Chapeau pour cet exercice de style. C’est bien dit et cela peut émouvoir si on fait une lecture superficielle.
Sous la rhétorique d’un anarchisme teinté d’humanisme, l’indigence de la réflexion et de la lucidité apparaît bien vite. Oui on peut s’indigner de la pauvreté mais assortir cette indignation d’un dîner de tête des forces politiques en mettant tout le monde sur le même plan hormis ceux qui nous gouvernent, ce n’est plus de l’indignation, c’est de la complaisance.
Vous avez trop de cibles pour en viser une, celle qui peut être largement jugée responsable des maux actuels de notre société : le capitalisme financier et ses valets au pouvoir, le libéralisme économique dont on nous a dit qu’il constituait le seul ordre mondial possible.
Curieux ce coup de jeune donné par un soixante-huitard repenti, converti au libéralisme ripoliné en vert, adepte du TCE et rompu à toutes les ficelles politiciennes. Je rappelle en particulier le marchandage qu’il a proposé au PS : je troque des sièges contre une abstention de candidature au Présidentielles.
Que l’on trouve rafraichissants ses coups de gueules et sa décontraction vestimentaire ne font pas de lui le porte-parole crédible d’une alternative politique de gauche.
Quelle que soit la véracité de cet interview, n’importe qui a pu constater hier soir sur un plateau télé de la 2 vers 21h15 la réponse de D. Cohn-Bendit à un représentant de l’ump qui lui demandait si Europe Ecologie était à gauche. Il a répondu « non » assorti d’un mouvement de tête.
Aux cibles privilégiés du FN que sont les immigrés (tous des profiteurs, des feignants et des fanatisés), les fonctionnaires (tous de feignants, des privilégiés et des grévistes) ?
Ou faut-ils s’en prendre aux véritables fauteurs de troubles que sont les puissances financières internationales, le MEDEF dont Sarkozy est le zélé serviteur et le réservoir de racistes dont il s’entoure à l’UMP ?
Quelques raisons pour lesquelles je ne voterai pas pour EE.
-Les porte-paroles de ce mouvement sont trop hétéroclites pour constituer une dynamique politique claire. Que l’altermondialiste José Bové, opposé au TCE, soit à côté d’Eva Joly, magistrate intègre en lutte contre le corruption financière et la fraude fiscale, les deux sous la bannière d’un soixante-huitard repenti et converti au libre marché ripoliné en vert me laisse tout-à-fait perplexe.
- La stratégie de Cohn-Bendit pour les présidentielles relève d’un marchandage digne des radicaux socialistes des 3° et 4° Républiques. Monnayer des sièges de députés contre l’abandon d’un candidat à la présidentielle rend la perspective de ce mouvement encore moins lisible.
- La préoccupation écologique ne garantit pas l’engagement social et politique : elle est soluble dans toutes les sensibilités de la droite à la gauche. Or, Europe Ecologie oscille constamment entre l’affichage d’un positionnement à gauche et une volonté d’être une alternative centriste au PS et à l’UMP (cf les dernières déclarations de Cohn-Bendit le 9 mars au matin sur France-Inter.
- Enfin, être de gauche c’est pour moi être du côté de ceux qui sont exploités, qui souffrent d’un système qui accapare les richesses au nom du libre marché. Jamais le principal porte-parole d’EE ne pose la question de la répartition des richesses, du pillage des ressources de nombreux pays par les puissances financières. Comme si pour EE le problème principal est de convertir aux bienfaits de l’Ecologie triomphante, grâce à des taxes diverses, non pas ceux qui sont responsables de la situation critique actuelle, mais ceux qui en sont le plus victimes. L’écologie devient alors une sorte de vulgate politiquement correcte pour persuader que tout le monde est responsable de la dégradation environnementale et plus encore ceux qui n’ont pas les moyens de se passer de voiture pour aller travailler ou d’électricité pour se chauffer.
On voit bien dans cette perspective combien le film Home d’Artus Bertrand et la prochaine émission de Nicolas Hulot, juste avant les Régionales, favorisent EE et ne dérangent pas la droite, bien au contraire !