@Étirév Dans les temps reculés, la Mecque n’existait pas. Sa fondation date, au plus tôt du début du 8ème siècle, soit bien après la mort de Muḥammad en 632 ou 634. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ressources en eau disponibles localement. Le puit de Zem-zem à un niveau qui se situe à plusieurs mètres en dessous du niveau du sol et il n’y a aucune trace d’une installation primitive d’une noria. Calculez donc le nombre de foyers qui peuvent vivre sur cette source sachant qu’il faut remonter l’eau à la fois pour les hommes, pour les cultures et pour les animaux, car il ne pousse absolument rien. Ajoutez à cela que cette eau est pratiquement aussi minéralisée que de l’eau de mer et qu’elle contient de l’arsenic, poisson qui n’est pas éliminé et qui s’accumule dans le corps, vous comprendrez que la ville n’a existé qu’à partir du moment où l’on a pu faire des travaux hydrauliques pour récupérer les eaux des quelques orages. Malgré ces canaux, le centre-ville est régulièrement emporté par les inondations. Pour faire des travaux hydrauliques, il fallait la puissance d’un empire, probablement les Omeyyades. Enfin, les travaux pour transformer la ville en Luna Parc n’ont révélé aucune traces d’une ville antérieure à celle du moyen âge et aucune mosquée n’a son mur de prière tournée vers La Mecque avant 727.
@Jean-Luc Picard-Bachelerie « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » Je ne reviendrais pas sur la remise en contexte de votre citation, mais j’ajouterai le texte de Matthieu que l’on confond habituellement avec cette citation : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Matthieu 5, 43-45). Pour nos ennemis, la relation d’amour est loin d’être réciproque. Nous devons regarder nos ennemis avec bienveillance, mais sans approuver leurs actes. Par la prière, nous demandons à Dieu de les convertir, ou au moins à leur faire prendre une position plus conciliante. L’amour exige la justice et aimer sans demander la justice et un déni de l’amour. Dans notre société, on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. La mode est au relativisme absolu qui nous fait confondre allègrement bourreau et victimes en faisant passer les bourreaux pour des victimes. La rédemption des bourreaux est toujours possible mais ne peut passer que par la justice. Aimer ses ennemis n’est pas un processus naturel, mais avec l’aide de l’Esprit-Saint cela devient possible. Cela ne passe pas par l’application contraignante d’une morale.
@ETTORE « foi à géométrie variable » C’est tout à fait ça. Les exégètes de l’islam qui ont écrit des dizaines de milliers de pages depuis le 9ème siècle commencent la plupart du temps par écrire que le Coran est quasi ininterprétable à cause de toutes les ambiguïtés qu’il contient, mais accusent d’apostasie tous ceux qui ne l’interprètent pas comme eux. Tous les Musulmans que j’ai rencontré affirment posséder le véritable islam, mais aucun ne le pense de la même manière. De toutes façons, cela n’a pas d’importance, puisque la qualité de Musulman s’acquiert par le respect des 5 piliers et l’interprétation du Coran n’en fait pas partie. Dès que vous avez fait la profession de foi devant un imam, vous êtes Musulman et la profession de foi ne contient que deux dogmes : l’unicité de Dieu (par opposition aux Chrétiens) et l’affirmation que Muḥammad en est le prophète. Ces dogmes ne les engagent pas beaucoup, ils n’ont pas de conséquences sur la vie de tous les jours. Beaucoup de ces Musulmans ne connaissent qu’une toute petite partie du Coran et jamais des versets qui traitent de l’esclavage ou du Djihad. Il n’ont reçu qu’un enseignement oral qui contient encore beaucoup de préceptes de religions antérieures : christianisme, manichéisme, animisme, hindouisme...
@Jean-Luc Picard-Bachelerie Vous pouvez commencer par « Le grand secret de l’islam » d’Odon Lafontaine ou « Le Coran décréé » de Florence Mraizika. Ce sont deux ouvrages de synthèse simples à comprendre. Vous avez ensuite « le Messie et son prophète » (2005), thèse d’Edouard-Marie Gallez, théologien, ou « le Malentendu islamo-Chrétien » du même auteur, « les trois visages du Coran » (2014) thèse de Leïla Qadr, linguiste. Vous pouvez lire toute la littérature produite par Marie-Thérèse et Dominique Urvoy, professeurs à l’Université Catholique de Toulouse (« La mésentente », « Enquête sur le miracle coranique », « Islamologie et monde islamique », « L’action Psychologique dans le Coran »…). Si vous vous intéressez uniquement à l’histoire, vous avez l’excellent livre de synthèse « Les débuts de l’islam » produit par Françoise Micheau, professeur à la Sorbonne. Si c’est l’archéologie, vous avez L’étude de Dan Gibson (2017) : « Early Islamic Qiblas ». Si vous vous intéressez aux précurseurs, lisez « Les disciples Juifs de Jésus - du 1er siècle à Mahomet » de Dominique Bernard. Si vous voulez connaître les sources documentaires, lisez « Les fondations de l’islam » (2002) d’Alfred-Louis de Prémare. Si vous êtes mathématicien, liez « Le Coran révélé par la théorie des codes » (2014) thèse de Jean-Jacques Walter. Si vous vous intéressez aux aspects juridiques, vous avez les études de Sami Aldeeb Abu-Sahlieh. Vous avez encore les travaux de Guillaume Dye (analyse du Coran), Christoph Luxenberg (Robert Kerr, les sources araméennes), Anne-Marie Delcambre, William Campbell, Hela Ouardi… Pas d’année qui passe sans qu’un chercheur ne produise un nouvel éclairage de l’islam. La science avance très vite depuis le début de ce siècle. Finalement, tous ces auteurs, en ayant étudié des parties différentes nous présentent une image de l’islam tout à fait cohérente mais complètement différente de ce que nous raconte la tradition.
« On assiste dans le monde, et en France, à la diffusion d’une conception théocratique de l’Etat »
Cette conception a toujours existé depuis le premier homme qui a inventé le pouvoir. Posséder le pouvoir temporel seul est toujours un exercice dangereux qui peut mal se terminer. Posséder les conscience est une manière de stabiliser le pouvoir. Thiers déclarait « Je demande que l’action du curé soit forte, beaucoup plus forte qu’elle ne l’est, parce que je compte beaucoup sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici pour souffrir. » Nous étions en plein concordat. Ce concordat n’a jamais été fait pour que l’Eglise contrôle le pouvoir, mais pour que le pouvoir contrôle l’Eglise. D’ailleurs, pendant tout le concordat, les biens de l’Eglise n’ont pas cessé d’être confisqués, montrant par là la cupidité de ceux qui nous gouvernent, reprenant d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.
Déjà au XVIIème siècle la nomination par l’Etat d’évêque et de prieurs pris parmi la noblesse était une opération de confiscation des biens de l’Eglise. Les Evêques et les prieurs en question n’avaient même pas besoin de croire en Dieu.
L’indépendance des Catholiques n’a jamais été supportée par aucun pouvoir. Les tentatives récentes de M. Valls pour faire pression sur l’Eglise Catholique en bloquant la nomination de l’évêque de Metz nous a montré qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Entre les martyrs du premier siècle et les guillotinés de la révolution française, le soutien des Eglises plus conciliantes avec l’Etat (protestantisme, gallicanisme, culte de l’être suprême, franc-maçonnerie) l’arrestation et la détention de Papes, les massacres Cathares mis sur le dos de l’inquisition, il n’y a pas d’époque sans que le pouvoir cherche à détruire l’Eglise Catholique. Même l’empereur Constantin qui a autorisé le Christianisme a voulu en faire une religion a sa dimension. Nous lui devons le schisme avec l’Eglise Orthodoxe.
Plus récemment, la loi de 1905 a été pensée comme le coup de grâce contre cette Eglise qui devait disparaître par la suppression de la totalité de ses ressources. Malheureusement pour l’Etat, l’Eglise y a retrouvé sa liberté. La guerre de 14 a beaucoup fait pour la réconciliation nationale.
« un Etat théocratique serait vertueux puisque ses dirigeants obéiraient censément à la volonté de Dieu »
Obéir à la volonté de Dieu ? quels moyens Dieu met en œuvre pour obtenir cet obéissance ? absolument rien. Dieu nous a créé libre et n’intervient pas pour nous contrôler. Pour un Chrétien, Dieu est totalement amour, et il ne pourrait vous contraindre sans s’opposer à son amour. Il vous laisse même la liberté de recevoir son salut et d’aller au paradis. Sauf que pour beaucoup d’hommes (de femmes) de pouvoir, vivre une éternité dans l’amour avec une transparence sur tout leurs actes, ça ne peut être un choix possible.
Dans l’islam, Dieu n’est pas amour. Il faut donc des lois pour contraindre les adeptes à vivre ensemble. Cela est tout de suite plus séduisant pour ceux qui détiennent le pouvoir. Ceux-ci s’affranchissent tout de même du respect des lois qu’ils imposent à leurs citoyens.