Je n’ai pas vu le documentaire mais on trouve maintenant quelques
bonnes synthèses. Il faut au moins reconnaître un effort certain dans ce
domaine. Contrairement au Mont-Auxois, on trouve clairement au
Mont-Beuvray une agglomération de pierres succédant à une agglomération
en bois. C’est d’ailleurs à peu près la même chose à Corent. Les deux
sites semblent remplir des rôles assez similaires.
Les traces de présence humaine au Mont-Beuvray remontent au
Néolithique et de mémoire, il y a également quelques vestiges épars de
l’Age du Bronze. L’agglomération qui nous intéresse connait une première
version en bois dont la construction est située vers -120. Les
premières constructions en pierres apparaitraient peu après la conquête.
L’agglomération aurait connu un incendie vers -20 avant d’être
partiellement reconstruite puis abandonnée.
Mon interrogation porte évidemment sur l’incendie du site et son
éventuel lien avec la Guerre des Gaules. La construction de bâtiments en
pierres à architecture romaine avant la conquête n’aurait rien
d’extraordinaire. Elle serait un indice supplémentaire de l’influence
romaine en Gaule.
En ce qui concerne, les pièces de bois standardisées, cela ne me
semble pas surprenant surtout dans le Morvan, pays forestier. Je ne
pense pas qu’il soit nécessaire de faire intervenir des éléments
extérieurs dans ce domaine. La charpenterie comme la maçonnerie s’est
perfectionnée au fil du temps.
La question de l’architecture maçonnée est particulièrement
importante en ce qui concerne les remparts. Les murs comme ceux du
Mont-Beuvray semblent être une version « low cost » de l’Emplekton grec.
La muraille grecque qui n’emploie pas de mortier de chaux nécessite
tout de même un parement de grosses pierres de taille pour être
réellement efficace. Ici les Gaulois n’avaient que des pierres de
dimension modestes qu’ils ont renforcées avec des poutres.
La question est de savoir si les Gaulois n’aurait pas également
réaménager à leur sauce l’Opus Caementicium romain assemblé au mortier
de chaux en y ajoutant là-aussi des poutres. Ce type de muraille
beaucoup plus coûteux n’aurait été utilisé que pour des sites de
première importance. Les poutres pourries auraient été remplacées plus
tard par des briques comme vous le suggérez et ce qui expliquerait les
lignes de briques des murs dits gallo-romains.
Si on prend un peu de recul, une incohérence saute forcément aux yeux :
D’un côté, Lutèce à Paris, Cenabum à Orléans, Avaricum à Bourges et de l’autre Bibracte au Mont-Beuvray et Gergovie à Merdogne et/ou Corent. Dans un premier temps, il faut expliquer pourquoi on ne situe pas Bibracte à Autun et Gergovie à Clermont.
Pour Gergovie, la description de César est celle d’un site haut perché à vocation militaire qui ne ressemble pas à l’actuelle ville de Clermont. Pour Bibracte, Strabon la désigne comme la forteresse des Eduens, Chalon étant leur ville. A partir du moment où on situe les villes gauloises à l’emplacement de leurs descendantes médiévales, il est logique qu’on raisonne de même en ce qui concerne les citadelles purement militaires.
La région de Clermont est particulièrement riche en forteresses mais la description de César nous mène au Crest. Le Crest qui à l’époque médiévale apparaît en tête de liste des possessions de l’Abbaye de Mozac, représentant l’autorité royale en Auvergne.
Chalon étant la ville des Eduens, il est logique d’identifier Bibracte à la plus importante citadelle des Comtes de Chalon : Mont-Saint-Vincent. Le Crest et le Mont-Saint-Vincent ont en commun de se trouver au carrefour des principales lignes de crêtes de leur région et permettent à ceux qui les tiennent de verrouiller les communications dans une grande partie du secteur alentour.
Contrairement à Corent ou au Mont-Beuvray, les vestiges métalliques ou céramiques d’époque laténienne sont relativement rares au Mont-Auxois et c’est l’un des arguments majeurs des détracteurs du site. On n’en trouve même quasiment aucun dans la petite agglomération en pierre située presque au sommet de la hauteur centrale.
Chapitre LXXXIV du Livre VII, César distingue l’« arce »/citadelle et l’« oppido »/enceinte principale. Si on place l’arce d’où Vercingétorix dirige les opérations à la pointe Ouest du Mont-Auxois et qu’on rejette l’idée que l’oppidum désigne le contour entier de la montagne, il ne reste qu’une solution pour cet oppidum. Il faut le situer à l’emplacement actuel du bourg d’Alise-Sainte-Reine juste en contrebas de la citadelle. Cela expliquerait pourquoi on trouve si peu d’objets d’avant la conquête sur la montagne elle même.
La découverte de vestiges antiques probants sous le village actuel d’Alise validerait à la fois la localisation de la bataille à cet endroit et votre idée de permanence dans l’occupation des points forts du terrain. Ce qui renforcerait sérieusement du point de vue archéologique la crédibilité de l’identification du Crest et de Mont-Saint-Vincent à Gergovie et Bibracte.
Un point commun entre le Mont-Beuvray et le Mont-Auxois est qu’on y trouve à chaque fois un niveau archéologique de construction en pierre qui n’aurait été occupé que durant une période étonnamment courte avant d’être détruit. Le site du Beuvray aurait connu une première construction en pierre juste après la conquête romaine avant d’être incendié vers -20 et partiellement reconstruit. A Alésia, une destruction vers 270 aurait été suivie d’une reconstruction et d’une nouvelle destruction à à peine quelques années d’intervalles.
Cela parce qu’on situe systématiquement les premières constructions maçonnées après la conquête romaine. Si on les place avant, cette étrangeté disparaît. La première vague de destruction de bâtiments en pierre serait à situer précisément durant la Guerre des Gaules. Vercingétorix serait responsable de celle du Mont-Beuvray et César de celle d’Alésia. Les deux sites sont ensuite à nouveau reconstruit en pierre.
On trouve souvent dans les murailles dites gallo-romaines des matériaux de réemploi divers et variés récupérés sur des bâtiments construits au début de l’empire (et même sans doute plus anciens). Il faut comprendre que ces matériaux de seconde main ont été utilisés pour combler les fissures de murailles en pierre datant d’avant la conquête romaine. Ca n’a aucun sens de placer à la même époque, en général vers le milieu de l’empire, la construction des parties homogènes de ces murailles et celle des parties qui ont été rafistolées à la va-vite. Seuls les rafistolages datent du milieu de l’empire.
Le Morvan n’était pourtant pas dépourvu de grandes citadelles médiévales. Outre Glenne et Larochemillay, il y a avait également Chateau-Chinon et Chastellux. Comment expliquer l’absence de forteresse au Mont-Beuvray ? Pour comparer avec Gergovie, le site me donne l’impression de cumuler les fonctions de point d’observation comme le Vigeral de la Montagne de la Serre et de sanctuaire-refuge de populations comme le Puy de Corent.
Le Mont-Beuvray se trouve sur une ligne de crête qui mène de la citadelle de Larochemillay aux abords d’Autun et permet de traverser l’Arroux quasiment sans s’exposer dans la plaine. Comme le Mont-Saint-Vincent, Larochemillay se trouve à la convergence de plusieurs lignes de crête permettant de rayonner dans quasiment toutes les directions. La situation du Mont-Saint-Vincent qui domine toutes les hauteurs environnantes est assez exceptionnelle mais ce qui fait son intérêt avant tout, est son emplacement à l’intersection de plusieurs lignes de crêtes.
C’est encore plus visible dans le cas du Crest où le relief de la vallée de l’Allier dessine une sorte de H. Le Crest est loin d’être le site le plus haut perché du secteur mais il se trouve sur la barre horizontale du H et permet ainsi de joindre les crêtes des volcans à l’Ouest, barre de gauche, aux crêtes du nord du Livradois à l’Est, barre de droite.