Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
Oui, c’est évidemment le problème de « transition » entre un système monétariste et un système sans monnaie, on est encore d’accord.
D’après ce que j’ai compris, il semble que Jacques Fresco table dans un premier temps sur :
1. la diffusion au grand public (mondialement) du projet, via un film à grand budget avec de gros moyens et des réalisateurs de renom (genre Spielberg).
2. la réalisation d’une cité prototype servant de modèle, mais aussi pour évaluer et tester la faisabilité.
Ces deux projets devant être financés par des dons et du sponsoring.
Ensuite, Fresco table sur l’effondrement du système, impliquant une crise telle qu’elle impose une remise en cause des vieux paradigmes. Je reconnais que c’est pas gagné, car je crains fort la mise en œuvre par le système de la bonne vieille stratégie du choc. Et on ne sait pas exactement quand le système va s’effondrer (même si j’ai bel et bien l’intuition qu’il va s’effondrer dans pas longtemps).
Nous sommes entièrement d’accord sur ce point (qui est un peu un pléonasme, mais je vous accorde que par les temps qui courent, nous sommes parfois amené à énoncer des évidences).
Sur le sujet d’une économie alternative, basée non plus sur la monnaie, mais sur la gestion et la répartition équitable des ressources (et de la production issue de leur valorisation), avez-vous déjà entendu parler du Projet Venus élaboré par Jacques Fresco et Roxane Meadows ? Et si oui, qu’en pensez-vous ?
PS : j’ai entendu parler de l’écosociétalisme sur le site d’Étienne Chouard, mais je n’ai pas encore approfondis le sujet > dans la liste de mes sujets à aborder, merci
Bonjour l’auteur. En parlant de cause des causes, et en prenant l’argent pour sujet, puis-je vous apporter (en bref), ma propre analyse ?
1.La
monnaie est un instrument inventé par les humains pour échanger des
marchandises et des services.
Au moment où la monnaie a été inventée, elle a sans doute répondu à un besoin
dans la façon dont les hommes voulaient s’organiser, et a donc sans doute rendu
service pendant un temps déterminé. Le monde actuel, globalisé, avec la
quantité de connaissances et de découvertes acquises depuis des générations, a
changé, et ce système ne remplit plus la fonction pour laquelle il a été
inventé : il est donc obsolète.
2.La monnaie, qu’elle soit matérielle (billets,
pièces, or, etc.) ou virtuelle (données informatiques) n’a en elle-même aucune
valeur réelle : on ne peut pas se nourrir avec des billets, ni produire de
l’énergie, ni fabriquer une maison ou quoi que ce soit ; ce n’est pas la monnaie qui produit des richesses, ce sont les ressources (et leur valorisation par le travail) qui constituent la
véritable richesse.
3.La
valeur que l’on attribue à la monnaie est subjective et dépend de la confiance qu’on accorde à ces
signes (nb. voir aussi le point 7 à ce sujet), mais également de la quantité de
signes en circulation (inflation / déflation).
4.Par contre, la valeur des biens et des services va dépendre essentiellement de leur
rareté : un produit, un bien ou un service abondant aura un faible prix ;
un produit, un service ou une ressource quelconque se trouvant en faible
quantité ou en pénurie aura un prix élevé (principe de la "loi de l’offre
et de la demande").
5.Par conséquent, l’ensemble du système économique basé
sur la monnaie est fondé sur la (gestion de la) pénurie : pour qu’un
produit, une ressource ou un service ait une valeur, il doit être plus ou moins
rare. Le suprême paradoxe étant que, pour maintenir sa valeur, la monnaie
elle-même doit être rare ! (du moins, doit-elle être inégalement répartie entre les individus de façon à être peu voir pas accessible à une importante frange de la population).
6.Comme la quantité de signes (de monnaie) en
circulation doit elle-même être en situation de pénurie, il en résulte que de
manière générale, il doit ne
jamais y en avoir assez pour tout le monde ... ! (on en viens à la dernière remarque du point précédant).
7.Ce
système d’économie basée sur la monnaie doit reposer sur un ensemble de lois contraignantes, sans lesquelles l’ensemble
des populations ne joueraient pas le jeu. Ces lois sont le ciment du système et ne peuvent être discutées, à la
façon d’un credo religieux au sein d’une église.
8.Comme
l’argent devient nécessaire pour se procurer les produits et les services nécessaires
à vivre et prospérer, et comme il n’y en a pas assez pour tout le monde, il
s’ensuit logiquement qu’il va y avoir concurrence et compétition.
9.De façon générale, l’ensemble des ressources (donc des richesses de la planète) vont
aboutir - par le biais de la compétition et des inégalités - entre les mains d’un très, très petit nombre de personnes (en
proportion au 7 milliards d’individus), et ces personnes, contrôlant de (très) grandes
portions des ressources, déterminent elles-mêmes la rareté et les prix, quitte
à détruire (ou dissimuler) les ressources excédentaires (il faut maintenir
- artificiellement ! - les prix, donc la rareté et la pénurie).
10.Donc, tout système économique basé sur la
monnaie revient in fine à organiser
et pérenniser la pénurie et la compétition, plutôt que gérer de façon commune
les ressources dans le but de générer l’abondance pour tous.
On peut réfléchir à toutes les implications et conséquences sur les
comportements humains d’une société sans monnaie, sans argent, et où
chacun à accès à tous les biens ou services dont il a besoin. Il est
cependant nécessaire de bien garder à l’esprit que cette analyse
nécessite de ne pas transposer nos propres comportements dans ce
contexte, car nous-mêmes sommes névrosés par le contexte de la société
actuelle : nous sommes matérialiste parce qu’il n’y en a pas assez ; nous amassons et nous sommes possessifs avec les biens matériels, parce que cela représente des richesses, du fait de leur (relative) rareté, et parce que la possession est le signe de la réussite
et d’une « bonne vie ». Il en irait tout autrement dans un contexte où
tous auraient accès tout ce dont il a besoin librement. Dans pareil
contexte, les névroses possessives disparaissent. Le besoin
d’accumuler (peur du manque) n’a plus besoin d’être. L’obsolescence
planifiée disparait, et les ingénieurs peuvent - enfin ! - déployer
toute leur créativité afin de développer des dispositifs et appareils
solides, fiables et durables (puisqu’il n’y a plus besoin de répondre à des objectifs de rentabilité et de consommation renouvelée). Les vols n’ont plus lieu d’être, par conséquent, toute une série de crimes n’ont plus de raison de se développer.
Libéré des tâches pénibles et dangereuses grâce à la robotique, les
gens peuvent consacrer une grande partie du temps ainsi libéré afin de
se consacrer, qui à la gestion de la cité, qui a l’étude, qui à des
loisirs (créatifs ou non), qui à des associations culturelles, qui à la
spiritualité, qui à la recherche... La participation à la gestion de la cité est encouragée et souhaitée, par le biais de l’application à tous les domaines de la politique (au sens noble du termes, c’est-à-dire « gestion de la cité »), des principes de l’Open Source.
Si
nous sommes nombreux à simplement savoir et connaître l’existence de
cette solution, lorsque la fracture arrivera (l’effondrement programmé
du système), nous pourrons échapper à la « stratégie du choc » qui risque
fort de nous être imposée par les oligarques. Nous pourrons dire NON à
leurs prétendues « solutions », et exiger une société fondée sur une
économie basée sur les ressources. La prochaine grande révolution a donc
déjà un nom, un objectif clair, et une déclaration universelle :
l’ensemble des ressources de la planètes sont le patrimoine commun de tous les êtres vivants, et nul ne peut se les approprier à son bénéfice propre.
André-Jacques, sur le plan éthique et légitime, je souscris entièrement à vos propositions, mais sur un plan plus fondamental, je n’y accorde qu’un intérêt en termes de mesures transitoires.
Seriez-vous prêt à aller plus loin dans la réflexion et envisager une autre forme d’économie que l’économie basée sur la monnaie ?