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Christophe

Christophe

Passionné de sciences, je possède de bonnes bases dans des sciences dures (mathématiques, mécanique, électronique et informatique). Suite à des travaux menés dans les sciences cognitives, j’ai mis ma formation au service des sciences humaines.

Tableau de bord

  • Premier article le 22/02/2007
  • Modérateur depuis le 26/07/2007
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Derniers commentaires



  • Christophe Christophe 7 octobre 2008 00:07

    @000,

    Sous-entendez-vous que le grand public ne peut pas se faire une opinion parce qu’il ne dispose pa de la capacité de juger de l’exactitude, ni de comprendre car seul le langage mathématique est suffisament (complètement ?) explicite pour décrire la vérité ?

    Non, au contraire. Mais se faire une opinion me semble plus proche de la croyance que de la connaissance. Imaginons simplement deux théories qui s’opposent dans le même domaine scientifique ; dès lors que vous les vulgarisez toutes les deux, comment un néophite en la matière peut-il prendre partie ? Certes il peut comprendre les tenants et les aboutissants des deux théories, mais il ne peut faire valoir la primauté de l’une au regard de l’autre ; sauf si il perçois, donc subjectivement, qu’une présentation a été plus convaincante que l’autre.

    Quant au langage mathématique, si il est souvent suffisant pour démontrer, voir prouver qu’une théorie se vérifie, cette vérité (c’est un mot que je n’utilise jamais en science ; la vérité n’existe pas en science puisque toute théorie est vouée à évoluer ou à être remise en question) n’est applicable que dans le contexte relatif à la force expressive de nos mathématiques qui possèdent leurs propres limites.

    Moi je suis persuadée qu’un scientifique qui maîtrise son sujet est forcément passé par une modélisation mentale avant de passer à la symbolisation mathématique...
    Les calculs sont à un cetain niveau très difficiles même pour des initiés, mais l’idée reste accessible, non ?

    Tout scientifique doit passer par une modélisation mentale avant de passer à la symbolisation usuelle de sa science. Ce n’est pas là, à mon avis, que réside le problème ; il est surtout de savoir le restituer en différents langages : le formel pour la modélisation, le semi-formel en cas de présentation à des initiés, l’informel en cas d’exposé devant des non initiés. J’aborde là différents langage dans la même lanh=gue naturelle car ils sont à des niveaux symboliques différents.

    Le problème qui se pose, à mon sens, est donc de savoir l’exprimer de façon exacte sur plusieurs plans. Il y a plusieurs difficultés qui ne sont pas liées au modèle mental que nous possédons en nous, mais qui sont inhérents à la communication avec autrui ; de mon expérience des systèmes experts, comme de mes études sur les modes de communication, il en ressort que l’exercice est en fait plus complexe que nous pourrions le penser intuitivement.

    Nous savons qu’une restitution formelle est conforme aux schémas de pensées ; ces derniers ayant été construit sur ces bases. Le semi-formel comme l’informel (langage naturel) pose le problème de la restitution des schémas par approximation (à un concept ne correspond pas un et un seul terme ; vous pourrez utiliser un terme qu’un initié serait en capacité de comprendre mais un ou plusieurs autres pour qu’un non initié puisse le comprendre), certaines informations étant implicites et non explicites, ... Il existe donc un décalage entre la pensée et les propos qui ne peuvent être comblé que par les connaissances intrinsèques à chaque individu ; ce qui est appelé l’incommunicabilité.

    Cela suppose que si communication il doit y avoir, elle ne peut se faire que dans un contexte de communication orale ouvrant la possibilité aux interlocuteurs d’intervenir pour tenter de rapprocher au mieux les schémas mentaux qu’ils déduisent du discours de ceux qui leur sont proposés. Cela permet tout autant à l’interlocuteur de mieux comprendre tout en permettant au locuteur d’aborder des questions qui lui semblent, à lui, sans grand intérêt a priori (cela permet parfois de comprendre le cheminement de la pensée d’autrui et parfois même de la sienne smiley )

    Sinon, cela voudrait dire que les financeurs sont convaincus par les calculs et qu’ils sont tous des bêtes en mathématiques à mon avis... Si les scientifiques bénéficient d’une reconnaissance du grand public, ce n’est pas seulement par les résultats qui prouvent leur théorie, sinon, peu de théories auraient pu être prouvée (enfin je crois).

    La question en suspens est : Sont-ce des gens qui connaissent ou des gens qui croient ? Dans la croyance, il y a une confiance qui peut aussi friser l’aveuglement. Dès lors que vous présentez des modèles de façon informelle qui correspondent à des schémas mentaux attendus ou correspondant à une tendance acceptée a priori par l’interlocuteur, ce dernier sera certain d’avoir compris même si ses schémas mentaux ne sont pas accordés à ceux qui lui ont été présenté par le biais de la communication. La conscience est aussi un lieu d’illusion.

    J’admets introduire certains éléments complexes, mais le raisonnement naturel humain est assez intuitif, alors que le langage des sciences est plutôt à tendance contre-intuitif. J’aborde cette problématique dans un article de TTO.



  • Christophe Christophe 6 octobre 2008 22:51

    @Marc Bruxman,

    Concernant votre exemple, nous pouvons admettre que la modernité porte en elle certains progrès. Mais cela ne signifie pas que tous ce qu’apporte la modernité ne peut être que progrès. Mais je dois d’abord commencer par le commencement ; nous verrons quelques approches par la suite.

    Mais j’opposerai à Neil et à ceux qui doutent que personne ne sait à l’avance quels effets auront une invention donnée (il le reconnait lui même).

    Sur cette assertion nous sommes tout à fait en accord. Nous pouvons tourner en tout sens, jamais nous ne parvenons à être exhaustif a priori.

    Concernant l’autonomie des sphères de rationalité, je rejoins Jurgen Habermas qui considère que cette autonomie ne requiert ni fondation, ni justification, mais elle pose des problèmes de médiation que la science et la technique ne peuvent pas résoudre à elles seules.

    Reprenons le déchantement du monde introduit par Max Weber. Nous pouvons le comprendre sous l’angle d’une accessibilité objectivante et d’une explication causale de la nature ; cette dernière est donc dépersonnalisée. De fait, la nature vue sous l’angle des investigations scientifiques tombe en dehors du système de repères sociaux auxquels ont recours les personnes (vivre, agir, parler ensemble, construire des intentions et des mobiles d’action, ...). Est-ce que le sens commun, en apprenant tout du savoir contre-intuitif des sciences, sachant que l’humain est un animal naturellement intuitif, ne va pas finir par disparaître ? Wilfrid Sellars n’a-t-il pas répondu à cette question dans son article La philosophie et l’image scientifique de l’homme (article en anglais). En résumé, il propose un scénario dans lequel les jeux du langage de la vie quotidiennes deviennent invalides au profit de la description objectivante des processus de conscience.

    Comme le souligne Habermas : le point de fuite d’une telle naturalisation de l’esprit est une image scientifique de l’homme produite dans la conceptualité extensionnelle de la physique, de la neurophysiologie ou de la théorie de l’évolution, qui a pour effet de déssocialiser complètement la compréhension que nous avons de nous-mêmes.

    Mais revenons aux sciences et aux techniques. Jurgen Habermas pose la question éthique de la manipulation génétique applicable à l’humain. Tout part donc d’une question très simple, quelle vie faut-il mener ? Le principe de Kierkegaard du pouvoir-être-soi-même (expurgé de sa pensée religieuse) n’est plus vraiment à l’ordre du jour dans le contexte des biotechnologies. Tout ce qui était organique par nature est remis en question par une possible manipulation intentionnelle ; il y a rupture de la symétrie de responsabilité entre les personnes libres et égales. Devons-nous considérer cette nouvelle technologie comme un accroissement de liberté qui requiert d’être réglementé, ou comme une possibilité de procéder à des interventions préférentielles qui n’exigent aucune limitation ? Vous conviendrez que le risque lié à l’autonomie des sciences et des techniques est patent.

    La première solution proposée consiste à définir les limites qui nous permettraient de ne pas engendrer un eugénisme. Mais ne devons-nous pas admettre un eugénisme limité (Habermas le nomme eugénisme négatif), permettant d’éviter, par exemple, le développement de certaines malformations graves ? Il nous faut, peut-être, définir des limites à l’action scientifique et technique de l’homme.



  • Christophe Christophe 6 octobre 2008 20:01

    Il reste une question qui est très difficile à résoudre de prime abord concernant la diffusion au grand public.

    Les sciences utilisent, globalement, une symbolique (qu’elle soit linguisitique ou mathématique) qui n’est pas toujours à la portée d’un large public.

    Si je ne m’abuse, la diffusion au grand public consiste à vulgariser la science, donc à faire usage d’une symbolique qui tend à se transformer en symboles linguistiques qui doivent être disponibles au plus grand nombre afin que leur représentation soit la plus proche possible du message exprimé. Nous nous heurtons, même si cela est possible, à la force expressive des symboles. Lorsque nous tentons de vulgariser une science, même si ses modèles et résultats sont démontrés soit par l’expérience, soit par des formulations mathématiques, le langage naturel permettant de transmettre au plus grand nombre ne repose que sur la faculté à convaincre, sur la force de conviction que mettra un eméteur à son large public.

    N’y a-t-il pas risque de confusion entre connaissance et croyance dans ce contexte ?



  • Christophe Christophe 6 octobre 2008 14:39

    @TTO,Merci pour ce résumé de la tendance qui tend à laisser croire que l’animal politique est avant tout un homo economicus.

    Cette inversion de sens est visible dès lors que nous abordons les sciences humaines comme l’anthropologie et la philosophie (la véritable). Il faut d’ailleurs se méfier des économistes philosophes qui tendent, eux aussi, à exposer comment interpréter l’approche économique et non d’expliciter comment fonctionne le monde d’aujourd’hui. Il y a là aussi une inversion de sens qu’avait levé Jean-François Revel.

    En anthropologie, principalement les études de tribus archaïques, les travaux relatés permettent sans conteste de constater que les règles économiques s’insèrent dans les règles sociales ; ce n’est pas du tout l’inverse. Le propos devrait, à mon sens, non pas se tourner à l’encontre de l’économie, mais de ce que nous faisons du facteur économique.

    Quant à sa primauté sur le politique, au sens social, elle est une ineptie persistante.Il existe d’autres approches qu’il faudrait parvenir à fusionner pour tenter d’expliquer l’influence directe de la primauté de l’économie dans notre inconscient.

    Des philosophes anthropologiques montrent aussi que la relation entre l’homme et sa perception du temps (sa temporalité) tend aussi à être modifiée. Ils expliquent que le passage de l’homme archaïque fût rompue par les lumières qui ont inséré la notion de perspective ; un de leurs apports important. Ainsi l’homme pouvait penser à l’inverse de l’écoulement du temps. La perspective a permis des projection sur le long terme. Or, aujourd’hui, le terme de cette perspective se réduit, d’après ces philosophes anthropologiques, parce que la pensée économique n’est pas une pensée à long terme ; et que l’influence de la financiarisation de l’économie a eu tendance à encore réduire le terme de cette perceptive pour se réduire quasiment au temps présent.

    Quant à l’autonomie des sciences et des techniques, sur laquelle repose la modernité, l’école philosophique allemande la dénonce depuis longtemps. Nous sommes mêmes convaincus, inconsciemment, que la modernité ne peut être qu’un progrès ; alors que cette affirmation mérite d’être discutée.

    Je vous réitère mes félicitations pour lever un tel sujet. Que nous adhérions ou non à l’approche de Billeter, il n’en reste pas moins que le sujet mérite que nous nous penchions dessus afin d’ouvrir un débat.



  • Christophe Christophe 5 octobre 2008 12:39

    @Gül,

    Mais ce n’est pas uniquement sur ce site citoyen. C’est un constat politique et social que fait Sfez lorsqu’il aborde la fameuse société de l’information qui fait l’unanimité. Nous n’avons jamais autant parlé de la communication que dans une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même, dont la cohésion est contestée, dont les valeurs se délitent, que des symboles trop usés ne parviennent plus à unifier.

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