@Decouz « Non ce n’était pas un monde christianisé »
L’écart se creuse entre l’exégèse officielle de l’Islam et le monde scientifique et il faudra bien un jour se poser la question des raisons de cet écart. Tout dans le Coran nous dirige vers le Nord de la Syrie : la langue, l’écriture, la géographie. Les constructions récentes de La Mecque ont démontré qu’il n’y a jamais existé une ville ancienne dessous celle qui était implantée au XXème siècle. Même la Qibla des mosquées les plus anciennes pointent soit vers Jérusalem, soit vers cette zone du Nord de la Syrie ou vers le royaume des Nabatéens. Le Khân el-Qurashiyé situe la tribu de Muḥammad à 30 km de Lataquié en Syrie sur les cartes grecques de l’époque. Cette zone était peuplée de Juifs et de Chrétiens ainsi que des nomades et c’est sur le passage des caravanes, de nombreux écrits l’attestent. Le Coran contient 118 condamnations des chrétiens contre une dizaine des polythéistes... Il semble que la création de La Mecque soit le fait de l’anti-calife Ibn al-Zubayr et date de la fin du 7ème siècle ou du début du 8ème siècle. Il a fallu encore du temps pour que La Mecque soit reconnue par l’ensemble de l’Islam au milieu du 8ème siècle (peut-être après la destruction de Petra en 747, la pierre noire semble provenir de Petra).
« je pense que s’il y avait eu un christianisme solide, l’islam n’aurait pas pu « prendre » »
Sans doute, mais il y a deux phénomènes qui peuvent jouer, si l’on en juge par les chroniques de la conquête de l’Egypte. Le premier est qu’il y avait sans doute plusieurs églises, parfois concurrentes, dont probablement quelques unes liées au pouvoir de Constantinople, ce qui ne devait pas les faire apprécier par les autres. Le deuxième est que la conversion à l’Islam s’est fait en douceur, les premières marches n’étant pas très hautes. L’Islam des débuts est encore assez loin de l’Islam que nous connaissons et il est plus que probable qu’il n’était pas demandé grand chose à ces communautés chrétiennes. L’affirmation de l’unicité de Dieu ne devait pas poser beaucoup de problèmes aux monophysites.
Sur l’origine judéo-Chrétienne, il faut lire « le Messie et son prophète » d’Edouard-Marie Gallez. Il lie la création de l’Islam au Judéonazaréens dont l’existence est attestée par de nombreux documents entre la fin du premier siècle et la fin du 7ème siècle. Il y a de nombreux points communs entre leur théologie et l’Islam. En 67, les Romains ont chassés les Chrétiens et les Juifs qui ne posaient pas de problème à Jérusalem. Ceux-ci ont été autorisés à revenir après la destruction du temple en 70. Seuls ceux qui ne portaient pas d’intérêt au temple sont revenus (les Chrétiens) et ceux qui sont restés en Syrie se sentaient plus Juifs que Chrétiens. Ce sont eux qui ont développé l’hérésie judéonazaréenne qui refuse la mort de Jésus et prévoient son retour à Jérusalem pour y fonder le royaume de Dieu. Ils ont embauchés des arabes pour reconquérir Jérusalem, ce qui est arrivé entre 736 et 738 et ont reconstruit un temple en bois. Jésus n’est pas revenu, mais les arabes qui avaient le pouvoir militaire ont bien compris que la religion permettait d’unifier les armées. Les transformations du dogme ont eu pour but d’arabiser la religion en l’éloignant de Jésus et de Jérusalem. Il n’existe pas de citation de Muḥammad comme prophète avant 694, soit 60 ans après sa mort, y compris dans les documents externes à l’Islam. l’anti-calife Ibn al-Zubayr (encore lui) est le premier à avoir mis Muḥammad sur une pièce de monnaie en 684.
@Decouz « Il n’y a pas dans le dogme de l’islam de « mystères » comme dans le christianisme »
Dans le Christianisme, les dogmes représente l’état de notre compréhension des mystères divins. Il n’y a pas de dogme qui ne puisse être modifié, dans le sens où notre compréhension s’améliore avec les découvertes scientifiques et l’enseignement donné par l’Esprit Saint. Il n’est jamais arrivé qu’il y ait des « marches arrières ». Cela va toujours dans le sens d’une amélioration de la précision et la raison ne s’oppose jamais à la foi. Les signes que Dieu nous donnes peuvent être examinés avec les moyens de la raison, même si c’elle-ci ne permet pas de conclure « scientifiquement ». Pour le Chrétiens, le comportement de Dieu est toujours rationnel. Les signes qu’ils nous donne n’ont qu’un seul but, nous permettre de recevoir le salut. S’il n’y a pas de « mystères » dans l’Islam, il n’y a pas non de révélation sur Dieu. Dieu ne dit rien de lui-même.
Le Guénonisme va bien dans le sens du gnosticisme et de l’occultisme. Ces deux aspects s’opposent au Christianisme et certainement aussi au messianisme de l’Islam sunnite.
Dans le Christianisme, l’homme n’est en aucun cas une parcelle de Dieu. Il ne peut atteindre le salut par des exercices personnels ou en l’achetant par ses œuvres. Le salut est offert par Dieu de manière inconditionnelle à cause de l’amour de Dieu pour l’humanité et le Christ en est le chemin. La miséricorde de Dieu étant absolue, il ne peut nous juger ensuite, il nous reviendra de l’accepter ou pas. Pour être sauvé, nul besoin de certificat de baptême, mais il faut accepter l’amour que nous recevons du Christ et accepter de passer en pleine lumière, malgré tout ce que nous voulons cacher sur nous-même. Cet amour est accessible dès notre monde, soit directement, soit au travers d’autres personnes, ce qui nous permettra de le désirer au moment du choix.
J’ai lu le livre de Jacqueline Chaabi et je considère que 80% de son contenu est obsolète.
Elle situe l’action de Muḥammad dans un monde tribal complètement isolé or nous savons aujourd’hui que ces hypothèses ne tiennent pas. Elle ne prend même pas la peine de décrire ce monde. Le monde dans lequel évoluait Muḥammad était déjà complètement christianisé. Tous le Coran est rempli d’allusion à l’ancien et au nouveau testament et les auditeurs devaient forcément comprendre ces allusions. Elle a une vision sociologique, mais pour l’histoire, elle prend comme vraie la légendologie islamique. Avec des hypothèses fausses ont ne peut aboutir à des conclusions correctes.
« la vision du Prophète en rêve étant considérée comme authentique. » Mais rien ne permet de garantir la qualité du songe en dehors de la bonne foi de celui qui le fait. Dans le Christianisme, les songes sont des messages individuels qui ne peuvent concerner que la personne qui le reçoit.
Avec les songes, s’ils ne sont pas clairement inspirés par Dieu, il y a toujours un risque qu’ils soient plutôt inspirés par les Esprits (les Djinns). Ceux-ci soufflent le vrai et le faux et il est impossible d’en tirer quelque chose d’utilisable.
@Decouz « Il n’y a pas que le Christ et l’Islam » Certes, mais la recherche de la vérité nous pousse à prendre position lorsque des incompatibilités éclatent.
On peut classer les religions à partir des incompatibilités observées.
Pour un Chrétien, on voit deux grandes tendances qui s’opposent au Christianisme :
1) le gnosticisme qui tend à considérer l’Univers comme un tout dont l’homme fait partie. Ce tout est divisé en niveaux, du plus matériel au plus spirituel et l’homme peut s’élever par des exercices spirituels. Dans certains cas, la réincarnation permet de recommencer lorsque l’on a échoué. Il s’agit principalement d’une religion ethno-centrique, Dieu étant ce tout ou il est éliminé car inutile selon les approches. L’homme achète son salut par ses actions, Dieu n’est pas nécessaire.
2) le messianisme qui prévoit un royaume de Dieu sur terre (parfois également, Dieu n’est pas nécessaire, ce sont les hommes choisis qui gèreront ce royaume). L’Islam sunnite fait partie de cette branche, bien que l’idée d’un royaume terrestre s’estompe progressivement. Pour ce retour, ʿĪsā est plus ou moins remplacé par le Mahdi qui ne semble pas très défini. Dans cette même catégorie, nous avons également toutes les formes de communisme car, même si elles ne croient pas en Dieu, il y a bien l’idée d’un royaume terrestre à venir qui sera géré par les bon communistes. Le messianisme pousse à préparer ce monde à venir par la purification des incroyants qui par leurs actions empêchent l’avènement de ce monde nouveau.
« que derrière lui, même en lui, tu voyais le Christ » Pour un Chrétien, le Christ est bien vivant et le saint n’est pas nécessaire pour entrer en dialogue avec lui. Le Christ montre à tous ceux qui veulent bien regarder des signes visibles de son existence. Il suffit de demander sans arrières pensées, même sans être chrétien.
Quand aux manifestations des divinités, nous ne voyons pas les manifestations des religions indiennes, mais nous avons chez nous beaucoup de personnes qui pratiquent l’occultisme et ont donc un accès aux Esprits. L’occultisme a connu un regain de succès après le voyage en Inde de quelques intellectuels occidentaux à la fin du XIXème siècle (Rudolf Steiner ou Saint-Yves d’Alveydre). Le spiritisme est né de là. Les manifestations des Esprits sont bien visibles, bien que pas plus démontrables que les manifestations de Dieu. Pour les Chrétiens, ces Esprits cherchent à nous éloigner de Dieu et leur fréquentation est déconseillée.
@monde indien « Parmi les nombreuses publications récentes, celle de Héla Ouardi, Les derniers jours de Muhammad (Albin Michel, 2016), pose bien le problème. Elle analyse et classe les récits islamiques concernant la mort de celui qui est considéré comme le fondateur religieux et politique de l’Islam, en montrant les contradictions continuelles qui existent entre les différents récits, ainsi que leurs invraisemblances propres. La conclusion de son état des lieux ? On ne peut pas tirer de conclusion ... » (Edouard-Marie Gallez)
Pour l’exégèse de l’Islam, il y a donc deux sources totalement incompatibles :
1) l’exégèse des savants de l’Islam, qui étudie le Coran et les autres textes, bien représenté par l’Université d’Al-Azhar au Caire, mais aussi par d’autres savants qui représentent des courants très différents.
2) l’exégèse scientifique qui est une science récente (1 siècle environ) qui a connu un tournant important en 2001 avec Christoph Luxenberg en Allemagne qui a engendré une explosion de thèses, en particulier en France (2004 Edouard-Marie Gallez, 2014 Leïla Qadr, 2014 Jean Jaques Walter...). « ...sans ignorer ce qu’on appelle la « tradition islamique » sur Mahomet ou sur le Coran, tient compte des analyses qui peuvent éclairer celle-ci d’un jour nouveau, dans le champ de l’archéologie, de la linguistique, de l’histoire extra-musulmane et, bien sûr de la philologie – le texte coranique ayant des choses à nous dire comme texte » (Edouard-Marie Gallez).