« D’autre part je ne suis pas sûr que l’EO vaille mieux que le »petit blanc« ou »petit négre« comme vous l’appelez d’un ton suffisant, voire condescendant. »
Apprendre à lire en une heure, à conjuguer en une demi-heure, ne pas avoir des contraintes du genre « on ne dit pas comme ça », ne pas se sentir inférieurs aux natifs - c’est déjà bien mieux que le petit-blanc anglophone. Et je ne parle pas des autres avantages.
En trois mois d’espéranto, j’écrivais de longues lettres à mes correspondants étrangers, et on parlait de plein de choses. En 8 ans de français, mon niveau était pire que le petit-nègre, pas une ligne sans la consultations intensive du dico, et quand je vois maintenant certains de mes brouillons, je me demande si les gens me comprenaient vraiment.
« Le problème c’est que vous n’avez pas d’espérantiste de souche pour le constater. »
Voilà : vous admettez vous-même qu’il faut se référer aux natifs. Autrement dit, accepter leur supériorité linguistique et sa propre position subordonnée
Souvenez-vous qu’on ne parle pas de la communication entre les natifs, mais bien de la communication INTERnationale. Alors il faut comparer l’efficacité d’une langue, quand elle est utilisée dans la situation interculturelle ; comparer le temps consacré, le niveau, le coût et l’efficacité finale. L’anglais, on nous somme de le commencer le plus tôt possible et continuer « tout au long de sa vie », selon l’expression fétiche des institutions européennes. L’espéranto, on le propose vers l’âge de 9-10 ans, quand les bases de la langue maternelle sont en place, et le continuer un an ou deux, pour disposer d’un moyen de communication et passer avec autant plus d’efficacité à l’apprentissage des autres langues, choisies librement et sans contrainte.
"L’argumentaire des militants en faveur de l’apprentissage de l’anglais en jeune âge repose sur l’existence d’études « prouvant » que plus l’enfant est jeune, mieux il apprend. Toutefois, les recherches en question sont rarement citées puisque leur véracité est contestable. Les trois hypothèses les plus importantes sont celles de la théorie de la plasticité du cerveau de Wilder Penfield (1953), de la théorie de la prédisposition biologique de Lenneberg (1964) et de la théorie de l’empreinte biologique de Konrad Lorenz (1958). Le problème est qu’aucune recherche scientifique fiable n’est arrivée depuis à valider les hypothèses de ces chercheurs et ce, malgré le fait que ces recherches remontent à plusieurs décennies.
En contrepartie, il existe plusieurs recherches démontrant que l’apprentissage des langues secondes se fait de façon beaucoup plus efficiente chez le jeune adulte. Une des études les plus intéressantes de par sa rigueur et sa représentativité est celle menée par Clare Burstall, chercheure pour la National Foundation for educational Research in England and Wales. Les résultats de cette recherche sont parus en 1975. La recherche s’est échelonnée sur dix ans auprès de 18 000 élèves apprenant le français langue seconde dans 125 écoles primaires britanniques. Les constats de cette recherche sont clairs : il n’y a pas d’âge idéal pour apprendre une langue seconde et, selon la chercheure, « il n’apparaît pas évident que les enfants plus jeunes seraient plus aptes que leurs aînés à apprendre une langue seconde. Si l’on doit tirer une conclusion, c’est plutôt le contraire qui serait vrai ».
Autre effet majeur d’un apprentissage précoce : environ la moitié des élèves qui ont commencé leur apprentissage du français à huit ans affirment « en avoir assez » de cette langue une fois rendus au secondaire. Des sentiments négatifs sont même exprimés, tels que l’impression d’échec et d’hostilité envers la langue seconde. Pire encore, cette impression négative ressentie par les élèves des écoles d’Angleterre envers le français s’est malheureusement déplacée vers l’apprentissage des langues étrangères en général."
« parce que ça veut dire qu’il n’y a pas de règles durables et que Zamenhof s’est fourvoyé dans les grandes largeurs »
Bravo, encore une affirmation basée sur l’ignorance du sujet. Les règles de l’espéranto définissent le noyau, le strict nécessaire, et entre une page de 16 règles et le volume d’un Grevisse il y a de la marge... L’usage a la tendence de se débarrasser des choses aberrantes (et encore, c’est pas toujours gagné), mais vu qu’en espéranto il n’y a pas de complications injustifiées, les règles restent stables.
"Voici un rapport réalisé par l’OPA (Office pour la Promotion de l’Anglais), parrainé par le British Battle Council et signé David Bouldecristal, un expert linguistique reconnu (dans la rue) :
Il y maintenant dans le monde 3 non native English-speakers pour 1 natif. Cette diffusion planétaire d’une langue est sans aucun précédent historique depuis l’empire romain - qui ne couvrait même pas un continent entier, faut-il le rappeler ?
Ce phénomène a pourtant un effet collatéral inattendu, il change la façon de parler des purs native speakers, obligés, pour faciliter l’accès des étrangers à notre belle langue, de tolérer des impuretés, des approximations, voire des incorrections grammaticales.
Par exemple, nul ne jettera la pierre à un Asiatique qui dirait “sing” parce qu’il n’arrive pas à prononcer le “th”. De même, qui reprochera à la tour de contrôle d’accepter qu’un pilote non native prononce au micro “tree” au lieu de “three”, surtout pas les passagers de l’avion...
Plusieurs hybrids (sans le “e” français, qui ne sert à rien) ont vu le jour, le Spanish-English, l’Hinglish anglo-asiatique etc., il est temps de définir un anglais international, grammaticalement simplifié, plus facile à prononcer, mais plus performant que le globish. Une sorte d’espéranto, mais anglais. Certes, l’anglais d’Oxford et l’accent de la BBC vont se déliter dans la mondialisation, notre anglais va mourir, mais l’anglais mondial va naître ! (Quand on aura réussi à fusionner toutes les variantes locales.)
Malgré ces réserves, cette diffusion de l’anglais dans le monde ne peut que soulever l’enthousiasme général. L’anglais s’est imposé dans le monde grâce à sa facilité d’apprentissage et sa prononciation aisée qui fait que même en vieillissant, lorsque l’outrage des ans nous empêche d’articuler correctement, on peut encore parler anglais. Plusieurs études internationales confirment d’ailleurs qu’on parle mieux anglais sans dentier. Mais sommes-nous compris ? Je vais y revenir.
L’anglais a conquis le monde, il est parlé couramment, des plus hautes couches de la société - cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, politiciens, scientifiques - aux plus populaires.
On peut facilement estimer le nombre de locuteurs d’anglais non natifs en incluant tous ceux qui ont choisi l’anglais au lycée en première ou deuxième langue. Par souci d’objectivité, nous exclurons ceux qui ont obtenu moins de trois sur vingt à l’épreuve d’anglais. Quant aux Américains, ils sont présumés savoir parler anglais, nous les inclurons donc également.
Après recoupements, voici l’enthousiasmante réalité : Quelques milliers de non native speakers dans le monde sont capables de soutenir une discussion sérieuse hors de leur domaine professionnel, ou de discuter politique avec un Anglais.
Bien sûr, nous comprenons que des chefs d’État qui discutent entre eux de sujets brûlants préfèrent utiliser des interprètes, il ne s’agirait pas qu’un malentendu linguistique déclenche une alerte nucléaire.
Mis à part cette élite, qui peut discuter cash-flow ou intelligence économique, ou traduire un article scientifique à l’aide d’un bon dictionnaire, quelques dizaines de milliers, moins avancés en anglais, peuvent néanmoins causer sport ou loisirs.
Le reste des anglophones, soit quelques millions de personnes du niveau basic english, sont parfaitement capables de commander une bière dans un pub anglais. Moi-même, je n’ignore pas qu’une pub n’est pas un pub, c’est dire.
— Beer ! lancera au barman (homme-bar en français) le sympathique étranger, avec un accent d’autant meilleur qu’il aura bu de bières (avant celle qu’il commande). N’importe quel Français anglophone est maintenant capable de se renseigner à Londres auprès d’un si poli policeman :
— Whore is the drag-Queen Elisabeth ? And big Mac Ben ?
Une fois ce malentendu dissipé au commissariat le plus proche, nos Frenchies à l’accent bizarre pourront pleinement profiter de leur séjour à Londres. Dans quelle autre ville est-il possible de cumuler visite touristique et stage linguistique dans la langue mondiale ? C’est un avantage unique au monde.
Plus encore, de par le monde quelques dizaines de millions de personnes au moins savent répéter à leurs amis le titre du film qu’ils ont aimé (pas les dialogues, trop dur) :
— Vous avez vu Staar waaaars ? C’est too much, c’est top ! Ou Starship troopers ? Independance day ?
— T’es has been ou quoi ? Star wars c’était y a dix ans, si tu veux flasher faut voir Gangs of New-York, mec, c’est plus fun !
Mais ça c’est l’élite d’une nation, the best of, le top du top (en français dans le texte), le gratin (en dauphinois dans le texte).
Autre signe que l’anglais est devenu la langue mondiale, c’est que les classes populaires aussi le parlent.
Les nounous sont devenues des nannys, les appartements des lofts, une télé-poubelle la tele-reality, on doit supporter le foot, et the show must go on. Le globish va déferler sur le global village comme un tsunami - oh pardon, comme une évidence, et le premier papy venu qui a fait un carton dans son village sur un coup de folie, fusil de chasse à l’épaule et camembert dans la gibecière, se vexera si les news de prime-time ne le présentent pas comme un authentique seriâââl killer.
Et ce phénomène est mondial :
N’importe où en Asie, lorsqu’un touriste assoiffé cherche une boisson stérile, c’est grâce au rayonnement de l’anglais qu’il ne mourra ni de soif ni de dysenterie :
— Coca-Cola ? - demande-t-il à un autochtone en haillons.
— Yes : there ! - répond fièrement le pauvre hère en tendant le doigt vers le bar en tôle ondulée, ajoutant, pour montrer sa maîtrise de la langue internationale : “Hep, mister, want woman, young man ? Shit ? Fast-food ?”
Une fois cet autre malentendu dissipé, c’est grâce à l’anglais qu’un véritable échange culturel pourra avoir lieu, qu’un pont sera jeté entre ces deux êtres en apparence si éloignés l’un de l’autre.
— The life is hard ? - demande le touriste au non native speaker, compatissant.
— Hard-movie ? Yes, there ! Cheaper.
Ainsi on peut estimer à un milliard de personnes dans le monde les locuteurs de l’anglais, qui s’est définitivement imposé comme langue-pont entre les individus, alors qu’il était au départ un des moins bons candidats à une langue mondiale - avec le navajo (trop de danse-avec-les-loups et de vole-au-vent) le serbe et le hongrois (trop de consonnes), le chinois (trop de dessins) - preuve supplémentaire que nous sommes les meilleurs. S’imposer à tous malgré ses handicaps, n’est-ce pas la quintessence du sport ? Déposer une réclamation après l’arrivée est antisportif, mauvais joueur.
Une réalité que veulent toujours ignorer les partisans de l’espéranto, qui persistent à penser que l’espéranto doit être choisi comme langue européenne, au motif qu’il est plus facile, plus simple à apprendre, aussi précis, et de surcroît basé sur les racines latines et grecques. Quel rapport ? Depuis quand la vie est-elle juste ? Le loup mange l’agneau, la raison du plus fort est toujours la meilleure, et le plus faible ferme sa gueule, trop content d’être en vie, et se cache dans un coin pour se faire oublier.
Quant aux doux dingues qui proposent le latin comme langue européenne, ils ont quelques siècles de retard ; que leur dire sinon “Errare humanum est, perseverare diabolicum” ?
Le mur d’Hadrien s’est effondré. D’ailleurs, qui s’appelle encore Hadrien ?