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Philippe Vassé

Philippe Vassé

Historien de formation initiale, humaniste attaché au savoir, libre penseur et laïque, je réside à Taïwan, au bord de l'Océan Pacifique et aux pieds de magnifiques montagnes.

Tableau de bord

  • Premier article le 02/05/2007
  • Modérateur depuis le 26/06/2007
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Derniers commentaires



  • Philippe Vassé Philippe Vassé 31 décembre 2007 15:21

    Cambronne,

    Vous avez pointé LE problème historique de l’identité polonaise qui est que ses sources « nationales » sont diverses, avec des « empreintes » russes et germaniques notamment, comme cela est le cas dans les Pays Baltes en partie aussi.

    Vous avec cité Lvov qui s’appela Lemberg, comme on pourra parler de Wroclaw qui se prénommait Breslau, ou encore Brest-Litovsk et la région à l’Est de cette cité.

    Vous avez bien compris, par votre expérience, que cette partie de l’Europe ne peut offrir prise, effectivement, à des concepts ou idées simples.

    Le colonel Beck portait un nom allemand, avait des ancêtres que je qualifierai- pour éviter les critiques de susceptibilité- de Volksdeutscher alors que d’autres officiers autour de lui avaient une ascendance russe (sous l’Empire tsariste)comme le maréchal soviétique Toukatchevsky avait des ascendances en Pologne. Tout cela forme des relations très étroites et pour le moins « complexes ».

    La dirigeante socialiste anti-stalinienne, Halina Stein, dont je connais bien la famille, était d’origine juive ET allemande. Elle a probablement été fusillée en 1938 selon des sources, en 1940 selon d’autres, pour « opposition trotskyste », ce qui à l’époque qualifiait toute personne ayant des idées politiques qui niait les qualités du chef génial et du « Père du peuple et du parti ».

    Quant à la bataille de la Vistule de 1920, sans remettre en cause ni les officiers français, ni les soldats polonais, tout historien sait bien que la cause de la victoire polonaise et donc de la défaite russe fut la désobéissance de Staline, commissaire militaire du front polonais, aux ordres stratégiques pourtant limpides de Trotsky, son chef hiérarchique de l’époque.

    Dans un document posthume du maréchal soviétique Rokossovsky- lui aussi natif de Pologne- sur le choix de Staline de laisser écraser la capitale polonaise en août 1944, ce dernier estime que l’ordre de son chef d’Etat de l’époque avait pour origine la volonté de « laver l’affront subi par Staline en 1920 devant cette ville et de faire payer cette défaite aux Polonais ».

    C’est un avis personnel autorisé, pas une preuve conclusive certaine. En même temps, Rokossovsky explique que ses troupes, qui avaient combattu en offensive depuis le 22 juin 1944- soit presque deux mois- étaient épuisées, que ses unités avaient besoin de repos et que ses chars opérationnels étaient moins nombreux maintenant que ses adversaires.

    La vérité est ici aussi assez difficile à cerner et on peut l’approcher en disant que l’arrêt devant Praga (banlieue de Varsovie) de l’Armée Rouge avait bien des raisons militaires évidentes, mais que ses conséquences sur les habitants de la capitale polonaise n’ont pas déplu à Staline.

    Là aussi, l’historien, en posant ce principe prudent, se couvre contre toute interprétation non-prouvée.

    Merci de la qualité de ce débat qui enrichit tous les acteurs, avec intelligence, savoir et honnêteté.

    Bien cordialement,



  • Philippe Vassé Philippe Vassé 31 décembre 2007 14:54

    Julius,

    Vous semblez être très mal informé des évolutions des historiens du monde entier depuis la parution des chiffres donnés par Stéphane Courtois seul -contre les avis et critiques de ses anciens collègues- qui se sont désolidarisés des ses « données ».

    Wikipédia- rubrique : Stéphane Courtois« et les rubriques annexes concernant l’histoire des communismes au monde vous apprendront donc que depuis son fameux »livre noir du communisme", les chercheurs qui travaillaient avec lui ne partagent pas ou plus ses fantasmes personnels.

    Ce processus est un processus mondial des chercheurs en Histoire contemporaine, et pas du tout relatif à un pays particulier.

    Plusieurs facteurs expliquent ces modifications :

    1- Stéphane Courtois a fait des calculs qui confondaient des causes diverses de dècès et surtout il a augmenté de lui-même à l’époque les données fournies par son équipe. Cela explique son désaveu dans la profession ;

    2- Presque tous les spécialistes de la période et du sujet rejettent son orientation non-scientifique et son caractère « militant » à la recherche du « sensationnel médiatique » en lieu et place du travail scientifique de terrain, méticuleux et précis.

    3- Sur l’URSS et la Chine notamment, avec les études démographiques et les archives aujourd’hui accessibles, on constate que les pertes dues exclusivement aux actes de répression des régimes cités sont largement inférieurs aux annonces « approximatives’ et »arbitraires" de Courtois.

    Ainsi, en 2000, est paru le travail collectif de chercheurs en Histoire intitulé « le siècle des communismes » qui restitue les réalités que Courtois a volontairement masquées ou déformées. Notamment, les chercheurs du monde entier dans le domaine, à quelques rares exceptions près, estiment que l’on ne peut parler de communisme au singulier, mais de communismes au pluriel vu les nombreuses et profondes différences entre les régimes considérés, leurs origines, leur influence, les conditions des pays dans lesquels ils ont été ou sont encore à la tête de l’Etat, et bien d’autres paramètres que Courtois refusait de prendre en considération.

    Ce travail est aussi visible sur Wikipédia à la rubrique « le siècle des communismes ».

    Ce qui différencie Courtois des autres chercheurs, c’est qu’il présuppose les faits et refuse d’étudier la complexité des divers problématiques historiques. Par ailleurs, plus personne dans le milieu historique compétent et professionnel n’assimile plus, comme il le faisait contre l’avis de ses collègues, le nazisme au communisme.

    Même Nicolas Werth a bien expliqué avec ironie que « plus on étudie les deux systèmes, plus on voit augmenter les différences ».

    Espérant que vous aurez appris que l’Histoire, ce n’est ni la politique, ni un jugement, ni un travail morla, ni les passions idéologiques, ni les préjugés, mais l’étude rigoureuse et scientifique des faits historiques.

    Bien cordialement,



  • Philippe Vassé Philippe Vassé 31 décembre 2007 12:40

    Proudhon,

    Vous avez évoqué, dans un commentaire de réponse à Cambronne, le fait qu’il n’existait pas de « Livre noir du capitalisme ».

    C’est donc avec intérêt que vous apprendrez que ce document existe en suivant le lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Livre_noir_du_capitalisme

    En effet, les historiens s’attachent parfois à se répondre les uns aux autres, par voie de publication interposée.

    Je précise que ce travail collectif a été publié avant le « Livre noir du communisme » qui a eu certes plus de publicité médiatique, laquelle n’a pas par contre suivi les critiques des propres collaborateurs de Stéphane Courtois, voire les condamnations de ses positions politiques en lieu et place de la recherche historique rigoureuse par ses anciens collègues de travail.

    Bien cordialement,



  • Philippe Vassé Philippe Vassé 31 décembre 2007 11:56

    Cambronne,

    Votre dernier commentaire est très intéressant et clair. Je suis d’ailleurs d’accord avec vous sur les points abordés, notamment la participation de troupes polonaises aux côtés des Alliés, soviétiques et occidentaux.

    Concernant le « calme » en Pologne de fin 1945 à 1989, comme je l’ai écrit clairement, c’est une expression relative, ayant cité les divers évènements sanglants qui ont scandé, de manière irrégulière, cette période.

    Ce que je souligne ainsi est que nul ne peut comparer, sur aucun plan, l’occupation nazie de la Pologne avec le régime qui a existé de 1945 à 1989.

    Ce qui existe AUJOURD’HUI dans la conscience populaire de Pologne à l’égard de la Russie est plus en relation avec la trahison-agression de 1939, puis l’abandon de la population de Varsovie à la répression nazie en août 1944, que le régime stalinien en lui-même.

    Car, de 1945 à 1989, sauf erreur de ma part, les troupes russes n’ont jamais tiré sur les Polonais, à l’exception des combats avec les survivants de l’Armée Nationale, finalement réduite à néant courant 1949.

    Quant à l’antisémitisme traditionnel en Pologne, il convient de signaler que si le régime l’a utilisé lors de la crise de 1968 contre ses opposants -avec des expulsions parfois célèbres, notamment les parents du leader de la CGT Henri Krasucki, l’Eglise catholique et le pape Jean Paul II l’ont aussi entretenu (cf : épisode des nonnes catholiques à Ausxhwitz, déclarations antisméites de Lech Walesa, etc...).

    Cela dit, sur ce sujet que je connais bien (je parle de la Pologne et de sa population), il est à signaler que des communautés juives polonaises actuelles continuent à exister, notamment avec des immigrants venant de Russie, mais d’ascendance polonaise -en fait les descendants des Juifs de la partie soviétique de la Pologne de 1939.

    Petit complément d’information sur un point du débat que je n’ai pas assez éclairci à votre égard : nombre de citoyens polonais de 1939 ayant des ascendances germaniques ont été engagés comme « Volksdeutscher » dans les troupes SS, voire, plus rarement, dans la Wehrmacht.

    Le débat, qui recoupe les questions nationales connues de l’Histoire de cette partie de l’Europe, continue afin de savoir si l’on considère ces soldats comme « Polonais » ou comme « Allemands ». D’où ma prudence sur le sujet. voir en.wikipedia.org/wiki/Volksdeutsche -

    En tout état de cause, je salue la qualité du débat sur ce fil, malgré quelques dérapages verbaux qui sont parfois bien humains.

    Il est parfois difficile aux historiens de se faire entendre et comprendre avec une nécessaire clarté quand les faits abordés sont encore « récents » donc « chauds » sur le plan des passions.

    Comme il est parfois délicatde faire comprendre que des régimes ayant des traits communs aux yeux de certains ne sont pas, sur le plan historique, de même nature. L’historien ne se situe pas, heureusement pour les réconciliations porteuses de paix, sur le terrain des passions politiques, partisanes ou nationales, mais sur le terrain des faits, du savoir et de la compréhension des évènements, sans porter de jugement car il apporte les éléments qui nourrissent le savoir, et par là, l’opinion éventuelle des citoyens.

    Bien cordialement,

    PS : une dernière remarque qui se veut juste porteuse d’un souhait de réflexion sereine : certains historiens recherchent parfois non la vérité des faits avec leurs preuves documentaires, mais la seule notoriété avec des annonces sensationnelles. Un exemple ironique est celui de la démographie de l’URSS sous Staline. Stéphane Courtois a donné pour ce pays, sans craindre le ridicule, des chiffres effarants et effrayants de morts, toutes causes confondues. Aujourd’hui, les historiens spécialistes du sujet revoient les chiffres de Courtois qui sont matériellement « impossibles ». Il n’en reste pas moins que les données de la démographie en URSS de 1921 à 1953 sont sans appel : elles démontrent que la population a augmenté en presque 20 ans de 30 millions de personnes, soit une augmentation naturelle « quasi- normale » pour les conditions de l’époque (médicales et sociales). La seule baisse, de taille, est entre 1941 et 1945. A titre de comparaison, depuis la « démocratisation » de 1991, la population russe diminue naturellement, malgré des mesures natalistes ! Edifiant....A chacun d’en tirer ses propres conclusions sur les apparences trompeuses ou les erreurs de certains historiens trop avides de gloire médiatique.



  • Philippe Vassé Philippe Vassé 31 décembre 2007 04:58

    Nemo,

    Votre commentaire est très pertinent sur plusieurs points.

    Votre phrase suivante me paraît, elle, un peu lapidaire, source de confusion et contradictoire : « il ne faut pas non plus passer sous silence les purges anti-juives sous Staline, le massacre des prisonniers de guerre russes qui rentraient dans leur pays et qui étaient directement envoyés au goulag, les déportations en Sibérie et j’en passe ».

    Outre que le terme « purges anti-juives » altère le sens de votre pensée sur les faits que vous voulez dénoncer avec justesse- procès des blouses blanches-, ce que vous énoncez sur le sort des prisonniers de guerre soviétiques est contradictoire : soit ils auraient été massacrés, soit déportés dans les camps de travail (appelés Goulag par vous, ce qui aussi relève de simplifications bien ennuyeuses car le goulag est une appellation précise).

    Le sort des prisonniers de guerre soviétiques libérés par les troupes soviétiques est de ce point de vue très intéressant car son étude attentive montre que les formules rapides sont loin, très loin de la vérité et des faits.

    Afin de résumer, quatre cas ont coexisté :

    1) les anciens Vlassovistes et Hiwis ( combattants soviétiques de la Wehrmacht et associés), tous remis par les troupes américaines aux unités soviétiques du NKVD, ont en général été très vite- mais pas tous- exécutés. Les autres ont effectivement été envoyés travailler dans les camps, pas nécessairement sibériens, mais surtout dans les zones détruites à reconstruire.

    2)Nombre d’anciens prisonniers de guerre -PG- soviétiques libérés pendant les combats et suivant la progression des troupes ont été immédiatement incorporés dans les unités combattantes : entre 300.000 et 500.000 selon les données de l’Armée Rouge et les estimations issues des documents sur les camps de PG russes libérés au cours des opérations militaires.

    3)Après la cessation des combats, en mai-juin 1945, la sélection- arbitraire par essence- a conduit à diviser le nombre restant de PG soviétiques entre ceux qui furent admis dans les troupes d’occupation et ceux qui, suspectés de « collaboration », furent expédiés travailler aussi dans les zones de reconstruction. Certains, dénoncés pour leur comportement « anti-soviétique et/ou anti-patriotique » en détention, furent effectivement immédiatement exécutés sur place.

    4) enfin les prisonniers ayant des qualifications utiles pour l’industrie et les sciences furent, après étude de leur attitude en camp de PG par le NKVD, libérés afin de travailler en URSS dans des affectations précises, mais en statut de salarié, donc libres.

    De manière générale, excepté les anciens Hiwis, les Vlassovistes et les « élements anti-soviétiques douteux » selon la terminologie officielle, il n’y a pas eu de « massacres » de PG soviétiques, selon votre terme.

    Ce qui n’enlève rien aux souffrances de ceux qui, à peine sortis des camps de prisonniers nazis, devinrent de facto des forçats dans leur propre pays, souvent plusieurs années.

    Ceci dit, puisque vous avez « apprécié » les méthodes « efficaces »- selon vous- de Poutine dans la Russie actuelle, il vous sera aisé de comprendre que la reconstruction de la partie européenne de l’URSS après 1945 fut en majeure partie due au travail des 3 millions de PG allemands (et autrichiens) ainsi qu’aux anciens PG soviétiques -bien moins nombreux : on avance le nombre de 200.000, mais les archives sont assez imprécises).

    Car, rappelons-le, plus de 3 millions de PG soviétiques furent exterminés de diverses manières par les nazis -exécutions de masse, gazage, famine, maladies, expériences médicales SS).

    Si les PG allemands connurent des pertes immenses dues aux traitements brutaux de leurs gardiens, pour les PG russes, ce travail forcé fut la porte de sortie « rédemptrice » - aux yeux du régime- vers la réintégration dans la société.

    L’objet de ce texte est juste de préciser certains points abordés par vous et d’éviter les généralités fausses qui, depuis les élucubrations de Stéphane Courtois- depuis lâché par ses anciens collaborateurs- ont envahi la scène publique sur le sujet, introduisant des passions stériles et la confusion dommageable sur les faits et les chiffres.

    Bien cordialement,

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