Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
Entièrement d’accord sur l’analyse du rapport entre capitalisme et technologies : celles-ci ne sont développée que pour obtenir des gains importants rapidement, sans répondre à des questions essentielles : véritable intérêt et apport, développement des technologie avec un rapport aussi neutre que possible sur l’environnement, réflexion éthique sur les changements et impacts de ces technologies, etc.
Quand le moteur est exclusivement le profit, le rapport est nécessairement faussé.
[ C’est la critique classique de la technologie par la philosophie
allemande : Heidegger par exemple...une branche plutôt réactionnaire de
la critique allemande, Junger aussi. ]
Ah, c’est possible, je devrais peut-être - enfin - me mettre à les lire, ces auteurs. Je ne savais pas, mais merci de m’en informer :)
[ Le problème c’est le retour aux origines à la pureté originelle... à l’Être. ]
Je comprend que souvent, lorsqu’on évoque une critique de la technologie - ou plutôt de la « technicité » - on s’engouffre dans l’idée que la-dite critique induit la volonté d’un retour aux origines. Je crois que la réflexion sur ce point est importante, car elle permet de changer de point de vue, de s’éloigner du sujet (dézoomer) afin de recadrer celui-ci dans son ensemble.
Cela étant, cela ne signifie nullement qu’il s’agisse de facto d’abandonner les acquis techniques, mais de questionner leur utilité par rapport à un choix de vie autant que par le réel bénéfice face à l’évolution à la fois individuelle et collective de l’humain : de façon synthétique, la technologie ne nous aliène-t-elle pas, plutôt que nous permettre d’évoluer et de nous épanouir ? La question mérite certainement d’être posée.
[ pour
moi c’est une critique idéaliste et qui se base sur un état idéalisé de
l’humain par rapport à la nature et qui n’a jamais existé. ]
Effectivement, on peut me qualifier d’idéaliste, j’en accepte la sanction. Mais cela ne se base pas, dans mon chef, sur une idée idéalisée du rapport homme-nature, mais sur la simple observation, d’une part, que l’être humain fait partie de la nature, et d’autre part, sur le jugement (personnel) que le paradigme « l’homme doit dominer la nature » est une erreur fondamentale. Enfin, j’observe qu’on ne juge généralement l’action de l’homme et son rapport à la nature que sur une période extrêmement courte, correspondant à la civilisation, soit 8 à 10.000 ans : hors, l’être humain a une histoire bien plus longue, et a donc un passé nettement plus important sans technologie et en nécessaire symbiose avec la nature (puisqu’il s’y est adapté). Selon mon analyse, cette symbiose fut rompue le jour où l’être humain s’est sédentarisé et installé dans les « cité » (origine du terme civilisation, qui vient de « civis », la cité).
[ Je
pense plutôt que l’on a pas d’autre choix que d’affronter notre
création : la technologie... sur le terrain politique. Plutôt que
laisser le marché, ses demandes et ses besoins satisfaits par une
demande qui ne cesse de s’affoler... ]
C’est une rhétorique souvent entendue dès qu’on exprime un changement d’orientation dans la société, ou la critique des orientation ayant mené à la situation actuelle : « nous n’avons pas le choix ». Et j’observe que vous parlez bien d’ « affrontement », donc vous avez conscience - peut-être inconsciemment - que ces technologie nous sont « hostiles », sinon, pourquoi parler d’affrontement ? Mais en fait, tel n’est pas ma démarche : je suis plutôt dans l’idée de comprendre notre sujetion à ces techniques, et nous détacher de son aliénation afin de faire de nouveaux choix, qui n’implique pas nécessaire l’abandon de la technologie, mais un autre rapport entre celle-ci et l’humain. Peut-être un usage plus raisonné de celle-ci, tenant compte de l’épanouissement humain et dans un retour à une symbiose avec la nature. Le constat est là : à l’heure actuelle, nous épuisons la nature et ses ressources, ni plus ni moins. Quid de l’avenir ?
J’ai envie de participer à une réflexion sur ce sujet. Dans l’idéal, je considère qu’il s’agit d’une démarche citoyenne, c’est-à-dire participative de la construction démocratique. Toutefois, je dois dire que je suis sceptique à plusieurs niveaux.
Primo, je suis sceptique sur la véritable intention des pouvoirs publics de prendre en compte les avis de la population lors de ces débats.
Secundo, je suis sceptique sur la teneur des exposés et débats qui seront ouverts au public : par qui seront-ils organisés ? Y aura-t-il des conflits d’intérêt (c’est probable) ? Ne s’agirat-il pas de propagande plutôt que d’information ? ...
Tertio, ne s’agit-il pas, en fait, d’une mesure de cosmétique visant à faire accroire que débat public il y a eut, alors qu’en fait, les cartes sont déjà jouées ?
J’ai donc de sérieux doutes.
Néanmoins, ce qui est sûr, c’est que si les pouvoirs peuvent récupérer les sujets populaires pour en faire des outils politiques, l’inverse est également vrai ! Les internautes, et l’ensemble des citoyens désireux de prendre en main la question peuvent se mobiliser pour échanger, rassembler et diffuser des informations. En démocratie, la politique appartient au peuple, pas aux élus ! Et ça, c’est une idée forte que nous nous devrions de retrouver, massivement.
Je vais donc commencer à m’informer au mieux, en faisant le plus possible preuve de discernement.
En attendant, voici ce qui guide mon opinion a priori :
« Certains considèrent que la prétention de la science à tout connaître sur tout est illusoire : la science est fondamentalement limitée par les domaines d’étude qu’elle a elle-même défini. Et si la technologie a apporté d’immenses bienfaits, elle a engendré des ravages au moins aussi importants. De plus, la science n’a rien à dire sur la manière de conduire nos vie. »
« La science n’engendre pas la sagesse. Elle a montré qu’elle pouvait agir sur le monde mais ne saurait le maîtriser. »
« S’adonner pendant des siècles à l’étude et à la recherche ne nous fait pas progresser d’un pouce vers une meilleure qualité d’être, à moins que nous décidions de porter spécifiquement nos efforts en ce sens. La spiritualité doit procéder avec la rigueur de la science, mais la science ne porte pas en elle les germes de la spiritualité. »
(Matthieu Ricard, dans « L’infini dans la paume de la main »)
« Notre intellect a créé un nouveau monde fondé sur la domination de la nature, et l’a peuplé de machines monstrueuses. Ces machines semblent si indubitablement utiles que nous ne voyons pas la possibilité de nous en débarrasser, ni d’échapper à la sujétion qu’elles nous imposent. L’homme ne peut s’empêcher de suivre les sollicitations aventureuses de son esprit scientifique et inventif et de se féliciter de l’ampleur de ses conquêtes. Cependant, son génie montre une tendance inquiétante à inventer des choses de plus en plus dangereuses qui constituent des instruments toujours plus efficaces de suicide collectif. »