pu aider en retour.


    « Je dirais seulement que les etres qui ont souffert ainsi dans leur ames sont souvent capable d’attirer de la vraie affection [...]
    plus que d’autres »
    Je dirais plutôt l’inverse. Pour ne parler que de mon cas, je n’attire pas plus l’affection qu’un(e) autre. Pour le moment, plutôt moins d’ailleurs.

    « (qu’il ne faudrait pas confondre avec de la pitie, mais quand bien meme , la pitie n’est pas forcement humiliante) »
    Je me sens plus ou moins rabaissée par les démonstrations de pitié. Mais je me perds à tenter d’expliquer clairement pourquoi...
    Je me sens enfermée dans une souffrance que l’autre imagine et qui n’a que peu de rapport avec ce que j’éprouve. Envie de dire en même temps "Pas du tout ça, tu ne sais pas..." et "De toutes façons, je ne suis pas que cela, de grâce !". Peut-être que le pb tient aussi au rôle que la personne qui me témoignerait sa pitié confère à celle-ci. Je perçois dans l’attitude quelque chose de condescendant. Je me sens considérée comme une pauvre petite chose que seule la bonté de quelques âme généreuses comme la sienne pourraient tirer d’affaire (j’en rajoute pour me faire comprendre). Non que je pense pouvoir me passer de l’aide de qui que ce soit, mais le soutien ne passe par la pitié. Au contraire ! Et puis la simple connaissance de mon histoire n’a pas à se transformer en obligation de m’aider, pas plus qu’en devoir de me réconforter.
    Pour en revenir à la pitié, j’ai parfois l’impression qu’elle rassure surtout l’autre sur sa propre bonté. Bref, elle m’embarrasse...


    « Mais ou vont ils chercher de tels desirs, qu’est ce qui est donc si pete dans leur tete ? Ou ont ils si mal ? »
    Je crois qu’il ne s’agit pas tant de désir que de besoin de domination et volonté de destruction. Et je pense que cela vaut pour toute violence sexuelle, quel que soit l’âge de la victime. Soit dit en passant, penser qu’il s’agit là d’une question de désir amène souvent les victimes à croire qu’elles ont provoqué la violence en suscitant désir de l’agresseur.


    Sur le reste, je laisse à l’auteur le soin de vous répondre.


    Naja



  • Naja Naja 24 septembre 2008 17:42



    @ Iren Nao

    (Ci-dessous la réponse que j’avais préparé pour votre premier commentaire. Je viens de voir le second, j’y réagirai plus tard.)

    Merci pour la considération dont votre commentaire témoigne.

    J’ai ralé plus haut du peu de commentaires... c’était mon humeur du jour, rien de plus.
    A la question de la réaction adéquate (ici mais surtout dans "vraie vie"), je n’ai pas plus de réponses que vous en fait... il n’y en a pas d’asolues.
    J’allais me lancer dans un blabla sur la compassion, la commisération et la pitié... puis finalement, non. Je dirais que l’essentiel est que la personne soit sincère et qu’elle se garde de toute forme de condescendance. Peu m’importe alors le nom qu’elle donnera à son attitude.

    « Et puis on est bien force de se poser la question concernant les predateurs. »
    En effet. Vaste question... qu’il importe de se poser courageusement.


    Bien à vous,
    Naja
     



  • Naja Naja 23 septembre 2008 01:31

    Oui, je me sens complètement libre de me sentir gênée par les élans affectifs d’un internaute qui tient à m’enfermer dans ses cases préconcues.

    "Je ne vous ai pas proposé de vous faire l’amour, mais de vous aimer. Ce n’est pas la même chose. J’aime ma fille et je ne lui fait pas ce que le vôtre vous a fait. Ne projetez pas sur moi, l’image du personnage qu’était votre père. Vous vous trompez d’ennemi."
    Ce passage de mon commentaire était de l’auto-dérision. Désolée de constater que vous n’avez pas perçu comme tel.
    Je n’ai pas supposé un seul instant que vous me proposiez quoi que ce soit d’autre que ce que vous avez écrit. Encore moins que vous vous comportiez comme un pervers avec votre enfant. Là, vous délirez tout seul. Et vous vous montrez franchement insultant.
    Maintenant s’il vous arrange de ne voir que des projections partout dans les propos d’autrui quand ils vous gênent, libre à vous. Mais vous gagneriez à ne pas franchir la ligne de l’irrespect pour autant.

    Si tout commentaire autre que "je partage totalement votre analyse" est pour vous une polémique inutile que vous prenez comme une attaque personnelle, rien ne sert d’exposer votre propos. Je vous suggère de rester dans votre coin ou de ne vous entourer que d’admirateurs, vous y serez plus tranquille et en sécurité.
    Et si la contradiction vous insupporte au point qu’elle vous conduit à qualifier d’imbécile tout interlocuteur qui ne se prosternerait pas devant votre libre pensée, ne vous étonnez pas ensuite que votre vision humaniste prétendument basée sur la relation et le refus de l’exclusion soit perçue comme une décevante hypocrisie.





  • Naja Naja 22 septembre 2008 23:38

    @ Pierre Meur,

    	 	 	 	

    Dommage que vous ne considériez mes commentaires qu’à l’aune de ce que vous inférez sur mes traumatismes !
    Vous dites  : « Votre cas personnel et le traumatisme subit tend à vous faire projeter celui-ci sur tous les actes inéquitables, mais malheureusement, c’est pour les comparer à votre cas personnel qui est devenu votre référence incontournable. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de traumatisme.  ». Je serais curieuse de savoir ce qui de notre échange vous permet de juger avec autant de certitude ma façon de concevoir tous les actes inéquitables. Mais soit, partons du principe que votre étiquetage a priori de ma personne est fondé et n’a rien de réducteur (toussotement). Fort de cette base, vous poursuivez alors votre développement et si je vous suis, ma supposée attitude est entendue comme contraire à votre humanisme, dans la mesure où elle témoignerait d’une position individualiste via le repli sur soi ainsi que d’un néfaste excès de subjectivité. Me voilà donc enfermée par vos soins dans mon "cas personnel", lieu duquel mes interventions n’ont plus d’autre valeur que la compassion que mon vécu peut vous inspirer.
    Percevez-vous qu’il s’agit là d’une forme d’exclusion ? Car quand bien même je ne comprendrais l’injustice qu’en me référant à celles que j’ai vécues, pourquoi cela devrait-il vous conduire à ne pas considérer l’ensemble de mes propos... si ce n’est en les balayant du revers de votre main compatissante ? Quelle serait la légitimité humaniste d’une telle démarche ?
    Je suis quelque peu étonnée. Vous parlez d’alliance, de refus de l’exclusion, d’importance de la relation et de prise de conscience collective. A l’occasion d’une remarque, je suis amenée à vous faire part de l’existence d’un tabou et d’un déni collectif portant sur l’un des aspects les plus cannibal de nos sociétés. Vous me répondez alors en me collant dans une case "traumatisée individualiste" d’où je serais pour ainsi dire inapte à débattre de quoi que soit tant ma perception du réel serait déformée, puis en rappelant que l’humanité n’est pas faite que de salauds et qu’à chacun ses malheurs. Je suis désolée mais pour la volonté d’alliance, d’adoption au principe de réciprocité et de prise de conscience, on repassera...

    « Mais on ne lutte pas contre l’iniquité par de bons sentiments ou par ressentiment. Il faut comprendre les mécanismes qui amènent à l’iniquité, et cela ne peut se faire que par une analyse rigoureuse, si on veut que la solution soit efficace. »
    Vous confondez ressentiment et indignation. Quand je parle d’indignation, j’entends « juger indigne », non « se laisser envahir par un flot de passions ». A moins d’être un robot, juger un fait indigne implique de s’en offusquer. Pour autant, cela ne mène pas forcément à l’envahissement d’émotions contre lequel vous mettez, à juste titre, en garde. Pas plus que cela ne prive de la possibilité d’une analyse rigoureuse des mécanismes qui y conduisent.
    Je doute fort que votre attitude vous amène à ne rien juger indigne, ni à vous comporter comme un être dépourvu de sentiment. Ce n’est pas ce que je lis en tous cas.

    « D’où l’intérêt d’avoir une vision objective sur l’humanité et l’iniquité, si je ne veux pas être envahi par une subjectivité ...  »
    Mais vous demeurez bien un sujet, qui voit le monde depuis là où il se trouve, en fonction de ce qu’il est, a été, de son expérience, de ses rencontres, de sa personnalité etc. Pensez-vous qu’il soit possible de vous départir de votre subjectivité ? D’où pensez-vous que vous verriez l’humanité dans ce cas ? Personne ne peut être purement objectif, chacun étant sujet. Partant de ce constat, l’attitude la plus raisonnable me paraît plutôt être celle où l’on vise la conscience de sa propre "loupe" et de la nature des déformations qu’elle peut engendrer. Celle où l’on garde aussi une certaine humilité en admettant que notre vision puisse comporter des points aveugles. Je pense que c’est ainsi que l’on peut éviter de tomber dans l’extrême que vous évoquez où notre perception serait si réduite et déformante qu’elle n’aurait plus rien ou presque de commun avec la réalité dite consensuelle. A l’inverse, croire en une objectivité absolue est à mon avis le plus sûr moyen de rester aveugle à l’inévitable influence de notre dimension personnelle dans notre perception du réel. Peut-être est-ce précisément ce que vous entendez par "travail préparatoire". Mais à mon sens, il s’agit plus d’une attitude permanente que d’un préalable à un stade d’une autre nature.
    Vous parlez en outre de l’importance du concret et de la nécessité de ne pas se perdre dans l’abstraction. Je partage ce point de vue et j’essaie de ne pas m’oublier dans l’imaginaire, même si ce n’est pas encore ça. Cela dit, à bien y regarder, je me demande si l’objectivité ne serait pas un concept tout ce qu’il y a de plus abstrait.
    Ne croyez-vous pas qu’il y a plus à gagner en prenant en compte les points de vue subjectifs d’autrui afin de pouvoir éventuellement en enrichir le sien... qu’en se concentrant sur une recherche de pure objectivité qui de fait exclura les apports spécifiques et originaux de chacun ?

    «  Le pire qui puisse arriver à l’être humain, c’est le repli sur soi-même et la crise de scepticisme qui vous détruit peu à peu, et qui vous transforme en prédateur.   »
    Euh... seriez-vous en train de vous autoriser à me prédire un possible avenir de prédation si je ne me ralliais pas à votre vision humaniste ? Rien ne serait moins choquant...

    « D’individu à individu, vous avez toute ma sympathie. Si nous étions face à face, je vous prendrais dans mes bras, afin de vous faire oublier, un moment, ce qui vous a meurtri, et surtout pour vous redonner confiance en l’humanité. »
    Vous ne savez pas à quel danger vous vous exposeriez, lol ! Déjà que je suis allergique à la bise... être prise dans les bras d’un inconnu, vous n’y pensez pas !
    Non, sérieusement, si vous aviez été en face de moi, vous n’auriez jamais rien su de tout cela.

     
    En tous cas, je vous remercie pour votre commentaire, j’ai trouvé votre réaction assez instructive.

    Cordialement,
    Naja

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