@Decouz « Il y a une autre méthode qui est toujours employée, c’est la transmission orale. »
C’est quelque chose qui me surprend toujours quand je parle avec des Musulmans. Il ne peuvent me faire aucune référence à un texte. Quand je présente la traduction en français de quelques versets comportant des appels à la violence, il font un bon en arrière en disant que ce n’est pas dans le Coran. Pourtant j’utilise des traduction reconnues comme Hamidullah. Le Coran est trop sacré pour pouvoir être étudié et l’ensemble de la foi repose sur le Fiqh, que je comprends principalement comme une tradition orale variable selon l’origine de l’interlocuteur.
« l’ésotérisme musulman est autonome » Il semble que cet ésotérisme est d’origine indienne. Les premiers soufis ont fait le voyage de l’Inde (qui n’est pas si éloignée vu de la Perse). Pour les Chrétiens, le mot « ésotérisme » renvoie vers les démons. Rien dans l’enseignement de Jésus ne peut être caché ou doit faire appel à un enseignement de « maîtres initiés ».
« L’islam reconnait la validité des autres prophètes, chacun représentant une facette du verbe divin. » C’est exact, mais ce qui en dit dans le Coran diffère largement de ce que nous pouvons lire dans la Bible. Les Musulmans considèrent que ces prophètes ont tous apporté un morceau du Coran et qu’ils sont donc tous Musulmans. Cela ne suffit pas pour les Chrétiens pour reconnaître Muḥammad comme prophète. Il faudrait déjà que les Musulmans reconnaissent Jésus comme Dieu et non comme prophète. Et s’il reconnaissent Jésus comme Dieu, la révélation devient complète avec lui et le Coran n’a plus de sens. Ce type de dialogue est absurde et cela ne produira pas. Il vaut mieux accepter nos incompatibilités et chercher la vérité soi-même.
@zak5 Il est plutôt probable que les points diacritiques étaient connus mais pas utilisés. L’écriture arabe dérive directement de l’écriture araméenne ou sabéenne. Il est probable qu’elle ait été créé, non par des arabes mais par des chrétiens syriaques pour l’enseignement du christianisme chez les arabes à la fin du VIème ou au début du VIIéme siècle. L’alphabet araméen ne comporte que 16 lettres et il en a 28 dans l’arabe moderne. Les alphabets arabes de l’époque de Muḥammad ne comportaient donc que 16 lettres et sans les points diacritiques et la voyellisation, nous pouvons avoir jusqu’à une trentaine de sens pour un seul mot. Ainsi mḥmd peut tout aussi bien se comprendre comme désignant Muḥammad ou comme « le désiré » qui dans le cadre de l’Islam primitif devait désigner ʿĪsā dont le retour était attendu sur Jérusalem. Les codex anciens (Paris, Sanaa) ou la mosquée d’Umar (691 sur le mont du temple à Jérusalem) utilisent cette écriture. Cette manière d’écrire se conçoit comme un aide-mémoire pour la récitation d’un texte et n’est pas adapté à la retranscription d’un texte dicté.
L’Islam a un problème avec le Coran. Il est tellement sacré qu’il est ni lu ni compris par une majorité de Musulmans. Et pourtant, ceux qui poussent à la violence le lisent bien et ils y trouvent tout ce qui est nécessaire pour justifier la violence la plus extrême. Comment alors justifier une théologie de la paix ? La tradition est souvent invoquée, mais cette tradition varie d’un pays à l’autre, la vérité de beaucoup de Hadîths ne repose que sur des bases très faibles. Il est plus probable qu’ils aient été fabriqués au fur et à mesure en fonction des besoins. Ne faut-il pas revenir sur le dogme de l’incréation du Coran qui n’a pas toujours existé (il est apparu vers 750 et a été supprimé de 833 à 847 sous l’influence des Muʿtazilites...) ?
@Ecométa La science est neutre par nature. Ce qui importe, c’est ce que nous en faisons. Le problème est le même qu’avec les religions. Dès que la nécessité de la recherche du pouvoir s’en empare, la guerre et la mort ne sont pas loin. La solution n’est pas compliquée, mais demande de gros efforts : nous ne devons jamais accepter de quelqu’un d’autre des idées que nous ne comprenons pas dans le détail. Et c’est à cause de notre paresse que nous nous faisons conduire par le bout du nez.
« La science pose des problèmes, souvent formulés comme hypothèses »
Les hypothèses ne sont pas des problèmes, mais des amorces de réponses. Ces réponses ne sont pas validées et ne peuvent faire partie de la vérité. Lorsqu’une hypothèse se vérifie dans un domaine de validité, elle se transforme en loi et une loi est une expression de la vérité scientifique. Cette vérité est unique, elle ne peut fluctuer en fonction de l’humeur et de la météo et cette vérité n’existe que dans le domaine où elle est vérifiée. Il y a peu, sur la théorie du Big Bang, on considérait qu’il y avait 80% d’hypothèses, mais que nous n’avions pas meilleure théorie à proposer. Le Big Bang est donc encore du domaine des hypothèses, mais comme c’est la meilleure hypothèse, on peut valablement l’utiliser pour faire avancer la recherche. Tout ce qui utilise cette théorie ne peut que rester dans le domaine des hypothèses.
« Lorsque la philosophie laisse les énigmes pour s’intéresser aux problèmes, elle se fait science ou idéologie, ce qui est au fond la même chose. »
La différence entre la science et l’idéologie, c’est la démonstration et ce n’est pas rien.
Ce que je comprends de la différence entre énigme et problème dans votre texte, c’est que dans un cas, il y aurait une solution. La difficulté de la philosophie est que lorsqu’elle cherche des réponses, elle se contre-fiche de l’expérimentation et donc ne cherche pas à établir la réponse comme une vérité. La phrase de Simone de Beauvoir « On ne nait pas femme, on le devient » est totalement réfutée par l’expérimentation, mais elle ne voyait pas l’intérêt d’une validation de sa théorie (on devrait dire : on nait femme et on le devient). Elle a vécu une époque de découvertes scientifiques sans précédent depuis les début de l’humanité, mais aucune de ces révolutions ne mérite la moindre mention dans son œuvre ni dans celle de Sartre.
En ce sens, la philosophie mène à l’idéologie et non à la science lorsqu’elle cherche des réponses.
« Lorsque la science transforme les problèmes en énigme et qu’elle cherche à la résoudre, elle s’élève vers la philosophie »
La science ne « s’élève » pas lorsqu’elle va vers la philosophie, elle se perverti. Selon Wikipedia, « la métaphysique est une science philosophique qui questionne d’abord l’existence des choses ou des événements tels qu’ils nous apparaissent, et qui tente ensuite de décrire et d’expliquer ce qui existe vraiment » La juxtaposition de « science » et « philosophique » me pose problème. Si la philosophie cherche des réponses sans la science, le pire est à craindre. Ne faut-il pas plutôt considérer qu’il y a des questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponses. Nous savons que l’homme préfèrera n’importe qu’elle réponse à l’inconnu, mais est-ce bien raisonnable ? C’est ici le lieu de prédilection de tous les gourous qui vont utiliser des réponses idéologiques pour obtenir un pouvoir.
« Lorsque la science ne parvient pas à résoudre les énigmes, elle compte parfois sur la théologie mais cette voie est sans issue pour l’instant »
Lorsque la théologie explique la science, on est sûr de se tromper. Aucun livre théologique ne contient plus de science que ce qui pouvait exister au moment de l’écriture. Donc si nous utilisons la théologie pour expliquer la science, la régression est certaine et la voie forcément sans issues.
Dans beaucoup de religions (mais pas toutes) la théologie s’appuie sur des faits observés qui échappent à la science. Il n’y a donc pas de vérité scientifique sur Dieu, mais les faits restent observables et nous posent des questions. On peut toujours utiliser des méthodes scientifiques (à défaut d’appareils de mesure) pour analyser ces faits, mais la réponse est toujours quelque chose de personnel. C’est une approche bien différente que de faire confiance à un gourou.