En revanche,
l’identité de la Catalogne comme nation ancienne est douteuse : elle
avait toujours été une partie du royaume d’Aragon, et est devenue
naturellement une partie de l’Espagne lorsque celle-ci est née de la
fusion des couronnes d’Aragon et de Castille.
Elle s’est affirmée
comme nation plus récemment, le point de départ principal en étant
la suppression des royaumes d’Aragon et de Valence par un roi
d’inspiration française, ce qui a entraîné la disparition de ses
institutions propres. Situation que l’occupation napoléonnienne et
l’empreinte laissée sur ses institutions n’a fait qu’aggraver. Comme
quoi, la France se retrouve toujours de tous les mauvais coups quand
il s’agit d’opprimer provinces et nations en Europe. L’Espagne
nouvelle post-franquiste a certes cherché à se couper de ces
racines néfastes mais le mal était déjà largement fait.
Fergusson, vous
commettez une grave erreur : l’Ecosse n’est pas une nation celtique,
pas plus que l’Angleterre en tous cas. Son unité politique s’est
faite à partir des Lowlands, contrée anglophone de tous temps, qui
avait toujours essayé d’imposer sa loi aux highlanders, les
considérant comme des coupeurs de gorge, des sauvages et des
bandits, n’hésitant pas à passer des législations interdisant
l’emploi du gaélique. Après l’acte d’Union, les Lowlanders avaient
poussé à la sanglante campagne d’écrasement des Highlands. Ce
n’est qu’une fois les highlanders mis au pas qu’ils ont récupéré
les symbôles folkloriques tels que kilts, tartans et cornemuses,
pour construire une imagerie culturelle franchement bidon de leur
nation.
Le journaliste libanais
Youssef Bazzi donne une analyse lucide des ressorts du comportement
israélien dans un article de Al-Mustaqbal écrit le 13
juillet :
Israël
ne veut pas d’un Etat palestinien viable, avec un territoire et des
frontières clairement définies. Mais Israël ne veut pas non plus
devenir l’Etat de tous ses habitants [incluant les Palestiniens]. Il
n’est ni capable de se séparer des Palestiniens ni de les englober.
Son problème, c’est l’existence même des Palestiniens. Le seul fait
qu’ils existent rend impossible la réalisation de “l’Etat juif”.
Si la Nakba des
Palestiniens a été la création de l’Etat d’israël en 1948, la
“Nakba” d’Israël aujourd’hui réside dans l’existence des
Palestiniens, non pas en tant qu’êtres humains et résidents dont on
n’arrive pas à se défaire, mais en tant que peuple vivant sur un
territoire et aspirant à former une entité nationale.
Ce fut un
tournant historique [à la fin des années 70] quand les Palestiniens
ont pris acte de l’existence de l’Etat d’Israël. Jusque-là, ils
avaient en tête [la reconquête de l’intégralité de] la Palestine
historique, idée qu’ils ont ensuite abandonnée pour tenter
d’établir un Etat palestinien [à côté et distinct d’Israël].
Tout en affirmant que, au cas où il n’y aurait pas de solution à
deux Etats, ils n’auraient pas d’opposition de principe à la
création d’un Etat binational, juif et arabe, garantissant l’égalité
démocratique.
L’Etat israélien
a connu une évolution inverse, avec une régression vers un projet
racio-religieux, misant sur la colonisation et ne comptant que sur
l’occupation, la force militaire et l’oppression pour assurer sa
pérennité. Alors que les palestiniens ont intégré ce changement
dans leur raisonnement, les Israéliens sont restés bloqués dans
un imaginaire biblique. Israël n’a pas su être un Etat normal. Même
l’Afrique du Sud, exemple s’il en est d’une création colonisatrice
et raciste, s’est débarrassée de cet héritage. Au lieu de chercher
une solution, Israël s’enfonce dans l’impasse. Son erreur consiste à
nier la réalité. Malgré sa toute-puissance et sa férocité, il
est prisonnier d’un système non-viable. Or, en se piégeant lui-même,
il emprisonne en même temps les palestiniens.
Toutes les
négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis 1991 et
jusqu’à aujourd’hui se sont déroulées entre, d’un côté, les
Palestiniens qui cherchaient désespérément une solution et, de
l’autre, les Israéliens qui cherchaient désespérément la
“victoire” définitive. Les Israéliens sont engagés dans une
fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à
refuser tout à la fois la solution de deux Etats et la solution d’un
seul Etat pour les Juifs et les Arabes. Leur seule perspective, c’est
toujours plus d’occupation et de spoliations. Israël a décidé de
vivre dans la guerre permanente. De ne pas s’accorder la paix ni de
donner leurs droits aux palestiniens.
Les Palestiniens
sont prisonniers de l’occupation, mais les Israéliens sont
prisonniers du sionisme. Le drame des Palestiniens est donc double :
ils doivent, avant de pouvoir se débarrasser de l’occupation, libérer
les Israéliens de leur propre prison. La lutte israélo-palestinienne
est devenue une lutte pour la liberté de tous.
Ces constatations
rejoignent celles de Shlomo Sand et de Gilad Atzmon (ainsi que celles
de l’auteur de l’article, mais Youssef Bazzi ne propose pas de
combler les souhaits des sionistes agresseurs par une
méga-purification ethnique !). En Occident, trop en sont encore à
discuter de la pertinence du choix de deux Etats par rapport à celui
d’un Etat binational. Mais la question ne se pose plus pour les
Israéliens, qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre.
Le sionisme est
pathologique, parce que l’identité juive elle-même, plus exactement
celle de ces juifs qui se disent juifs parce qu’ils se basent sur un
« sentiment d’appartenance » diffus, est pathologique.
Cette identité est en effet négative, en même temps qu’elle
conserve un fond racial -est juif celui qui a des ancêtres juifs ;
mais elle n’a pas de fondements solides, culturel/religieux. Ce juif
ne se définit au final que par le fait d’avoir été persécuté
et/ou exclu des communautés indigènes. Cette absence d’identité
les rend très agressifs, d’autant que reste toujours chez eux un
fond inconscient d’exceptionnalisme venu d’un conditionnement
religieux depuis la plus petite enfance.
Ainsi, le sionisme
est caractérisé actuellement d’un côté par le développement de
l’intégrisme juif tribaliste et très intolérant, de l’autre par
des sortes de juifs non-juifs, appellés erronément des « laïcs »,
qui sont tout aussi tribalistes et intolérants, et ce même quand
ils font mine d’être séculiers et progressifs. Les palestiniens se
retrouvent ainsi pris entre les deux (il est à noter cependant que
les sondages montrent un très net déclin des pseudo-laïques ; tant
qu’à avoir un sentiment d’identité, les israéliens en préfèrent
un - c.a.d. le religieux - qui n’est ni ambigu ni sans queue ni
tête).
La vérité est
qu’Israël évolue à l’envers du reste du monde. Alors qu’ailleurs
tolérance et anti-racisme sont les valeurs montantes depuis des
décennies, en Israël elles sont honnies. Une conséquence grave
dans les pays occidentaux en est cependant que ces valeurs, avec
d’autres d’obédience libérale comme la liberté d’expression et
d’information, sont combattues par une partie de la propagande
politico-médiatique, car les défendre revient à critiquer Israël.
Le sionisme corrompt tous les Etats dits démocratiques.