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Terrien français né au milieu des années quatre-vingt. Passionné par l'histoire ancienne et la géographie humaine.

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  • Antenor Antenor 26 décembre 2020 16:33

    @ Emile

    Dans le « Panégyrique à Constantin-Auguste »*, le rôle concret de Chalon (XVIII) dans la victoire de Constantin contre Maximien par la fourniture de navires est subtilement rappelé au milieu des félicitations d’usage et il est également sous-entendu que l’Apollon vu par Constantin est le même que celui vénéré à Chalon. Si à la fin du texte l’auteur semble envier la restauration de Trêves, c’est parce qu’il espère le même traitement pour Chalon. A aucun moment Bibracte ou Augustodunum n’y sont évoquées.

    Dans le « Panégyrique de Constance » plus ancien, aucun nom de ville éduen n’est mentionné. Par contre, la ville au nom de laquelle s’exprime l’auteur, remercie Constance pour la multitude d’ouvriers capturés en Bretagne et qui lui ont été destinés. Qui dit campagne en Bretagne dit construction de navires. Voici encore un indice en faveur de Chalon.

    Le « Discours pour la répération des écoles » qui date également de la Tétrarchie est le seul qui porte la signature d’Eumène et où Augustodunum / Autun est désignée. Son discours semble sous-entendre qu’on lui a demandé de rendre les 600 000 sesterces, ce à quoi il refuse en promettant qu’ils seront investis dans une oeuvre profitant à Rome. On voit dans ce texte qu’Augustodunum / Autun été reconstruite dès l’époque de la Tétrarchie. Ce n’est donc pas cette ville qui est évoquée dans les autres textes.

    Dans le « Discours des Actions de Grâce à Constantin-Auguste » qui est sans doute le plus récent ; on comprend que Chalon a une nouvelle fois été écartée et que c’est Bibracte / Mont-Saint-Vincent qui a été choisie pour être rebâtie. Après avoir pris les noms de Julia, Pola, Florentia, elle se nomme désormais Flavia en hommage à l’empereur. La phrase « Que dirais-je des autres villes du territoire éduen (VII) » désigne Chalon. C’est pour cela que le ton de la lettre peut paraître assez étrange. Malgré la reconstruction, l’auteur semble chercher des excuses à Constantin. Pourquoi ? Parce que les Eduens souhaitaient la reconstruction de la ville de Chalon plutôt que celle beaucoup plus modeste de la citadelle de Bibracte.

    Sans Chalon, Bibracte n’est qu’une coquille vide. Bibracte est le lieu où s’affronte la puissance locale de Chalon et celle continentale de Rome. Celle qui tient Bibracte tient la grande majorité du pays éduen. Rome n’avait aucun intérêt à restaurer Chalon et au contraire tout intérêt à s’assurer la fidélité de Bibracte. Autun est la fille de Bibracte et de Rome.

    Augustodunum / Autun s’était déjà ralliée à Rome à l’époque des Empereurs Gaulois. Je vous rejoins d’ailleurs pour situer leur capitale à Chalon et y placer la première bataille des Champs Catalauniques entre Aurélien et Tétricus. La ville a probablement été ravagée pour servir d’exemple d’où son état lamentable à l’époque de la Tétrarchie. Constance s’est contenté de lui envoyé des ouvriers capturés, s’estimant quitte.

    *J’utilise les titres du site de Philippe Remacle.
    http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/eumene/oeuvres.htm#_ftnref3



  • Antenor Antenor 24 décembre 2020 18:09

    @ Emile

    La question qui se pose est qui a financé la construction grandiose d’Autun. Bibracte / Mont-Saint-Vincent ne dispose que de maigres ressources propres et doit certainement ses murailles à la contribution de Chalon. Cette dernière n’allait certainement pas se tirer une balle dans le pied en finançant la construction d’une colonie/ville plus vaste qu’elle et qui lui aurait pris le leadership à la tête des Eduens. Il ne reste que Rome. Ce qui explique son nom en hommage à l’Auguste romain. Le but de Rome était de mettre les Eduens sous tutelle par le biais d’Autun.

    C’est en cela qu’on peut à la rigueur dire que la construction d’Autun se place dans le prolongement de celui de Gorgobina au Mont-Beuvray. Les commanditaires étaient différents mais le but était le même : soumettre les Eduens en supplantant Chalon. La différence étant que la Gorgobina arverne était du « provisoire qui dure » quand le projet urbain romain d’Autun se voulait définitif.

    Il est d’ailleurs notable qu’Autun soit une des très rares exceptions parmi les capitales de cités gauloises à ne pas avoir pris le nom de son peuple au 4ème siècle. Avaricum, Augustonemetum et Lutèce sont ainsi devenus Bourges pour les Bituriges, Arvernis pour les Arvernes et Paris pour les Parisis. Et pourtant Autun n’est pas devenue « Eduie ». Les autres exceptions sont Lyon, Vienne ou Narbonne : toutes colonies romaines. Même Trèves a pris le nom des Trèvires.

    Le cas d’Augustonemetum / Nemossos est intéressant car on retrouve également le nom d’Auguste. Cela pourrait signifier que la ville commerçante arverne a été reconstruite avec l’aide de Rome suite à la politique de terre brûlée de Vercingétorix. Cependant, le fait qu’elle soit devenue ensuite Arvernis montre une présence romaine moindre qu’à Autun.

    Comme pour Bibracte / Mont-Saint-Vincent, le financement des remparts de Gergovie / Le Crest n’a pu venir que des grandes villes arvernes Clermont-Arvernis-Nemossos en tête. Sur le dessin de l’armorial de Revel, on mesure bien à quel point les murs du Crest sont d’une taille démesurée par rapport à la petite ville qu’ils surplombent. Et qu’Avitacum puisse être à Aydat ne changerait pas grand chose finalement, on demeurerait toujours dans la sphère de Gergovie.



  • Antenor Antenor 23 décembre 2020 21:13

    @ Emile

    "C’est clair : les Éduens de Mont-Saint-Vincent/Bibracte ont donné le mont Beuvray arverne aux Boïens, à charge pour eux de déloger les Arvernes qui s’y trouvaient encore et ils ont fait d’eux une colonie puis un allié.

    Je rectifie : le conseil éduen qui siégeait dans la cité éduenne de Cabillo/Chalon-sur-Saône, dans la forteresse de Taisey, a donné le mont Beuvray etc...« 

    Ce qui signifierait que le sénat éduen siègeait à Chalon, celui des Arvernes à Nemossos (Clermont ? Royat ? Pont-du-Château ?), celui des Parisis à Lutèce etc... Jusqu’ici j’avais plutôt tendance à considérer ces »Civitas" gauloises comme des alliances entre différents pagus mais il est vrai que ça ne colle pas avec les rapports de domination qu’on observe entre villes voisines sur les bords de la Méditerranée. Après tout, Mâcon est deux fois plus éloignée de Chalon que ne l’est Albe de Rome.

    Aujourd’hui, on a du mal à se représenter cette concurrence exacerbée entre villes même très proches. Vingt siècles de pouvoir centralisateur sous diverses formes ont quelque peu vitrifié et nivelé ces rapports de force locaux. Les citadelles comme Bibracte / Mont-Saint-Vincent jouaient le rôle de juge de paix. La ville qui tenait ces forteresses tenait le pays.



  • Antenor Antenor 21 décembre 2020 22:40

    Toujours dans le même esprit, on peut aussi se demander si des objets du quotidien n’ont pas été copiés par les Gaulois sur les Romains bien avant la conquête. Ce qui remettrait en cause le classement « laténien=pré-conquête » et « romain=post-conquête ». Les archéologues du Néolithique et de l’Age du Bronze sont toujours très réticents à associer tel type d’objet à tel peuple arguant, parfois à l’excès, des influences réciproques. Or c’est très exactement ce qui est pratiqué avec la période qui nous préoccupe, on attribue peut-être trop facilement à l’époque post-conquête des objets « romains ».



  • Antenor Antenor 21 décembre 2020 22:26

    @ Emile

    Je viens de voir le documentaire sur le Mont-Beuvray. Et paradoxalement, il m’a enfin convaincu que vous avez raison d’y situer Gorgobina. Cette ville a effectivement tout d’une colonie établie en milieu hostile. Ce site est tellement exceptionnel pour ne pas dire anormal qu’il ne doit surtout pas servir de modèle pour la représentation des villes gauloises. Ce qui n’empêche pas qu’il soit très intéressant en lui-même.

    L’histoire des remparts est éloquente. Construits et reconstruits à plusieurs reprises en pierres sèches et en bois avec des moyens considérables pour l’époque pourquoi n’ont-ils pas été finalement rebâtis avec des murs assemblées à la chaux alors que de nombreux et parfois impressionnants bâtiments l’ont été ?

    La réponse ne peut-être que parce que ces bâtiments bâtis à la romaine sont apparus lorsque la menace autour du site avait disparu. Ce qui colle impeccablement avec votre histoire de Gorgobina, colonie germano-arverne implantée à la lisière du territoire éduen à laquelle succède une colonie boïenne établie par César en principe avec l’accord des Eduens. Après la conquête, cette colonie a été peu à peu abandonnée et il ne serait pas étonnant que parmi les constructeurs d’Autun, on compte bon nombre de Boïens redevables à Rome.

    L’élargissement progressif des portes d’accès va aussi dans ce sens. On est passé d’une ville obsédée par sa défense à un site qui s’ouvre sur l’extérieur. Les archéologues reconnaissent eux-même que ce lieu d’implantation est plus que surprenant. Il faut ajouter qu’il est non seulement extrêmement compliqué à bâtir mais également à pérenniser. Le but d’une ville est de faire du commerce sinon elle se fait doubler par la voisine d’en face, or nul ne peut nier que le site est extrêmement mal placé. Et ce n’est pas une foire annuelle médiévale qui y changera quelquechose.

    Autre élément. Comme souligné dans le documentaire, les Eduens étaient très liés à Rome. Comment expliquer alors qu’ils aient eu la capitale gauloise la plus éloignée du modèle romain ? Je radote mais Avaricum, Cenabum, Lutèce et autres ressemblent beaucoup plus au modèle d’implantation des villes méditerranéennes en plaine ou en vallée que le Mont-Beuvray. A mon avis, ce site n’a pu se maintenir pendant plusieurs décennies que parce qu’il était sous perfusion extérieure. Les ateliers construits sur un modèle unique sont d’ailleurs un élément supplémentaire arguant de la vocation d’abord militaire du site.

    Dans la logique de permanence des points forts du terrain, la capitale militaire du sud-morvan devait se trouver à Larochemillay. Seulement le site est de dimension beaucoup trop modeste pour accueillir une colonie entière. Celle-ci a donc été bâtie sur le Mont-Beuvray mais je maintiens qu’elle avait pas vocation à s’y maintenir de manière pérenne. C’est même à se demander si le projet de construction d’Autun n’était pas à l’origine un projet arverne repris par Rome destiné à affaiblir la trop turbulente Chalon.

    Et je renouvelle ma question. Les Gaulois étaient en relatif déclin depuis environ -200 quand Rome rayonnait de façon exponentielle. Qu’est-ce qui aurait pu empêcher les Eduens et d’autres peuples gaulois réputés très curieux de copier l’architecture romaine avant la conquête ? Les archéologues reconnaissent eux-mêmes que les murs du Mont-Beuvray étaient loin d’être d’une solidité exceptionnelle. Or César à Avaricum affirme que les murs gaulois étaient solides. César ment-il pour se mettre en valeur ? Le fait que dix légions aient mis un mois pour traverser les remparts de Bourges défendus seulement par une fraction de l’armée gauloise sur le point d’évacuer les lieux prouvent que non. Les remparts comme ceux du Mont-Beuvray sont peut-être une version « allégée » destinée à couvrir une vaste superficie à moindre coût des véritables murs gaulois inspirés de l’opus caementicium qui eux protégeaient une aire beaucoup plus restreinte.

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