Juste une petite anecdote.
Je me souviens d’un interview de Nicolas Sarkozy par David Pujadas sur la 2 dans la période qui précédait les présidentielles.
A un moment DP lui pose une question sur "l’affaire Clearstream" dans laquelle il se présentait comme une malheureuse victime.
Et j’entend encore la réponse de NS , avec cet accent de sincérité dont il a le secret :" Franchement, monsieur Pujadas, je vais vous dire, jusqu’à cette affaire je n’avais jamais entendu parler de la banque Clearstream".
Or il y avait eu le rapport parlementaire, le livre de Robert Denis et il avait entre temps été ministre de l’Intérieur et Ministre du Budget...
J’hésitais entre mensonge et/ou incompétence mais cette réponse de NS m’avait confirmé dans mon sentiment vis à vis du personnage.
De la même manière, abonné à Marianne (ben oui, nul n’est parfait) j’avais été suffoqué en entendant JFK à C dans l’air "Bilderberg, jamais entendu parler...". Mais cette fois j’avais un a priori plutôt favorable vis à vis du personnage. La douche n’en a été que plus fraîche.
Dun côté, Jacques Benveniste et son équipe qui ont consacré des années à tenter d’éclaircir et d’expliquer les constatations qu’ils faisaient, Jacques Beauvais qui dans le prolongement de ces recherches qui dit qu’il s’est vraiment passé quelque chose qu’il est difficile de conceptualiser et qui en appelle à ceux qui ont pu faire des constatations de même nature pour tenter de comprendre. Des gens pas sérieux, quoi...
De l’autre des esprits forts, qui ont d’emblée tout compris, qui sans rien connaitre renvoient ces chercheurs, ces questionneurs, à leur nullité, à leur malhonnèteté : "quoi ? vous remettez en cause nos croyances, nos certitudes ? Vous dites qu’il y a des constatations dont les méthodes scientifiques n’arrivent pas à rendre compte ? Mais vous n’avez pas le droit. Que faites vous du principe de "l’infaillibilité" de la vraie science hors de laquelle il n’y a pas de salut ?"
Ben moi là dedans, je dis d’abord chapeau à ceux qui malgrè toutes les attaques continuent à chercher. Ceux qui, face à ceux qui disent que "puisque ma théorie est juste, c’est que vos constatations sont fausses", répondent "je vais refaire l’expérience avec encore plus de précautions".
Je vois que les mêmes qui se targuent de rationalité, finissent leur phrase par "je ne crois pas à ceci ou à cela". Qu’est-ce qu’il y a de moins rationnel que ces arguments de croyance ?
Je suis sans doute un peu borné, mais si quelqu’un me dit que pour lui, ses enfants, son chien, son cheval, l’homéopathie çà marche, je trouve çà bien, tout simplement. Si on peut m’expliquer le mécanisme de tout çà, çà me donne une satisfaction intellectuelle en plus, mais je ne vais pas me lancer dans l’explication du placebo, de la crédulité, de je ne sais quoi. D’ailleurs j’aimerais bien savoir pourquoi l’effet placebo, pourtant expérimenté sur les médicaments classiques, n’est jamais évoqué en cas de réussite de ceux-ci et qu’il l’est systématiquement pour l’homépathie et autres médecines alternatives.
C’est, me semble-t-il, la même forme de pensée que celle qui fait dire, quand le nombre d’accidents de la route au mois M a diminué par rapport à l’année précédente, que c’est grâce à l’action des pouvoirs publics, et quand c’est l’inverse on va chercher une cause extérieure. Même chose pour les chiffres du chômage.
Cà me rappelle l’histoire d’une amie qui avait tenté cent fois d’arrêter de fumer et qui, plutôt par curiosité, était allée voir un paysan auvergnat qui avait la réputation de faire passer ce besoin. Elle n’a remarqué aucune technique particulière, a simplement évité de fumer dans l’heure qui suivait comme il lui avait recommandé. Et voici plus de vingt ans qu’elle n’a plus eu la moindre envie de fumer.
Quand après quelques jours elle raconta son histoire à son copain diplômé, cadre supérieur, fumant beaucoup, essayant tous les substituts que les médecins les plus sérieux lui prescrivaient pour cesser de fumer, celui-ci explosa " mais ce gars ne peut être qu’un charlatan !". Aux dernières nouvelles il fume toujours mais va essayer un nouveau patch...
Partant simplement du constat du succès fantastique de ce film, je me suis dit qu’il révèlait certainement quelque chose qui touchait profondément les "gens", vaste catégorie à laquelle j’appartiens. Je suis donc allé le voir dans cet esprit.
Effectivement, à travers gags, situations comiques, etc. il fait ressortir et ressentir l’importance de certaines valeurs que beaucoup perçoivent encore comme essentielles, alors que certaines d’entre elles (comme "solidarité" par exemple) sont devenues des gros mots... Ici elle sont mises en valeur, fortement et simplement, non pas en faisant pleurer, mais en faisant rire.
J’ajouterai que les deux histoires d’amour ont certainement aussi évoqué chez beaucoup des petits bouts de situations personnelles vécues.
Enfin je n’ai pu m’empècher de rapprocher l’énorme succès de ce film du ... nombre de gens qui sont descendus dans la rue, à l’occasion du passage de la flamme olympique, pour manifester leur soutien au peuple thibétain. Là aussi, me semble-t-il, beaucoup de gens se rendent compte que le cynisme et le pragmatisme qui conduisent à sacrifier les valeurs indispensables à toute société humaine aux nouvelles valeurs que sont les affaires et les finances, sont de moins en moins supportables.
Pour moi le sens du succès de ce film ne saurait être ramené à l’efficacité du marketing, sauf, comme on le perçoit à travers de nombreux commentaires exprimés souvent avec agressivité sur tant d’autres sujets évoqués sur Agora Vox, à ne pas vouloir regarder ce qui dérange.
De mon humble point de vue, c’est un des symptômes d’un sursaut en préparation que je traduirais par :"On ne peut pas continuer comme çà !".
En résumé, le succès des Ch’tis, pour moi, ce n’est pas anodin.
Passionnant votre article. (Peut-être l’influence des "Ch’tis", mais çà me fait plaisir qu’il émane d’un "Costarmoricain"...). Riches aussi beaucoup de ces commentaires.
Je veux seulement réagir sur un point. Je suis totalement d’accord avec votre distinction entre le "croyant" et le "laïc". Mais pour moi ce ne sont pas deux types de personnes, mais deux types d’attitude pour trouver une réponse satisfaisantes à nos questionnements.
Bien sûr, certains ont tendance à reprendre quasi systématiquement ce que dit une autorité (l’église, le président, la télé, le médecin, etc ;..). Le doute les déstabilise.
Mais d’autres qui sont capables de se forger une opinion personnelle sur certains sujets ou/et à certains moments, reprennent une attitude de croyant en d’autres circonstances. On rencontre cette attitude, par exemple, chez des scientifiques (et aussi des philosophes...) qui aboutissent à une "découverte" et à partir de là prennent une attitude de "croyant" par rapport à leur découverte ne voulant plus la remettre en cause, quelles que soient les preuves contraires, surtout si elle leur a valu richesse ou notoriété.
Je crois qu’il ne s’agit pas plus de deux camps, comme pour le bien et le mal, mais de deux attitudes que chacun de nous utilise, pour notre confort, en fonction des domaines et des circonstances.
Sans compter que le mot "croire" peut tout aussi bien exprimer le doute ("je crois que c’est dans cette direction, mais je ne suis pas sûr") que la certitude ("je crois en Dieu...)
Me plait bien, cet article ainsi que la contribution de GRL. Mais quoi faire, nous demandons nous..
Je trouve déjà qu’il y a dans des articles comme ceux-ci d’autres approches, d’autres façons d’analyser la situation, d’autres pistes, même si, dans tous les cas on n’est pas d’accord à 100%. Et puis la question n’est pas d’être d’accord ou pas, mais de découvrir d’autres manières de voir pour enrichir la nôtre.
Quand petit à petit on se rend compte qu’on ne règle rien avec la croissance, que le "travailler toujours plus", même si dans le meilleur des cas, il permet de gagner plus, ne rend pas forcément plus heureux, quand on voit ce qu’est devenu le travail ; que parler, bouger, démolir les règles de fonctionnement de la société, çà fait un spectacle, mais çà lasse ; quand donc on remet en cause nos habitudes de penser, on peut alors commencer à imaginer autre chose, confusément peut-être, mais çà change tout.
Alors qu’on ne voit plus bien de différences significatives entre droite et gauche, je pense que de nouvelles idées forces peuvent prendre corps. D’une certaine manière l’acharnement que notre président met, de fait, avec l’aide de commissions diverses, à fragiliser les plus exposés, à en faire des moutons grâce aux médias à sa dévotion, l’énergie qu’il déploie à nous pousser vers les religions pour qu’on redevienne des brebis. Cà va susciter quelques réactions salutaires. Il doit bien y avoir au fond de nous quelque instinct de survie qui va déclancher quelque chose, non ?